INFLUENCE PROLONGEE D UNE BASSE TEMPERATURE DANS LES PAYS FROIDS
Le froid extérieur, porté même à un degré assez considérable, n'exerce pas une influence très-grande sur la chaleur naturelle intérieure de l'homme; sa production de calorique lui permet de résister aux causes incessantes de refroidissement, qui environnent le corps.
Les effets du froid varient suivant qu'il est modéré ou violent.
Froid modéré. — Le premier effet du froid sur la peau est de diminuer la circulation capillaire cutanée. On explique ce résultat, soit par là contraction des parois vasculaires sous l'iniluence directe du froid , soit par la formation , à la surface interne des vaisseaux, d'une couche de liquide à demi concrète, qui en rétrécit le calibre, et y modifie le cours du sang.
La sécrétion cutanée est également diminuée et presque anéantie.
Si les fonctions de la surface externe sont diminuées, les actes organiques internes, au contraire, prennent un grand développement et une grande activité. L'hématose est augmentée, la respiration se fait avec énergie ; la puissance digestive est devenue considérable et la digestion trés-active ; l'estomac supporte facilement des aliments copieux et très-nourrissants.
L'influence du froid engage l'homme à faire usage d'aliments et de boissons stimulantes, mais pour une raison opposée à celle qui existe dans les pays chauds. La nécessité de ces substances est justifiée, en effet, par le besoin de fournir au sang des éléments qui puissent y être brûlés, et produire ainsi le supplément de chaleur naturelle, destiné à permettre à l'habitant des pays froids de résister à l'influence de la basse température qui l'environne.
Les sécrétions biliaire et spermatique sont diminuées d'énergie, tandis que les sécrétions rénale et intestinale sont augmen-
tées. Ces modifications des diverses sécrétions sont précisément l'inverse de ce qui existe dans les pays chauds. Les menstrues sont en général peu abondantes, les fonctions génitales peu énergiques.
La constitution et le tempérament des individus qui habitent les pays froids s'harmonisent avec les conditions dans lesquelles se trouvent leurs divers appareils. L'appétit devient énergique, quelquefois même vorace, et la capacité digestive permet l'assimilation facile d'aliments de toute espèce. L'embonpoint devient assez considérable, le système musculaire se développe, et acquiert une grande force ; mais aussi les fonctions génitales sont peu actives, les facultés cérébrales plus lentes à s'exercer, plus paresseuses, et leur excitation moins facile.
Considérée d'une manière générale, la santé des habitants des climats froids est meilleure, et leur constitution plus robuste et plus solide que celle des individus qui habitent les pays chauds ; leur vie moyenne est plus longue. Les exemples de longévité les plus remarquables se trouvent surtout parmi eux.
Froid considérable. — L'homme ne peut s'y exposer impunément que d'une manière passagère. Les observations faites dans la campagne de Russie et dans les voyages circumpolaires ont permis, toutefois, d'en étudier les effets. Ils sont généraux ou locaux.
Les effets généraux sont un sentiment de faiblesse, de lassitude, de courbature générale ; un désir et un besoin impérieux de repos et de sommeil. Bien souvent, ces phénomènes s'accompagnent d'hémorrhagies à la surface des diverses membranes muqueuses.
A un degré plus avancé , la faiblesse augmente, les organes respiratoires diminuent d'activité et finissent par se paralyser. Enfin , la mort arrive, précédée d'une sensation que l'on dit être presque du plaisir.
Les effets locaux consistent surtout dans U congélation due à la suspension complète de la circulation dans une partie quelconque du corps ; elle frappe soit les parties exposées à l'air, soit celles qui sont plus éloignées, et dans lesquelles la circulation est moins énergique, comme l'extrémité des pieds.
De nombreuses maladies se développent de préférence dans les pays froids, et les modifications survenues dans les principales
fonctions de l'économie en expliquent suffisamment la fréquence. Ce sont les suivantes :
Les phlegmasies des membranes muqueuses sont fréquentes. Citons en particulier le coryza, les angines, les bronchites , les entérocolites , le catarrhe utérin et vaginal , la cystite. Les flux sont également assez communs. Tels sont la leucorrhée, la diarrhée, etc. Ces dernières maladies se produisent plutôt dans les pays froids et humides que dans les localités sèches et froides.
C'est encore dans les climats froids et humides que Ton observe la tendance à la production de maladies générales auxquelles on pourrait presque donner le nom d'atoniques. Le rachitisme, les srcofules , les tubercules y sont certainement plus fréquents que dans les pays chauds.
Les phlegmasies aiguës des organes respiratoires, et en particulier la pneumonie et la pleurésie, sout fréquentes dans ces contrées. Il en est de même du rhumatisme aigu et chronique et de la goutte.
Règles hygiéniques. ■— 1° La première règle à suivre est de se soustraire à l'action générale et locale du froid. On y parvient à l'aide d'une habitation convenable, d'un chauffage approprié et de vêtements- en rapport avec cette nécessité.
2° L'alimentation doit être substantielle, assez abondante, et souvent un peu stimulante. Les boissons alcooliques prises avec modération sont utiles aux habitants de ces contrées, que leurs occupations obligent de rester exposés au froid. Ces boissons sont mieux supportées que dans les pays chauds. Un grand nombre d'individus en font abus et en prennent des quantités énormes. C'est certainement dans les pays froids que l'ivresse est le plus répandue.
5° On doit conseiller l'exercice et le mouvement aux individus exposés à l'action du froid. Us contribuent à développer la chaleur animale et permettent de résister plus facilement au froid.
Nous venons d'étudier les effets des températures chaude et froide ; entre ces deux degrés, c'est-à-dire des tropiques au cercle polaire, sont placés les pays les plus peuplés et les plus civilisés, et dont la température est dite tempérée. C'est à cette classe de
contrées que s'applique spécialement toute notre hygiène ; aussi, tout en nous réservant d'en dire quelques mots, en traitant de l'hygiène des divers climats, nous n'insisterons pas davantage sur ces particularités.