II. Hérédité d'états pathologiques
\° Transmission des vices de conformation des organes internes et externes.
2° Transmission de la prédisposition ou de l'aptitude organique aux maladies.
76 première partie. — sujet de l'hygiène.
C'est bien plutôt, en effet, cette prédisposition que la maladie elle-même qui se transmet.
La disposition organique héréditaire transmise des parents aux enfants peut être reconnue par le médecin. Cinq sources différentes peuvent lui en fournir les moyens : 4° F état actuel de l'individu ; 2° l'apparence de la conformation externe ; 5° la considération de la force ou de la faiblesse ; 4° la constitution et le tempérament; 5° la ressemblance avec les parents.
L'époque à laquelle agit la prédisposition héréditaire est variable et dépend de circonstances nombreuses et complexes.
On a cherché à préciser quelles étaient les maladies dont la prédisposition organique héréditaire était ainsi transmise des parents aux enfants; en voici rénumération, d'après M. Piorry (Thèse de concours, sur l'hérédité) : La pléthore, le rhumatisme articulaire aigu, la goutte, le cancer, l'hypertrophie du cœur, la phthisie, le catarrhe, la pneumonie, l'emphysème, l'asthme, l'apoplexie, la paralysie, les hernies, la surdi-mutité, l'aliénation mentale, l'idiotie, l'épilepsie, l'hystérie.
III. Des circonstances qui modifient l'hérédité. 1° L'état physiologique ou pathologique des parents peut d'abord très-bien ne pas se transmettre aux enfants. Dans d'autres cas, il saute une génération.
2° La prédisposition organique à un état morbide étant transmise peut encore ne pas se traduire par la production de la maladie elle-même, et cela, dans deux circonstances spéciales : a, si aucune cause occasionnelle n'est venue contribuer à déterminer sa manifestation ; 6, si une hygiène bien entendue ou des précautions convenables ont fait disparaître ou du moins ont atténué cette prédisposition.
5° Le sexe exerce une influence. Le père aussi bien que la * mère transmettent une prédisposition organique morbide. Mais y concourent-ils delà même manière? C'est une question qui n'est pas encore décidée bien positivement.
Ainsi, on a d'abord prétendu que les pères transmettaient la prédisposition morbide aux garçons, et la mère aux filles. L'observation a prouvé que rien n'était moins exact. On a dit ensuite que les pères transmettaient aux filles et les mères aux garçons ; c'est encore une erreur; ce croisement, qui a lieu en effet quelquefois, est loin d'être constant.
Un seul fait, et qui encore ne peut être démontré positivement par des résultats numériques, est resté acquis à la science,- c'est que la mère transmet par hérédité plus souvent, plus certainement et d'une manière plus caractéristique, la prédisposition morbide organique à ses enfants.
4° L'âge des parents. — Plus l'âge des parents est avancé, plus facilement ils transmettent aux enfants l'état dont il est question ; c'est un fait qu'on ne saurait mettre en doute.
5° Le régime et les soins hygiéniques auxquels ont été soumis les parents avant l'époque et à l'instant de la conception exercent une influence notable.
C'est ainsi que la prédisposition morbide est transmise moins facilement et moins énergiquement si ce régime et ces soins ont été judicieux, convenables et de nature à combattre la maladie dont les parents sont affectés.
Règles hijgiéniques. — Elles se rapportent 1° à l'amélioration de la constitution; 2° aux transmissions morbides héréditaires.
1° Améliorations de la constitution.
Les expériences tentées sur les animaux à l'aide du croisement ont éclairé cette question, et il est permis d'appliquer quelquesuns des résultats obtenus à l'espèce humaine.
Voici d'abord quelques faits importants, sans application immédiate, il est vrai, mais qui, peut-être, en trouveront plus tard.
Le croisement permet de réunir dans le même animal les qualités du père et de la mère. Ainsi, on sait qu'en France la race chevaline s'abâtardirait si l'espèce se reproduisait entre elle et si on ne prenait pas le soin de l'entretenir et de l'améliorer sans cesse à l'aide du croisement opéré par les étalons arabes ou anglais. Tel est le principe suivant lequel est organisée en France l'administration des haras, qui a été tant critiquée, et qui, cependant, est la seule cause de l'amélioration et de la conservation de notre race chevaline.
Des effets analogues peuvent être produits sur les diverses espèces de bestiaux. On sait les beaux résultats obtenus par l'Anglais Bakewell, qui est parvenu, parle croisement, à produire des espèces où les masses charnues dominent et où les os sont réduits au minimum.
La production des mulets, qui est une source de fortune et
d'exportation pour plusieurs provinces de France et surtout pour le Poitou, est le résultat du croisement judicieux fait parles éleveurs de beaux étalons baudets avec les juments petites et rachitiques du Poitou.
M. Harvey a publié dernièrement des résultats curieux qui, peut-être, expliqueront des faits qui jusqu'à présent semblaient obscurs et qui, plus tard, seront probablement susceptibles d'application. Le fait qui en est le point de départ a été observé sur les animaux. Voici ce dont il s'agit : une jument couverte, par un guâgga (âne sauvage), mit au jour un hy bride ayant la tête et les bandes noires qui séparent ledos et les jambes du mâle qui l'avait couverte. Plus tard, cette jument fut couverte par un cheval étalon, et cependantle produitressembîaau premier. M. Harvey donne de ce fait l'explication suivante: « Lorsqu'un animal de n'importe quelle « race a été fécondé par un animal d'une race différente , cet « animal fécondé est croisé pour toujours. La pureté de sang est « à jamais perdue par le seul fait de son croisement avec un « animal étranger. »
Il se demande ensuite si « le fœtus, participant naturellement « de la nature du père, inocule cette nature dans le sang et en « général dans tout le système de la mère. »
Les croisements appliqués à l'espèce humaine peuvent également rendre de grands services, et, appliqués judicieusement, contribuer à son amélioration.
1° On sait que les familles qui s'unissent entre elles ne tardent pas à dégénérer et à s'abâtardir Les mariages des proches parents entre eux ont également ce résultat. Il faut donc donner le conseil de les éviter autant que possible.
2° L'union de deux individus de mauvaise constitution et présentant un tempérament faible et lymphatique, donne naissance à des enfants plus faibles, plus débiles, plus lymphatiques encore et qui sont prédisposés d'une manière singulière aux scrofules, aux tubercules, au rachitisme, etc. (1).
De telles unions ne doivent donc pas être conseillées ; il faut, au contraire, renouveler la constitution et le tempérament par un croisement bien entendu. Ainsi, il convient d'unir un homme
(1) M. Menière a publié un mémoire intéressant sur les causes de la surdimutilé congénitale, qu'il place dans une transmission analogue.
fort, vigoureux, à peau brune, à système musculaire développé, avec une femme à cheveux blonds, yeux bleus, peau blanche et fine, à tempéramentlymphatique enfin, et vice versa.
5° L'union de deux individus à tempérament nerveux produira des enfants chez lesquels les conditions de ce tempérament seront encore exagérées. Il sera préférable de conseiller le mariage d'un individu à tempérament nerveux avec une personne à tempérament sanguin, afin de mélanger par ce croisement le produit et atténuer en même temps les conditions propres à ces deux tempéraments. Le croisement méthodique peut donc, dans l'espèce humaine, contribuer à améliorer les constitutions, les tempéraments et les prédispositions morbides des enfants qui naissent de ces unions.
Considéré dans les races et les espèces différentes, il produit des résultats bien connus et dont voici quelques exemples :
L'union d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une négresse, produit un mulâtre. Celle d'un mulâtre et d'une mulâtresse est moins féconde que l'union de deux individus non métis, mais est susceptible de donner des rejetons capables eux-mêmes de se reproduire.
L'union du mulâtre avec une femme blanche produit un quarteron au teint basané, aux cheveux noirs et longs, au type déjà éloigné du mulâtre. Un quarteron et une blanche donnent naissance à un octavon moins basané et plus près de la race blanche. Enfin, un octavon et une blanche produisent mi rejeton tout a fait conforme au type caucasique.
Quatre générations en sens inverse feraient également redescendre le type blanc au type noir.
Les indigènes africains se reproduisent d'une manière indéfinie ; mais leur croisement avec des étrangers donne, comme résultat, des individus dont le typé nouveau finit assez rapidement par disparaître.
2o Prédispositions organiques morbides héréditaires.
Lorsque la prédisposition morbide héréditaire a été constatée chez un enfant, ou bien, lorsqu'il existe chez les parents quelques maladies héréditaires dont on redoute le développement chez les enfants qui en sont issus, l'hygiène a souvent le pouvoir de combattre, de modifier, ou d'atténuer ces prédispositions morbides, et quelquefois même de lés neutraliser complètement
L'hygiène, à cet égard, a cinq ordres demoyens à sa disposition.
1er Un allaitement convenable à l'aide d'une nourrice forte, robuste, bien musclée, à peau brune, et présentant des conditions tout opposées à celles des caractères physiques des parents.
2* Après la lactation, une alimentation convenable et propre à combattre la prédisposition morbide ; s'il existe, par exemple, chez les parents des affections scrofuleuses ou tuberculeuses, et chez l'enfant, un état lymphatique qui constitue précisément la prédisposition morbide que diverses causes occasionnelles pourraient faire aboutir plus tard, un régime et une alimentation convenables aideront puissamment à combattre et même à faire disparaître cette prédisposition.
3e Le choix d'un climat ou d'une localité autre que celle où les parents ont contracté la maladie héréditaire, et destiné précisément à détourner les effets de la prédisposition morbide qu'ils ont transmise à leurs enfants.
4e L'éducation physique et morale agissant en sens opposé à cette prédisposition morbide, peut encore l'atténuer. Voici quel* ques exemples :
Qu'un enfant soit issu de parents scrofuleux ou tuberculeux, et présente dans son enfance les attributs du tempérament lymphatique, nul doute qu'il n'ait hérité de la prédisposition morbide aux affections dont étaient atteints ses ascendants. Eh bien ! l'éducation physique, les exercices judicieux et concourant au développement musculaire, n'aideront-ils pas, avec l'alimentation etle climat, à combattre cet état et à éloigner aumoinsl'inslantoù les maladies héréditaires se développent? D'autres fois, un enfant né de parents atteints de maladies nerveuses, susceptibles de se transmettre par hérédité, peut ne présenter dans son enfance que les attributs d'un tempérament nerveux. Il est cependant sous l'iniluence héréditaire dont il est question. En pareil cas, l'éducation peut aussi intervenir pour combattre cette influence, en enseignant qu'il faut à l'enfant une vie toute physique et dans laquelle le système nerveux soit le moins possible mis en jeu, afin d'éviter de le fatiguer et surtout de le surexciter.
5e La profession qu'on donne à un enfant né de parents atteints de quelques maladies héréditaires peut contribuer aussi à combattre la prédisposition morbide. Il serait trop long d'entrer dans des détails à ce sujet. L'établissement du principe suffit.