CHAPITRE V
Des îrïiosyncrasies.
On peut définir l'idiosyncrasie une disposition spéciale qui résulte de la manière d'être individuelle , et qui détermine des répugnances et des inclinations spéciales. Quelques mots d'explication sont nécessaires. Pour la plupart des êtres de la série animale, les organes des sens établissent entre eux et les agents externes des rapports très-déterminés, et qui se traduisent par des sensations, des inclinations et des répugnances. Ces rapports sont tels que les mêmes agents déterminent en général les mêmes effets chez la plupart des individus d'une même espèce. Pour l'homme, il en est ainsi ordinairement. Mais il est des personnes qui sortent de la règle, et chez lesquelles les agents extérieurs déterminent des effets tout particuliers, d'où résultent des sensations ou des perceptions, des appétences ou des répugnances in solites. Ce sont ces appétences et ces répugnances insolites auxquelles on a donné le nom d'idiosyncrasie.
Portéesà un certain degré, elles prennent plus particulièrement le nom d'idiosyncrasie ou d'idiosyncrasie spéciale; mais faibles et bénignes, et il n'y a peut-être pas un seul individu qui n'en présente, elles constituent la manière de sentir etla manière de réagir de chaque individu. C'est une conséquence de sa nature individuelle, conséquence dont on ne doit pas chercher la raison dans l'organisation. C'està l'hygiéniste et au médecin à étudier chez chaque sujet la manière de sentir, afin d'en tirer parti dans la direction de la santé ou dans la thérapeutique des maladies qu'il aura à combattre.
Les idiosyncrasies qu'on a appelées spéciales, et qui sont les plus saillantes, sont en général celles qui sont étudiées à part, et
qu'on a cherché à expliquer. Elles sont innombrables, et il faudrait examiner un grand nombre de cas individuels pour en tracer l'histoire.
Les facultés cérébrales fournissent peut-être les plus nombreuses, et on doit les chercher, soit dans les facultés intellectuelles, soit dans la locomobilité, soit dans la sensibilité. Dans cette dernière, on doit distinguer la sensibilité générale des divers systèmes organiques de celle qui est propre à chacun des organes des sens. Les sensations spéciales de quelques appareils peuvent également en devenir le siège. Telles sont la faim, la soif, le besoin de la défécation, celui d'uriner, les sensations génitales , la voix.
Les excrétions et les sécrétions peuvent également être le siège 4e phénomènes spéciaux qui constituent autant d'idiosyncrasies.
Dans ces cas divers, aucune particularité d'organisation, aucune structure anatomique spéciale ne peut rendre compte de ces sensations, de ces inclinations ou de ces répugnances spéciales.
M. Lévy a essayé, après M. Bégin , de faire dépendre les idiosyncrasies de la prédominance d'un organe, d'un viscère important ou même d'un appareil entier, prédominance qui pourrait être eongéniale ou acquise; d'après lui, les idiosyncrasies se manifestent chez les individus en vertu de cette loi qui appelle sur les organes prépondérants de l'économie Faction des causes morbifiques. Il explique ainsi pourquoi deux individus étant soumis au froid, l'un contracte une angine, l'autre une bronchite, etc. A mon avis, cet hygiéniste distingué, un peu trop organicien en ce qui concerne cette question, a confondu ici la prédisposition morbide avec l'idiosyncrasie, et je préfère adopter l'idée qu'on se faisait avant lui des idiosyncrasies , idée qui est encore admise par la plupart des médecins.
4° Bègles hygiéniques. — L'idiosyncrasie doit toujours être prise en considération et respectée dans la direction de la santé d'une personne et dans la thérapeutique des maladies dont elle peut être affectée. Vouloir en faire abstraction ou lutter contre elle, serait s'exposer à transformer l'idiosyncrasie en sympathie morbide, ou même en complication spéciale plus ou moins grave.
2° Dans l'état de santé , ce n'est que progressivement, très-
lentement, par des moyens détournés et surtout en faisant contracter des habitudes nouvelles qu'on peut faire disparaître ou atténuer une idiosyncrasie désagréable, incommode ou même nuisible à la santé.
GHAPiTRE VI.
Ife Flfiérédité.
En médecine, hérédité signifie une disposition en vertu de laquelle certains états physiologiques ou pathologiques des parents se transmettent aux enfants par voie de génération.
Avant d'étudier les circonstances qui peuvent exercer quelque influence sur cette transmission, il est bien important d'établir quels sont les états physiologiques et pathologiques qui peuvent ainsi se transmettre. Nous les rangerons en plusieurs séries. I. Hérédité d'états physiologiques.
1° Transmission de la forme extérieure et des traits de la face qui sont la conséquence, non de l'éducation, mais de la naissance. Relativement à cette transmission, on doit se rappeler que ce n'est pas toujours dans la première enfance, mais à une époque plus ou moins avancée que se manifeste la ressemblance des enfants aux parents.
2° Transmission de la stature, de la force physique et de la durée de la vie. Les exemples de longévité, par exemple, sont fréquents dans les mêmes familles.
3° Transmission des ressemblances morales. Elles sont, toutefois, plus difficiles à constater, en raison des changements qu'y apporte l'éducation.
4° Transmission des caractères de race, de nations.
o° Transmission des tempéraments, des constitutions et des idiosyncrasies.