CHAPITRE IL
Des âgés*
On donne, en général, le nom à'âges aux diverses périodes de développement, d'état stationnaire et de décroissance, qui se succèdent dans l'évolution organique de l'homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Toute division des âges est nécessairement artificielle, car l'évolution complété d'un être humain se fait sans transition, d'une manière insensible et sans qu'il y ait de temps d'arrêt déterminés. Néanmoins, on a toujours cherché à établir pour les âges une division qui, rapprochât les époques entre lesquelles il y a une certaine similitude, sous le rapport des conditions anatomiques et physiologiques, et séparât celles entre lesquelles existe une dissemblance très-grande et très-marquée. Voici les divisions qui ont été admises successivement.
Il est presque inutile de rappeler la division vulgaire et antique qui admet les quatre âges : l'enfance, l'adolescence, l'âge viril et la vieillesse.
Une des premières divisions, véritablement scientifique^ est
celle de Halle. La voici :
ire enfance (Infantia), de 1 à 7 ans.
2e enfance (Pueritia), de 7 à 1 3 ou 15 ans.
3° puberté ou adolescence (aptitude à la ( Chez les hommes, dé 15 à 25 ans. leproduetion).., ( Chez les femmes, de 13 à 21 ans.
ÎPour les hommes, 25 à 60 ans. C Virilité croissante. j Virilité confirmée.
Pour les femmes, 21 à 50 ans. (. Virilité décroissante. !l° Vieillesse, 60 à 70 ans.
2° Vieillesse avancée (époque des infirmités). 3o Décrépitude (transition de là vie à la mort).
Daubcnton en avait présenté une plus simple, et qui n'est en quelque sorte que le développement, la régularisation de la division antique.
Voici cette classification.
1° enfance, de la naissance à la puberté.
2° adolescence, se prolongeant jusqu'à 20 ou 25 ans.
39 jeunesse, de 25 à 30 ou 35 ans.
4° âge viril, allant jusqu'à 40 ou 45 ans.
5e AGE DE RETOUR, de 45 à GO ou 65 ans.
6° AGE DE LA VIEILLESSE OU caducité.
La division que j'ai l'intention de suivre est plus simple encore.
i* époque de la naissance, enfant nouveau-né.
2° ire enfance, de la naissance à 2 ans.
3° 2me enfance, de 2 à 12 ou 15 ans.
4° adolescence, âge de la puberté, de 12 ou 15 ans à 18 ou 20 ans.
5° âge adulte, de 20 à 60 ans.
68 vieillesse, de 60 ans jusqu'à la mort.
7° époque de la mort.
Ces divisions ne sont faites que pour faciliter l'étude, et l'on ne doit pas y attacher plus d'importance qu'elles n'en méritent.
Section lre. — Époque de la naissance. Enfant nouveau-né.
La période qui est comprise sous ce titre renferme la naissance, les six ou sept jours qui la suivent, et se termine à l'époque de la chute du cordon ombilical. Cette période est marquée par des caractères particuliers, qui sont la conséquence du changement de milieu que vient de subir le nouveau-né.
Sans entrer en aucune manière dans la description anatomique et physiologique de l'enfant qui vient de naître, il est nécessaire de présenter quelques détails touchant les modifications que ce changement de milieu fait subir aux principales fonctions :
1° La surface cutanée et les organes des sens, au lieu d'être plongés dans les eaux de l'amnios, sont en contact avec un nouvel agent, l'air atmosphérique, quipeutjoueràleur égard et dans certaines circonstances, le rôle d'agent irritant.
2° A l'instant de la naissance, les poumons se déplissent, deviennent perméables à l'air, et la respiration commence à s'ef-
fectuer à la surface de la membrane muqueuse pulmonaire. Cette muqueuse est donc en contact avec un nouvel agent, l'air atmosphérique, et par conséquent avec les différents gaz et les substances étrangères qu'il renferme.
3° A cet instant commence également une fonction nouvelle : la calorification, laquelle est intimement liée à l'absorption de l'oxygène par la surface pulmonaire, quelle que soit d'ailleurs la théorie de la chaleur animale qu'on veuille admettre ;
4° Les voies digestives commencent à recevoir des substances nouvelles dont elles n'avaient pas l'habitude ; tel est surtout le lait, introduit par l'enfant dans le tube digestif.
L'action des divers agents sur ces trois surfaces, la peau, la muqueuse aérienne et la muqueuse digestive, explique les accidents et les maladies nombreuses et spéciales qui peuvent se développer chez l'enfant nouveau-né :
1° Sur la surface cutanée, l'action de l'air, et surtout de l'air froid et humide, est capable de déterminer deux affections toutes spéciales, qui sont :
a. L'ictère, appelé ictère des nouveau-nés, qui n'est qu'une exagération de la légère teinte jaune que présentent tous les enfants à l'instant de leur naissance et pendant les premiers jours qui la suivent ; cette affection apparaît souvent en même temps que la suivante ;
b. L'œdème, ou endurcissement du tissu cellulaire : cette maladie avait toujours été regardée comme une affection idiopathique du tissu cellulaire, et comme la conséquence de l'action d'un air froid et humide sur la peau. M. Charcelay, à l'aide de faits bien observés, a démontré qu'il ne fallait pas admettre cette opinion d'une manière exclusive; et que l'œdème, qui se développait en pareille circonstance, était souvent dû au développement de l'altération des reins, connue sous le nom de maladie de Bright, et caractérisée par la présence de l'albumine dans les urines.
c. Vers les yeux, l'action de l'air, surtout s'il estfroid et humide, détermine fréquemment des ophthalmies et en particulier l'ophthalmie purulente, qui présente un haut degré de gravité, et entraîne souvent la perte de la vue.
2° La muqueuse des voies aériennes, en contact avec l'air atmosphérique et encore peu habituée à ce contact, est vivement impressionnée par un air froid et humide ? surtout si cet air est
en même temps altéré par l'accumulation d'un grand nombre d'enfants clans un local étroit. Sous cette influence combinée, on voit des bronchites, des pneumonies, se développer avec une extrême facilité, et entraîner, chaque année, la perte d'un nombre considérable d'enfants..
5° La muqueuse des voies digestives, appelée à remplir une nouvelle fonction, à digérer le lait avalé par l'enfant, reçoit souvent de cette première impression une influence fâcheuse. Il n'est pas rare alors de voir se produire des maladies de cet appareil, et, en particulier le muguet, les vomissements et la diarrhée.
Le muguet est, à ce qu'on suppose, le résultat du développement d'un végétal qui recouvre la muqueuse bucco-pharyngienne, atteinte d'une inflammation en quelque sorte spéciale, on pourrait même dire spécifique. Cette maladie est singulièrement favorisée par l'état général de débilité que présentent certains enfants, le défaut de soins hygiéniques et l'accumulation dans un même lieu d'un trop grand nombre de nouveau-nés.
4° La calorilication, fonction nouvelle et encore peu énergique, ne donne pas à l'enfant une force assez grande pour résister à des abaissements de température un peu considérables. Il n'est pas rare de voir, sous cette influence, la chaleur naturelle de l'enfant diminuer et la vie s'éteindre, sans que l'autopsie révèle aucune lésion dans les organes.
Le froid est d'autant plus pernicieux chez les nouveau-nés, qu'ils sont d'une constitution plus débile, plus délicate, et surtout qu'ils sont nés avant terme. On sait, en effet, quelle chaleur artificielle il faut employer chez ces enfants, pour qu'ils puissent franchir heureusement les premiers temps de leur existence, et combien les refroidissements leur sont préjudiciables.
Voilà bien des circonstances capables d'exercer une action fâcheuse sur les enfants qui viennent de naître. Ces influences n'agissent pas toujours de la même manière : la facilité du développement des maladies , leur gravité plus ou moins grande ,. et leur terminaison fâcheuse ou heureuse, sont subordonnées aux trois circonstances principales que voici :
1° L'accumulation des enfants dans un lieu relativement trop étroit et, par exemple, dans des salles d'hôpital où la ventilation et le renouvellement de Fair ne sont pas suffisants; l'altération de cet air par le produit de l'expiration, par les évacuations al-
vines et autres , par les miasmes qui s'exhalent des corps de ces petits êtres sains ou malades.
C'est , en effet, dans les hôpitaux destinés a recevoir les enfants pendant les premiers jours qui suivent leur naissance , que Ton rencontre le plus de maladies sporadiques et épidémiqiies. Combien n'a-t-on pas observé, à l'hospice des Enfants trouvés de Paris , d'épidémies de muguet, d'ophthalmies, et combien ne rencontre-t-on pas, chaque jour, à l'état sporadique, d'oedèmes, d'ictères, de bronchites , de pneumonies, de diarrhées, qui font mourir un grand nombre d'enfants?
2° L'abaissement de la température exerce également une inlluence très-fâcheuse sur les enfants nouveau-nés, en raison de son action directe sur la calorification, jusqu'au point d'entraîner une mort prompte. On peut ajouter encore que le froid détermine aussi et beaucoup plus souvent même que toute autre cause, des bronchites, des pneumonies plus ou moins graves. Les relevés statistiques démontrent que c'est dans les saisons froides et dans les climats froids que la mortalité des enfants nouveau-nés est le plus considérable.
5° Le défaut de soins hygiéniques, résultant soit de la misère, soit de l'abandon ou de l'exposition des enfants, les livre bien plus facilement à l'intiuence de ces agents divers; Il en résulte une augmentation dans la fréquence et la gravité des maladies, ainsi qu'une mortalité plus considérable.
Règles hygiéniques. — Elles découlent évidemment de l'étude qui vient d'être faite. On peut toutefois à cet égard établir les trois principes suivants :
1° Prémunir V enfant contrôle froid. — Voici les précautions qu'il convient de prendre : A. Un lit convenable et un emmaillottement suffisant pour s'opposer à l'action du froid, sans cependant que le lit ou les étoffes dans lesquels on place l'enfant soient trop épais et empêchent le renouvellement de l'air.
B. Un appartement bien chauffé et d'une capacité convenable, afin que l'air y soit pur. Il est un point important sur lequel il est utile d'insister : quand un appartement est trop étroit, il ne faut pas laisser l'enfant qui vient de naître à côté de la nouvelle accouchée, et, si cela est possible , ne pas le conserver dans la même chambre; à plus forte raison doit^on éviter de le placer
dans le même lit. Ces précautions seront comprises si l'on réfléchit à l'état puerpéral de la mère, aux exhalations qu'elle fournit, à l'odeur qui résulte de l'écoulement lochial et de la sécrétion lactée.
C. La chaleur suffisante de l'air ambiant, son renouvellement facile, sans courants d'air, sont également des soins hygiéniques importants à observer.
2° Eviter V accumulation des enfants. — L'accumulation des enfants nouveau-nés dans un même lieu présente de nombreux inconvénients. 11 est donc nécessaire de les éviter ou de les faire disparaître s'ils existent.
A cet effet, on ne doit pas laisser plusieurs enfants dans une chambre étroite et peu aérée. Il est surtout très-dangereux d'accumuler ces jeunes êtres dans les salles d'hôpitaux où il existe déjà tant d'autres influences nuisibles. Les nouveau-nés malades devront être au plus tôt placés à part, soit parce qu'il est possible devoir une maladie se propager chez eux d'une manière épidémique, soit parce qu'il résulte de leur état morbide même la production de miasmes abondants.
3° Soumettre immédiatement V enfant au genre de nourriture auquel il est destiné. — Il ne peut y en avoir que deux : \° allaitement direct par la mère ou par une nourrice ; 2" allaitement artificiel au biberon. On examinera dans un article spécial la valeur relative de ces deux modes d'allaitement. Je me contente d'établir, en principe, la nécessité de commencer cette nourriture immédiament après la naissance.
Des naissances sous le rapport de l'état civil.
Les enfants qui naissent sont légitimes s'ils proviennent de parents mariés suivant la loi, ou illégitimes s'ils sont nés hors mariage : les uns et les autres peuvent et doivent être inscrits sur les registres de l'état civil, d'après la déclaration des parents; il arrive souvent aussi qu'ils sont abandonnés, soit dans les hospices destinés à les recevoir, soit sur la voie publique ; dans l'un et l'autre cas ils sont dits : enfants abandonnés ou trouvés. Enfin, il y a une autre condition, c'est celle des enfants mort-nés.
Quelques résultats statistiques obtenus en France permettent d'établir les rapports de ces diverses espèces de naissances entre
elles. Ces résultats, considérés sous le point de vue le plus général possible, sont les suivants :
1° Il naît un enfant illégitime sur 13, 85/100 des naissances totales ;
2° Il y a un enfant abandonné sur 28, 96/100 des naissances totales ;
3° Il y a un enfant abandonné sur 2, 9/100 des naissances illégitimes.
Ce qui prouve que le plus grand nombre d'enfants abandonnés se trouvent parmi les enfants naturels.
Les enfants mort-nés doivent-ils être inscrits sur les registres de l'état civil? La loi ne dit rien à cet égard; cependant, cette déclaration est faite très-souvent. Il est vrai qu'on ne déclare que les fœtus mort-nés d'un certain âge ; et sur la limite de cet âge, la conduite de chacun est trés-variable, car il n'y a pas de règle. Dans un mémoire publié récemment dans les Annales d'hygiène, MM. Lecomte et Tardieu réclament la fixation d'une législation à cet égard et l'obligation de la déclaration de tout fœtus mort-né; par conséquent l'examen par les inspecteurs des décès. Suivant eux, cette obligation devra rendre plus rares les crimes d'avortement.
Le peu de résultats statistiques que l'on possède sur le rapport des enfants mort-nés aux enfants nés vivants donne 1 enfant mort-né pour 15 2/100 nés vivants, rapport évidemment trop faible.
Inscription des enfants sur les registres de l'état civil. — La loi exige, pour qu'un enfant soit inscrit sur les registres de l'état civil : 1° dans le cas de naissance légitime, la déclaration du père assisté de deux témoins ; 2° dans le cas d'illégitimité, la déclaration de l'accoucheur également assisté de deux témoins ; dans l'un et l'autre cas, ii est nécessaire de transporter à la mairie l'enfant accompagné du père ou du médecin assisté des témoins. Dans ces derniers temps, ce transport des enfants nouveau-nés a été vivement attaqué par M. le docteur Loir, surtout, qui a cherché, dans plusieurs mémoires, à en démontrer les inconvénients, et qui a proposé d'y substituer la constatation des naissances à domicile, comme cela a lieu pour les décès. .
Les inconvénients, signalés dans le transport des nouveaunés, sont les suivants :
Le transport des enfants à la municipalité exige souvent un déplacement incommode, sinon nuisible. Dans les campagnes surtout, c'est parfois un petit voyage de une à deux lieues ; ce voyage a lieu trop fréquemment par un temps froid, humide, par la pluie, le vent, la neige et autres intempéries des saisons. La nécessité de faire la déclaration de la naissance dans un temps déterminé par la loi ne permet pas toujours d'attendre la cessation du mauvais temps, et c'est sur l'enfant nouveau-né surtout que ces diverses influences agissent de la manière la plus fâcheuse. Il faut, en effet, transporter un petit être frêle, débile, à calorification incomplète, et on peut craindre qu'il ne succombe, soit au froid, soit au développement de bronchites et de pneumonies graves. Il peut se faire encore qiie l'enfant qu'il s'agit de transporter soit déjà malade, et que cette excursion, par l'influence des causes indiquées, ne rende plus grave et parfois mortelle une affection qui, sans cela, n'eût peutêtre été que légère.
Ces inconvénients sont réels et personne n'en conteste la réalité; le remède semble donc facile à appliquer, puisqu'il est à côté du mal ; il consisterait dans la création de médecins vérificateurs des naissances à domicile.— Sans entrer ici dans aucune question administrative ou légale, on peut dire que cette constatation présente un inconvénient très-grave que la législation actuelle veut surtout éviter. En effet, elle viole le secret des familles, elle touche à cette question de recherche de la paternité précisément interdite par notre Code civil ; elle fait, enfin, connaître la mère qui souvent a intérêt à ne pas être connue.
La constatation absolue des naissances à domicile offre donc des difficultés presque insurmontables. Ne pourrait-on, toutefois, adopter un moyen terme et admettre la faculté pour les familles de faire constater la naissance à domicile ou de faire porter l'enfant à la mairie, suivant le désir qu'elles en exprimeraient?
Des enfants trouvés. — Les enfants trouvés ou abandonnés sont les enfants légitimes ou illégitimes, déposés dans les hospices spéciaux dits : Hospices des Enfants trouvés et abandonnés par leur famille avant l'inscription sur les registres de l'état civil, ou bien abandonnés criminellement dans un lieu public et déposés
dans ces mêmes établissements par l'autorité. Le nombre des enfants trouvés est considérable en France, et il a suivi une marche croissante jusqu'en 4855, où il a atteint le maximum de 127,500 (1). A partir de cette époque, il a décru et est descendu en 4840 à 99,775. Cette dernière diminution, qui n'a pas continué, car le nombre varie peu chaque année, est la conséquence de la suppression des tours dans un certain nombre de départements. Depuis 4855, sur cent quarante- quatre hospices d'enfants trouvés, il y a eu cinquante-quatre tours supprimés et quatre-vingt-dix seulement ont été conservés.
Quelle est la cause de cet accroissement du nombre d'enfants abandonnés qui s'est manifesté depuis 1815, et de ce maintien au chiffre considérable annuel de près de 400,000, malgré la suppression d'un grand nombre de tours? Les raisons suivantes peuvent en rendre compte : la misère devenue plus grande par suite de l'augmentation de la population ; l'extension de l'industrie et l'accroissement de la population industrielle dans des contrées où les deux sexes ont de fréquents rapports ensemble, et où les ouvriers, agglomérés et réunis, deviennent plus corrompus; la crainte du déshonneur pour les jeunes filles séduites; enfin l'abus dans les expositions. Ces abus sont les suivants : les mères déposent dans les hospices, à ce destinés, leurs enfants qu'elles viennent ensuite demander pour nourrisson, afin de joindre aux jouissances de la maternité le bénéfice du prix de nourriture, accordé par les déparlements aux nourrices des enfants trouvés.
On a constaté que dans les villes frontières il est souvent déposé des enfants nés en pays étranger.
Comment faire disparaître de tels abus, et diminuer en France le nombre considérable d'enfants trouvés qu'on y abandonne chaque année? Trois moyens ont été proposés ; ce sont :
1° La suppression du secret dans les admissions et la nécessité d'une déclaration quelconque, moyen impossible dans certains cas et qui certainement augmenterait le nombre des infanticides;
2° Le déplacement des enfants et leur envoi, pour être mis
(1) Nombre d'enfants trouvés en France
S 1833 Maximum.. . 127,500
en nourrice dans des départements autres que celui dans lequel on les' présume être nés et dans lequel ils ont été déposés;
5° La suppression des tours. C'est à cette mesure que tend maintenant l'autorité en France, appuyée à cet égard par l'esprit public, et par les heureux résultats d'une tentative déjà assez longuement éprouvée. En effet, depuis 1835, un tiers environ des tours a été supprimé et le nombre des enfants trouvés a diminué chaque année, de près d'un cinquième jusqu'en 1840, et sans que l'humanité ait eu à déplorer un plus grand nombre d'infanticides. Quelques tableaux statistiques partiels déjà obtenus sur ce sujet le prouvent suffisamment. On doit avouer, toutefois, que cette dernière question n'est pas encore définitivement résolue et qu'il faut attendre quelques années pour cela, afin de s'appuyer sur des relevés statistiques plus nombreux et plus généraux.
Un autre argument a été invoqué en faveur de la suppression des tours : c'est ce qui se passe dans les pays protestants, où il n'y a pas d'enfants trouvés et où les infanticides ne sont pas plus fréquents. Cette comparaison a peu de justesse, attendu qu'il n'y a aucune similitude entre ce qui se passe dans les deux pays : 1° dans les pays protestants il n'y a pas d'hospices d'enfants trouvés, il est vrai, mais il y a des hospices d'orphelins qui ont à peu près la même destination ; 2° les recherches de la paternité et de la maternité sont permises; une fille mère, en déclarant sous serment la vérité de ce qu'elle affirme, peut désigner le père qu'elle assigne à son enfant et sa parole est admise. L'autorité a, en conséquence, le droit de forcer le père désigné à subvenir aux frais de la nourriture et de l'éducation de l'enfant ; elle va même jusqu'à saisir ses revenus s'il refuse de le faire.
Il résulte de cette discussion, que bien que l'esprit public tende en France à la suppression des tours, ce n'est pas encore une question tout à fait jugée, attendu que les arguments pour et contre se balancent.
Section a. — Enfance.
La période de l'évolution organique, à laquelle on donnait autrefois le nom d'enfance, peut être subdivisée en deux époques ou périodes bien distinctes.
La première, à laquelle on peut donner le nom de première enfance, s'étend de la naissance, ou plutôt du sixième jour qui suit la naissance, à dix-huit mois ou deux ans.
Le temps de la lactation qui y est compris et l'analogie des lois, qui pendant cette période régissent cette évolution, justifient bien cette division.
La seconde enfance commence pour nous à dix-huit mois ou deux ans, et s'étend jusqu'à douze ou quinze ans, époque moyenne de la formation de la puberté dans les deux sexes. Ces deux époques seront examinées successivement.
§ 1. Première enfance
De la naissance à dix-huit mois ou deux ans, les lois qui président à l'évolution organique du jeune enfant peuvent être réduites à trois principales que voici, et qui donnent de cette évolution une explication complète et satisfaisante.
4° Il y a prédominance considérable du mouvement de composition et de nutrition interstitielles sur le mouvement de décomposition, d'où résultent le développement et l'accroissement des organes ;
2° Ce développement et cet accroissement déterminent l'apparition d'organes nouveaux, qui n'existaient pas avant, ou du moins étaient cachés, et à l'état de germe et de rudiment; telles sont : les dents, etc.
3° L'organisme, encore faible et débile, est vivement impressionné par les agents extérieurs, et en même temps son degré de résistance est faible.
Quelques développements sont nécessaires pour bien saisir l'importance de ces trois lois.
1° II y a prédominance du mouvement de composition sur celui de la décomposition des tissus. — Pour accomplir ce travail, il est nécessaire que les différents organes de la vie de nu-
trition aient déjà une grande activité, et concourent énergiquementà ce but, et cependant ils sont encore faibles et délicats. La réunion et pour ainsi dire l'opposition de ces deux circonstances deviennent souvent la cause déterminante de maladies spéciales et d'accidents particuliers. Considéré sous ce rapport, l'appareil digestif se présente en première ligne, car c'est lui qui fournit les éléments de l'accroissement et du développement des tissus. Il faut donc qu'il travaille énergiquement, et cependant il est encore faible et débile ; c'est pour cette raison que la nature a préparé à l'enfant un aliment facile à digérer, essentiellement réparateur, dont la composition se rapproche de celle des éléments organiques eux-mêmes, et qui n'exige qu'une élaboration peu énergique de la part de l'appareil digestif.
Le lait résume toutes les qualités d'un aliment complet et préparé à l'avance. Sa composition le prouve ; il contient de l'eau , une matière animale, riche en azote, soluble et facilement assimilable, la caséine qui est une des parties essentiellement nutritives et réparatrices des aliments. De plus, le lait contient deux matières : le sucre de lait et le beurre, qui sont des éléments respiratoires, c'est-à-dire destinés à être brûlés dans les poumons. Malgré son heureuse composition et ses excellentes propriétés, le lait peut devenir une source d'accidents pour le tube digestif, soit par la quantité qui en est introduite, soit par les modifications qui peuvent survenir dans sa composition ou sa constitution. Ces altérations diverses sont fréquemment, chez les enfants, la cause déterminante de vomissements ou de diarrhées rebelles, qui ne constituent souvent que des accidents passagers; mais parfois aussi le tube digestif fatigué pendant un certain temps par le lait qui lui est donné en quantité trop considérable, ou qui est modifié dans sa composition trop riche ou trop pauvre, s'altère d'une manière plus fâcheuse. Un tel résultat n'est pas rare ; telle est l'origine de beaucoup de gastrites et d'entéro-colites qui se rencontrent fréquemment chez les enfants. On observe plus souvent peut-être encore, à la suite de la même cause, le ramollissement de la muqueuse de l'estomac et des intestins, affection qui fait périr un si grand nombre de jeunes sujets.
Ces simples troubles fonctionnels , ou ces altérations plus graves de la muqueuse gastro-intestinale chez les enfants, se
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développent bien plus souvent chez ceux qui sont nourris exclusivement au biberon, et avec du lait de vache, que chez ceux qui prennent le sein d'une nourrice. Il est certain, en effet, que, dans le premier cas , le lait de la vache n'est ni digéré ni assimilé aussi facilement que le lait de la femme, dont la composition est manifestement mieux appropriée aux organes du jeune individu.
L'appareil respiratoire jouit d'une grande activité chez l'enfant, et la respiration se fait avec énergie. Le lait a introduit dans le sang des principes hydro-carbonés, qui sont des aliments dits respiratoires destinés à être brûlés par l'oxygène dans les poumons, et à entretenir ainsi la chaleur animale. Cette action énergique des poumons, dont la structure est encore délicate, contribue à les rendre facilement impressionnables au froid; c'est ce qui explique la fréquence des maladies de cet appareil dans le jeune âge. La laryngite, le croup, la coqueluche, la bronchite aiguë, la pneumonie, sont des maladies communes à cette époque de la vie, et qui font périr un très-grand nombre de jeunes sujets
Chez l'enfant, l'absorption, étant très-active, explique suffisamment la facilité avec laquelle il contracte les fièvres éruptives.
La rénovation des éléments organiques, l'accroissement et le développement rapide des tissus et des organes, étant des phénomènes nécessaires chez l'enfant, il s'ensuit que, toutes les fois que ce grand acte est entravé par une cause quelconque, il en résulte une émaciation prompte, un affaiblissement rapide, une rénovation des tissus incomplète ou de mauvaise qualité. On voit alors se développer des modifications plus ou moins intenses, qui, si elles ne font périr l'enfant dans un âge plus ou moins avancé, impriment presque toujours à son organisation des modifications capables d'exercer une grande influence sur sa vie entière.
Parmi les circonstances qui entravent ainsi la rénovation complète et convenable des tissus, on peut citer ; une alimentation insuffisante et due à un lait trop peu abondant ou trop peu riche en principes nutritifs ; la répétition fréquente des vomissements et de la diarrhée, quelle qu'en soit, du reste, la cause ; la respiration d'un air vicié par l'accumulation d'un nombre trop considérable d'êtres vivants dans un espace circonscrit, et dans
lequel l'air n'est pas suffisamment renouvelé ; les bronchites fréquemment répétées; enfin toute maladie longue, et qui est une cause de débilité ou d'épuisement pour les jeunes enfants.
Les affections générales que ces causes diverses peuvent déterminer consécutivement, et qui sont alors le résultat du déveoppement d'une diathése, c'est-à-dire d'une disposition générale de l'organisme, sont, en particulier, le rachitisme, les scrofules et les tubercules.
2° Développement ou production d'organes qui n'existaient avant qu'en germe, ou à l'état rudimentaire. — Depuis l'antiquité, la dentition a été considérée comme jouant chez les enfants un rôle très-important; mais les anciens ont beaucoup exagéré cette influence. Après avoir fait connaître le phénomène en luimême, il sera utile de chercher à dégager la vérité des erreurs nombreuses qui T entourent.
Les dents qui sortent les premières chez l'enfant sont dites dents de lait. Elles tombent vers sept ans environ pour être remplacées par les dents permanentes. La dentition commence vers le sixième ou septième mois de la naissance, et elle se termine en général du vingt-quatrième au trentième. Le nombre de ces dents est de vingt. Voici leur ordre de sortie : les premières sont les deux incisives de la mâchoire inférieure; puis, quinze jours après, sortent les deux correspondantes de la mâchoire supérieure.
Après, viennent les deux incisives latérales de la mâchoire inférieure, puis les deux de la supérieure; ensuite paraissent les deux dents canines inférieures, bientôt suivies des deux supérieures. Quelque temps après, les deux premières molaires d'eu bas commencent à paraître, une de chaque côté; elles sont bientôt suivies par les deux premières molaires de la mâchoire supérieure. Enfin, l'éruption se termine par les deux dernières molaires d'en bas, puis par celles d'en haut; ce qui achève la sortie des vingt dents dites dents de lait.
Quatre autres molaires arrivent vers l'âge de quatre, cinq ou six ans, mais elles sont permanentes.
L'éruption des dents qui constitue la première dentition se fait souvent sans aucun trouble de la santé, sans même que les enfants s'en aperçoivent. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et l'on observe des accidents de diverses espèces qui consistent en dérangements légers de la santé, ou bien en phénomènes d'une certaine
gravité : les uns et les autres se développent aussi bien chez des enfants d'une bonne et forte constitution, que chez des sujets frêles et débiles. — Chez ces derniers, toutefois, les troubles qui accompagnent la dentition ont de plus faciles retentissements. Il semble du reste, chez les uns et chez les autres, qu'il y ait une disposition particulière, indépendante de la constitution, et qui fait que tel enfant ressent plus que tel autre les troubles qui accompagnent la dentition.
Les troubles légers de la santé, qui se produisent souvent pendant la première dentition, sont les suivants : il y a un peu de salivation, les enfants introduisent dans la bouche les objets qu'ils peuvent saisir, et les mâchonnent avec une certaine énergie. Ils sont maussades, crient pour la moindre cause, et ont moins d'appétit. Presque toujours leur sommeil est plus agité, et ils toussent un peu sans qu'il existe de bronchite. Enfin il y a souvent de la fièvre.
Des accidents plus graves peuvent se développer; ce sont d'abord les vomissements, ou bien la diarrhée. Il se développe aussi des convulsions, dont l'existence, en pareil cas, paraît liée, soit à la congestion sanguine générale qui se fait vers la tête chez les enfants en travail de dentition, soit à l'irritabilité nerveuse exagérée qui est mise enjeu à cette époque. En dehors de ces accidents, on peut établir que l'état général qui existe chez un enfant dont la dentition s'effectue, le rend plus impressionnable aux causes morbifiques de toute espèce, et plus apte à contracter toute sorte de maladies.
Les enfants, depuis leur naissance jusqu'à deux ans, sont en général plus facilement impressionnés par les agents extérieurs en raison de leur résistance moins énergique. — Cette loi n'a presque pas besoin de développement, elle explique pourquoi les enfants sont plus fréquemment malades que les adultes , et pourquoi un grand nombre de leurs affections se termine par la mort. Développer ces deux conséquences, ce serait s'exposer à parcourir le cadre presque entier de la pathologie de l'enfance.
Règles hygiéniques. — La première règle à suivre est de soustraire reniant à toutes les causes perturbatrices qui ont été passées en revue. Il est cependant plusieurs circonstances à l'égard desquelles il est utile d'entrer dans quelques détails.
Allaitement. — L'allaitement naturel, c'est-à-dire celai dans lequel l'enfant puise sa nourriture au sein d'une femme, est-il préférable à l'allaitement artificiel qui consiste à nourrir le jeune être avec du lait de vache ou de chèvre? La réponse à cette question ne saurait être douteuse. L'allaitement naturel est infiniment préférable, attendu qu'il donne à l'enfant un aliment créé en quelque sorte pour lui, et dont la composition doit s'adapter à ses organes digestifs beaucoup mieux que celle du lait provenant d'une espèce animale différente, comme celui de la vache. Sans aucun doute, cette dernière nourriture a souvent réussi, et beaucoup d'enfants d'une belle constitution ont été élevés de cette manière. Mais, à côté de ces faits, il en est d'autres en beaucoup plus grand nombre, qui révèlent d'une manière certaine que ce genre de nourriture n'est pas convenable, et a déterminé, chez les sujets qui y étaient soumis, des diarrhées, des entéro-colites rebelles.
L'allaitement naturel étant beaucoup plus favorable, et devant par cela même être préféré à l'allaitement artificiel, qui faut-il choisir, de la mère ou d'une nourrice mercenaire? ïl y a des distinctions à établir : si la mère a une belle constitution, si les conditions antérieures de santé sont bonnes, si elle n'est pas livrée aux plaisirs du monde, ou si elle y renonce pour s'occuper entièrement de la nourriture de son enfant, oui, le sein de la mère est de beaucoup préférable à celui d'une mercenaire, mais non dans le cas contraire.
Si l'on est consulté sur le choix d'une nourrice, voici les conditions qu'on doit essayer de trouver réunies : une nourrice ne doit pas avoir plus de trente ans ; il est préférable de la choisir à l'époque la plus rapprochée que possible de son accouchement; et, lorsque plus de six mois se sont écoulés depuis cette époque, il est plus prudent, à moins que toutes les autres conditions ne soient réunies, de ne pas l'accepter. Les glandes mammaires doivent être suffisamment développées, les mamelons saillants et fermes.
Le lait doit présenter les conditions suivantes : être sans odeur, d'une saveur douce et légèrement sucrée, assez consistant pour se maintenir en gouttelettes sur une surface unie inclinée. Le microscope a été conseillé et employé pour donner des notions sur les qualités du lait d'une nourrice. La valeur des renseignements qu'il fournit a été très-exagérée, et il n'y a peut-être
qu'une seule circonstance où il puisse être de quelque utilité, c'est lorsque le lait contient un peu de pus. Ce cas est réel- .ement assez rare. Il existe dans ce dernier cas d'autres altérations palpables clans le tissu glandulaire des mamelles , qui annoncent tout aussi bien la présence du pus, et font prévoir qu'il en est passé une certaine quantité dans le lait. Quant aux autres conditions de ce liquide , aux modifications que peuvent subir dans leur quantité et leur qualité le caséum et le sucre, le microscope ne donne que des notions très-incomplètes ; bien plus, du lait, évidemment mauvais pour un enfant, présente au champ de cet instrument un aspect absolument identique à du lait de bonne qualité.
Il est encore d'autres conditions à exiger d'une nourrice : c'est ainsi qu'il faut qu'elle soit exempte de tout mal transmissible, syphilis, scrofules, etc. ; qu'elle soit bien constituée, d'une santé parfaite; qu'elle soit intelligente, d'une humeur douce et égale; enfin, qu'elle ait de bonnes dents, la peau brune, les yeux noirs ou de couleur foncée, les cheveux noirs ou bruns , conditions préférables à la peau blanche, aux yeux de couleur claire et aux cheveux blonds ou roux.
Dans le cas où un enfant est placé chez une nourrice, il est encore d'autres conditions à exiger. Ce sont toutes celles qui concernent l'hygiène des habitations , l'exposition des lieux, la nature du pays (qui ne doit pas être marécageux, par exemple) ; c'est encore la moralité et même l'aisance de la famille, conditions du reste bien difficiles à remplir, et qui sont cependant nécessaires pour inspirer aux parents une sécurité parfaite.
Il est rare de trouver toutes ces conditions réunies : car les femmes qui consentent à prendre des enfants en nourrice le font précisément pour gagner quelque argent et apporter par là un peu d'aisance dans leur ménage qui, sans cela, serait atteint par la misère. Le placement d'un enfant chez une nourrice est toujours une chose à éviter, à laquelle sont attachés de sérieux inconvénients dépendant des difficultés ci-dessus mentionnées, et du défaut de surveillance rigoureuse.
L'allaitement naturel ou artificiel étant commencé , on doit y ajouter progressivement quelques matières alimentaires , et en particulier des féculents et plus tard quelques potages. j^ L'époque du sevrage a été très-diversement établie par les mé-
24 PREMIÈRE PARTIE. — SUJET DE l'hTGIÈNE.
decins. Beaucoup la fixent à un an ; un certain nombre, et en particulier M. Trousseau, la limitent à deux ans, en raison de la terminaison de la dentition qui a lieu à cette époque. Il est difficile d'établir quelque chose de positif à cet égard ; cela dépend en effet de l'accroissement plus ou moins rapide de l'enfant, de sa bonne santé, de la force de sa constitution, d'une part; et de l'autre, de la force de la mère et de la manière dont elle a supporté les fatigues de l'allaitement. En tout cas le sevrage devra s'opérer autant que possible d'une manière graduelle.
2° Les accidents qui peuvent survenir à l'époque de l'éruption des dents, doivent engager à redoubler de soins. A cette période de la vie, les enfants sont impressionnés trés-vivement par toutes les causes morbifiques.
3° On doit éviter aux enfants les impressions trop vives de chaleur, de froid, de lumière, d'humidité, qui peuvent à cet âge, plus qu'à tout autre, être le point de départ de maladies graves dontles suites persistent une partie de la vie.
4° Bureau de nourrices. — Dans les grandes villes, où chacun vit un peu isolément, la nécessité de se procurer des nourrices, a conduit l'administration ou des spéculateurs, à créer des bureaux spéciaux, dits bureaux de nourrices, destinés à mettre en rapport les particuliers qui cherchent des nourrices, et les nourrices qui cherchent des enfants. Voici en peu de mots leur organisation : Il y a à Paris un bureau dépendant de l'administration de l'assistance publique et neuf bureaux appartenant à des entrepreneurs. L'administration de chaque bureau fait venir à Paris un certain nombre de nourrices, se charge de les garder, de les nourrir, de les loger et de leur procurer un nourrisson à l'aide d'une rétribution déterminée ou, ce qui est le plus commun, moyennant l'abandon du prix du premier mois, une fois qu'elles sont placées. De plus , le même bureau se charge , moyennant une faible rétribution mensuelle de recevoir et de leur faire passer le salaire convenu par les parents de l'enfant à la nourrice à qui il est confié. Quant aux parents, ils n'ont absolument affaire qu'au bureau qui est l'intermédiaire obligé, et en quelque sorte responsable.
Ces bureaux favorisent certainement le placement des nourrices et le choix des particuliers, mais ils ont de graves incon-
vénients. D'abord tous n'offrent pas une garantie suffisante aux parents et aux nourrices; ensuite ils détruisent les liens étroits qui devraient exister entre la famille et la femme à laquelle elle a confié son enfant; enfin, et c'est surtout de ce côté qu'ils pèchent, le temps que passent quelquefois les nourrices à Paris avant d'être placées, et qui peut se prolonger souvent jusqu'à un mois, est pour elles une époque de privations, de mauvaise nourriture, de défaut de soins ; pendant ce temps, elles sont généralement entassées dans des locaux étroits, malsains et peu aérés. Les bureaux de nourrices existant à Paris auraient besoin d'être réorganisés d'une manière complète et uniforme, et d'être soumis à une surveillance plus active et plus persévérante de l'administration.
Crèches. — ■ Une belle institution a pris naissance en France dans ces dernières années, c'est celle des crèches. L'extrait suivant du règlement de l'une d'elles en fera connaître le mécanisme : « La crèche reçoit les enfants au-dessous de deux ans « dont les mères sont pauvres, se conduisent bien, et travaillent a hors de leur domicile. La mère apporte son enfant emmaillotté, « vient l'allaiter aux heures de repas et le reprendre chaque soir. « Elle donne pour les berceuses 20 centimes par jour, et 50 cen- « times, si elle a deux enfants dans la crèche. »
Il est impossible d'entrer dans les détails que comportent l'histoire et l'organisation des crèches, dont la première a été fondée en 1844, par M. Marbeau. C'est une institution qu'on ne saurait trop multiplier, et qui est destinée à exercer une heureuse influence sociale.
5 2. Deuxième enfance.
La seconde enfance commence à l'époque du sevrage et s'étend jusqu'à celle de la puberté, que l'on peut fixer en moyenne à douze ans pour les filles et quinze ans pour les garçons.
Pendant cette période, l'évolution organique continue: l'enfant croît, grandit ; ses organes se développent, se perfectionnent, mais avec un peu plus de lenteur que pendant la durée de la lactation.
On retrouve ici les trois lois établies pour la première enfance,
seulement elles sont un peu moins précises. Quelques mots de développement sont nécessaires pour chacune d'elles.
i° La prédominance du mouvement de composition sur celui de décomposition des tissus continue toujours avec une certaine énergie; aussi reniant ne cesse-t-il de s'accroître, de se développer, et ses organes de se perfectionner. En même temps ces mêmes organes ont plus de force et supportent mieux les agents avec lesquels ils sont mis en contact.
Le tube digestif reçoit toute espèce d'aliments, et la variété des matières animales et végétales qui y sont introduites, conduite toutefois avec discernement, est loin d'avoir les mêmes inconvénients que dans le premier âge. D'un autre côté, la faim et le besoin de réparation se font encore sentir chez l'enfant avec une impérieuse nécessité, et il succomberait presque aussi vite à la privation de nourriture dans cette période delà vie que dans le premier âge. Ces faits s'expliquent très-bien par la prédominance du mouvement nutritif interstitiel et par la nécessité d'y subvenir à l'aide d'éléments réparateurs. Toutefois ces aliments doivent être d'une digestion aisée et d'une assimilation facile.
Les maladies du tube digestif, tout en étant plus rares que dans le premier âge, le sont cependant moins que chez l'adulte. Les indigestions, dues à la surcharge des voies digestives, sont fréquentes, la diarrhée se développe assez souvent. La gastrite aiguë ou chronique est très-rare , tandis que les entéro-colites et les ramollissements de la muqueuse du côlon se manifestent encore avec une certaine fréquence. Une mauvaise nourriture , l'usage de matières alimentaires contenant des principes altérés ou d'une digestion difficile, une quantité insuffisante d'aliments, sont les causes principales de la production de ces maladies diverses. La fièvre typhoïde enfin commence à se montrer dans la deuxième enfance et n'y est même pas très-rare.
L'appareil respiratoire fonctionne avec une grande énergie, et l'introduction dans les poumons d'un air suffisamment oxygéné et non altéré par le produit de l'expiration et des miasmes est toujours d'une indispensable nécessité.
Les recherches de M. Baudelocque sur les causes de la maladie scrofuleuse, l'ont conduit à des résultats bien curieux, relativement à la nécessite de l'inspiration d'un air pur. Cet auteur admet, d'après de nombreuses observations, que la cause prin-
cipale de la maladie scrofuleuse, se trouve clans l'inspiration habituelle d'un air vicié ne contenant qu'une quantité insuffisante d'oxygène, comme cela a lieu lorsque les enfants sont placés dans un endroit trop étroit et mal disposé pour le renouvellement de l'air qu'il renferme.
M. Baudelocque trouve toutes ces conditions défavorables réunies dans les professions des individus qui fournissent le plus de malades aux salles de scrofuleux de l'hôpital des enfants. Telle est celle des portiers qui occupent des loges étroites et mal aérées, telles sont encore toutes les professions exercées dans des réduits où l'air n'est pas convenablement renouvelé. Cet observateur distingue encore comme cause de scrofules l'habitude qu'ont beaucoup d'enfants de s'endormir la tête cachée sous les couvertures, respirant, par conséquent, un air altéré par l'expiraration et par les produits de la perspiration cutanée. Pour M. Baudelocque, en définitive, c'est dans les obstacles permanents et longtemps continués à la respiration d'un air pur qu'il faut rapporter presque exclusivement la cause des scrofules.
Les organes respiratoires devant fonctionner avec énergie pendant l'enfance, il n'est' pas étonnant qu'ils soient le siège de maladies fréquentes. Aussi observe-t-on un grand nombre de laryngites, de bronchites, de croups, de coqueluches, depneumonies; de plus, les pneumonies , dites secondaires ou consécutives à d'autres maladies, sont bien plus fréquentes dans l'enfance que clans l'âge adulte; ce qui signifie que les maladies générales, dans lesquelles ces phlegmasies peuvent se développer comme complication, affectent plus facilement les poumons qu'aux autres époques de la vie.
L'influence du froid et des courants d'air humide détermine également chez les enfants beaucoup de phlegmasies aiguës des bronches et des poumons.
L'absorption toujours active dans le jeune âge rend bien compte delà fréquence des maladies contagieuses et de la facilité avec laquelle les enfants les contractent. Nous citerons la variole, la rougeole, la scarlatine.
Une nouvelle fonction se développe, c'est l'intelligence qui, jusqu'à deux ans était obtuse et bornée à peu près aux instincts. Ce développement des facultés intellectuelles , déjà frappant à l'âge de trois, quatre et cinq ans, et variable selon les sujets, se
28 PREMIÈRE PARTIE. — SUJET DE LVïGlÊNE.
poursuit sans interruption jusqu'à douze ou quinze ans, et correspond à une grande activité organique et fonctionnelle du cerveau. Il résulte de la suractivité de cet appareil une prédisposition particulière aux diverses maladies de l'encéphale, et un retentissement facile et rapide des affections des autres organes sur le cerveau. La méningite aiguë et chronique, les convulsions, l'épilepsie, la chorée, la maladie à laquelle on a donné le nom de contracture des extrémités sont toutes fréquentes chez les enfants et sont la conséquence de cette suractivité organique et fonctionnelle du cerveau.
Tout obstacle apporté à l'accroissement des tissus et destiné à l'entraver peut , comme dans le premier âge, être la cause et le point de départ de certaines maladies générales. On peut avancer, et c'est précisément cette dernière circonstance qui en rend compte, qu'à durée et à intensité égales, toute maladie détermine bien plus rapidement chez les enfants que chez'les adultes l'affaiblissement et l'émaciation ; en pareil cas, c'est la prédominance du mouvement interstitiel de composition qui est entravé soit par la maladie elle-même, soit par l'absence de nourriture qu'entraînait cette maladie.
Les affections diathésiques ont également bien souvent pour point de départ chez les enfants de deux à quinze ans, d'autres affections quij par le seul fait de leur existence, ont entravé la nutrition des tissus. C'est ainsi que le rachitisme, les tubercules, les scrofules ont été souvent précédés de maladies des voies digestives , qui ont agi en s'opposant à la digestion et, par conséquent, à l'assimilation des aliments, et en altérant la nutrition interstitielle.
2° Production ou développement d'organes nouveaux ou qui n'étaient encore qiï à l'état de germe : ou de rudiment.-^ L'influence exercée par ce phénomène est moins grande dans le deuxième âge que dans le premier, et cependant on observe de grandes modifications dans la dentition. Ainsi, à quatre, cinq ou six ans, on voit paraître quatre molaires qui sont des dents permanentes, etqui portent le nombre desdents à vingt-quatre. On voit bientôt après s'effectuer la chute des dents de la première dentition , et ces dernières être remplacées par des dents permanentes. Enfin, vers douze ans paraissent quatre nouvelles grosses molaires qui complètent vingt-huit dents. Eh bien, toute cette
éruption dentaire s'effectue sans être accompagnée des mêmes orages que la première dentition , et rarement observe-t-on quelques troubles passagers ou quelques accidents de peu d'importance. On ne peut même signaler aucun phénomène particulier qui soit propre à la sortie des dents permanentes ni à celle des huit dernières molaires.
5° Impressionnabïlilé plus grande des enfants par les agents extérieurs et résistance plus faible. — Cette opposition, dont il a été longuement question précédemment, est encore fort remarquable dans le deuxième âge ; et elle est la source de bien des maladies chez les enfants. On doit admettre toutefois que cette susceptibilité diminue à mesure que les enfants avancent en âge, qu'elle est en rapport avec la force de leur constitution, le bon état antérieur de leur santé, et avec la manière dont s'est accompli leur allaitement.
Si cette susceptibilité , considérée d'une manière générale,-est diminuée, la résistance de ces jeunes êtres est aussi plus grande, et cette résistance est en raison directe de l'âge plus ou moins avancé, de la force de la constitution , de la santé antérieure plus robuste, et enfin d'un bon allaitement. La conséquence à tirer est toute simple, c'est que, plus les enfants rempliront ces quatre conditions d'une manière complète, moins ils seront exposés aux chances de développement des maladie s , et plus la terminaison de ces maladies sera favorable.
Règles hygiéniques. Alimentation. — 4° Il faut aux enfants une nourriture saine, de facile digestion, contenant dans des proportions suffisantes les éléments réparateurs azotés et les éléments respiratoires. Il faut en même temps que cette nourriture soit d'une facile assimilation , et qu'elle n'exige pas de la muqueuse cligestive un travail trop énergique qui pourrait ainsi devenir la cause de diverses maladies de cet appareil.
Cette nourriture doit être réglée , et être prise à des heures fixes et régulières, jamais trop abondante ; les indigestions répétées chez les enfants pouvant être l'origine de phlegmasies des voies digestives.
2° Les aliments doivent être cependant en suffisante quantité et suffisamment réparateurs. Ces deux conditions sont de la plus impérieuse nécessité, car leur absence est bien souvent, dans les
classes malheureuses de la société, le point de départ de maladies qui portent sur l'ensemble de l'organisme. Ainsi, le rachitisme, les tubercules et les scrofules sont bien souvent la conséquence d'une alimentation viciée. Quant au choix des aliments et des boissons, ce n'est que plus tard qu'il en sera question.
2° L'appareil respiratoire exige une satisfaction complète : il faut à l'enfant un air suffisamment renouvelé; il faut qu'il soit couché dans une chambre ventilée d'une manière convenable, et habitée par peu de personnes, à moins qu'elle ne soit très-spacieuse. On surveillera le sommeil .de l'enfant pour qu'il ne plonge pas la tête sous les couvertures. La température de l'air devra être maintenue à un degré convenable, tout en évitant de placer le lit des enfants sur le trajet de courants d'air.
2° Chez les enfants , il est nécessaire d'éviter avec soin toute fatigue intellectuelle trop grande, toute tension d'esprit trop considérable, toute émotion trop vive. Ces causes diverses peuvent déterminer des accidents immédiats, ou bien , lorsqu'elles viennent à se répéter et à persister, elles donnent au système nerveux une sensibilité excessive qui pourrait dominer la vie entière ou bien amener des névroses de diverse nature.
4° Enfin une règle importante à observer chez les enfants, c'est d'éviter de leur laisser contracter des habitudes vicieuses ; car, dans le jeune âge, ces habitudes se prennent avec une grande facilité et ne peuvent être déracinées qu'avec peine.
Salles d'asile. — Les salles d'asile sont une institution toute moderne qui a déjà rendu de grands services et qui est appelée, par son développement, à en rendre de plus grands encore à la classe ouvrière.
Les salles d'asile sont destinées à recevoir les enfants de 2 à 5 ans, et à les garder toute la journée pendant le travail des parents, et cela tantôt en percevant une légère rétribution , tantôt gratuitement. L'enfant y reçoit le commencement de l'éducation et de l'instruction. Ces établissements sont placés sous la surveillance d'une directrice. Les heures y sont partagées entre un léger travail à la portée des jeunes enfants, des chants simples et des jeux. Un médecin est attaché à chaque salle d'asile; le rôle qu'il est appelé à remplir est le suivant : il doit s'opposer à la présence d'un nombre d'enfants trop considérable, c'est-à-dire à l'en-
combrement , et veiller à ce que les salles soient suffisamment grandes, que l'air y soit renouvelé d'une manière convenable. Il doit examiner les enfants malades afin de les rendre à leur famille, et leur donner des soins s'il y a lieu. Enfin il faut qu'il s'oppose à l'introduction, dans la salle d'asile, d'enfants atteints de maladies contagieuses ou transmissibles , telles que la gale , la teigne, qui pourraient infecter une partie des jeunes sujets.
Externats. — Les devoirs et les fonctions des médecins qui y sont attachés sont de même nature que ceux qu'ils remplissent auprès des salles d'asile, et la surveillance de leur' part n'est pas moins importante. Un autre question se présente ici, c'est celle de savoir à quel âge on doit placer les enfants dans un externat. Je crois la réponse facile : il faut attendre que les enfants aient au moins cinq ans, époque à laquelle on cesse de les recevoir dans les salles d'asile. La durée moyenne du temps qu'ils passent dans les externats est d'environ 4 ou 5 ans, c'est-à-dire qu'elle se prolonge jusqu'à 9 ou 40 ans. C'est à peu près à cet âge, en effet, que les enfants commencent à n'avoir plus besoin d'une surveillance si active et qu'il n'est plus nécessaire de mettre autant de choix et de mesure dans leurs aliments.
Pensionnats, maisons d'éducation avec internes. — Ainsi qu'il vient d'être dit, c'est vers l'âge de 9 à 10 ans environ que la plupart des enfants sont placés comme internes dans les pensions ou les collèges. C'est l'âge où les jeunes sujets commencent à êf.re impressionnés d'une manière moins énergique par les agents extérieurs, où la fréquence des maladies diminue ; c'est enfin l'époque où leur intelligence commence à prendre son essor et peut être appliquée au travail d'une manière plus suivie et avec plus de fruit. Le médecin est souvent appelé à donner des conseils pour le choix d'une maison d'éducation ; il est indispensable, en conséquence , d'entrer dans quelques détails relatifs à l'hygiène de ces maisons et aux conditions qu'elles doivent présenter. Ces conditions sont physiques, matérielles et morales.
Conditions physiques et matérielles. — La plupart de ces conditions étant développées dans les chapitres qui les concernent, on peut se boruer à les énumérer sous forme de propositions.]
1° Les pensionnats doivent être placés au milieu de cours ou de jardins suffisamment aérés.
2° Les salles d'étude doivent être vastes, bien chauffées en hiver, et les enfants ne doivent pas y être accumulés en trop grand nombre.
5° Ces deux conditions sont encore plus nécessaires pour les dortoirs.
4° Les enfants de différents âges doivent être séparés dans des cours spéciales , et tout contact entre les uns et les autres doit être formellement interdit.
5° Enfin une nourriture saine, azotée en partie et facilement assimilable, est de rigueur.
Conditions morales et intellectuelles. — Celles que l'on doit rechercher sont les suivantes :
1° Capacité et moralité des chefs et des maîtres d'étude.
2° Les heures de repas, de travail, de récréation, établies de manière à ce qu'elles se succèdent chaque jour avec régularité.
5° Surveillance sévère des enfants pour empêcher qu'ils ne contractent de mauvaises habitudes.
Hôpitaux destinés aux enfants.
La première question qui se présente est assez difficile à résoudre : Faut-il, dans chaque hôpital, consacrer une ou deux salles aux enfants, ou bien établir pour eux des hôpitaux spéciaux ?
Cette question ne peut en être une pour les villes de population moyenne ou faible, et qui n'ont qu'un seul hôpital ou deux tout au plus. Evidemment on ne peut songer à y établir des maisons spéciales, et on doit encore s'estimer heureux quand une salle particulière est réservée aux jeunes sujets.
La question se présente donc seulement pour les grandes villes. A mon avis, on doit y établir des hôpitaux spéciaux pour les enfants, et même il est nécessaire d'avoir dans ces hôpitaux des sections particulières pour certaines maladies.
Voici, en pareille matière, quelques principes qu'il est important de ne pas perdre de vue.
i° Un hôpital d'enfants doit être placé, autant que possible, dans un vaste espace, au milieu de cours et de jardins qui séparent les divers corps de bâtiment qui le composent.
2° Il faut y établir des divisions particulières pour un certain nombre de maladies. L'Hôpital des enfants malades de Paris offre
quelques-unes de ces divisions, mais elles sont insuffisantes. Voici celles qui nous paraîtraient nécessaires : 1° Maladies chirurgicales.
2° Maladies aiguës, proprement dites, non contagieuses. 3° Maladies aiguës contagieuses ( fièvres éruptives ). 4° Maladies nerveuses (chorée, épilepsie). 5° Maladies de la peau.
6n Gale.
7° Ophthalinies.
8° Scrofules et tubercules.
3° Il est indispensable que les salles soient multipliées , peu étendues, et ne contiennent chacune qu'un petit nombre d'enfants, dix ou douze tout au plus, il faut encore qu'elles soient suffisamment aérées et chauffées.
4° Enfin on devrait y mettre des infirmiers en nombre beaucoup plus considérable qu'on ne le. fait dans les hôpitaux destinés aux adultes.
L'Hôpital des enfants malades de Paris offre la réunion de la plupart de ces conditions hygiéniques :
L'espace est vaste; des.locaux. particuliers sont affectés aux maladies principales, scrofules, ophthalmies, maladies de la peau, gale, teigne, maladies aiguës. Plusieurs salles sont belles, suffisamment aérées et saines. Mais, à côté de ces améliorations, qui y ont été successivement introduites, il y a encore de sérieux inconvénients, parmi lesquels on peut signaler les suivants :
1° L'existence de quelques salles encore peu salubres, basses, dans lesquelles on place trop de malades.
2° La présence d'un nombre de lits trop considérable dans les salles de maladies aiguës, surtout dans la division des filles.
5° Le mélange des maladies éruptives dans les salles destinées aux autres maladies.
4° Le mélange des ophthalmies avec les affections cutanées, d'où résulte fréquemment, pour les enfants atteints de ces dernières, la communication d'ophlhalmies graves entraînant parfois la perte de la vue.
5° L'encombrement de*certaines salles donne une physionomie particulière aux maladies que Ton y traite ; elles y prennent rapidement un caractère de gravité insolite ; les enfants tombent
dans un affaissement extrême, et la mort les frappe en plus grand nombre que partout ailleurs.
§ 3. Adolescence ; jeunesse.
Cet état commence à la puberté, c'est-à-dire vers l'âge de 12 à 15 ans. Chez la jeune fille, c'est l'instant où les menstrues s'établissent, et chez les garçons, l'époque où les organes génitaux commencent à présenter une activité fonctionnelle. Cette période se prolonge jusqu'à vingt ans. Pendant tout ce temps l'accroissement continue, le développement et le perfectionnement des divers appareils s'accomplissent, et le mouvement de composition l'emporte toujours sur le mouvement de décomposition. L'adolescent est devenu moins impressionnable aux agents extérieurs; il est doué également d'un degré de résistance plus considérable. Toutes les questions qui concernent cet âge constituent, ainsi que celles de l'âge suivant, la matière de la plus grande partie de l'hygiène; aussi n'en sera-t-il pas question ici.
§ 4. Virilité.
La Virilité comprend le laps de temps qui s'écoule de vingt et un à soixante ans. Dans cette longue période, les tissus et les organes ont acquis tout leur développement, et le mouvement de composition interstitielle balance le mouvement de décomposition, c'est-à-dire que l'homme perd à peu prés ce qu'il acquiert. Le maintien de cet équilibre est un fait important qui constitue la santé, laquelle n'est elle-même que le résultat de l'équilibre des fonctions. C'est à cette époque, qui peut être en quelque sorte considérée comme la période d'état de la vie humaine, que s'applique presque toute f hygiène ; il en sera donc question à chaque instant, et il n'y a ici aucune généralité à lui consacrer.
Il est cependant deux questions qui ne sont pas sans importance dans les applications d'hygiène publique. L'une de ces deux questions a trait à la taille de l'homme, l'autre à son poids.
Taille de l'homme. — M. Quetelet, par de scrupuleux examens, et par le dépouillement d'observations nombreuses et déjà anciennes , faites en Belgique, a cherché à déterminer la taille moyenne de l'homme.
Voici les résultats auxquels il a été conduit pour ce pays :
CHAP. H. tn DES AGES. 55
L'homme atteint toute sa hauteur à 30 ans seulement. Cette taille reste statiounaire de 30 à 50 ans; elle est alors de 1 m. 684 mil. (5 pieds 2 pouces 3 lig.) ; à 20 ans, la moyenne est de 4 m. 665 mil. ; à 25 ans, de 1 m. 675. Enfin, de 50 à 80 ans, la taille est de 4 m. 674 à 1 m. 613.
A 20 ans, la taille des habitants des campagnes est un peu moins élevée que celle des habitants des villes. Au même âge, la taille des individus des classes aisées est plus élevée que celle des classes pauvres.
En France, Tenon, d'après quarante faits recueillis à Palaiseau, donne pour moyenne de la taille 4 m. 675 ( 5 pieds 4 pouces 6 lig.). Les documents statistiques de l'administration donnent pour résultat, pour les recrues de l'Empire, 4 m. 615 ( 4 pieds 41 pouces 8 lig.), et pour les recrues de la Restauration 4 m. 683 (5 pieds 2 pouces 3 lig. ).
M. Lelut, d'après deux mille faits recueillis dans les prisons du département de la Seine, est arrivé aux résultats suivants relatifs à l'appréciation de la taille moyenne : de 46 à 47 ans elle est de 4 m. 567; à 20 ans de 4 m. 647; à 30 ans de 4 m. 657 ; à 50 ans de 4 m. 655; puis ensuite il y a une décroissance lente etgraduée. En définitive, la taille moyenne en France est, suivant lui, de 4 m.
Le même observateur, sur 733 hommes delà commune deGy, a trouvé pour moyenne de 30 à 50 ans 4 m. 684, au lieu de 4 m. 657.
Tous ces documents sont utiles pour l'appréciation de la taille moyenne de l'homme,' mais ils ne sont pas suffisants pour admettre que celte taille est en moyenne celle des habitants de toute la France.
Du poids de l'homme. — M. Quetelet a publié un mémoire trés-intéressant relatif à la détermination du poids moyen de l'homme. Voici les principaux résultats auxquels il est arrivé: L'homme atteint le maximum de son poids vers quarante ans, et il commence à en perdre d'une manière assez sensible vers soixante. A quatre-vingts ans il a perdu environ 6 Idlogr. de son poids. Sa taille, en même temps, a subi une diminution; elle est descendue d'à peu près 7 centimètres.
Le poids moyen, à dix-neuf ans, est à peu près celui du vieillard dans les deux sexes.
Quand l'homme et la femme ont pris leur développement complet, ils pèsent à peu près vingt fois autant qu'à l'instant de la naissance.
Immédiatement avant la puberté, l'homme et la femme pèsent la moitié du poids qu'ils auront après leur développement complet.
Le poids moyen de l'individu, en faisant abstraction de l'âge et du sexe, est de 44 kilogr. 7 gram., tandis que pour l'homme il est de 47 kilogr., et pour la femme de 42 kilog. 5 gram.
§ 5. Vieillesse.
On peut en moyenne fixer le commencement de la vieillesse à soixante ans. Toutefois ce terme n'est pas absolu ; car tel individu, à cet âge, a plus de vigueur et de force que tel autre à cinquante-cinq ans. La durée de la vieillesse est variable, puisqu'elle se termine à l'époque de la mort, elle-même trés-variable.
Les caractères qu'on peut assigner aux individus parvenus à la vieillesse consistent dans les modifications suivantes :
De cinquante à quatre-vingts ans , la taille de l'homme perd à peu prés 7 centimètres. Son poids diminue également, et, dans cette même période, perd de 6 à 7 kilogr.
La peau durcit, se sèche, devient moins souple et se ride. Les cheveux blanchissent et tombent, les dents tombent également et leur chute est successive. Il survient enfin une détérioration des diverses fonctions de l'organisme.
La cause de cette détérioration peut être très-bien formulée par la loi suivante :
Dans la vieillesse, il y a prédominance du mouvement de décomposition sur le mouvement de composition des tissus. Cette prédominance est la conséquence de l'épuisement, de l'usure, pour ainsi dire, de la force vitale. C'est la fin du cercle qui constitue l'évolution organique et fonctionnelle de l'individu. En s'exprimant ainsi, nous ne prétendons en aucune manière expliquer la nature intime, la cause première de cette grande loi de décadence, pas plus que l'on n'explique celle du développement et de l'accroissement des divers appareils dans l'enfance et la jeunesse ; nous constatons seulement le fait en lui-même.
Une autre conséquence de la fin de cette évolution organique et fonctionnelle signale aussi cette dernière période ; elle peut être érigée en loi, et n'a pas moins d'importance que les précédentes. A mesure qu'un individu avance en âge, il y a une tendance manifeste à l'oblitération des vaisseaux capillaires, ce qui diminue considérablement la vascularité des tissus. Cette oblitération est tantôt simple, tantôt .la conséquence de dépôts cartilagineux ou osseux qui se font dans l'épaisseur des parois des vaisseaux, audessous de leur membrane interne. Cette cartilaginification et cette ossification a lieu aussi bien dans le cœur et les gros vaisseaux que dans les artères moyennes et dans les capillaires.
Ainsi, chez les vieillards, prédominance du mouvement de décomposition, ossification des artères, voilà l'expression résumée des divers phénomènes organiques de la vie arrivée à sa dernière période ; dernière période dont la durée et la fin sont variables, et dont la cause première est inconnue aussi bien que celle de la vie elle-même.
Ces deux grands phénomènes expliquent toutes les modifications organiques et fonctionnelles qui se produisent chez les vieillards et rendent également compte de la nature des maladies qui les atteignent. On voit en effet les organes fatigués et même détruits en partie par un long usage, souvent par l'abus ou l'excès, redevenir plus impressionnables à l'action des agents extérieurs et leur offrir moins de résistance. Ce sont des résultats analogues à ceux qui se produisent chez les enfants, mais dus à une cause opposée. Dans le premier cas, ce sont des organes fatigués et usés, qui sont plus impressionnables; dans le second, ce sont des appareils encore faibles, débiles, et dont l'Organisation inachevée n'offre point de résistance aux agents extérieurs.
Appareil respiratoire. — Une conséquence des progrés de l'âge est l'atrophie, et par conséquent la raréfaction du tissu pulmonaire. Cette raréfaction amène une activité plus grande des cellules pulmonaires qui restent, les rend plus impressionnables et plus accessibles aux causes des maladies. C'est à cela qu'est due la fréquence des affections pulmonaires chez les vieillards. Les bronchites aiguës et chroniques, les pneumonies sont des maladies communes dans l'âge avancé ; il en est de même des emphysèmes. La raréfaction du tissu pulmonaire d'une part, et de l'autre
les efforts de toux qui accompagnent les bronchites, expliquent suffisamment la production de cette maladie.
Appareil circulatoire. — L'ossification tendant à se produire dans le cœur et dans tout le système artériel, il n'est pas étonnant d'observer chez les vieillards un certain nombre de maladies qui sont la conséquence de cette altération, et qui se développent avec d'autant plus de facilité que les individus sont parvenus à un âge plus avancé. Les affections du cœur sont donc fréquentes chez les vieillards et presque toujours la suite d'ossifications; cette altération prédispose également aux ruptures du cœur, cause assez fréquente de mort subite. La gangrène sénile est encore une maladie propre aux vieillards et qui est la conséquence d'oblitérations artérielles dues soit à l'artérite , soit aux ossifications de l'artère principale d'un membre.
Encéphale. —L'encéphale chez les vieillards subit une détérioration analogue à celle des autres appareils ; l'intelligence s'affaiblit peu à peu, la mémoire se perd, la sensibilité s'émousse, la myotilité diminue, et les facultés affectives disparaissent progressivement; un degré de plus, et on arrive à cet état auquel on a donné le nom d'enfance, état qui peut conduire à la démence sénile.
L'ossification des artères du cerveau peut déterminer deux altérations organiques bien distinctes: l'une, qui est la conséquence de T oblitération artérielle produite parles dépôts osseux, est le ramollissement blanc, lequel peut être comparé dans cette circonstance à une véritable gangrène sénile; l'autre, qui est due à la rupture des parois artérielles, est l'hémorrhagie cérébrale. Nous ferons observer toutefois que l'hémorrhagie cérébrale et le ramollissement sont également fréquents chez les vieillards, sans qu'il y ait d'ossification.
La congestion cérébrale s'observe encore assez souvent chez les individus d'un âge avancé.
Organes génitaux. — Les organes génitaux cessent de fonctionner dans la vieillesse, et cependant ils sont une cause fréquente de maladies, et cela de plusieurs manières différentes.
Tantôt on observe des rétrécissements de l'urètre , des catarrhes de la vessie, des néphrites chroniques, qui sont le résul-
tat d'abus antérieurs des fonctions génitales, ou simplement la répétition de maladies contractées à une époque plus ancienne.
D'autres fois, les accidents qui se développent sont dus aux tentatives faites pour réveiller l'action engourdie des fonctions génératrices, et aux abus qui résultent du succès de ces manœuvres. 11 n'est pas rare, en pareil cas, d'observer, comme résultat, des congestions ou des hémorrhagies cérébrales. Dans d'autres circonstances , ce sont des ruptures du cœur survenues chez les vieillards pendant l'acte du coït et qui ont déterminé une mort subite. Dans ces cas divers, la congestion, l'hémorrliagïe, la rupture du cœur sont les conséquences de l'excitation momentanée et violente de cet organe produite par l'acte même du coït. Son abus y prédispose encore davantage.
Tube digestif. — Le tube digestif, chez les vieillards, n'éprouve pas un affaiblissement aussi considérable que les autres appareils. Ses maladies sont même assez rares; les indigestions, toutefois, sont assez fréquentes chez les gens âgés, et on a souvent signalé, comme conséquence de cet état, des congestions et des hémorrhagies cérébrales.
Telles sont les maladies principales qui s'observent chez les individus d'un âge avancé, elles s'expliquent parfaitement par la détérioration des divers appareils organiques, par la loi de prédominance du mouvement de décomposition, ainsi que par l'envahissement du phosphate calcaire.
Il arrive enfin un moment où la vieillesse se termine, c'est l'époque de la mort. Ce terme est variable. Rarement, pourtant, la mort a lieu par les seuls progrés de l'âge et par l'affaiblissement progressif de tous les organes. La plupart du temps elle est due à des maladies accidentelles intercurrentes qui viennent en hâter le moment. Ces affections sévissent avec d'autant plus d'intensité, et elles ont dïautant plus de gravité que les individus sont plus âgés.
Règles hygiéniques. — 1° Chez les vieillards, il est une règle importante à observer rigoureusement, c'est d'éviter les diverses influences physiques ou morales trop énergiques.
Les orgnaes fatigués, épuisés par un long exercice, n'en sup-
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portent que difficilement l'action, et contractent aisément des maladies qui sont la conséquence de cette fatigue.
2° Les personnes âgées doivent éviter avec soin les variations brusques de température, l'action du froid ou celle d'une chaleur trop intense; les deux premières causes déterminent des bronchites ou des pneumonies , la dernière produit des congestions cérébrales. Les appartements, qui présentent des inconvénients de chaleur ou de froid exagérés, doivent donc être proscrits. Dans l'âge avancé, les vêtements doivent être plus chauds qu'aux autres époques de la vie.
3° Les vieillards doivent éviter les émotions vives, les travaux intellectuels trop assidus, les contentions d'esprit trop prolongées ; elles ont pour effet de retentir sur le cerveau ou sur le cœur.
Le coït, pour les personnes ayant dépassé l'âge de soixante à soixante-cinq ans, est en général nuisible, en raison des accidents qu'il peut déterminer vers les principaux organes.
4° Les fonctions digestives doivent surtout être ménagées ; on surveillera le choix et la quantité des aliments, en raison des conséquences fâcheuses qui surviennent souvent à la suite d'indigestions.
Hôpitaux ou maisons de refuge destinés aux vieillards. — Les hospices ou maisons de refuge destinés aux vieillards des deux sexes ont été, dans ces derniers temps, l'objet d'attaques assez vives. On a prétendu que les secours donnés à domicile et équivalents pour chaque individu à la somme qu'il coûte à l'administration, étaient bien préférables. On a même commencé l'essai de ce système. A mon avis les raisons suivantes doivent le faire rejeter.
1° Un secours, ou plutôt une pension de 1 franc par jour, car c'est à peu près la quotité, accordé à un individu, ne lui profite guère ; il est la plupart du temps employé aux besoins de sa famille ou des autres personnes qui l'entourent.
2° En supposant ce système adopté complètement et les hospices de vieillards supprimés, l'administration donnerait ainsi un certain nombre de pensions, de trois, quatre, cinq cents francs ou plus à des vieillards ; le fonds commun ainsi constitué ne tarderait pas à subir le sort de tous les fonds destinés à être partagés. Les recommandations, les instances de certains demandeurs, la
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misère des autres, inspireraient aux administrateurs le désir d'y faire participer un plus grand nombre d'individus, et par conséquent diminueraient ainsi progressivement la valeur de la pension accordée.
5° Enfin, on ne pourrait jamais supprimer complètement les hospices destinés aux individus totalement infirmes ou atteints d'affections incurables.
C'est donc prendre une mesure mauvaise et fausse que de supprimer les hospices destinés aux vieillards. En les conservant, il faut toutefois apporter une prompte réforme à l'organisation de ceux qui existent, à Paris surtout. Voici de quelle manière une réforme utile et juste pourrait être opérée :
D'abord le plus grand nombre des admissions à Bicêtre, à la Salpêtriére et aux deux hospices d'incurables, sont accordées principalement à la faveur ; les recommandations sont tout et les infirmités réelles très-peu de chose. Il faudrait donc admettre la règle suivante pour base des droits d'entrée dans ces établissements :
1 ° Etre atteint d'une maladie incurable ou d'une infirmité grave légalement et sérieusement constatée par un jury médical ; 2° Etre manifestement dans l'indigence ; 3° Admettre, sans infirmités même, les individus ayant atteint quatre-vingts ans et reconnus indigents; 4° Rejeter toute autre proposition d'admission. Ces hospices ou maisons de refuge devraient être fondés par le département et non par l'Etat, ou bien encore au moyen de legs faits par des particuliers. Beaucoup de départements possèdent déjà de ces établissements dits hospices généraux ; et il serait à désirer que tous en eussent un , institué sur les bases que je viens d'indiquer.
Quant aux conditions d'établissement , de construction, d'aération, etc., il en sera question plus tard.
§ 6. De la mort.
La mort est la cessation de la vie. Cette définition presque triviale est la seule, cependant, qu'on puisse en donner.
Elle peut avoir lieu aux divers âges, et par suite de l'action de causes fort différentes; les influences externes et internes, qui
la déterminent, agissent sur l'un ou l'autre des grands appareils de l'organisme ou sur l'organisme entier lui-même.
La mort peut arriver de quatre manières différentes. Ces quatre modes résument à peu près les divers genres de mort; ce sont les suivants :
4 ° La mort arrive par les poumons. — Cette cause est fréquente et elle peut se traduire de deux manières différentes, qui ne sont que deux variétés del'asphyxie : — a. L'asphyxie rapide ou aiguëqui se produit lorsque l'entrée de l'air dans les poumons est subitement interrompue ou qu'un gaz non respirahle est introduit dans les bronches. — 6. L'asphyxie lente qui se développe, lorsqu'une cause telle qu'un épanchementpleurétique considérable, un emphysème avec sécrétion bronchique abondante, le développement de fausses membranes dans la trachée venant à agir d'une manière progressive, s'opposent à l'entrée de l'air dans les poumons et amènent ainsi lentement la cessation de la vie.
2° La mort a lieu par le cœur. — Deux modes'particuliers se présentent ici : le premier est la conséquence d'une suspension des battements du cœur, c'est une syncope dont la durée est plus ou moins longue. C'est ce qu'on observe dans lés maladies du cœur, dans les hémorrhagies, dans les affections qui s'accompagnent d'une anémie profonde et dans une foule d'autres lésions très-diverses. Le second genre de mort parle cœur consiste dans la rupture de cet organe, rupture qui ne se produit guère que lorsque le cœur est déjà altéré, malade, et qu'il est survenu quelque cause accidentelle d'excitation de cet organe.
3° La mort arrive par le cerveau. — Les fonctions cérébrales sont loin d'être toujours intactes dans les deux genres de mort précédents. Les maladies diverses dont le cerveau est le siège peuvent se terminer par le cœur ou les poumons, et les maladies de ces organes retentissent également sur l'encéphale. Indépendamment de ces cas, on peut admettre que le cerveau lésé entraîne la perte des individus malades de deux manières : ou bien la mort arrive ci la suite de la diminution et de la suspension progressive de l'action cérébrale, diminution et suspension qui constituent l'état comateux ; ou bien au contraire la vie s'éteint, le malade étant tourmenté par l'exaltation des facultés cérébrales : c'est alors qu'on voit survenir le délire, les convulsions et un état d'excitation générale considérable.
4° La cessation de la vie a lieu par les seuls progrès de l'âge. — L'individu est arrivé à une sorte d'épuisement de la force vitale, qui a pour conséquence l'affaiblissement ou l'abolition des diverses fonctions organiques.
Voilà des genres de mort assez différents, mais les causes qui les déterminent sont plus différentes encore, et on les trouve dans les nombreuses maladies qui affligent l'espèce humaine. Il est curieux de rechercher quelles sont les affections qui interrompent le cours de la vie avant l'âge, quelle est leur proportion relative, quelles sont celles qui sont les plus fréquentes , celles qui sont les plus rares. En France, aucune donnée statistique un peu exacte ne peut servir de base à une pareille appréciation. En Angleterre, l'obligation que l'administration impose aux médecins, depuis quelques années, de consigner aussi exactement que possible le genre de mort auquel ont succombé les malades, a déjà fourni d'utiles renseignements. Le Register Office est destiné à résumer ces documents que M. Boudin a reproduits en partie dans les Annales d'hygiène. Ces tableaux sont trop étendu* pour pouvoir être' rapportés ici en totalité. Quelques exemples choisis suffiront.
Les tableaux publiés donnent le résultat de la mortalité et du genre de mort pendant les cinq années 4858, 1859, 1840, 1841 et 1842. Pendant ce temps, il y a eu 1,734,455 décès (22,071 en moyenne annuelle sur 1,000 habitants).
Voici maintenant quelques résultats : phthisie pulmonaire, 297,500, ou un peu plus de 59,000 par année, ce qui dépasse un peu le 1/5 de la totalité des décès. On peut encore représenter ces rapports par les comparaisons suivantes :
Phthisie, 5,850 décès pour un million d'habitants . Variole, 45,056 décès, ou 495 sur un million d'habitants. Typhus, 82,665, ou 1,080 sur' un million d'habitants. Mort violente, 57,165, ou 746 sur un million d'habitants. Mort subite, 18,021, ou 255 sur un million d'habitants.
L'examen des tableaux, pour chaque année, montre que les proportions des diverses maladies, qui peuvent être causes de mort, sont annuellement à peu prés les mêmes.
Dans un autre mémoire publié dans le même volume, M. Boudin a étudié, d'après le Register office, l'influence de la densité des
populations sur leur état sanitaire. Voici quelques-uns des résultats auxquels il est arrivé.
L'âge moyen, atteint au moment de la mort, est vingt-neuf ans pour toute l'Angleterre, vingt ans à Manchester, dix-sept ans à Liverpool.
Un million d'habitants des villes, pendant quatre années, a produit en moyenne 7,775 décès de plus que le même nombre d'habitants des campagnes.
La mortalité, par suite de maladies du système nerveux, est double à peu prés dans les villes, de ce qu'elle est dans les campagnes. Il en est de même pour les maladies aiguës des organes respiratoires, ce qui semblerait devoir être le contraire. Les décès par phthisie sont également plus fréquents dans les villes.
Les campagnes jouissent d'une espèce d'immunité pour les décès suites de hernies , de maladies de l'utérus , des suites de couches et d'affections rhumatismales.
En France, aucun travail de ce genre n'a été entrepris. La manière dont a été organisé, dans la ville de Paris, le service de constatation et d'inspection des décès, depuis quelques années, a dû cependant fournir des relevés statistiques, mais ils n'ont pas encore été publiés.
Le Conseil de salubrité a fait paraître dernièrement un tableau destiné aux médecins appelés à constater ou à inspecter les décès de la ville de Paris, et qui contient rénumération de toutes les maladies pouvant causer la mort. Ce tableau étant au courant de la science, il m'a semblé utile de le reproduire ici.