CHAP. III. — DE LA PROSTITUTION. S
gence et des penchants plus ou moins vicieux de leur cœur. Les unes sont libres, les autres placées dans des maisons de tolérance. Parmi les filles libres, le genre de vie des plus distinguées, qui forment le plus petit nombre, consiste dans l'oisiveté, la promenade, la lecture, la musique et la toilette; elles aiment le théâtre, la parure, 'et se distinguent par leur gourmandise et leur amour du Champagne et du punch.
Les filles de la deuxième classe, qu'on peut appeler moyenne, se livrent, en général, en même temps à quelques travaux, ou bien elles tiennent quelque petit commerce. Un certain nombre d'entre elles y joignent le goût de l'économie et parviennent à mettre quelque argent de côté.
Celles de la troisième et dernière classe occupent les barrières et les estaminets de nos faubourgs; elles groupent autour d'elles des malfaiteurs, des escrocs, et sont elles-mêmes, pour la plupart, voleuses, receleuses et livrées à l'ivrognerie.
L'âge des filles publiques varie. En général, celles de la première espèce sont les plus jeunes; viennent ensuite les secondes, puis les troisièmes. — Parent du Chatelet, sur 3,248 prostituées dont il a déterminé l'âge, est amené à conclure que de 14 à 28 ans il y avait une progression croissante, de 28 à 40 ans, il y avait une progression décroissante, et de 40 à 50, il y avait une décroissance telle, qu'à 50 il n'y en a plus. La classe des filles publiques se recrute de préférence dans les ouvrières des ateliers et des fabriques ,'*ou bien dans les professions qui vendent sur la voie publique : telles que les fleuristes, les fruitières, les saltimbanques, les écaillères, les cuisinières, les bonnes d'enfants, les chiffonnières, les laitières, vachères, bergères, etc., etc.
Les causes qui les poussent à solliciter l'inscription à la préfecture de police, toute difficile qu'elle soit, sont : pour les plus distinguées, le déclassement, l'absence d'aisance et, malgré l'éducation, qu'elles ont reçue, la répulsion pour le travail, la paresse, l'amour de l'oisiveté et du plaisir, et enfin la gourmandise.
(les causes sont bien suffisantes pour expliquer la raison pour laquelle un grand nombre de femmes se jettent dans la prostitution ; il faut toutefois y joindre encore le salaire insuffisant de leur travail, les mauvais conseils, la mauvaise compagnie, la séduction et la corruption prématurées, le défaut de surveillance des parents, les mauvais traitements qu'ils font subir à leurs filles, l'a-
bandon d'individus avec lesquels elles vivaient en concubinage, enfin, mais bien plus rarement, le désir de gagner quelque argent pour secourir leurs parents ou nourrir leurs enfants.
Les prostituées de la troisième espèce sont, ainsi qu'il a été dit, le rebut delà société; bien souvent celles des deux autres classes, par l'âge plus avancé auquel elles sont parvenues, et par la dégradation à laquelle les a conduites leur métier, peuvent être alors rangées parmi les filles publiques de la troisième classe.
Une partie des prostituées sont placées dans des maisons de tolérance soumises à certaines règles, et dirigées par des femmes, dites maîtresses de maison. Ces dernières exercent presque toujours en même temps l'ignoble métier de chercher partout de nouvelles recrues, à l'égard desquelles elles emploient sans scrupule les séductions, les embûches et le mensonge.
Prostitution clandestine. — La prostitution clandestine est plus dangereuse encore que la prostitution publique, car elle est soustraite à toute surveillance de la part de l'autorité, et elle se présente avec un faux aspect d'honnêteté qui séduit plus d'un adolescent et plus d'un étranger.
Elle comprend également plusieurs classes de femmes. Les unes, dites femmes entretenues, femmes galantes, sont presque toutes des femmes ou des filles déclassées, ayant reçu une éducation qui n'est pas en rapport avec leur peu d'aisance ou leur position sociale. Elles sont toutes paresseuses, aiment d'une manière effrénée le luxe, la dépense, la toilette et les plaisirs de tout genre. On peut y faire rentrer les femmes dites à partie , qui tiennent des maisons où elles reçoivent à dîner et à jouer, et y attirent les jeunes gens et les étrangers avec une fausse apparence de luxe et d'honnêteté.
Viennent ensuite les ouvrières proprement dites, qui ajoutent la prostitution à leur état, afin d'éviter la misère, et d'augmenter un salaire manifestement insuffisant soit pour vivre, soit pour faire un peu de toilette. Ajoutons que le goût du plaisir, le désir d'imiter leurs compagnes, la fréquentation des hommes, viennent favoriser leur corruption. Un bien petit nombre font usage de leurs charmes pour aider leurs familles à subsister, ou pour nourrir leurs enfants.
Il est une classe d'ouvrières qui ne doivent pas être considérées comme des prostituées, et dont il doit être cependant