‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 58 sur 67 · CALANDRA : CONSERVATION DES GRAINS · texte numérisé non relu

CALANDRA : CONSERVATION DES GRAINS

les charges (]). Les principes rationnels de la conservalion sont les suivants : i' Les grains, pour se conserver dans les silos on ailleurs, doivent être secs. 2° Les silos ne doivent donner accès ni à l'hunaidité ni à l'air atmosphérique. 3" Les silos doivent être souterrains, parce qu'une température basse, comme celle des caves et des puits, ne favorise ni le développement de la fermentation, ni l'activité et la multiplication des insectes.

(^omme le blé bien sec n'altère pas l'air des silos, on pouvait craindre que les Charansons et autres insectes n'y continuassent leurs ravages. 11 y a peu de danger de ce côté aux environs de Paris et plus au nord, où les silos, enfoncés à 2 mètres, ne s'élèvent jamais à 15°, ce qui amène vite la mort des insectes, peu actifs ni enclins à se reproduire ; mais en Kspagne, en Algérie, la température des silos peut atteindre 20° jusqu'à Zi à 5 mètres de profondeur, et les insectes dès lors peuvent s'y multiplier. Comme la fermeture hermétique des silos suggère l'idée des substances asphyxiantes, on a essayé, sur la proposition de Doyère, le sulfure de carbone. Les expériences de ce genre furent faites à Alger en 1857 par la Commission supérieure des sulisislances militaires, sur des silos remplis d'orge ou de blé, noirs de Charansons. Il fut reconnu qu'avec 15 grammes de sulfure de carbone par hectolitre de blé, dépense insignifiante, retîet insecticide a lieu en vingt-quatre heures ; que les Oharansons et leurs larves périssent, desséchés, fragiles et comme carbonisés, et que les œufs même sont anéantis, résultat qui nous parait avoir besoin d'un nouveau contrôle. Avec des doses moindres de sulfure de carbone, les insectes ne meurent pas aussi vite, mais s'engourdissent et cessent aussitôt leurs ravages. Le liquide, très-volatil, disparaît immédiatement dès qu'on retire les grains des silos, et celui-ci n'a perdu aucune de ses qualités pour la germination ou pour la panihcation. il en est de même pour l'orge et l'avoine destinées aux animaux ; et enfin, aux faibles doses employées, la manipulation de cette substance est sans danger pour les hommes chargés de l'assainissement des silos : aucune autre substance ne réunit tous ces avantages au même degré.

Un troisième moyen à essayer est le chaullage des grains, Irès-discrédité en raison d'e\périen:;es faites sans précautions coinenables, et qui

(1) L. Doyère, Hecherches sur TAlucite des céréales, l'étendue de ses ravages et les moyens de les faire cesser, suivies de quelques réjlcxions relatives à l'ensilage. (Paris, Ann. de l'Inst. arjronomique, 18.j'2, p. 269.) Ce mémoire, îrès-important à consulter pour les agriculteurs, comprend trois séries tle méthodes de conservation des grains décrites et discutées : 1" le chaiilfage des grains ; 2'^ la venlilalion et le choc; 3° les silos. — Mémoire sur l'ensilage rationnel, système nouveau pour conserver les grains d'après les données fiositives de la science et de la pratique, etc. Paris, 185G, br. in-8°, Paul Dupont. — Conservalion des grains par l'ensilage, avec les dorumenls oj]i'Acls. Paris, 1862, Guillauniin et C"-'.

698 C0LÉ0PTi:i;i:s.— curculionikns.

exige, pour reprendre son cri'dit, une surveillance rigoureuse et une observation formelle des prescriptions que nous allons indiquer. Ce n'est pas autre chose qu'une applicalion industrielle de l'ancien nécrentome des entomologistes pour débarrasser les boîtes de collections des larves funestes. Avec les blés du commerce, dont la dessiccation est toujours imparfaite, on ne peut pas dépasser 70° centigr. sans altérer la faculté germinative des blés de semence, et, pour la pratique en grand, c'est sensiblement vers les mêmes températures quo des altérations se produisent relativement à la panification. Vers 70" et au-dessus, l'enveloppe du caryopse devient fragile et friable, et, réduite en poussière sous la meule, communique à la farine un teinte grise ; en outre, le gluten, substance albuminoïde, tend à se coaguler, effet qui augmente graduellement de 75" à 85", de sorte qu'il ne donne plus qu'une pâte courte , mal liée, comme celle que produirait un mélange de fécule ou de sable. Il est vrai qu'on peut rendre aux farines, en grande partie au moins, leurs propriétés panifiantes en les hydratant après le chauffage ; mais on comprend combien le commerce de la boulangerie peut frapper de dépréciation, souvent irréfléchie, les grains qui ont subi un chauffage appréciable parles elfels précédents. 11 est indispensable dans la pratique agricole de ne pas même atteindre les températures extrêmes, et de se contenter, dans l'intérieur des tas, de 55" à 60", ce qui suffit pour tuer les insectes au bout d'un certain temps, qu'il faut régler selon le cas par expérimentation préalable. Les adultes au dehors des grains sont tués promplemenc ; mais il faut plus de durée de la chaleur pour atteindre les œufs et les larves cachées dans le grain. Les insuccès fréquents des appareils de chauffage et leur discrédit s'expliquent par leurs imperfections.

Dans les procédés où le grain n'était pas remué, il fallait chauffer très-fortement la partie externe des tas pour obtenir à l'intérieur des grains les températures nécessaires pour tuer les insectes; de là un mélange de blés altérés et infertiles très-préjudiciable pour le marché. Il est nécessaire de produire une agitation dans le blé chauffé, afin que tous les grains puissent atteindre à la même température sans la dépasser. Le thermomètre est d'un emploi très-utile à cet effet, et la sensation de chaleur à la main, fort variable selon l'habitude, ne le remplace que bien imparfaitement.

Au milieu du xvni'^ siècle, lors de leur mission dans l'Augoumois ravagé par l'Alucite, Duhamel et Tillet y trouvèrent établie la pratique du (hauffaurcifji', ou introduction des grains avariés dans les fours du boulanger pour tuer les insectes, ils y joignirent la recommandation de remuer le blé et de ne pas trop chaulfer ; mais ce moyen, ainsi que l'usage de la vapeur d'eau ii 100", altère gravement les céréales par un excès de chaleur. Les vrais principes du chaulï'age des grains furent mis en œuvre dans l'étuve rotative, ou hélice insecticide de M. Terrasse- Desbillons. Le grain est ballotté dans des spirales d'Archimèdc placées

CALAINDRA : CONSK RVATlOiN Dl-S GRAINS. ' 699

daits une caisse à air écliauiïé pur un fourneau de tôle. Doyère remplaça les spiral(!s par un cylindre incliné et tournant, où glisse le grain, et se servit du Iherinomètre plongé dans une boîle de bois où se rendent les grains. La difficulté de ces appareils est de bien régler la lempérature (le l'air chaud, qui ne doit varier au plus que de 55" à 65", et mieux de 57" à 62" ; on y arrive par l'ouverture graduée du registre du calorifère, par une vitesse de rotation variée, par une introduction plus ou moins rapide de blé froid.

Le dernier système de chauil'age des graiiis et le plus perfectionné, est celui du docteurVergier,d'Argentan-sur-Creuse (Indre), récompensé par une médaille de bronze à l'ivvposition de 1867. Le principe nouveau de M. Vergier est d'employer la vapeur d'eau, source à température bien conslante, pour produire récluiulUuiient de l'air dans lequel séjourne Ui grain, ce qui permet de bien mieux régler la chaleur. Il y a deux appareils diiïérents. I/iiii, destiné à la petite culture, à fonction continue (1). Il est formé d'une trémie qui doit toujours être remplie de blé, placée au-dessus d'un cylindre fixe de tôle, dans lequel un serpentin double fait passer un courant de vapeur produite par un générateur quelconque, ainsi celui d'une locomobile, d'une machine à battre, etc. Inférieurement, le cylindre contient une hélice tournante à axe horizontal (emprunt à l'appareil Terrasse- Desbillons), qui, en vidant peu à peu le cylindre, produit dans le blé un mouvement continuel, soumettant également tous les grains à une chaleur de 55" à 60". La vapeur du serpentin se condense, en dégageant à l'état libre sa chaleur de mouvement, et l'eau s'écoule par un robinet. Cet appareil peut servir non-seulement pour les céréales infectées par la Calandre ou l'Alucife, mais pour les légumes en graines sèches, pois, haricots, lentilles, etc., contenant des Bruches; pour les graines de colza, navetl(!, moutard(;, etc., contenant des larves de Charansons, et également pour dessécher rapidement les substances alimentaires sèches avariées par l'humidité (2).

L'aulre appareil V'ergier, destiné plus spécialement aux grandes fermes, se compose de deux cylindres concentriques, pouvant tourner ensemble autour d'un axe horizontal. Il n'y a plus de serpentin ; la vapeur d'eau, que fournit un gétuu'afeur, circule dans l'enceiutc! annulaire. Une trémie supérieure; contient le grain, qu'on fait tomber dans le cylindre médian lorsque ses parois ont été amenées par la vapeur î: environ 100". On remplit celui-ci à moitié seulement; alors les deux cylindres conceutriques sont mis en rotation autour de leur axe commun, afin que les grains puissent venir par couches successives en contact

(1) Maurice Girard, Génie rural, etc., Inscclologie agricole, 3<^ année, lS(iO, p. 291. l*aris, Donnaud.

(2) Col appareil a été mis en dépôt à l'aris, à la maison Pellior, tO, nie l'ontaineau-lîoi.

coLÉOPTi: r.ES. — curculioniens.

avec la paroi cliaufFée, et cela jusqu'à ce que la masse, dont la température s'était abaissée à ZiO" par l'introduction du blé froid, ait acquis 50" à 60". La durée de l'opération est de quatre à six minutes, selon l'es-

FiG. 20. — Étuve Vergier pour les grains atlaiiués (1).

pèce de grain ou graine. Le grain chaud est vidé dans le baquet inférieur où l'on a soin de laisser s'entasser les grains, afin de les maintenir cliauds le plus longtemps possible, ce qui est indispensable pour bien tuer les insectes, surtout les (lalandres, qui, a vu M. Vergier, résistent

(1) 0, Ircmii" ;i l)lù; CV, cyliiidro extérieur à vapeur-, B, cylindre intérieur à blé; T, M', tuyaux de conduite de la vapeur ; XX, axe de rotation; m, manivelle; M, M, supports. Un compteur à secondes est joint à l'appareil.

CALANDUA : CONSIiliVATION l)i:S (IKAINS. 701

à une chaleur de 80", si elle ne dure que peu de temps. I es grains refroidis sont secs et coulants, sans aucune altération.

Pour la grande industrie, soit alin d'assainir les grains attaqués, ou atin de dessécher les farines destinées à l'exportation, on peut ci^.mbiner les deux systèmes, c'est-à-dire la double enveloppe et le serpentin à vapeur au milieu de la substance à chaufTer; on peut alors, selon la saison, assainir en deux ou trois minutes un hectolitre de blé. L'épreuve a été faite en ce geiu"e en 18G2, et des échantillons présentés à l'empereur Xapoléoi! III, les uns de blés chauffés devenus parfaitement sains, les autres des mêmes blés horriblement avariés dans les flacons, soit par les papillons, soit par les Calandres,

Il est mile, quand les greniers sont atteints par la Calandre, de réduire au plus vite le blé en farine, puis de passer à la chaux les murs et les poutres; de faire un l)alnyage minutieux, de couvrir les murs d'un enduit lisse, de bouclier toutes les fentes, et de laisser quelque temps la salle sans rcce^'oir de nouveau blé,afln que lesCharansons qui resteraient encore cachés aient le temps de mourir de faim. La propreté constante des greniers est le meilleur préservatif.

La nature nous a donné quelques auxiliaires contre cette fatale engeance. Le meilleur est un petit Chalcidien (Hyménoptères) du genre l'trroiiKilii.s, d'un vert bleuâtre foncé, à antennes noires, à pattes blanchâtres, a yeux rougeâtres. Il est parfois si nombreux, que les tas de blé et les sacs qu'il recouvre paraissent verts ; le fermier peut alors se réjouir, certain de voir disparaître son ennemi pour quelque temps. On doit encore citer un petit Coléoptèrc brun, allongé et plat, qui abonde dans les granges et greniers : le Sylvamis sexclentatus ou fnniicnldn'us, Fabr. (voy. p. 375), importé, dit-on, de Surinam ; il donne, ainsi que sa larve, la chasse aux larves de Calandres. Il faut lui adjoindre dans ce service le Tronosila niaiirildiiiai, Linn. (voy. p. .'573), regardé A tort dans le Midi, s(jus le nom de Cadcllc, comme nuisible.

La Calandr*'. des grains attaque le bli' en [lailh' dans les granges et dans les meules, mais moins que lorsqi; il est battu et en tas. Ses ravages sont encore assez sensibles dans le midi de la France, à pratiques agricoles routinières, mais diminuent d(! plus en plus dans le Nord. Ils sont devenus presque insignitiauts aux environs de Paris. Cela tient à une raison d'é(;onomie générale, qui fera peu à peu disparaître la Calandre. .Autrefois l(!s fermiers conservaient longtemps les grains ou les blés en paille, les accaparaient mémo dans les années d'abondance, atin de revendre à fort bénélice lors des disettes. Aussi il n'était pas rare, dans le commencement du siècle, de voir des blés conservés cinq à six ans en greniers, et parfois les ravages des Calandres ruiner leurs détenteurs. Aujourd'hui l'intérêt du fermier n'est pas de conserver longtemps ce capital improductif et sujet à avarie : en cas de pénurie, les blés étrangers, entrant en franchise et circulant rapidement par mer et par voies ferrées, détruisent tous les calculs fondés sur les grandes ré-

702 COLÉOPTÈRES. ~ CCHCUI.IONILNS.

serves. Aussi maintenant le blé est vite vendu et soumis à la mouture ; on exécute un battage rapide, à mesure des demandes. Autrefois, au contraire, le battage était si lent, qu'il prenait une partie de l'année, et obligeait à amasser en tas des grains que l'on ne pouvait, sans cela, répondre d'avoir disponibles à jour fixe. On ne garde donc plus aujourd'hui les blés en greniers ou en meules que le moins de temps possible ; l'effet disparaît avec sa cause, le long emmagasinage.

Une seconde espèce de Calandre, originaire des Indes orientales, et répandue maintenant partout, est le C. Onjzœ, Linn. (pi. lu, tig. 1), espèce voisine de la précédente, un peu plus petite, de 2 1/2 à 3 millimètres, avec les élylres à stries et d'un aspect différent du C. granaria, plus épaisse, brune, avec quatre taches rougeâtres mal limitées sur les élytres, qui sont au contraire unicolores dans l'espèce du froment. Cette Calandre est très-commune dans le riz avarié, et attaque aussi le maïs. Le chauffage, de peu d'inconvénient pour le riz, est le meilleur moyen de détruire cet insecte. M. Boisduval {Insectol. agric, 3'^ année, 1869, p. 99) a vu le C. Oryzœ sortir en abondance des fruits du Nelumbium speciosum envoyés de Chine en bocaux. Or, toutes les Calandres dont on connaît les larves vivent exclusivement de graines de Monocotylédones. Cet instinct de l'insecte, selon M. Boisduval, est peut-être une raison qui doit militer en faveur de l'ancienne opinion de A. Richard, qui plaçait les Nymphéacées dans les Monocotylédones, d'après la structure de l'embryon.

Le genre Calandra proprement dit comprend une vingtaine d'espèces exotiques des deux mondes, sauf l'Australie. Il est fort difficile de connaître l'origine première du C. granaria, qui doit se lier à celle du froment.

Nous figurons une espèce de Calandre exotique, de deux couleurs, le C. taitensis, G.-Mén., de Taïti (pi. lu, fig. U; ha, tête de profil; hb, antenne). Elle est très-voisine des C. exarata, de Bourbon, et aubfasciata, de Java, espèce de Schœnherr. Ce dernier auteur range le C. taitensis, G.-Mén., dans les espèces douteuses, mais seulement parce qu'il ne l'a pas vue.

On a détaché du genre Calandra des anciens auteurs le genre Rhyjichophorus , Herbst, pour des espèces des régions chaudes des deux continents, au nombre actuel de vingt, constituées par des Cbaransons de grande taille. Le type est la Calandre des Palmiers, ou li. l'ahnarum, Linn., noir, terne et comme velouté en dessus, brillant en dessous, à écusson très-allongé, avec les cuisses et les jambes toutes couvertes en dessous de cils noirs. Le mâle a le rostre portant une crête en dessus et antérieurement, et muni de soies noires serrées ; chez la femelle il est glabre et atténué an bout. Ce grand insecte, à élytres sillonnées, est commun aux Antilles, à la Guyane, au nord du Brésil, etc. Sa larve, grosse et dodue, d'un blanc sale, vil dans les troncs de Palmiers qu'elle détériore consid rablemenl. Au momcul de lu nymphose, elle

TP.IGONOÏARSUS. — MliC APUOCTLS. 703

se façonne une coque ovale, formée de filaments de bois détachés par elle dans ce but. Les stipes perforées sont celles du Palmier sagou (Sagas Raphia, Lam., arbre précieux par ses amas internes de fécule ou sagou, au milieu desquels s'engraisse la larve; par ses fruits, son vin dû à la sève ; dont les feuilles servent de couverture aux cases des nègres et des indigènes, dont les folioles acérées leur fournissent pour la pèche des sagaies redoutables. Lherminier a observé à la Guadeloupe que la femelle ne pond ses œufs dans les Palmiers que lorsque la cime, ou choux palmiste, a été coupée, et il rapporte que dans cette île ou trouve la larve dans le centre médullaire de l'Areca oleracea. Au Venezuela, dit M. A Rojas, on prend cette espèce sur plusieurs genres de Palmiers, et aussi, à l'ardeur du soleil, suçant le lait du Carica Papaya, ou Papayer, quand on vient de couper les branches d'où suinte un suc propre à vertus énergiques. On trouve aussi l'insecte dans les terres chaudes, sur le tronc du Cocotier {Cocos nucifera, Linn.). La Calandre des Palmiers, très-commune dans les collections, a été ligurée sous les trois étals par M. E. Blanchard (Hist. des Ins., 18Zt5, pi. 15, eiMétam. des Ins., 18G8, p. 5Zi7). La larve de cette espèce doit se ranger parmi les insectes comestibles. Sous le nom de ver palmiste, elle fait les délices de certains colons, imitateurs des convives de Lucullus pour d'autres larves, et avalant la matière liquide interne comme une crème délicate; les dames surtout en sont très-friandes. Les indigènes de la Guyane recherclicnt beaucoup ces larves, qu'ils nomment yusanos, et les mangent rôties et enlllées sur des brochettes.

TRlC;o\OT.4Rï»t>i, G.-Mcii, — Rostre assez long et droit, épaissi et siibquadrangle à sa base. Antennes à funicule de six articles. Corselet allongé, rélnJci en avant ; écusson graiid et triangulaire ; élytres légèrement rétrécies et arrondies en arrière, laissant à découvert le pygidium. Pattes longues et robustes, avec tarses à trois premiers articles obcoiiiqucs ou subtriangulaires, et le quatrième très-grand, ainsi que ses crochets.

Ce genre, qui ne comprend qu'une espèce, est fondé sur un gigantesque Charanson de l'Australie, décrit pour la première fois par M. boisduval dans sa faune de l'Océanie, et voisin des grandes Calandres tropicales. C'est le T. rugosus, Boisd., ou calandroidcs, (î.-AIén. (pi. i,u, tig. 9; 9 a, tète de profil;, d'un noir presque mat et criblé d'un réseau de gros points enfoncés sur le corselet et les élytres, celles-ci en outre assez fortement sillonnées. Le corps est oblongo-ovale et glabre.

îlIK<;.%l»no€Trs, Schœn., ou Oxypygcs, Lacord. — Rostre allongé, grêle, cylindrique ; antennes grêles à funicule de six articles. Corselet en cône allongé ; élytres planes laissant à découvert un long pygidium en triangle acutangle.

Ces insectes, au nombre de cinq espèces, sont du continent indochinois et des grandes îles voisines. — Lx. : M. acutus, Kabr,, ou elonga-

70/l COLÉOPJtRES. — CURCULIONILN'S.

tus, Dej., ou ocellatus, G.-Mén., de l'île de Java (pi. lu, fig. 5 ; 5 a, corps de profil ; 5 b, anlenne), espè'ce devant son nom à un ocelle à l'exlrémité de chaque élytre.

CERClUOrFRlSt, Schœnh. — Rostre assez long, lobiiste, fortement arqué; antennes courtes, robustes, à funicule de six articles, avec massue transversalement linéaire ou triangulaire, trois fois au moins et jusqu'à six fois plus large que longue, à bord tranchant, recouverte d'une niasse spongieuse (celte massue est bien plus réduite chez les femelles). Corselet allongé, rétréci et brièvement tubuleux en avant ; élytres déprimées, rétrécies en arrière, laissant ;i découvert un pygidium déclive. Tarses longs. Corps oblong, subelliplique, le plus souvent revêtu d'un enduit ou d'une efflorescence veloutée.

La forme exceptionnelle de la massue antennaire l'ait immédiatement reconnaître ce dérivé du type des Calandres ; il es! propre à l'indo- Chine et aux îles Malaises. — Ex. : C. securifer, Gaede, ou nigro-lateralis, G.-Mén. (pi. LU, flg. 6; 6o, corps de profil; 6 6, antenne), de Java, jaune, avec large bordure noire.

Les genres par lesquels nous terminerons l'immense tribu des Curculioniens constiluent un passage manifeste aux Scolytiens par leur petite taille, leur aspect, et surtout par la forme et les mœurs de leurs larves.

COSSO.fl'S, Clairv. — Rostre fortement épaissi et dilaté vers l'extiémité, qui porte des antennes courtes, à funicule de sept articles, avec massue indistinctement articulée ou subsolide. Élytres allongées, linéaires, tronquées à la base, arrondies ensemble au sommet; écusson bien distinct.

Les Cossonus sont le type d'une famille de Charansons de forme linéaire, cylindroïde, déprimée, en rapport avec une vie sous les écorces ou dans les vieux troncs d'arbres, à la façon des Xylophages. Les yeux ont une tendance à se rapetisser et même à disparaître ; les téguments sont en général glabres ou couverts de poils tins et redressés. Cerlains insectes de ce type sont épigés et arénicoles, s'enfonçant dans les sables au bord de la mer ; la plupart vivent dans les bois, et les larves pratiquent des galeries dont la forme varie suivant les espèces, et où elles se changent en nymphes. Deux larves d'un genre trés-voisin habitent dans le Pin maritime et les bois de charpente qui en proviennent ; une autre, aussi d'un genre rapproché, creuse des galeries longitudinales dans l'aubier des Sapins. La livrée du genre Cossonus est noire ou ferrugineuse, rarement mélangée de ces deux couleurs; les élytres ont des stries droites et ponctuées. Le genre Cossonus, sauf l'Australie, paraît cosmopolite. On trouve surtout ses espèces dans les régions chaudes des deux continents, et aussi aux îles Sondaïques, à Madagascar, à la

COSSONLS, RAYMONDIA, DRYOPHTHORUS. 705

NoLivella-Calédonie, à Tonga-Tabou, aux îles de France et Bourbon^ à Ceylan, à l'île Saint-Vincent, aux Antilles. Il y en a trois espèces en Europe, parmi lesquelles nous citerons le C. linearis, Fabr., de 6 à 7 millimètres, d'un brun noir brillant, avec le corselet Irès-ponctué, et les élytres parfois rougeùtres, à stries de forts points. Cette espèce se troinfe dans les souches de Peupliers en décomposition ou sous leurs écorces. Nous représentons le C. ephippiger, G.-Mén., de Java (pi. lu, (Ig. 7 ; 7 a, antenne; 7 6, jambe et tarse antérieurs). Cette espèce semble porter une selle d'un noir bleu adaptée à un insecte rougeâtre, et couvrant toute la région antérieure des élytres, celles-ci striées de points, avec intervalles lisses.

li/%v.no.\Dl.%, Aube. — Tête petite et globuleuse; rostre assez allongé et cylindrique; antennes à funicule de sept articles. Yeux nuls; écusson nul. Élytres oblongo ovales, pas plus larges que le corselet. Pattes courtes. Corps oblong, atténué en avant, légèrement pubescent.

Ce genre dégradé constitue un nouvel exemple de Gurculioniens aveugles^ souterrains, dont les larves vivent probablement de racines ou de provisions végétales des fourmilières. Il est très-probable que le nerf optique manque, ainsi que M. Lespés l'a constaté pour diverses espèces aveugles, cavernicoles et autres {Ami. sciences nat., 5^ sér., Zool., 1868, IX, 63}. La première espèce découverte dans le Var, sous une pierre profondément enfoncée, est le R. fossor, Aube, atteignant à peine 2 millim. de long, d'un jaune testacé clair, couvert de gros points. On a trouvé depuis quelques autres espèces : ainsi le /{. Delarouzei, Gh. Brisout de Barneville, dans les Pyrénées-Orientales, en compagnie de petites Fourmis, et le R. Marqueti, Grenier, près de Toulouse, sous des couches d'argile. Ce sont là des raretés de collectionneurs d'un grand intérêt physiologique par adaptation de la structure aux mœurs. Il y a des espèces de la France méridionale, du nord de l'Italie, de Corse et de Sardaigne.

DRYOPlITIIOKl'S, Scha'nh. — Corps allongé, peu convexe. Rostre assez long, subcylindrique, peu arqué, à scrobe courte et profonde ; antennes courtes, à funicule de quatre articles, avec massue grande, subsolide. Yeux petits. Corselet oblong, rétréci antérieurement ; élytres allongées, oblongues, un peu plus larges que le corselet à la base, obtusément angulées aux épaules. Tarses grêles, de cinq articles, par développement insolite du quatrième article.

Le type de ce genre et la seule espèce d'Europe est le D. lymexylon, Fabr., de Suède, de France, d'Allemagne, du Caucase (pi. lu, fig. 8 ; 8 a, tête de prolil et antenne ; 8 6, jambe et tarse antérieurs ; 8 c et 8 </, un tarse figuré dans diverses positions pour bien montrer la pentamérie).

Cet insecte, de petite taille, '6 à /* millimètres, assez commun, d'un' brun rougeâtre terne, rugueux, avec fines côtes tranchantes sur les élytres, vit sous les écorces et dans les détritus de vieux troncs d'arbres, notamment dans le Pin maritime, le Chêne, le Coudrier, le Peuplier

OIRARD. 45

706 COLÉOPTÈRES, — CÉRAMBYCIENS.

du Canada, recherchant le bois sec ou qui a subi un commencement de décomposition. Ses larves, longues de 5 à 6 millimètres, le criblent de galeries. De môme que les autres larves du type Cossonus, elles ressemblent aux larves des Scolytiens. Comme celles-ci, elles ont le corps recourbé en arc, revêtu de courts poils redressés et de petites spinules visibles aux instruments grossissants, et leur servant à cheminer dans les galeries; les palpes des deux sortes sont biarticulés, les antennes très-courtes. Ces larves sont aveugles et sans pattes, celles-ci étant remplacées par des mamelons et deux bourrelets de chaque côté. L'espèce n'a qu'une génération par an ; les pontes se font en mai et en juin. Les adultes, éclos en automne, demeurent la plupart dans le bois jusqu'au printemps, la plupart sous les écorces. Ils s'atlaquent exclusivement aux troncs et souches des vieux arbres, même dépouillés d'écorce, ce que ne font pas les Scolytiens, Ils pénètrent dans les profondeurs de l'aubier, y creusent des galeries sinueuses, en partie verticales, en partie obliques, en partie transversales, y pondent des œufs, et les larves rongent le bois transversalement. Les insectes reproduisent sur place pendant plusieurs années, et le bois est alors percé de trous comme un crible, se brise sous le moindre effort, et finit par n'être plus qu'un composé de fibres et de vermoulures (E. Perris).

Le genre Dryophthorus a sept autres espèces disséminées aux États- Unis, à Madagascar, aux îles Sandwich, à Ceylan, à la Nouvelle-Calédonie, à l'île Lifu et à la Nouvelle-Zélande.

Ces affinités étroites des derniers Charansons avec les Scolytiens sont une des preuves multiples de la complexité des rapports naturels, de l'impossibilité des classifications exactes que nous ne cessons de proclamer ; nous devons nous contenter d'approximations. Le Créateur n'a pas mesuré ses lois grandioses, et dont les harmonies ne nous sont qu'en partie visibles, à notre faible intelligence !

Tribu des Céraiibyciews ou LOMC^iCORiveiS.

Les Coléoptères qui forment actuellement la tribu des Cérarabyciens, d'après le nom du genre Cerambyx, un des mieux caractérisés, avaient reçu de C. Duméril la dénomination de Xylophages ou Lignivores (Tableaux d'anat. coritp. de G. Cuvier, 1799; Zool. analyt., 1805). En 1817, Latreille changea avec raison ce nom en celui de Longicornes, mieux approprié au caractère le plus important de ce groupe, tandis qu'un mot désignant le régime ligneux permettait de les confondre avec les Scolytiens ou Cylindriformes de C. Duméril, qui vivent d'une façon analogue. Latreille eut au contraire le tort de conserver ce nom vague de Xylophages pour ces derniers insectes, et pour d'autres séparés d'eux et des Cérarabyciens par les affinités zoologiqucs.

Les mœurs des Cérambycieus sont peu variées, et cela tient à l'uniformité de leur régime. On les trouve en général sur les végétaux, princi-

CÉRAMBYGIENS. 707

paiement ligneux, dont l'intérieur a nourri leurs hirves ; c'est surtout ce qui a lieu pour les grandes espèces. Les petites espèces sont moins sédentaires, volent sur les fleurs dans les champs, les prés et les clairières des bois, cherchant de préférence les fleurs en ombelles, en corymbes, en épis. Beaucoup de Cérambyciens sont peu agiles et ne se servent pas de leurs ailes par les lem[)s froids et sombres ; mais il en est aulrement à Tardeur du soleil. Fis volent alors assez vivement, même les grosses espèces, échappent ainsi à la main qui cherche à les saisir, ou se laissent tomber entre les branches en étalant leurs ailes entr'ouvertes comme un parachute. La plupart, quand on les prend, font entendre un bruit qui ressemble à une plainte, par le froltement du bord inférieur du corselet contre le mésothorax, les surfaces respectives étant garnies de rides très-fines, visibles à une très-forte loupe. Les Prionides et quelques Cérambycides sont privés de l'appareil stridulant; dans ce second groupe la stridulation manque chez quelques genres à système alaire rudimentaire ou aberrant {Vesperus, Necydalis, Molonhus). Les femelles ont un oviducte plus ou moins prolongé, souvent saillant, et l'introduisent pour pondre entre les fentes des tiges, ou le glissent sous les écorces. Les unes s'adressent aux Chênes affaiblis et crevassés, les autres aux jeunes Peupliers et Saules à bois encore très-tendre. Dautres pondent dans les racines ou les souches stériles, et les larves hâteront leur mise en terreau. Par des préférences instinctives, inexpliquées pour nous, souvent certaines souches sont épargnées au milieu d'autres atteintes, ou bien un arbre n'est perforé par les larves que sur une moitié, les femelles ayant respecté l'autre. D'après le genre de vie des larves, les chantiers sont un excellent lieu de chasse des Cérambyciens.

Les espèces lucifuges, ou celles que l'absence d'ailes ou leur état rudimentaire condamne à vivre sur le sol (genres Dorcadion, etc.), ont en général des couleurs foncées ou ternes. Les Phytœcies sont verdâtres, fait remarquer M. Mulsant, comme les plantes sur lesquelles on les trouve. Les .l^diles et les Rhagies sont gris et nébuleux comme l'écorce des Pins dont ils sont les hôtes fidèles. Au contraire, les Cérambyciens diurnes comptent parmi les plus beaux Coléoptères par l'élégance de leur forme svelte et allongée, et souvent la richesse et Téclat de leur coloration. Us étincellent de teintes métalliques ou sont d'un jaune Aif, ou d'un rouge carmin. Des poils luisants simulent des galons qui se détachent sur un fond sombre, ou bien semblent revêtir l'insecte d'un manteau de velours vert ou de satin couleur de feu. Lacordaire dit que les Longicornes sont revêtus de poils à la façon des Antribes, et que celte vestiture est des plus constantes, au point qu'il n'y a qu'un seul genre {Iletowlopis!) qui offre de vraies écailles ; les écailles au contraire étaient très-fréquentes chez les Curculioniens. 11 faut notamment remarquer les poils longs et fins dont sont fréquemment hérissés les antennes, les pattesou même le corps entier. M, Schiœdle les regarde comme

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des poils volants {piU volatiles) destinés à alléger le corps dans le vol par le grand volume d'air déplacé, avec une très-faible augmentation de poids : il y aurait quelque chose d'analogue à l'émission de fils très-légers, moins denses que l'air même, qui paraissent servir au transport aérien de très-petites Araignées, et expliquent le préfendu vol de ces Articulés. Parfois des odeurs suaves ou pénétrantes s'échappent du corps des hrillants Longicornes (genres Aromia, Callichroma , Trachyderes, etc.). Selon M. Schiœdte, l'odeur est due à un liquide sécrété par une paire de grosses glandes aplaties et bilobées, situées dans la région métasternale et s'ouvrant au dehors par deux pores étroits placés dans un pli des angles postérieurs du métasternum.

Les larves des Cérambyciens appartiennent au type dégradé de la plupart des larves lignivores, et ressemblent à celles des Buprestiens, tandis que les adultes sont tout à fait différents. Elles ont l'aspect de gros vers allongés, blanchâtres ou jaunâtres. Le corps offre souvent un contour subquadrilatère ou la forme d'un prisme à six pans; il est élargi et déprimé antérieurement, avec un prothorax dépassant en grandeur les autres segments, ce qui est aussi un caractère des larves de Buprestiens. Les anneaux sont souvent revêtus en dessus de sortes d'écussons garnis de rugosités. La tête est cornée, plus étroite que le profhorax, parfois sinueusement découpée antérieurement, armée de mandibules fortes, cornées, souvent dentées, capables d'entamer les bois les plus durs. La bouche présente en outre un labre transversal, semicirculaire ou cordiforme,des mâchoires à un seul lobe avec palpes filiformes de trois articles, une languette avec palpes labiaux de deux articles. La tête des larves de Buprestiens, plus enfoncée dans le prothorax que celle des larves de Longicornes, est plus dégradée pour les appendices, puisque les palpes maxillaires n'ont que deux articles, et que les palpes labiaux sont rudimentaires. Les antennes sont courtes, de quatre articles, le dernier sétigère, coniques, décroissants, rétractiles les uns dans les autres comme les tubes d'une lunette. Il y a parfois de chaque côté de la tête de un à quatre ocelles, peu distincts, ou bien les larves sont aveugles. Le corps comprend douze segments outre la tête ; il est parfois apode, et les anneaux sont alors chargés de tubercules en général rétractiles, facilitant la progression dans les galeries. Il est des larves qui ont des pattes écailleuses très-courtes , paire par paire aux trois anneaux du thorax, et en outre divers mamelons. Il y a neuf paires de stigmates, la première sur le pli, entre le prothorax et le mésothorax, les autres sur les segments de quatre à onze.

Toutes ces larves vivent dans l'intérieur des tiges ou des branches des arbres, arbrisseaux, et même des herbes et céréales pour quelquesunes. Comme les Cérambyciens sont souvent d'une grande taille, leurs larves peuvent être fort nuisibles et entraîner la perte des arbres dans lesquelles elles creusent d'énormes galeries. Certaines rongent l'écorce en rampant sur l'aubier, d'autres entament le bois, d'autres la moelle.

CÉRAMBYCIENS. 709

Il en est qui perforent les racines. Toujours les galeries sont à couvert et obscures ; le contact de l'air fait d'habitude périr les larves molles de tous les insectes qui vivent dans l'intérieur des végétaux ou de leurs fruits. Les galeries peuvent s'approcher beaucoup de l'extérieur, en ne laissant qu'une mince couche intacte : il y a des larves qui rongent tout l'intérieur d'une branche en ne respectant qu'une légère écorce ; elles tiennent leurs anneaux rétrécis à mesure que la branche diminue de diamètre. Les débris ligneux sont façonnés en canal sur les parois des galeries. Celles-ci sont sans ordre, comme chez les Curculioniens lignivores, et leur largeur augmente à mesure que la larve qui les creuse grossit. Selon M. Mulsant, les larves dont les galeries viennent à se rencontrer se dévorent.

La vie à l'état de larve varie selon les espèces, dure un, deux ou trois ans. Parfois un retard d'une année se produit. Si 1 on enlève de sa galerie une larve près de se changer en nymphe, et qu'on l'entoure de morceaux humides du bois dont elle se nourrit, elle maigrit quelque temps, puis se remet à manger, mais reste larve une année entière, jusqu'à ce qu'elle ait retrouvé l'époque habituelle de la nymphose de son espèce. Il y a là un fait inexpliqué qui n'est pas sans analogie avec celui que nous offrent les chrysalides de certains Bombyciens (Lépidoptères), prolongeant leur vie latente de toute une année, une fois que, par circonstance inconnue, est passé le moment ordinaire de l'éclosion. Les larves de Longicornes s'élèvent facilement en captivité, en mettant les débris végétaux dont elles se nourrissent dans un pot contenant de la terre et recouvert d'une toile métallique ; il faut avoir soin d'humecter de temps en temps, si l'on veut qu'elles ne se dessèchent pas, surtout quand elles passent à l'état de nymphes.

Nous avons pour auxiliaires naturels contre ces larves, dont certaines détériorent fortement des bois utiles, des animaux divers: les Pies et les Grimpereaux les saisissent sous les écorces avec leur langue dure et effilée ; les Fourmis ligniperdes les dévorent dans leurs galeries, et les Ichneumoniens à longue tarière vont pondre dans leur corps, au milieu des conciles ligneuses, des œufs d'où naîtront des larves carnassières.

Lorsque les larves des Cérambyciens sont prêtes à se transformer en nymphes, la plupart creusent au bout de leur galerie une celluleovoïde, et s'y entourent de vermoulure de bois agglutinée et pressée, ou de fibres ligneuses enirelacées. Celles qui demeurent dans les tiges bouchent avec des tampons ligneux les deux extrémités du tuyau où elles vivent, afin de soustraire les nymphes aux attaques venant du dehors. Certaines espèces, dont les larves étaient sous les écorces, s'enfoncent puur lu nymphose dans le bois, afin d'y trouver un abri plus profond et plus certain ; d'autres, au contraire, dont la ^ie s'est passée dans la moelle du végétal, se rapprochent de l'extérieur, afin que l'adulte ail plus de facilité à sortir, il sopèrc dans la dernière période d'exisleiuH! de la larve un travail d'organisation considérable, et qui mériterait

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d'être étudié en quelque sorte d'heure en heure, comme le fit Hérold pour les métamorphoses de la chenille du Chou, afin de voir surtout comment les antennes rudimentaires de la larve se transforment en ces appendices si variés chez l'adulte, et parfois beaucoup plus longs que le corps. Ces grandes antennes apparaissent formées chez les nymphes, couchées et recourbées sous la poitrine; la tète est infléchie, les élytres raccourcies et déhiscentes, les pattes soit repliées au dessous du corps, soit saillantes sur les côtés. Parfois l'abdomen de la nymphe se termine par des crochets destinés à lui permettre de se cramponner aux parois de la coque ou de la galerie, lorsque l'adulte sortira de l'enveloppe nymphale. Souvent certains segments sont munis de spinules. Les nymphes des Cérambyciens remuent vivement leurs segments abdominaux quand on les touche. Pour la plupart, 1 éclosion a lieu au bout d'une à deux semaines ; il arrive quelquefois que les adultes n'ont pas la force de percer avec leurs mandibules le fond de la galerie afin de s'ouvrir un passage, et qu'on les trouve morts et desséchés dans les tiges.

Dans ses Études sur les insectes nuisibles aux Pms maritimes des Landes, M. E. Perris donne des indications pleines d'intérêt sur la tribu des Cérambyciens. Ce sont, dit-il, des insectes peu nuisibles aux forêts, c'est-à-dire aux arbres vivants, et ne pouvant, sous ce rapport, se comparer aux différents groupes de Scolytiens. En effet, ils ne pondent en général leurs œufs que sur les arbres morts ou sur les parties mortes des arbres vivants, sans amener dus lors la mort de ceux-ci. Ils sont au contraire dangereux pour le bois en grume déposé sur le sol forestier et pour les bois ouvrés appropriés à l'usage de l'homme. Les galeries souvent larges et profondes des larves rendent les bois peu résistants et imprègnent d'humidité leurs couches internes.

M, E. Perris regarde le treizième segment des larves de Longicornes et de Buprestiens comme un mamelon anal, mais placé dans l'axe du corps et non dessous; ce qui fait rentrer ces larves dans le cas presque général de douze segments pour les larves de Coléoptères. Elles se distinguent immédiatement des larves de Buprestespar leur forme en prisme à six pans à arêtes obtuses, et par un état moins imparfait des organes céphaliques. Au contraire, l'aspect de pilon aplati signale tout de suite une larve de Bupreste. Les larves de Longicornes ont parfois des pattes coniques, arquées, écartées et très-courtes ; certaines en sont dépourvues, sans que rien explique cette différence, puisque le genre de vie et l'habitat restent les mêmes. Cela prouve que les pattes ont peu d'importance dans cette tribu, et leur brièveté, quand elles existent, justifie cette assertion. Il en est de même pour les ocelles, dont la plupart des larves manquent, tandis que quelques-unes en ont une ou plusieurs paires : les yeux semblent peu nécessaires à des larves destinées à vivre dans l'obscurité.

La forme des galeries des larves de Buprestiens et de Cérambyciens

CÉRAMBYCIENS. 711

les sépare encore. Celles des Buprestes, qui vivent sous l'écorce, sont très-sinueuses, et les détritus et excréments sont refoulés derrière les larves en couches concentriques. Quant aux larves do celte tribu qui habitent l'intérieur du bois, les galeries ont une section très-surbaissée en rapport avec l'aplatissement du corps. Les larves de Longicornes, au contraire, rongent les couches inférieures de l'écorce sur de largos surfaces et très-irrégulièrement ; les galeries de celles qui pénètrent dans le bois sont à section elliptique, sensiblement plus renflée que pour les Buprestes.

M. E. Perris a reconnu dans la dernière métamorphose de ces larves un état intermédiaire que Héaumur et L. Dufour avaient déjà constaté pour certaines larves de Muscides (Diptères). Le passage à la nymphe n'est pas brusque et immédiat. La tète de la. larve s'incline et n'est plus rétractile; les organes buccaux se raccourcissent et deviennent immobiles, ainsi que les pattes ; les segments se dilatent, se dépriment ; leurs divisions et leurs appendices charnus s'effacent. Les stigmates s'obstruent et la trachée latérale se détache. Le dernier segment laisse apercevoir l'extrémité postérieure de la nymphe comme dans un fourreau. Le corps, dont l'aspect était luisant et un peu rougeâtre, devient d'un blanc mat uniforme. Au lieu des mouvements vifs de la larve, c'est déjà la lenteur de la nymphe faisant au plus une simple rotation. Puis la peau se fend au dos du thorax, et la nymphe apparaît après avoir rejeté, soit en peloton, soit tendue comme un fourreau, la dépouille de la larve, avec l'enveloppe cornée de la tète, les antennes et les pièces buccales. Sur cette dépouille persistent les deux trachées latérales qui unissaient les stigmates, sous l'apparence de deux lignes nacrées.

Les caractères généraux des Cérambyciens adultes sont les suivants : Antennes en général longues, le plus ordinairement de onze articles, rarement de douze, exceptionnellement d'un plus grand nombre. Tête de formes diverses, souvent engagée en partie dans le corselet, parfois saillante et portée sur une sorte de cou. Mandibules robustes; mâchoires inermes à deux lobes ciliés, parfois l'interne ou tous deux rudimentaires; labre petit. Palpes variés, maxillaires de quatre articles, labiaux de trois; languette membraneuse, coriace ou cornée, à paraglosses existants ou nuls. — Yeux de grandeur variable, le plus souvent échancrés en dedans, et entourant la base des antennes. Corselet variable; écusson toujours visible; élyircs le plus souvent grandes et allongées, et débordant la base du corselet, rarement réduites ou soudées, et alors absence d'ailes. — Abdomen de cinq segments, rarement de six chez les mâles, souvent échancré à l'extrémité chez les m.llcs, portant un oviducte chez les femelles. — Tarses de quatre articles (subpent;unérie), dont le quatrième présente à la base un nodule rudiment de cinquième article, et dont le troisième est en général bilobé ou cordiforme ; les articles tarsaux garnis en dessous de brosses veloutées, à crochets ordinairement simples. Corps en général allongé, jamais très-plat ni globuleux.

712 COLÉOPTÈRES. — CÉRAMBYCIENS.

Les antennes, par leur longueur, toujours plus considérable chez les mâles que chez les femelles, constituent le principal caractère des Cérambyciens adultes; cependant il y a des genres à antennes raccourcies, qui offrent des passages insensibles avec certains Chrysoméliens des genres Orsodacna et Domicia, et des genres exotiques du type des Galéruques. Les larves rendent, il est vrai, la confusion impossible ; car, chez les Chrysoméliens, elles ont des pattes écailleuses bien développées au thorax, et vivent en général à découvert sur les feuilles qu'elles dévorent, et, si quelques-unes vivent en mineuses à l'intérieur des plantes, elles n'ont, outre la tète, que onze segments apparents au lieu de douze.

Les antennes, organes si variés chez les insectes, n'échappent pas à la loi commune de la diversité chez les Longicornes. Elles sont ordinairement aussi longues que le corps, et peuvent le dépasser plusieurs fois (genres Mdilis, etc.) ; ou bien, au contraire, atteignent à peine la base du corselet (genres Spondylis, Rhagium, etc.]. Le plus souvent les articles sont simples, lisses, tantôt cylindriques, tantôt noueux, fusiformes, obconiques ; parfois ils sont uniformes de grosseur, parfois vont en s'amincissant vers le bout. Il peut arriver que ces articles soient duveteux ou munis de poils en franges ou en touffes; l'article basilaire est toujours le plus volumineux. Les antennes sont en général portées sur des tubercules saillants ; parfois, surtout chez les Prionides, elles offrent des fossettes ou sillons porifères, analogues à ceux découverts par Erichson chez les BupresUens et visibles seulement à de forts grossissements. Ils consistent, selon M. Schiœdte, en dépressions hémisphériques ayant au fond un poil très-court et translucide.

Les yeux, rarement entiers, sont, ou à fins granules, ou à gros granules, avec quelques passages, ce qui doit être en rapport avec une vision diurne ou crépusculaire.

Les pièces buccales des Longicornes ont été très-bien étudiées dans un travail sur l'organisation anatomique des Cérambyciens du Danemark, par M. Schiœdte. Ce travail a été traduit partiellement en anglais dans les Ann. and Mayaz. of natur. Hist., sér. 3, 1865, XV, p. 182, et analysé en français par M. Thomson {Plujsis, \, p. 5). Le labre, soudé à l'épistome chez les Prionides, est libre dans les autres groupes ; les mandibules varient beaucoup. Les mûchoires ont le plus souvent deux lobes parfois très-réduits {Spondtjlis). Le plus important, l'externe, subsiste seul chez presque tous les Prionides, et devient très-grôle chez beaucoup de Cérambycides et même très-long dans quelques genres {CalUchroiiui). Les palpes maxillaires et labiaux ont le dernier article aciculé chez les Lamiides, tandis que cette forme n'existe pas chez les autres groupes. La languette est importante ; elle est membraneuse et distincte dans l'immense majorité des Cérambycides, et pourvue de paraglosses consistant en deux lignes saillantes et velues, situées à la lace interne et allant en divergeant de la base au bord antérieur (Lacordaire). Chez les l*rionides et certains (^n-ambycides, elle est cornée,

CÉRAMBYGIliNS. 713

sans paraglosses soudées aux pièces basilaires; les Lamiides la présentent très-développée, coriace, cordiforme et sans paraglosses.

Le pronotum du prothorax est séparé des flancs par des arêtes pu lignes saillantes chez tous les Prionides et chez quelques Cérambycides, et les autres genres n'ont rien de pareil ; récusson, très-grand dans les genres qui se rapportent au type Trachyderes, est en général médiocre et en triangle curviligne. Les ailes existent presque toujours, mais les élylres peuvent être raccourcies en arrière, laissant à découvert un nombre variable d'arceaux de l'abdomen, ou bien en écailles, ou amincies en lanières {subuléc.'i) : quelques Saperdes, dans les Lamiides, sont les seuls où cette réduction ait lieu. Elle est au contraire fréquente chez les Cérambycides à yeux finement granulés et chez certains Prionides.

Les cuisses et les jambes sont d'ordinaire inermes dans les Cérambyciens, ofl'rant des épines dans certains types aberrants, comme le genre SiMiidylis et chez divers Prionides. Les crochets des tarses sont simples, à l'exception de quelques genres du type Saperda. Les jambes se terminent par deux éperons qui d'habitude ont peu d'importance; ils ne sont bien développés que dans le groupe des Leptures, insectes floricoles et agiles, qui ont en même temps la tète mobile, allongée en avant, rétrécie en arrière, tandis qu'elle est robuste et subcarrée chez les Prionides normaux, où elle doit porter de fortes mandibules.

Lacordaire évalue le nombre actuel des Gérambyciens existant dans les collections à huit mille espèces en moyenne. On les rencontre dans toutes les régions du globe ; mais on peut dire d'une manière générale qu'ils sont plus abondants dans l'Indo-Chine, les îles Malaises et l'Amérique méridionale ; car ces pays chauds et humides présentent une grande exubérance de végétaux ligneux, nourriture la plus habituelle des larves des Longicornes.

Linnœus n'établissait dans cette grande tribu que trois genres : Cerambijx, Xectjdalis, Leptura. Geoffroy créa les genres Stencorr et Prione; Fabricius, les genres Cdllidium , Spoiidj/lis, Lamia , Saperda, Molorchtis, etc.

En France, LatreillC; d'après les organes buccaux, les subdivisa en quatre groupes autour des genres Lamia, Cerambyx, Necydalis, Leptura- Audinet-Serville, en se :;ervant des bases de Latreille (^nn. Soc. entomde Fr., V série, 1832, 1833, 183Zi et 1835), a beaucoup contribué à perfectionner l'étude de classification et de description des Longicornes, et l'on doit citer, parmi les travaux les plus récents, les Longicornes de M. Mulsant (Paris et Lyon, 1839, et '2" édition, 1862-1863), et les Cérambycides de M. L. Fairmaire (186^-1865, t. IV, 2*^ partie, Gênera des Coléoptères d'Europe) : ces deux auteurs pour les espèces indigènes ou européennes. Un travail général sur la tribu, comprenant les genres de tous pays, est la classification des Cérambycides par AL J. Thomson (Systema Cerambycidarum, Liège, Dessain, 186/i). M. Thomson, adoptant en partie

714 COLÉOPTÈRES. — CÉRAMBYCIENS.

la classification plus anciennement publiée d'un de ses compatrîotes, M. Le Conte {Journ.de l'Acad. des sciences de Philadelphie^ 1852 et 1862), divise les Cérambyciens en deux légions. La première, formée uniquement de la famille des Lamiides, présente les jambes antérieures sillonnées obliquement à l'intérieur vers le sommet ; la seconde a les jambes antérieures non sillonnées en dedans, et comprend les grands groupes des Spondylides, Prioiiides, Cérambycides et Leplurides. Le travail de M. J. Thomson, malheureusement d'une rédaction très-compliquée, est excellent pour la fidélité des diagnoses, réduites aux caractères fondamentaux.

Lacordaire a couronné son œuvre entomologique par la publication des Longicornes {Gênera, 1869 et 1871, posth.). H reconnaît que les travaux modernes amènent les auteurs à grouper ces Coléoptères de classification si difficile autour des genres Priomis, Cerambijx, Lamia et Leptura. Il se range à l'opinion de MM. Le Conte et Schiœdte, fondée surtout sur l'examen des formes exotiques de passage, et fait rentrer le type Leptura, comme sous-type, dans les dépendances du type Cerarnbyx. Il en résulte l'adoption de trois familles dans la tribu : les Prionides, les Cérambycides et les Lamiides : celles-ci, selon l'idée de M. Schiœdte, devant terminer la tribu comme se rapprochant le plus des Chrysoiiiéliens (type Donacia), forme inférieure des Pliytophages.

L — PRIONIDES.

Dernier article des palpes des deux sortes non aciculé. Jambes antérieures sans sillon oblique interne. Languette cornée. Proriotum distinct des flancs du prothorax ; hanches antérieures fortement transversales.

GENRES PRINCIPAUX

Nous commencerons l'étude des genres principaux des Cérambyciens par un genre aberrant rejeté avec d'autres, par M. J. Thomson, dans les Subcérambycides, par Lacordaire dans les Prionides aberrants, c'est-àdire dans un groupe de résidu formé d'espèces presque exclusivement exotiques et qui n'ont qu'une partie des caractères des Cérambyciens.

P.%R.%i%'l»R.%, Latr. — Corps déprimé, parallèle. Antennes courtes; mandibules des mâles grandes et horizontales ; mâchoires unilohées. Abdomen court. Jambes dilatées au sommet ; tarses à peine munis do brosses.

Les Parandra se distinguent des vrais Cérambyciens par leur languette cornée et en l'orme de segment de cercle très-court, le troisième article des tarses simplement échancré et non bilobé, et le quatrième

PRIONIDES. — PARANDRA, HYPOCEPHALUS. 715

et dernier ayant entre ses crochets un appendice sélifère. Leur aspect rappelle à la fois les genres Passandra et Lncamts; les anciens auteurs les plaçaient dans les genres AttHalms, Scarites, Tenehrio. V.a genre est surtout composé d'espèces américaines, parmi lesquelles nous citerons le P. lineolata, Gory, de couleur marron, de la Guadeloupe (pi. xxi, flg. 7 ; 7 a, tête du mâle en dessus ; 7 b, tarse antérieur subpentamére). 11 y a aussi des espèces asiatiques, et une d'entre elles devient même à demi européenne, se rencontrant dans le Caucase, le P. caspica, Ménétriès. Les Parandres sont presque pentamères, le nodule du quatrième article du tarse 6tant fortement développé. Ils sont surtout d'Amérique, et quelques espèces sont de la côte d'Afrique, de l'Asie centrale, de la Polynésie. En général assez grands, ils ont une livrée uniforme d'un fauve ferrugineux brillant, souvent avec le bout de la tête, les tarses et les antennes noirs ; ils sont ponctués en dessus d'une manière tixe le plus souvent et sans ordre.

HVPOfKPHAI.l'S, G. Desm. — Antennes très-courtes, de onze articles, en partie iiioniliformes. Deux lobes aux mâchoires. Corselet ovifornie, formant presque la moitié du corps; écusson cordiforme, assez grand, aigu en arrière. Élytres soudées, très-convexes, acuminées et un peu recourbées en arrière. Pas d'ailes. Abdomen très-petit, acuminé en arrière. Pattes très-robustes, surtout les postérieures, à tarses pentamères, fililbrmes, sans brosses en dessous. C-orps oblongoovale, presque glabre.

Le grand et curieux insecte sur lequel est fondé ce genre avait frappé G, Desmarest, qui l'a décrit le premier {Mauas. dp zuoL, 1832, Insectes, pi. 2/i), par sa ressemblance grossière de forme avec une Courtilière (Orthopl.), en raison de son vaste corselet ovale. Sa longueur est de 6 à 7 centimètres. Sa vie est probablement souterraine; on Ta observé marchant lentement à terre, el, dit-on, dans les carcasses desséchées d'animaux. Les classiticaleurs l'ont promené à toutes les places. G. Desmarest le plaçait dans les Silphiens, à côté des Nécropliores. On en a fait un Cucujicn, un Lamellicorne même, quoique ses antennes soient le plus loin possible de ce type. M. K. Blanchard {Hist. des Ins., 18Zi5, II, 135) en fait une tribu spéciale, les Hypocéphaliens, voisine des Cérambyciens. M. .1. Thomson et Lacordaire ne voient en lui qu'un Cérambycien aberrant, offrant une exagération des caractères de cette tribu et non un assemblage de caractères hétérogènes. Les antennes sont au minimum celles des Longicorncs par leurs articles cylindriques. Il est entièrement d'un brun foncé et sans éclat, avec quelques points enfoncés nn la tête et le corselet, et les élytres légèrement rugueuses, avec trois côtes peu sailljinti's. On ne l'a (>ncore trouvé que dans l'intérieur du Brésil, d'abord dans la province de Minas-tjeraes, puis dans celle de Bahia. Les individus recueillis près de cette ville auraient, dit-on, un rellet d'un vert olivâtre. Peut-être y a-t-il là une espèce distincte ? L'H.armatus,

716 COLÉOPTÈRES. — CÉRAMBYGIENS.

G. Desm., est très-rare dans les collections. M. E. Blanchard rapporte que le premier individu qui vint à Paris en 18/i0 fut payé aux enchères publiques, pour la collection du Muséum, la somme de 305 francs, et que depuis, deux individus mutilés furent vendus chacun 80 francs.

On peut grouper un certain nombre de genres autour du type Prionus, et les caractériser comme il suit, de manière à n'avoir plus à répéter ces généralités : Yeux transverses, à peine échancrés, n'entourant pas la base des antennes. Mâchoires unilobées par atrophie du lobe externe. Corselet toujours rebordé latéralement, semblant composé de quatre pièces ; hanches antérieures très-transverses. Nodule des tarses toujours plus ou moins apparent, le troisième article parfois non bilobé, mais seulement échancré, le dernier plus ou moins allongé.

PRIOMUH, Geoffr. — Antennes courtes, beaucoup moins longues que le corps dans les deux sexes, ayant douze articles ou plus, car leur nombre varie, ceuxci dentés et subimbriqués, surtout chez les mâles. Corselet armé de trois dents de chaque côté. Jambes antérieures graduellement et fortement dilatées. Corps ample et convexe. Pattes robustes.

Les femelles ont le corps et surtout les élytres plus larges que les mrdes, celles-ci n'atteignant pas l'extrémité de l'abdomen. Les Prionus sont des insectes crépusculaires qu'on reconnaît facilement aux épines qui bordent le corselet. On trouve en Suède, en France, en Allemagne et dans le sud de la Russie le /*. voriarius, Linn., qui se rencontre aux environs de Paris. On le voit parfois à l'état parfait sur les troncs des arbres. 11 est de grande taille, 25 à 35 millimètres, et ne sort que le soir des flancs caverneux des arbres, où il reste caché le jour. Les Chauves-Souris, les Engoulevents, les Rapaces nocturnes en font leur proie. On le reconnaît à ses trois larges épines de chaque côté du coi'selet, à ses antennes robustes chez les mâles et de douze articles imbriqués, tandis qu'elles n'ont que onze articles grêles chez les femelles; à sa poitrine couverte de poils gris serrés. Sa livrée est sombre et en rapport avec les ténèbres; il est d'un brun de poix et rougeâfre en dessous, à élytres rugueusement ponctuées, chargées de trois lignes élevées, obsolètes. La larve vit surtout dans les troncs des Chênes, des Hêtres, et aussi dans les Cerisiers et dans divers autres arbres. Sa tête est d'un brun châtain, son prothorax de couleur safran, le reste blanchâtre ; de larges mamelons régnent du quatrième au dixième segment ; les deux derniers anneaux sont étroits, lisses, allongés, et le dernier terminé par un bouton faiblement rélractile. Pour la nymphose, elle se fait une coque dans le bois où elle a vécu. Elle a six pattes très-courtes, comme toutes les larves de ce groupe, vivant toutes dans les troncs et les souches des

PRIONIDES. — CALOCOMUS, CEROCTENUS, ANACOLUS. 717

grands arbres, et y perçant des trous profonds. Le genre Prionus a de nombreuses espèces presque toutes propres à l'hémisphère boréal, surtout américain, analogues de couleur, de forme et de taille au /'. coriarius, la seule espèce d'Europe.

CAL.OCO.Ml'f^, Aud.-Serv. — Antennes du nîâle toujours plus courtes que le corps, ayant de onze à vingt-deux articles, la plupart pectines et comprimés. Tête munie d'un cou très-court; grand écusson très-angulaire. Corselet crénelé et épineux ; élytres allongées normalement. Pattes subégales, les jambes antérieures légèrement dentées chez les mâles, inermes chez les femelles.

Ce genre est de l'Amérique du Sud. Le type est un grand et bel insecte du Tucuman et de la Patagonie, rapporté d'abord par Lacordaire, brun, avec bout dos antennes rougeâtre et deux bandes jaunes sur chaque élytre, le C. Desmaresti, G.~Mén. (pi. xxi, fig. 8; 8 a, bouche vue en dessous; 8 6, tôle en dessus; 8c, id. grossie et les mandibules écartées). Depuis on a découvert six autres espèces de ce beau genre dans diverses parties de l'Amérique du Sud, espèces très-rares dans les collections ; de grande taille, sans couleurs métalliques, ayant tous les articles terminaux des antennes d'un beau rouge vif, avec un nombre total d'articles variant d'espèce à espèce.

CEnoCTEXUS, Aud.-Serv. — Tête et pattes comme dans le genre précédent; antennes du mâle courtes, subpectinées. Corselet muni d'une petite épine après la moitié postérieure; grand écusson en triangle allongé longitudinalement.

Le type de ce genre américain est un insecte de taille moyenne, à élytres élargies à la base et saillantes aux épaules, un peu acuminées à l'extrémité, du Brésil, le C gagatinus, Germar. La variété figurée pi. un, fig 1 (la, thorax vu en dessous) a le corselet globuleux, noir luisant, ponctué, les élytres noires, avec une large tache d'un rouge de corail de chaque cùté de l'écusson ; la poitrine, l'abdomen, la moitié des cuisses intermédiaires et postérieures sont du même rouge. On avait fait des espèces avec d'autres variétés : ainsi l'une entièrement d'un noir luisant ; une autre, au contraire, à élytres rouges ondées de noir; etc. Les espèces de ce genre paraissent spéciales au Brésil. Elles sont de taille moyenne ou assez petites, d'un noir brillant sujet à devenir rougeùtre, assez souvent avec taches ou bandes rouges, et parfois avec un mélange mal arrêté des deux couleurs. Il est difficile de limiter les espèces, qui varient beaucoup.

AHIACOLU!^, Latr., Aud.-Serv. — Tête sans cou; antennes courtes, pectinces Corselet transversal, non crénelé, avec une épine latérale; grand écusson. Élytres peu consistantes, très-courtes chez les mâles, dans le genre de celles des

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Nécydales, plus longues chez les femelles, nniis n'atteignant pas l'extrémité de l'abdomen et débordées par les ailes Jambes antérieures inermes dans les deux sexes.

Ce genre, de l'Amérique du Sud chaude, a les yeux finement granulés, ce qui indique des insectes diurnes ; les mâles ont le corps allongé et étroit, celui des femelles est au contraire court et large. I/espèce type est VA. lii()uhris, Aud.-Serv., du Brésil. Elle offre beaucoup de variétés, différentes d'un sexe à l'autre, ce qui a amené la création de beaucoup de fausses espèces. D'après M. Thomson, l'individu femelle que nous figurons est une variété de ce sexe, à corselet et élytres rouges (var. ^ sanguineus, A.-Serv.) (pi. xxi, fig. 9; 9 a, tarse antérieur vu de profil; g b, id. de face; 9c, antenne). Cette espèce serait réellement unique, d'après M. Thompson.

PRIOIIAPTKRI'S», Aud.-Serv. — Tète sans cou. Corselet très-transversal; grand écusson. Pattes postérieures allongées ; tarses grêles, allongés, cylindriques, à troisième article seulement très-échancré, mais non bilobé,

Ce genre est fondé sur un insecte de couleur brune très-foncée, rencontré à Cordova, dans l'Amérique intertropicale du Sud (Tucuman) (pi. XXI, fig. 10; 10 b, tète en dessus; 10 6, tarse antérieur). C'est une femelle à corps large, privée d'ailes, à élytres beaucoup plus courtes que l'abdomen, lisses, à deux fines côtes assez saillantes, de sorte que l'aspect rappelle les Méloés et les Staphyliniens larges et déprimés. C'est le P. staphylinus, G.-Mén. Le mâle, probablement ailé, est encore inconnu. La couleur est partout d'un noir mat. M. J. Thompson fait remarquer avec raison que ce genre se trouve sur la limite des Cérambyciens. Par la forme des tarses, le troisième article est, pour ainsi dire, afin de ne pas compromettre la solidité de l'organe, mis dans l'impossibilité d'être bilobé ; il n'est plus dès lors que profondément échancré. Une seconde espèce ou variété, du même pays, le P. ftavipennis, G.-Mén., a les élytres d'un fauve vif à reflets soyeux.

ERUATEli, Aud.-Serv. — Antennes à premier article court et épais, plus longues que le corps chez le mâle, plus courtes chez la femelle, grêles, non dentées. Corselet dissemblable dans les deux sexes, lisse chez les mâles et divisé en deux, rugueux chez les femelles; élytres parallèles, non dilatées latéralement.

Le type de ce genre est VE. faber, Linn., de Suède, de France, d'Allemagne et d'Algérie, gand Coléoptère de 30 à 38 millimètres, d'un brun noir ou d'un brun rougeâtre, à corselet unidenté chez les femelles, à élylres pointillées irrégulièrement, coriacées, avec deux lignes longitudinales élevées. Les larves de ces insectes vivent dans les souches de Pin, et, par leur grosseur, produisent des trous qui détériorent beaucoup les planches et charpentes. Elles sont communes dans

PRIONIDES.— ERGATES, TITAMUS, ^GOSOMA. 719

les forêts de Pins des Landes, et servent de nourriture aux Blaireaux, qui en sont friands. Rlles ont six pattes courtes, et, du qualriôme au onzième anneau , sont garnies de larges mamelons marqués chacun d'une impression eu forme de triangle transversal. Le dernier segment est terminé par un mamelon faiblement rétractile. L'adulte se trouve surtout dans les endroits moniagneux du midi de la France.

La larve de YErgates fahcr vit dans les arbres verts, notamment les Pins maritimes des Landes. La durée de la vie de l'insecte est de deux ans. De la mi-juillet à la mi -septembre, la femelle, avec son oviscapte corné, introduit ses œufs dans l'écorce des souches et des tiges mortes. La jeune larve s'enfonce dans l'aubier du bois et des racines, et y creuse de larges galeries. Elle acquiert une longueur de 60 à 65 millimètres, est munie de quatre ocelles de chaque côté, de pattes roussâtres, écartées et courtes, et offre six saillies dentiformes au bord antérieur de la tête. Elle se rapproche de l'écorce pour devenir nymphe dans une cellule ellipsoïdale. La nymphe est munie d'épines et d'aspérités qui lui permettent de se retourner dans sa loge. L'éclosion de l'adulte a lieu en juillet, août et début de septembre. 11 y a quelques autres espèces du Nord de l'Afrique, d'Asie occidentale et des deux Amériques.

TITAlilîS, Aud.-Serv. — Antennes courtes, ne dépassant pas la moitié de la longueur du corps. Corselet muni latéralement de trois épines de cliaque côlé; élytres amples, sulidéprimées. Jambes des mâles ayant en dessous deux séries d'épines, inermes ctiez les femelles.

Le type du genre est une espèce unique et de taille énorme, de l'intérieur de la Guyane, assez rare, anciennement conjiue des collectionneurs ; de couleur brune, à corselet lisse sur le disque et rugueux sur les côtés, à élytres rugueuses, avec quatre lignes saillantes sur chacune : c'est le T. niganteus, Linn., qu'on trouve au pied des arbres.

Un genre voisin, des mêmes localités, est curieux par le très-grand développement de ses mandibules horizontales, pluridentées en dedans, et a pour type le Macrodontia, Aud.-Serv., cervicornis, Linn., de la Guyane et du Brésil.

Il y a plusieurs autres espèces de ce genre, de très-grande taille comme le type, il est le seul commun dans les collections, les autres Macrodontia étant au contraire très-rares. Ce genre est spécial aux régions les plus chaudes de l'Amérique du Sud.

iKUOiiioM.l, Aud.-Serv.^ Corps très-allongé, étroit, finement pubescent. Tête saillante ; antennes filiformes, couvertes de fines aspérités. Corselet transversal ; élytres déprimées, très-allongées, subparallèles, un peu plus larges que le corselet à leur base. Pattes longues, surtout les postérieures.

Le type de ce genre est une grande espèce de la majeure partie de l'Europe tempérée et méridionale^ \'yE. scabricorne, Scop., deZiO à 50 mil-

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limètres, d'un brun roussâlre mat, plus clair sur les élytres et les pattes. On le prend, surtout dans le Midi, sur les vieux Tilleuls, les Ormes, les Hêtres, les Peupliers, les vieux Noyers. Il est assez commun en Bourgogne, de la fin de juillet au commencement de septembre; se tient caché pendant le jour dans l'intérieur des troncs, à l'abri de la lumière, et sort le soir. On le prend aussi le matin par les temps humides et couverts, et plus rarement dans le jour, si le ciel est nébuleux et l'atmosphère orageuse. Les antennes sont un peu plus longues que le corps chez les mâles, et seulement un peu plus longues que la moitié chez les femelles. Il y a quelques autres espèces d'aspect analogue, plus petites pour la plupart, parfois plus sveltes, et répandues dans la Chine, l'Hindoustan, Ceylan, l'Indo-Chine et les archipels indiens.

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