CHAP. III. — DE LA PROSTITUTIOS
question ici. Ce sont les ouvrières qui vivent en concubinage avec des ouvriers dont elles prennent le nom et qu'elles considèrent presque comme un époux ; peu s'en faut même qu'elles ne regardent comme légitimes les enfants qui naissent de cette association. L'abandon des parents, l'isolement, la misère, la rencontre de deux caractères qui se conviennent, amènent souvent de tels résultats, qui, dans beaucoup de cas très-heureuse" ment(1), aboutissent au mariage. Quelques-unes de ces malheureuses femmes, lorsqu'elles viennent à être abandonnées, n'ont souvent d'autre ressource que la prostitution.
Tels sont les divers éléments de la prostitution publique et de la prostitution clandestine. Il s'agit maintenant d'examiner l'influence de la prostitution, 4° sur la santé publique; 2° sur les malheureuses qui s'ylivrent.
1° Influence de la prostitution sur la santé publique.— On peut attribuer à la facilité de mœurs des classes qui fournissent les prostituées, et à l'exercice de la prostitution elle-même, de graves et sérieuses conséquences.
En premier lieu,' elle favorise la jouissance prématurée des plaisirs vénériens chez les jeunes gens. De l'exercice à l'excès il n'y a qu'un pas, et nous avons dit précédemment quelles pouvaient être les conséquences fâcheuses des abus du coït. Ces excès débilitentla constitution des adolescents, les détournent d'occupations plus sérieuses, et les rendent impropres à procréer plus tard des enfants forts et robustes.
Un autre inconvénient sérieux, et qui est surtout à redouter dans la prostitution clandestine, c'est d'entraîner fréquemment les jeunes gens dans des liaisons d'une certaine durée. Ces liaisons, cimentées quelquefois par la naissance d'un ou plusieurs enfants, enchaînent souvent leur volonté et brisent leur avenir.
Parmi les graves conséquences de l'existence de la prostitution, on doit signaler la communication de la syphilis sous toutes ses
1 Depuis 1826 il a été fondé à Paris une Société qui, sous le nom de Saint- François Régis, a des ramifications considérables, et s'occupe de faire unir par les liens légitimes du mariage les individus qui vivent en concubinage, ou de faire légitimer les enfants nés de pareilles unions. Depuis 1826 jusqu'à 1850, cette Société a reçu 20,436 ménages vivant dans le désordre, et, par conséquent, a ramené aux bonnes mœurs 40,872 individus. Le nombre des enfants légitimés a été approximativement, dans le même espace de temps, de 14,438.
formes. On peut douter en effet que ce ne soit la prostitution qui propage cette maladie parmi les populations, et empêche le nombre des individus atteints de diminuer. Il est également vrai que c'est bien plutôt la prostitution clandestine que les filles publiques qui maintiennent la fréquence de cette maladie.
Le défaut d'inscription à la préfecture de police et l'absence des visites par les médecins des dispensaires, en rendent suffisamment compte.
2o Influence de la prostitution sur la santé des femmes qui s'y livrent.— Le cachet delà prostitution s'imprime presque toujours au bout d'un certain temps sur les traits, la physionomie et la démarche de la fille publique : sa figure prend un air effronté, ses traits s'accentuent davantage, ses yeux sont hardis, son regard provoquant ; sa démarche est brusque, sans souplesse, sa tête est droite et presque raide, son geste licencieux.
Plus tard, d'autres caractères se manifestent : tel est surtout un embonpoint assez considérable, qui s'explique par la nourriture copieuse dont les filles publiques font usage, et en même temps par leur vie oisive, nonchalante, ainsi que par le défaut d'exercice musculaire. Les seins se développent presque toujours en même temps qu'ils se ramollissent ; les traits de la face se rident prématurément.
Les prostituées sont prédisposées à un certain nombre de maradies, et sans parler ici delà syphilis qui exerce tant de ravages parmi elles, il est certaines affections qu'on y observe de préférence ; telles sont, en particulier, les laryngites chroniques, et les aphonies nerveuses plus ou moins complètes. Ces deux maladies, quelquefois la conséquence de la syphilis, peuvent aussi se développer sans elle. On peut alors les attribuer soit aux excès de la voix et aux cris, soit à l'abus des liqueurs fortes, soit enfin au refroidissement facile de leur col toujours découvert. Ces causes n'existent pas chez toutes, et il faut alors attribuer la production de ces affections laryngées à la sympathie spéciale, et inconnue dans sa nature, qui unit l'organe de la voix aux fonctions génitales.
Parmi les autres maladies auxquelles la prostitution prédispose évidemment, on doit citer les maladies de l'utérus, et spécialement la leucorrhée habituelle, l'engorgement du col et l'inflammation catarrhale de la membrane muqueuse de la cavité utérine. La stérilité des filles publiques a déjà été signalé précédemment.