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sciences, de les suivre dans leurs développemens et leurs vicissitudes^ et d’indiquer leurs progrès désirables.
A quelque époque de la civilisation que nous remontions, nous voyons que les législateurs ont tracé des préceptes d’hygiène plus ou moins appropriés aux besoins des peuples qu’ils étaient appelés à régir. C’est ainsi que dans les livres religieux de l’Inde, de l’Egypte et de la Perse, on trouve la défense de certaines pratiques, tandis que d’autres sont commandées et revêtues de la sanction religieuse. Les modernes ont eu tort de penser que les théocrates anciens n’avaient d’autre but que de pourvoir au bien-être physique des nations , et que les dogmes religieux qu’ils enseignaient n’étaient là que pour répondre à la grossière ignorance des premiers hommes. A l’origine des temps, toute science était contenue dans les livres religieux, et, comme de tous les besoins, de toutes les pensées de l’humanité, il n’en est pas de plus élevée ni déplus j puissante que l’idée religieuse, il nous pa- I raît impossible de prétendre subordonner lies doctrines des théocrates anciens aux
préceptes hygiéniques qu’ils ont enseignés, absurde de réduire toute conception humaine à l’idée de l’existence actuelle.
Quoi qu’il en soit , l’hygiène retracée dans les livres dont nous parlons était fort imparfaite. Quelques règles diététiques , l’observance de certaines ablutions , variables selon les castes , voilà à quoi se réduit toute l’hygiène des Indiens. Chez les Perses, on trouve déjà que la science qui nous occupe a pris plus d’extension. En effet, nonseulement Zoroastre règle le régime , mais encore il s’occupe avec soin de l’éducation des enfans, bien que les règles qu’il enseigne n’atteignent point le but et soient plus propres à faire de barbares sauvages que des hommes civilisés. En Egypte, de nouvelles coutumes s’établirent ; chaque classe avait son hygiène : autre devait être la manière de vivre des prêtres, autre celle des différentes classes de la société. Mais parut Moïse , et avec lui une loi nouvelle fut promulguée. Plus parfaite que toutes les législations antérieures , la loi mosaïque développe et perfectionne ce qui avait précédé : ainsi , outre les préceptes qui lui sont com-
muns avec les autres législations, elle s’occupe de régler les conditions du mariage, prohibe certaines espèces d’animaux, détermine l’ordre et la nature des bains et des ablutions. Cependant, tous ces préceptes ne sont encore que des ébauches de l’hygiène, et n’indiquent point quelle direction elle prendra à une époque plus reculée.
Le fondateur de l’école Italique a été vanté dans ces derniers temps comme étant le père de la diététique. A ce titre, nous n’avons point à nous en occuper, car ce n’est là que de l’hygiène privée. Il en est autrement des législations de Lycurgue et de Solon. Lycurgue surtout, chef d’un peuple conquérant, s’attache à faire des Spartiates des hommes capables de braver toutes les intempéries, de supporter toutes les privations. Persuadé que l’avenir d’un peuple repose entièrement sur les générations qui s’élèvent, c’est vers l’éducation des enfans qu’il tourne tous ses soins, et il la met en harmonie avec son but politique. Ainsi, pendant cette première époque, l’hygiène publique se présente à nous constamment subordonnée, tantôt aux doctrines religieuses,
fi INTHODUCTION
tantôt aux idées politiques, et la médecine
légale n’existe point encore.
Avec la philosophie de Socrate surgit une nouvelle civilisation , et les sciences prirent de nouveaux développemens. Avant lui , la Grèce possédait quelques institutions hygiéniques dont l’origine remonte au temps de Lycurgue, et qui se développèrent en se propageant. Nous voulons surtout parler delà gymnastique, dont les heureux effets furent si bien appréciés à cette époque. Iccus et Hérodicus sont réputés pour avoir porté cet art à un degré très-élevé. Platon lui-mémene dédaigne point, dans la république et les lois , de s’occuper de l’hygiène publique; mais il n’en traite que passagèrement. Hippocrate, le premier de tous, résume toutes les connaissances du temps , étudie l’influence des climats, des mœurs et des formes de gouvernement ; les préceptes qu’il trace , déduits de l’observation , portent l’empreinte de son génie , et s’ils ne sont plus applicables à notre civilisation moderne, néanmoins on y trouve encore des faits précieux et des vues importantes.
On sait avec quel soin on s’occupa, à
Rome, d’hygiène publique.Tout ce qui avait rapport à la salubrité de la ville y était réglé par la classe de magistrats appelés Ædiles. C’est à eux qu’appartenait le soin de veiller à ce que tout ce qui se rapporte à la salubrité des habitations fût convenablement exécuté ; en un mot, ils devaient régler toutes les branches de la police médicale. Il est également probable qu’à cette époque il existait au moins quelques pratiques relatives à la médecine légale ; mais nous n’en trouvons aucune trace dans les auteurs.
Celse et Galien se sont aussi indirectement occupés d’hygiène publique. Le premier, dans son traité de Re medicâ, indique les précautions hygiéniques que doivent observer les hommes livrés à certaines professions , sans chercher à ramener ces principes à aucun point de vue social. Galien , qui a commenté le traité d’Hippocrate des Eaux, des Airs et des Lieux, ajoute peu aux préceptes de son maître.
Les médecins grecs et arabes qui succédèrent à Galien et se bornèrent à développer, le plus souvent à gâter ses écrits, n’ajoutèrent rien à la science. Nous sommes
même obligés de traverser tout le moyen âge, sans rien trouver qui se rapporte à notre sujet; on commente Hippocrate et Galien ; l’alchimie, l’astrologie prennent faveur et sont cultivées avec un zèle dont on trouve peu d’exemples.
Enfin au 16e siècle, du temps de François Ier et de Charles-Quint, on commence à sentir la nécessité d’appliquer la médecine aux lois. En i6ofi, Henri IV délivre des lettres patentes à son premier médecin , par lesquelles il lui confère le droit de nommer deux chirurgiens dans chaque ville, chargés de faire les rapports en justice. L’ordonnance de 16(17, rendue par Louis XIV, développe celle de Henri IV en lui donnant une utile extension.
Antérieurement «à ces actes législatifs qui furent en France l'origine des travaux scientifiques en médecine judiciaire , Charles- Quint rendit une ordonnance qui fut la source des premiers écrits que publièrent les Allemands sur cette matière. Le plus célébré d’entr’eux fut Bernard Michel Valentini, qui, dans ses Pandectes médico-légales , sut resumer toutesles connaissances répanduesdans
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les écrits de Dernier , Bninner et plusieurs autres.
A la même époque, c’est-à dire au 16e siècle, l’Italie produisit aussi quelques écrits 6ur la médecine légale , dont les plus célèbres sont ceux de Fortnnatus Fidelis et de Zebirius Ammannns. Le malheur est que, dominés par les idées de leur siècle, ces hommes virent la science qui les occupait plutôt en casuistes qu’en médecins. Aussi leurs écrits ressemblent-ils plutôt à une controverse scolastique, qu’à un œuvre scientifique. Paul Zacchias , qui dans ses Qiucstiones medicolegales tenta de résumer les connaissances acquises, sutéviter en partieles défauts deses devanciers, sans y échapper complètement.
En France, nous ne trouvons aucun écrit 1 sur la matière. A cette époque , Pigray, chirurgien de Henri III, est le seul qui dans
(ses travaux chirurgicaux inséra quelques rapports judiciaires. Mais au 17e siècle, Am- 1- broise Paré publia son Traité des rapports, qui ij pendant plus d’un siècle fut le seul guide des
f chirurgiens, avec le traité de Devaux. Et c’est avec ces faibles ressources que nous arrivons I jusqu’au 18e siècle, où la médecine légale,
IO INTRODUCTION
mettant à profit les découvertes nombreuses que firent les sciences , prit de nouveaux développemens et commença à être le sujet d’un enseignement public.
Depuis la renaissance des lettres jusqu’au i8e siècle, que devint l’hygiènepublique? on ne s’en occupa point. On cultiva avec soin l’hygiène privée, et dans plusieurs écrits relatifs à la médecine et à la physiologie, on rencontre çà et là d’importantes considérations sur l’influence des mœurs , des climats, etc., sur la santé ;'mais on n’essaie point de s’élever jusqu’à la considération du bien-être des masses.
Au 18e siècle, personne n’essaya de réduire l’hygiène publique en corps de doctrine. Cependant on publia plusieurs écrits sur la matière ; les collections académiques, et entre autres la collection de l’Académie royale des sciences, contiennent un certain nombre de mémoires qui se rapportent directement à notre sujet. C’est ainsi que Tenon présenta d’excellentes idées sur les infirmeries des prisons et sur les hôpitaux ; que Laplace, du Séjour et Condorcet étudièrent le mouvement delà population; que