EMPOISONNEMENT
presque toutes les veines et les organes abdominaux.
On a beaucoup parlé de l’empoisonnement par le seigle ergoté et les liqueurs alcooliques, dont l’action consiste à amener , dans le premier cas , l’ergotisme gangréneux, et dans le second un état apoplectique auquel succède la mort.
§ IV. — Poisons septiques et gazeux.
Dans le cas d’empoisonnement par l’une de ces différentes substances , on trouve le pharynx, l’œsophage , le canal alimentaire, enflammés et présentant des taches gangréneuses; le cœur flasque et affaissé, ses cavités phlogosées, ainsi que les gros vaisseaux.
§ V. — Problèmes que présente à résoudre toute question d’empoisonnement.
Jusqu’ici nous nous sommes bornés à indiquer les symptômes qui se présentent à la suite de l’empoisonnement par une substance vénéneuse quelconque, et les lésions cadavériques qui en résultent. Il convient maintenant : i° d’apprécier l’importance des symp-
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tûmes indiqués; 20 celle des lésions cadavériques; 3o de faire connaître les indices que fournit l’analyse chimique; 4° s’il est possible, à l’aide de toutes les notions ci-dessus indiquées, d’induire que l’empoisonnement constaté est le fait d’un suicide ou d’un homicide; 5° enfin quelles maladies peuvent simuler l’empoisonnement, et par conséquent donner lieu à de fausses accusations.
i° Les symptômes que nous avons brièvement énumérés ne peuvent conduire qu’à de hautes probabilités, car la plupart d’en- 'tre eux se rencontrent dans une foule de maladies où l’empoisonnement ne peut être soupçonné.
2° Les lésions de tissu, et même les désorganisations que l’on rencontre à la suite des différentes espèces d’empoisonnement, ne sont ni plus constantes, ni moins variées que les symptômes, et ne peuvent également permettre que d’établir des probabilités.
Cependant le seul examen des altérations organiques peut servir à lever une difficulté grave, qui a souvent embarrassé les tribunaux. Il est arrivé que, dans un but criminel,on a introduit du poison dans le rectum
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d’un cadavre , dans l’intention d’inculper un innocent. M. Orflla , qui a fait de nombreuses expériences à cet égard, est arrivé à ce résultat : i° que la plupart des poisons irritans, introduits dans le rectum peu d’instans après la mort, laissent des altérations qui simulent jusqu’à un certain point les lésions que ces substances produiraient pendant la vie; 20 que cependant, lorsqu’il en est ainsi, on trouve le poison en assez grande quantité à peu de distance de l’anus , à moins qu’il n’ait été introduit sous forme liquide, tandis que le contraire a lieu lorsqu’on l’a introduit pendant la vie; 3° que dans ce cas l’altération des tissus ne s’étend jamais que peu au-delà de la partie avec laquelle le poison a été en contact , d’où il résulte une ligne de démarcation bien tranchée entre les parties saines et les parties lésées , ligne de démarcation qu’on ne rencontre jamais dans l’état de vie; 4° si le poison a été introduit vingt-quatre heures, par exemple, après la mort, il ne laisse aucun signe d’inflammation.
3° Les indications fournies par l’analyse chimique conduisent en général à des résul-
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tats beaucoup plus concluans. Eu effet, c’est à l’aide des opérations de cet ordre que le médecin légiste parvient à isoler les plus petites parcelles de poison qui se trouvent combinées avec les tissus organiques, déposées à leur surface, ou mêlées aux déjections et à la matière des vomissemens. Or , lorsqu’on peut démontrer la présence de la substance vénéneuse, tous les doutes sont levés sur l’existence de l’empoisonnement. Mais les analyses chimiques indispensables en pareil cas sont toujours nombreuses, souvent délicates, et veulent être faites par une main exercée. Nous ne pouvons entrer dans le détail de ces opérations , qui appartiennent à la Chimie proprement dite ( V. Résumé de chimie)’, car les réactifs sont si nombreux qu’il nous faudrait entrer dans tous les détails de l’analyse chimique.
Les lumières fournies par l’analyse chimique suffisent, dans le plus grand nombre des cas , pour établir l’existence d’un empoisonnement; mais elles ne peuvent mettre le médecin à même de décider s’il est le fait d’un homicide ou d’un suicide. Les preuves testimoniales peuvent seules résoudre cette
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difficulté, et c’est aux magistrats à s’entourer de toutes les lumières qu’ils pourront recueillir.
5° La nécessité de ne point se prononcer sur l’existence d’un empoisonnement se tire surtout de ce fait, qu’il est des maladies aiguës qui simulent d’autant mieux l’empoisonnement, que leurs symptômes principaux sont les mêmes, et qu’elles laissent après elles des altérations organiques analogues à celles que produisent surtout les poisons irritans. Ce sont le clioléra-morbus, la gastrite aiguë, l’iléus nerveux, l’iléus avec étranglement interne, l’hématémèse. La présence ou l’absence de la substance vénéneuse suffisent pour lever tous les doutes.