CHAP. X. — PROFESSIONS. MATIÈRES VÉGÉTALES
dues dans l'atmosphère des ateliers où on travaille cette matière, la faculté de développer la phthisie pulmonaire. C'est une erreur que rien ne vient justifier, et dont il est peut-être possible de se rendre compte de la manière suivante. L'inspiration des molécules de coton peut donner naissance à une irritation bronchique et à un peu de toux. Or, supposons que ces irritations bronchiques viennent à se répéter sans cesse, pendant un espace de temps assez long, chez des sujets prédisposés par hérédité aux tubercules, et placés d'ailleurs dans de mauvaises conditions hygiéniques, par suite de salaire insuffisant, de mauvaise conduite, d'excès de tous genres, etc. ; la phthisie pulmonaire pourra se déclarer, et l'irritation bronchique due aux molécules de coton n'aura joué que le rôle très-secondaire de cause occasionnelle. Ce n'est pas une raison, du reste, pour qu'on ne tienne pas compte de cette influence ; et il est peut-être utile que les individus qui présentent une semblable disposition soient éloignés des professions où le battage et le cardage du coton les exposent à recevoir l'impression des molécules suspendues dans l'atmosphère.
2° Tabac.
Les ouvriers qui travaillent dans les manufactures de tabac sont-ils disposés à des maladies spéciales ? Il règne à cet égard, dans la science, les opinions les plus divergentes. D'après Ramazzini et M. Pâtissier, rien de plus dangereux que cette fabrication, et elle détermine de graves maladies. D'après M. Parent Duchatelet, rien, au contraire, de plus complètement innocent.
Dans un rapport adressé à l'administration par M. Siméon, alors directeur des tabacs, cette plante ne produit que fort rarement des effets sensibles, même sur les ouvriers qui se livrent pour la première fois à sa manipulation. Ces effets, d'ailleurs, sont passagers, etlesouvriers finissent toujours pars'y habituer. Bien plus, d'après ce même rapport, les ouvriers des manufactures de tabac seraient exempts des maladies qui régnent dans les localités où se trouvent ces manufactures , ou bien ces affections y seraient moins graves, moins intenses, et le nombre des individus atteints proportionnellement moins considérable. Parmi ces maladies, on cite la dyssenterie, les affections typhoïdes, la suette, et même la phthisie pulmonaire. Plusieurs des médecins attachés aux manufactures de tabac regardent en effet le travail de la fabrication de
cette substance comme pouvant empêcher le développement des tubercules.
M. Mélier, dans un rapport lu a l'Académie de médecine, a cherché à élucider toutes ces questions.
Un des faits qui ressortent de son travail, c'est que la première impression éprouvée par les ouvriers qui débutent dans la fabrique est toujours plus ou moins pénible, et qu'ils ont tous une difficulté plus ou moins grande à s'y habituer. Plusieurs même sont obligés d'y renoncer. Les phénomènes qu'on observe en pareil cas sont une céphalalgie plus ou moins intense, accompagnée de nausées, quelquefois de vomissements; en même temps, ils perdent l'appétit, le sommeil, et souvent il s'y joint de la diarrhée. Ces premiers effets , qu'on ne saurait nier , durent de huit à quinze jours , et cette période constitue , pour les ouvriers, une espèce d'acclimatement. Au bout de ce temps ces accidents disparaissent, et les ouvriers, désormais habitués au travail du tabac , finissent par ne plus s'en plaindre. Plus tard , les individus employés à la manutention du tabac semblent éprouver des effets consécutifs plus profonds, qui se manifestent à la longue, et dont les caractères spéciaux paraissent indiquer une action sur le sang. — Suivant M. Heurtaux, les modifications de ce liquide consisteraient dans une diminution de la fibrine et dans une tendance aux congestions sanguines dans divers points de l'organisme ; malheureusement, aucune expérience positive n'a démontré encore la réalité de cette hypothèse.
Il est encore d'autres accidents signalés par M. Mélier dans son rapport; ce sont ceux qui se montrent chez les ouvriers qui défont les masses, et qui, indépendamment d'un travail pénible, sont exposés directement à l'inspiration des produits de la fermentation de ces masses. Ces accidents consistent dans des diarrhées séreuses abondantes, auxquelsse joignent l'insomnie, une agitation fatigante, la perte de l'appétit, les nausées, l'amaigrissement , et finalement un teint gris caractéristique.
On pensait autrefois que les ouvriers attachés aux manufactures de tabac vivaient moins longtemps que ceux des autres professions. Cela n'est pas probable ; il n'existe toutefois aucun document qui permette d'avoir une opinion positive à cet égard. On peut dire la même chose de l'influence du travail de la fabrication du tabac sur le développement de la phthisie pulmonaire