CHAP. I. — DU MARIAGE ET DU CÉLIBAT
lui est nuisible. La femme n'a pas les embarras de ménage; elle n'est pas exposée à ressentir les fatigues et les dangers delà grossesse, de l'accouchement et de l'allaitement ; plus tard, les soins de la maternité et l'éducation première des enfants n'absorbent pas une partie de ses instants. Cependant, toutes ces considérations doivent s'effacer devant les résultats de l'observation sérieuse et les déductions rigoureuses de la statistique.
L'homme marié est moins exposé à devenir malade. Sa vie a plus de chances de durée que celle des célibataires. La femme, bien que placée dans des conditions moins avantageuses que lui , se trouve cependant dans des rapports analogues à l'égard des filles non mariées.
Les résultats statistiques de Casper prouvent ces faits d'une manière évidente. —Voici un tableau dans lequel il a rapporté tous les calculs à 100.
Il meurt sur 100
Hommes
Hommes
Femmes
Femmes
non mariés.
mariés.
non mariées.
mariées.
De 25 à 30 ans,
On voit, d'après ce tableau, qu'après 70 ans il reste, pour 11,7 garçons non mariés, 26,9 individus mariés ; et pour 25,6 filles non mariées, 28,7 mariées.
Quelles sont les causes de ces avantages ? Voici celles qu'on peut raisonnablement leur assigner.
L'homme marié mène une vie plus régulière , il fait un usage plus modéré des plaisirs vénériens émoussés par l'habitude et par l'absence d'excitations nouvelles. Les repas sont plus réglés, son temps mieux organisé. Les soins dont sa femme et ses enfants l'entourent écartent de lui beaucoup de causes morbifiques. La vie de famille lui procure des jouissances qu'il apprécie et une satisfaction qui contribue à son bien-être. En cas de maladie, il est entouré de soins , de consolations qui ont une grande influence sur la terminaison heureuse des maladies.
Le célibataire, au contraire, se trouve dans de tout autres conditions. Sa vie est plus irrégulière , il n'a pas la consolation
d'un ïntérîeiir , la satisfaction du besoin moral de l'association, la régularité dés repas, des travaux, du sommeil. C'est même cette liberté qui lui plaît. Il se livre plus souvent aux plaisirs vénériens, et de nouvelles excitations le conduisent bien souvent à en augmenter la fréquence.
Les conséquences qui peuvent être considérées comme le résultat de la différence du genre de vie , sont spécialement les suivantes.
Les troubles digestifs sont plus fréquents, ce qui est probablement dû à l'irrégularité des repas , ainsi qu'aux excès plus fréquents des plaisirs de la table. C'est parmi les célibataires qu'on trouve le plus grand nombre d'individus adonnés à l'abus des licjueurs alcooliques. Les excès vénériens et toutes leurs conséquences se manifestent également plutôt chez les garçons que chez les hommes mariés. C'est également chez eux que la maladie de Pott et les diverses affections de la moelle se montrent avec le plus de fréquence , et que la syphilis est certainement plus commune. On peut dire la mêmechosed'un grand nombre de névroses, et en particulier de l'hypocondrie et des névralgies. L'aliénation mentale se rencontre également beaucoup plus souvent chez les célibataires que chez les hommes mariés. D'après le rapport de M. Desportes, il y a 60 célibataires pour 40 hommes mariés sur cent aliénés. Le suicide se manifeste plus fréquemment chez les célibataires ; depuis les relevés de Prévost de Genève, les garçons suicidés sont aux hommes mariés également suicidés comme 7 est à 6.
Chez les femmes , les conditions sont moins avantageuses que chez l'homme, et il faut l'attribuer aux circonstances de grossesse, d'accouchement et d'allaitement, ainsi qu'aux maladies de l'utértis qui en sont si fréquemment la suite. Malgré ces conditions défavorables, la durée de la vie est encore plus longue chez les femmes mariées que chez les filles ; c'est , en effet, que malgré les circonstances défavorables qui viennent d'être mentionnées, il y en a d'autres qui établissent la compensation et lui donnent la prééminence. Ces circonstances sont une aisance plus grande, les consolations de la famille du mari, des enfants ; l'action de la vie de famille qui, contenue dans des limites modérées, est favorable à la conservation de la santé. Chez les filles non mariées, les circonstances qui rendent la mortalité propor-