ÉLÉMENTS ANATOMIQUES ACCESSOIUES DU TISSU OSSEUX
Un os sec est uniquement constitué par l’élément fondamental, La description qui précède donne
l’idce du tissu osseux à l’état sec. Mais, chez le vivant, 1 os contient encore quelques éléments anatomiques qui sont accessoires dans son tissu. Ces éléments sont : 1° des vaisseaux sanguins, 2° des nerfs, 3° quelques éléments de la moelle des os.
Y a-t-il des vaisseaux lymphatiques dans le tissu osseux ? Van Heckren dit en avoir vu chez la cigogne; Cruiksanck dit en avoir injecté dans une vertèbre; mais depuis personne n’a pu réussira injecter ces vaisseaux; il est probable qu’il n’en existe pas. M. Sappey dit bien qu’en face des phénomènes de résorption dont les os sont le siège, on ne peut leur refuser des lymphatiques. Lorsque M. Sappey a écrit ces mots, il a déshérité les veines d’une propriété qu’elles possèdent à un haut degré, et certes les veines sont très-abondantes dans le tissu osseux.
Les vaisseaux sanguins du tissu osseux sont extrêmement abondants; ils sont fournis par les vaisseaux nourriciers, qui pénètrent dans les os longs de trois manières différentes : par le trou nourricier de premier ordre du corps, par les trous nourriciers de deuxième ordre des extrémités, par les trous nourriciers de troisième ordre répandus à la surface de l’os. Ces vaisseaux émanent des artères et se ramifient dans l’épaisseur du tissu osseux comme les canaux de Ilavers qui les contiennent. Comme ces canaux, ils s’anastomosent entre eux et avec les vaisseaux sanguins que l’on trouve à la face interne du corps des os longs, et qui constituent un réseau
très-riche que certains auteurs ont appelé membrane médullaire. Pour avoir une idée du nombre de ces vaisseaux et de la vascularisation du tissu osseux , on n’a qu’à se rappeler la distance qui sépare les canaux de Havers les uns des autres. Les os émettent des veines qui sortent principalement par les trous nourriciers de premier ordre et de deuxième ordre. Les os plats et les os courts ne possèdent que les artères nourricières de deuxième et de troisième ordre. Certains os, comme les os du crâne et les corps des vertèbres, présentent une disposition spéciale en ce qui concerne les veines. Cellesci en effet se dépouillent dans ces points de leurs membranes externes ; elles sont réduites à une seule membrane qui adhère intimement au tissu osseux et qui reste béante quand l’os vient à être divisé. Ce détail anatomique rend compte de la fréquence de la phlébite et de l’infection purulente que l’on observe à la suite des plaies des os du crâne. C’est dans le crâne que ces canaux veineux ont été étudiés par Breschct et, par Dupuytren. Ils présentent celte particularité que, chez les vieillards, quand les sutures sont ossifiées, les canaux veineux d’un os communiquent avec ceux des os voisins.
Le tissu osseux est pourvu de nerfs qui proviennent du grand sympathique et surtout des nerfs cérébro-rachidiens. Ces filets nerveux pénètrent avec les vaisseaux dans le tissu de l’os aussi bien sur les os courts et les os plats que sur les os longs. Ils se ramifient dans l’os cl vont se distribuer à
la moelle. On ne connaît pas encore la manière dont ils se terminent.
Les vertèbres sont, parmi les os courts, les plus riches en filets nerveux qui pénètrent clans leur corps par la face postérieure et par la face antérieure. Des nerfs ont été vus sur tous les os du tarse et du métatarse.
On les a vus aussi sur l’omoplate et sur l’os coxal, dans lesquels ils pénètrent avec les gros vaisseaux; le sternum et les os plats de la voûte du crâne en renferment aussi, mais ils y sont peu abondants. Ceux du frontal proviennent du nerf sus-orbitaire.
Les os longs reçoivent par le corps des nerfs diaphysaires, par les extrémités, des nerfs épiphysaircs, visibles à l’œil nu. Le nerf sciatique et le nerf crural fournissent ceux du fémur, le nerf tibial postérieur ceux du tibia , le nerf musculo-cutané ceux de l’humérus.
On trouve dans les canaux de Havers, autour des vaisseaux qui y sont contenus, quelques éléments de la moelle, médulloccllcs , myéloplaxes et substance amorphe. Très-rarement on y trouve quelques vésicules graisseuses. Ces éléments sont irrégulièrement placés autour des vaisseaux, manquant dans quelques points, rassemblés en groupes ailleurs.
Lorsqu’on soumet un os à l 'action du feu jusqu’à calcination, la matière organique est complètement détruite, et il ne reste plus que la partie
inorganique qui conserve encore la forme de l’os (1).
Si on le soumet à l’action de Y acide chlorhydrique étendu, les sels de l’os sont dissous et il ne reste que la matière organique molle, élastique, conservant la forme de l’os. Cette matière ne se dissout pas dans les alcalis aussi facilement que la fibrine et l’albumine, elle se décompose facilement par l’action de l’eau bouillante, qui la fait passer à l’état soluble. Dans cet état elle prend le nom de gélatine, et se prend en masse par le refroidissement. Cette matière organique, différente de l’albumine, de la fibrine et de la gélatine au moment où elle vient d’être obtenue , a reçu le nom cYosséine ou ostéinc (Robin et Vcrdcil). L’osséinc ainsi obtenue, traitée par l’eau bouillante, laisse voir la mince pellicule qui tapisse la cavité des ostéoplastes.
Le G avril 1857 M. Robin a fait connaître à l’Académie des sciences un moyen qui ne permet plus de douter sur l’existence d’un liquide remplissant les ostéoplastes à l’état frais. En effet, quand on plonge un os frais, dépouillé de son périoste, dans la glycérine, celle-ci pénètre dans les cavités osseuses;
(1) L’os est composé, d’après Bcrzelius, de :
Gélatine 32,17
Vaisseaux sanguins 1,13
Phosphate de chaux 53,04
Carbonate de chaux 1 1 ,30
Fluate de chaux 0,20
Phosphate et carbonate de magnésie i,ig
Carbon, de soude, chlorure de sodium et eau. 1 ,20
alors le liquide qui s’y trouvait normalement devient le siège d’un dégagement de gaz dont on voit les bulles, sous forme de points noirs, être chassées dans les canalicules, où l’on peut suivre leur marche. La cavité de l’ostéoplaste n’est donc pas remplie par un corps solide.
mode d’apparition. La substance osseuse prend naissance dans le cartilage. Le dépôt terreux se montre d’abord sans être précédé parles vaisseaux qui suivent de près son apparition. Ce phénomène inexplicable se montre sur les os de l’embryon jusqu’au troisième mois de la grossesse; mais, à cette époque, quand les cartilages qui doivent s’ossifier ont acquis un certain volume, ils deviennent vasculaires avant l’ossification. La substance osseuse présente deux modes de génération :
1° Par substitution,
2° Par envahissement. '
On appelle génération osseuse par substitution, celle dans laquelle la substance des os est précédée par le tissu cartilagineux; elle se développe au centre de ce tissu, se substitue à lui et le fait disparaître.
Les os du tronc et ceux de la base du crâne naissent par substitution.
Dans la génération osseuse par envahissement, la substance osseuse naît au fur et à mesure qu’apparaît le tissu cartilagineux. Aussitôt que celui-ci est né, il est envahi par les dépôts terreux; en un mot, dans ce mode de génération, l’os n’est pas précédé
par un cartilage qui représente la forme cle l’os futur.
Ce mode de génération s'observe dans les os de la voûte du crâne, au-dessus d’une ligne circulaire passant par les arcades orbitaires, le trou occipital, et les apophyses zygomatiques; dans l’anneau tympanal, les petites ailes du sphénoïde, l’cthmoïdc, le cornet inférieur et les branches du maxillaire ini férieur.
Que la substance osseuse soit née par le premier ou par le second mode, l’accroissement consécutil se fait toujours par envahissement, c’est-à-dire que le dépôt terreux se montre aussitôt que commence à se montrer le tissu cartilagineux sur les limites de l’os.
L’ostéoplastc lire son origine du chondroplastc. À mesure que les sels se montrent dans la substance osseuse entre les chondroplastcs, ceux-ci diminuent de volume, le dépôt salin s’accroît, le chondroplastc se rétrécit, les sels qui se combinent à la substance osseuse proéminent dans ces cavités et y détermincntdcs saillies et des dépressions. En même temps, apparaissent les prolongements de l’ostéoplastc ou canalicules osseux. La membrane qui forme la paroi du chondroplastc tapissera la cavité de l’ostéoplaste.
Nous n’avons pas besoin de dire comment apparaissent les canaux de Havers, il est évident que leur apparition a lieu en même temps que celle des vaisseaux sanguins, puisque ceux-ci y sont contenus.