‹ Traité élémentaire d'hygiène et de médecine légale, précédé d'une introduction historique et suivi d'une biographie, d'une bibliographie, etcChapitre 21 sur 53 · HYGIÈNE MILITAIRE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE MILITAIRE

mêmes salles. Il serait encore plus désirable que, selon le vœu d’amis éclairés du pays, on trouvât le moyen de renoncer au casernement, et d’instruire le jeune soldat aux manœuvres et au maniement des armes sans l’astreindre à la vie commune de la caserne, qui est si futile, si coûteuse et si peu en harmonie avec les habitudes contractées dans les familles.

En temps de guerre tous les préceptes que nous venons de poser ne peuvent être ponctuellement suivis ; l’existence du militaire est soumise aux chances incalculables de la guerre; il s’alimente quand et comme il peut; ses vêtemens ne suffisent pas toujours à le garantir des vicissitudes atmosphériques ; tantôt il passe les nuits en plein air, tantôt il les passe sous un abri plus ou moins convenable, et presque toujours ses marches sont forcées.

Cependant, toutes les fois qu’on le peut, il convient de s’écarter le moins possible des principes hygiéniques. C’est surtout en temps de guerre qu’une discipline sage et sévère est indispensable. Et d’abord, l’alimentation du soldat en campagne devra

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être plus substantielle et plus excitante que lorsqu’il vit en garnison ; on doit veiller à ce que son équipement soit dans le meilleur ordre possible, et s’arranger de manière à ce qu’il repose dans des lieux suffisamment abrités. Les journées de marche, qui en temps de paix sont de 5 à 6 lieues , ne peuvent ici être réglées en aucune manière. Ce sont là des principes généraux qu’il suffit de poser pour qu’on en sente toute l’importance. Il en est d’autres qui réclament plus de détails, en ce qu’ils se rapportent à des conditions spéciales dans lesquelles le soldat se trouve fréquemment. Nous voulons parler du bivouac, des troupes renfermées dans les places assiégées, et des cantonnemens.

A. Jiivouac. On appelle de ce nom le ter- • rain sur lequel s’établit un corps d’armée pour y passer la nuit, sans autre abri que de la paille, des branches d’arbres, et parfois des planches disposées en forme de rempart du côté d’où vient le vent. Il convient d’établir les bivouacs sur un terrain sec , à proximité d’un village. Ordinairement lestroupes qui passent ainsi la nuit , se préser- • vent du froid et de l’humidité en entretenant

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un grand feu , vers lequel leurs pieds sont tournés , tandis que la tête est garantie , tant bien que mal, par les légers abris qu’on a pu construire. Mais , lorsque deux armées sont très-r approchées , on juge parfois qu’il est prudent de rester sans feu et sans abris. Dans ce cas , le soldat est exposé à toutes les vicissitudes atmosphériques , et souvent le froid a été assez vif pour engourdir et faire périr ceux qui étaient assez imprudens pour se livrer au sommeil. Du reste, le bivouac est peu nuisible pendant les nuits d’hiver, quand le froid est peu intense, et que les militaires ont pu se procurer assez de paille pourn’être pas immédiatement couchés sur le sol. Mais dans les saisons et les pays chauds où les nuits sont toujours fraîches , en automne, temps où l’air est humide et froid , les maladies les plus graves sont souvent la suite de nuits passées au bivouac.

B. Des sièges. Les troupes renfermées dans des places assiégées sont exposées à des dangers bien autrement graves. Tant qu’elles sont à même de recevoir des alimens frais, un peu de vin, de bière et d’eau-de-vie, la santé du soldat se conserve assez bonne,

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surtout si le service n’est pas trop fatigant , et si les troupes peuvent être logées dans des casernes bien aérées. Mais, lorsque par le fait de circonstances dépendantes de l’état de siège, toutes ces conditions changent, on ne tarde pas à voir apparaître les maladies les plus graves , qui revêtent promptement le caractère épidémique. Le remède à de pareils maux est plus facile à indiquer qu’à mettre en pratique. Rien de plus convenable, en effet, que de substituer des alimens frais aux alimens secs , et surtout aux viandes salées, de diminuer les fatigues du soldat , et de disperser les troupes agglomérées sur un point trop circonscrit, etc. Mais lorsqu’une ville est assiégée , où est le moyen de soustraire la troupe , et même les habitans , aux horreurs de la famine , et de toutes les misères inséparables de l’état de siège?

C. Cantonnement. Toutes les fois que les parties belligérantes se déterminent à conclure un armistice ou suspension d’armes, il est d’usage de disséminer les régimens qui composent un corps d’armée dans les villes et villages voisins de la contrée qu’ils occupent, alin de leur faire prendre du repos.

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Cette position est généralement favorable aux soldats ; on a seulement à craindre que des hommes qui , pendant un temps plus ou moins long, ont supporté des fatigues excessives et des privations de tout genre, ne s’abandonnent à de funestes excès. Dans ce cas , il convient de tenir le soldat en baleine , en lui faisant faire de courtes manœuvres , en l’astreignant à de fréquens appels , et surtout il est fort important de surveiller avec un soin extrême les prostituées, auxquelles ces hommes s’abandonnent avec d’autant moins de réserve, qu’ils ont vécu dans une plus longue abstinence.

SECTION II

Hygiène navale.

Si l’hygiène publique doit s’occuper avec un soin particulier de la santé des troupes de terre, elle doit encore plus étudier les causes nombreuses de maladies qui environnent les marins. Le genre de vie que l’on mène à bord, les fatigues excessives auxquelles sont exposés les équipages, ne tardent pas à faire succomber les faibles , et

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aggravent bien plutôt les maladies qu’elles 11e contribuent à les guérir, tandis qu’elles augmentent la force des hommes assez vigoureux pour supporter ces fatigues sans inconvénient.

Outre que les marins sont soumis à toutes les causes morbifiques communes à la généralité des hommes , ils sont sujets à contracter des maladies particulières, auxquelles les troupes de terre échappent le plus souvent ; tels sont le typhus naval , le typhus amaril, la fièvre jaune et le scorbut; maladies qui, sans être exclusivement propres flux gens de mer, se présentent chez eux sous des formes particulières, et sont beaucoup plus dangereuses que lorsqu’elles se rencontrent à terre.

Les causes auxquelles ces affections doivent être rapportées se tirent de l’action des modificateurs externes , parmi lesquelles figurent au premier rang, les circumfusae t les applicata.

L’air atmosphérique a sur les marins une double action météorologique et chimique. A la première influence se rapporte l’action atmosphérique dans les mers des pays

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froids et dans celle des pays chauds. On a remarqué que les hommes des latitudes élevées qui naviguent vers les pôles ne sont exposés à aucune maladie grave, tandis qu’ils souffrent toujours plus ou moins, lorsqu’ils voyagent entre les tropiques.

L’action chimique de l’atmosphère maritime n’a aucun inconvénient ; on la regarde même comme salutaire. En effet, la chaleur du soleil , en vaporisant l’eau de la mer, n’a d’autre effet que de rendre l’air plus humide, sans le charger des parties salines auxquelles Mead croyait devoir attribuer le développement du scorbut. Les épidémies plus ou moins meurtrières dont sont atteints les équipages presque aussitôt leur arrivée dans certains ports , ne dépendent point de l’air atmosphérique, mais des émanations résultant d’amas énormes de matières végétales et animales à l’état de fermentation putride, dont sont chargées les eaux de plusieurs ports. Outre ces causes nombreuses d’infection, il en est d’autres itout aussi funestes , qui appartiennent aux tvaisseaux eux-mémes, et qui sont à la fois (nombreuses et actives. C’est ainsi qu’on a

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observé des fièvres intermittentes provenant seulement de ce que, dans la construction des bâtimens , on s’était servi de bois encore vert. Si les pierres dont on se sert pour le lest des navires ont été employées sans avoir été préalablement bien lavées, les matières qu’elles contiennent , venant à fermenter, deviennent aussi la cause de nombreuses maladies. De plus , l’eau de la cale, qui délaie toutes les immondices dont ce lieu est le foyer, laisse souvent s’élever des miasmes plus ou moins délétères , surtout quand les navires font peu d’eau. Les marchandises prises en cargaison peuvent également devenir la source de fréquentes maladies : ceci est vrai surtout des peaux fraîches et des épices. Enfin, aucune circonstance ne contribue davantage au développement des épidémies que la réunion d’un grand nombre d’hommes dans un espace très-resserré, et, sous ce rapport, la traite des noirs ne pouvait qu’être funeste à ceux qui l’exerçaient ; nouveau motif de faire cesser ce honteux trafic , si des considérations d’un ordre plus élevé ne justifiaient déjà la prohibition dont il est frappé.

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