‹ Traité élémentaire d'hygiène et de médecine légale, précédé d'une introduction historique et suivi d'une biographie, d'une bibliographie, etcChapitre 18 sur 53 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De quelques institutions sociales dans leur rapport avec la santé publique.

Dans les deux précédens chapitres , nous avons examiné tout ce qui intéresse la santé des masses considérées sous un point de vue général. Nous devons ici traiter desmesures hygiéniques qui sont particulières à certaines conditions imposées à l’homme par la société, et auxquelles il ne lui est pas tou-

INSTITUTIONS SOCIALES. g3

jours possible de se soustraire. C’est, en effet, une des conséquences de l’état de société, que, dans l’intérét de tous, l’homme est obligé de se soumettre à différens genres de vie qui entraînent, à leur suite, des habitudes contraires à la conservation de la santé ou qui l’exposent à une foule de causes de destruction dont il ne peut se garantir qu’en s’astreignant à certaines précautions inutiles à ceux qui sont placés dans les conditions de la vie commune. De ce nombre sont les militaires , les marins et les hommes adonnés à certaines professions. D’un autre côté, à la suite de causes que nous n’avons point à examiner en ce moment, la société s’est vue dans la nécessité de fonder, pour une partie de ses membres, des établissemens de bienfaisance où l’indigence pût, en toute occasion , trouver asile et secours ; ce sont les hôpitaux et les hospices, établissemens qui réclament aussi Sldes soins hygiéniques particuliers. Enfin , ■obligée de réprimer le vice et de punir le «crime, la société a dû, dans l’intérêt de sa (fpropre conservation , établir des maisons )j|de répression, où les criminels, renfermés

dans un espace assez étroit, sont soumis à une multitude de causes demortalité inconnues aux autres hommes. Ce sont ces différentes questions qu’il convient d’étudier avec soin pour compléter le résumé des connaissances acquises en hygiène publique.

SECTION PREMIÈRE

Hygiène militaire.

Autant la vie militaire diffère de la vie • civile, autant elle réclame de soins particu- • liers; car, outre que les fatigues inséparables ; de cet état nécessitent un genre de vie plus sévère , la réunion d’un grand nombre j d’hommes soumis aux mêmes influences' physiologiques , partageant les mêmes privations et les mêmes fatigues, devient la source de maladies qui resteraient sporadiques dans la vie civile, tandis que chez eux elles deviennent très-facilement épidémiques.

Plus que les autres hommes, les militaires doivent observer les préceptes de l’hygiène privée. Mais, en outre, leur état réclame des soins sans lesquels il serait iinpossx-

HYGIÈNE MILITAIRE. g5

ble de conserver une armée. La vie du soldat se partage entre le temps de paix et le temps de guerre. En temps de paix, sa vie se passe à apprendre à supporter les fatigues de l’état de guerre , et les manœuvres stratégiques dont la connaissance est indispensable à l’attaque et à la défense.

Dans l’état de paix, la vie du soldat ne diffère de celles des autres hommes que par les fatigues que nécessitent les manœuvres et les exercices journaliers. Les alimens qui lui sont distribués , les vêtemens dont il se couvre sont en général convenables. Cependant, il conviendrait qu’il reçût une plus grande quantité de pain et de viande; car une livre et demie de l’un et une demi-livre de l’autre ne suffisent pas toujours à la nourriture de jeunes gens dont l’accroissement en hauteur n’est pas complètement terminé. Il serait aussi à désirer qu’on fît aux soldats de plus fréquentes distributions de vin. Quant à l’eau-de-vie, elle ne doit être donnée qu’à la suite de manœuvres longues et pénibles ou avant que le soldat se livre à ces exercices. Le vêtement du soldat éclamerait aussi quelques modifications.

Le fantassin est en général trop chargé. 11 serait aussi à désirer que l’on supprimât cet énorme bonnet à poil dont sont couverts nos grenadiers , qui les échauffe, outre mesure pendant la marche et les prédispose aux congestions cérébrales. Le shako du fantassin n’est pas non plus à l’abri de ces inconvéniens. En somme, l’habillement de nos troupes réclame encore d’importantes modifications dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer.

Mais le vêtement et l’alimentation ne sont pas les seules choses qui réclament l’attention des chefs de corps et des médecins chargés du soin de veiller à la conservation de la santé du soldat. Les exercices auxquels il est astreint, les manœuvres qu’on lui impose, doivent aussi être mesurés sur la force physique de chacun. Sans doute il convient que celui qui est appelé par état à supporter toutes les fatigues physiques et môme à exposer sa vie pour le salut du pays, soit en état de tout braver et accoutumé à triompher de toutes les causes de destruction, mais encore faut-il l’y habituer avec mesure et en suivant une certaine gradation; précepte

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