CHAPITRE IV
Professions agricoles.
Les travaux agricoles sont ceux auxquels se livrent la plus grande partie des habitants de la France. En effet, sur un nombre de 718,850 conscrits, qui ont été admis sous les drapeaux de 1834 à 1842, la population agricole en a fourni 332,720; la population industrielle 157,207; les professions non classées 152,050; les écrivains ou commis 15,809; enfin, les individus sans profession et vivant de leur revenu 51,104.
Il est donc intéressant de rechercher quelle est la condition hygiénique des individus livrés aux travaux des champs.
La profession agricole comprend, du reste, des classes bien différentes. On y trouve les cultivateurs propriétaires, les fermiers et les domestiques ; les bouviers, bergers, voituriers, garçons-d'écurie, les terrassiers, les bûcherons, les meuniers, les vignerons ; enfin, tous les individus livrés aux travaux de la campagne.
À priori, on doit penser que vivant et travaillant au milieu d'un air pur (1), soustraite aux dangers de la corruption des villes et des tentations inspirées par les mauvais conseils et la. mauvaise compagnie, la population agricole se trouve placée dans de meilleures conditions hygiéniques ; c'est, en effet, ce que viennent prouver les résultats de la statistique.
Longévité. — Dans les campagnes, la vie semble plus longue, et on y trouve les plus nombreux exemples de longévité (Gasper).
Mortalité. — La mortalité des villes et des campagnes, comparée à la mortalité générale, présente de grandes différences. Dans les districts manufacturiers de l'Angleterre, la mortalité est de i sur 53 ; tandis que dans les districts agricoles elle est de 1 sur 67 (Motard).
Le même auteur donne les résultats suivants : en Angleterre1, la mortalité générale est de 1 sur 54 ; dans la ville manufacturière de Bristol, elle est de \ sur 45 ; et dans celle de Worcester de \ sur 48.
Dans les départements essentiellement agricoles de la Fr ance comme l'Aisne, le Calvados, Indre-et-Loire, la Sarthe, Seine-et- Marne, l'Yonne, la mortalité est proportionnellement plus faible que la mortalité générale, ou que celle des départements de la Seine, du Nord, du Rhône, du Haut et du Bas-Rhin.
Un autre document anglais donne encore les renseignements suivants : Sur 3,500,000 habitants des villes, il est mort 47,953 individus, tandis que sur le même nombre d'habitants des campagnes, c'est-à-dire 5,500,000, il en est mort 29,693.
Sur cesmèmes nombres, il en était mort \ ,564 de fièvres typhoïdes dans les comtés et 3,456 dans les villes, et 5,857 phthisiques dans les comtés et 8,1 25 dans les villes.
Ces résultats sont d'autant plus remarquables que les habitants des campagnes ont, en général, une nourriture moins bonne, des
(1) On fail ici abstraction de l'influence paludéenne.
vêtements moins chauds, des logements moins salubres et un salaire moins élevé que les artisans des villes.
Dans les campagnes, quelques documents statistiques semblent démontrer que la puberté est moins hâtive et la fécondité moins grande que dans les villes. D'après M. Quetelet. la fécondité est représentée dans les villes par \ naissance sur 29 habitants, et dans les campagnes par 1 naissance sur 34 habitants.
M. Villermé, dans l'analyse qu'il a faite de 15,500,000 naissances, est arrivé à des résultats analogues.
En résumé, il y a dans les campagnes fécondité moindre, mais mortalité beaucoup moindre encore, de sorte que la conséquence est l'accroissement de la population.
Ces résultats statistiques s'expliquent très-bien par les avantages suivants que les habitants des campagnes ont sur ceux des villes.
Ils respirent un air plus pur, se livrent à un exercice musculaire énergique, qui ne peut qu'être utile à leur santé. De plus, les paysans ne sont pas exposés à respirer un air confiné. Ils sont moins souvent atteints parles maladies qui prennent leur source dans la corruption des villes, et, en particulier, par la syphilis. Les passions de tout genre y sont beaucoup plus rares. Les excès vénériens n'ont pas le temps de se produire, et les campagnards y sont peu disposés à la suite des violentes fatigues d'une journée de travail. Il y a moins de misère, plus de contentement; la vie de famille s'y organise d'une manière plus complète, et, chez la plupart des fermiers, les domestiques mêmes semblent en faire partie ; enfin, les maladies mentales sont beaucoup plus rares chez les paysans.
A côté de ces avantages, il y a des inconvénients, qui peuvent être le point de départ d'un certain nombre d'états morbides. Parmi eux, nous citerons les suivants : l'alimentation n'est pas toujours aussi substantielle et aussi azotée que l'exigerait l'exercice musculaire qu'ils sont obligés d'accomplir. Dans d'autres cas, leur nourriture est même insuffisante. L'exercice est souvent trop fort, trop pénible. Les villageois sont, de plus, exposés à toutes les intempéries des saisons et à toutes les vicissitudes atmosphériques, telles que la chaleur, la pluie, le froid, etc., et celle exposition a pour conséquence le développement de phlegmasies aiguës franches, telles que bronchites, pneumonies, pieu-
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résies, etc. Il est singulier toutefois que les rhumatismes articulaires aigus ne soient pas très-communs dans les campagnes. Quelquefois, l'influence du froid et de l'humidité produit un de ses résultats habituels, la maladie de Bright.
L'influence pathogénique qui agit le plus énergiquement sur les habitants des campagnes consiste dans les effluves marécageux. Ce sont eux qui produisent le plus grand nombre des maladies qui sévissent sur la plupart des populations agricoles du globe. La fièvre typhoïde et la phthisie pulmonaire, ainsi que cela a été démontré plus haut, sont moins fréquentes dans les campagnes que dans les villes. Les excès de boissons y semblent également moins communs. Cependant, il n'est pas rare non plus de les observer et d'en constater les fâcheux effets.
Toutes ces influences morbides agissent avec une énergie plus grande chez les domestiques que chez les maîtres, et dans les pays naturellement pauvres que dans les localités aisées.
Les améliorations qu'il serait à désirer de voir survenir dans les conditions hygiéniques des populations agricoles sont les suivantes :
1° L'aisance des ménages, l'abondance de toutes les productions ;
2° L'introduction du froment chez les paysans de toutes les provinces qui n'en font pas encore usage, ou au moins le mélange de froment et de seigle ;
3° Des habitations plus commodes, plus grandes et mieux closes; l'éloignement des fumiers de leur voisinage immédiat;
4° Des vêtements suffisants pour prémunir contre les vicissitudes atmosphériques;
5° Une nourriture plus substantielle ;
6° Un sommeil suffisant ;
7° L'éloignement des influences paludéennes.
Toutes ces améliorations sont subordonnées à trois grandes modifications dans l'organisation administrative, et sans lesquelles on ne peut s'attendre à les voir réaliser.
1° Le dégrèvement raisonnable de l'impôt foncier;
2o La libre circulation des grains à l'intérieur, empêchée plutôt par la routine que par des obstacles prohibitifs ;
3° L'établissement de banques locales et d'un système nouveau et convenable d'hypothèques.
612 APPENDICE. —JlîYGIENE APPLIQUÉE^