INFLUENCE DE LA TEMPERATURE NATURELLE DES DIVERSES PARTIES DU GLOBE
Température élevée. — Chaleur solaire directe. — L'exposition de l'homme à l'action des rayons solaires, surtout si cette exposition est prolongée, détermine, presque toujours, des accidents plus ou moins graves, tels que des congestions ou des hémorrhagies cérébrales, des méningites aiguës et chroniques. Dans certains cas, ces congestions sont assez violentes pour déterminer une mort subite. Franklin rapporte qu'en Pensylvanie il n'est pas rare de voir des moissonneurs mourir subitement par suite de leur exposition directe aux rayons solaires, la chaleur à l'ombre étant de 52°. A la surface de la peau, la chaleur solaire détermine un érythéme qui, en pareil cas, n'est autre chose qu'une brûlure au premier degré, produite sous cette influence. L'action de la chaleur, combinée, il est vrai, à celle de la lumière, détermine quelquefois des ophthalmies graves.
Chaleur solaire indirecte. — L'exposition à une haute température à l'ombre peut être supportée par l'homme, quand cette température est dans de certaines limites, qu'elle ne dépasse pas 35° à 40°, et que son inlîuence n'est pas trop prolongée.
En pareil cas, deux causes tendent à rétablir l'équilibre, et leur action explique toutes les modifications qui surviennent dans les divers actes organiques. C'est, d'un côté, l'abondance extrême des perspirations pulmonaire et cutanée, à laquelle l'organisme doit suffire, et, de l'autre, la nécessité pour l'homme de produire le moins possible de chaleur animale, en raison de la haute température dans laquelle il est placé.
La soif devient vive, intolérable; elle est due au besoin qu'éprouve l'économie de fournir à la déperdition aqueuse, qui se fait par les transpirations pulmonaire et cutanée.
Les sécrétions intestinales sont diminuées, ce qui diminue l'appétit, et met dans la nécessité de stimuler l'estomac et ses fonctions languissantes par des aliments et des liquides excitants. La bile, toutefois, est sécrétée avec abondance dans les pays chauds, et trois causes peuvent expliquer ce résultat; ce sont .V l'action de la chaleur elle-même ; 2° l'usage des aliments et des liquides excitants, introduits dans l'estomac ; 5° les affections aiguës et chroniques du tube digestif, qui sont la conséquence du régime ou du climat.
La constipation est habituelle dans les pays chauds, et la diminution des sécrétions intestinales en rend compte. La sécrétion salivaire et celle des urines sont notablement diminuées.
La transpiration cutanée abondante est la cause de la faiblesse musculaire des individus qui habitent ce pays.
La respiration se ralentit, car il faut moins d'absorption d'oxygène et moins de production de chaleur animale, en raison de la chaleur de la localité.
Le calorique devenu latent, par suite des perspirations pulmonaire et cutanée, contribue encore à ce résultat et permet à l'individu de résister à la haute température extérieure. L'hématose est peu active.
La sécrétion spermatique augmente sous l'influence de la chaleur. Cette augmentation rend compte de l'a grande activité des fonctions génitales. Les habitants des pays chauds s'y livrent avec passion , et la répétition fréquente de ces actes ne contribue pas peu à leur débilité musculaire. On a attribué à l'abus des plaisirs vénériens, dans les pays chauds, la procréation d'un nombre de filles plus considérable que celui des garçons, et on a ainsi cherché à se rendre compte de la polygamie qui y régne.
Des trois grandes fonctions du cerveau, deux sont exaltées; ce sont, d'une part, les facultés intellectuelles qui sont actives, énergiques; et, d'une autre, la sensibilité qui est douée d'une facile et prompte excitabilité. Quant à la troisième, la locomobilité, elle est diminuée pour les raisons indiquées précédemment.
Lorsque des individus séjournent dans des pays chauds et
parviennent à s'y acclimater, leur constitution se modifie suivant deux modes particuliers bien distincts :
4° Les individus, dans une position aisée et au sein d'une civilisation avancée, comme dans plusieurs de nos colonies, s'habituent et se plient simplement à ces modifications organiques; aussi ne tardent-ils pas à voir leur constitution s'amollir; ils craignent l'exercice qui les épuise facilement. Leur appétit faible et languissant a besoin d'être réveillé par des excitants énergiques ; ils sont maigres, se livrent longtemps au sommeil, plusieurs fois même par jour. Chez eux, les fonctions génitales s'exécutent avec énergie , presque avec fureur, et contribuent encore à leur affaiblissement et à leur épuisement.
Tels sont les caractères de beaucoup d'individus habitant les pays chauds civilisés.
2" Dans une autre classe, les indigènes des pays à température élevée sont nomades , et obligés, comme les Arabes, par exemple , de mener une vie active. Ceux-là »e» se prêtent pas aux modifications déterminées dans leurs actes organiques par le climat. Ils habituent au contraire leurs organes à lutter contre elles et à les dompter. Dans ce cas, leur constitution s'harmonise avec cette activité nécessaire de leur existence. Alors, toute trace d'embonpoint disparaît, leur peau devient sèche, parcheminée, et la transpiration cutanée moins facile et moins abondante; ils sont souvent d'une maigreur squelettique, leur activité est extrême, leur vivacité grande, ils se fatiguent difficilement, et ils se contentent, pour vivre, d'aliments peu abondants et peu nourrissants. On voit des Arabes du désert ne prendre par jour que sept à huit dattes et un peu de lait doux ou caillé, ce qui représente en tout 6 onces (480 grammes) de matières alimentaires. Leurs facultés intellectuelles sont vives, actives, pénétrantes, leurs fonctions génitales énergiques.
Les individus habitant des localités à température élevée sont disposés à contracter des maladies dont peuvent rendre compte les modifications déterminées dans leur organisation par la chaleur.
Ainsi, l'usage habituel et fréquent des aliments et des boissons stimulantes détermine souvent des gastrites aiguës , et surtout chroniques, des entérocolites et des diarrhées rebelles, des dyssenteries interminables. Le foie? stimulé parla chaleur,
ou bien par les aliments et les liquides excitants, quelquefois aussi par des maladies antérieures des voies digestives, haltère Lien souvent ; on sait combien les maladies aiguës et chroniques de cet organe sont fréquentes dans les pays chauds.
On peut en dire autant des affections de la peau, qui se présentent avec un haut degré de gravité dans ces pays. Telles sont les affections lépreuses (Candie, Chine, Archipel indien), l'éléphantiasis des Arabes, le pian des nègres, et bien d'autres sur lesquelles nous ne possédons que des notions incomplètes ou inexactes, lesquelles sont endémiques dans ces contrées.
La chaleur détermine des modes particuliers de manifestation de la syphilis constitutionnelle. Cette maladie se traduit à la peau par des altérations plus intenses et plus caractérisées.
Dans un grand nombre de pays chauds, comme à la Jamaïque, par exemple, les Européens sont pris, dés leur arrivée, d'une éruption papuleuse de la peau , caractérisée par de petites élevures rouges, solides, accompagnées d'une démangeaison extrême ; elle diminue vers le soir, ou lorsque les Européens gagnent les montagnes et vont se soumettre à l'action d'une température moins élevée. Les indigènes estiment heureux les Européens qui sont atteints de' cette éruption, qu'ils considèrent comme pouvant les préserver de la fièvre jaune et des autres maladies graves de ces contrées.
Les affections du système nerveux y sont également fréquentes, et sont îa conséquence de la facilité avec laquelle les> facultés cérébrales s'exaltent sous l'iniluence de la chaleur ; aussi voit-on se développer des maladies dans lesquelles les phénomènes de surexcitation nerveuse prédominent. Le béribéri, les crampes , les convulsions, le tétanos sont plus communs que dans nos climats. On sait avec quelle facilité cette dernière affection se développe dans les pays chauds.
Règles hijgiéniques. — 1° Eviter avec le plus grand soin l'exposition directe à l'iniluence de la chaleur solaire, en raison des effets souvent terribles qu'elle produit. Il est important de ne sortir de chez soi qu'aux heures où elle n'agit plus, et on doit surtout éviter de se mettre en voyage au milieu du jour : dans les cas exceptionnels où cela est d'une indispensable nécessité, il faut avoir recours à une coiffure qui réfléchisse les rayons so-
laires et s'oppose en même temps à réchauffement rapide de la tête. Sous ce rapport, les turbans blancs des Arabes et des Turcs remplissent parfaitement ces conditions et s'opposent, en raison de leur difficile conductibilité pour la chaleur, à réchauffement de la tête, et par conséquent aux accidents qui sont la suite de l'action directe de la chaleur solaire.
2° Conseiller le repos pendant la plus grande ardeur du soleil; fuir les occupations sérieuses; les promenades et les sorties doivent avoir lieu exclusivement le matin ou le soir. Deux sommeils, un la nuit, et un beaucoup plus court au milieu du jour, semblent une habitude excellente.
5° Il est indispensable, dans les pays chauds, de se contenter d'une alimentation peu abondante, et légèrement stimulante. Un fait cité par M. Robertson montre combien il faut peu de nourriture à l'homme des pays chauds. Des troupes exercées, faisant la guerre dans l'Inde, vinrent à manquer de vivres, et officiers et soldats se virent réduits, pour toute nourriture, à 2 onces de riz par jour. Ce régime fut d'abord très-mal supporté. Officiers et soldats croyaient chaque jour qu'ils allaient succomber. Rien de semblable n'arriva, et l'habitude de ce régime fut contractée si rapidement , que la santé de ce corps d'armée resta excellente , et que le nombre des malades fut très-peu considérable.
Les boissons doivent être peu abondantes, mais un peu stimulantes.
4° L'habitude de bains légèrement stimulants, comme des bains frais ou des affusions froides le matin , est d'un usage excellent dans les pays chauds. L'exercice doit toujours être modéré, doux, ne pas conduire à ces transpirations énormes qui amènent si facilement une déperdition des forces.
7° Les vêtements doivent être légers, peu colorés, amples, en laine finement tissée.
8° La sobriété dans l'exercice des organes génitaux est de toute nécessité, et il faut y insister d'autant plus que la température y invite, et que leur abus est presque toujours suivi d'un épuisement considérable.
Voici l'emploi de la journée dans les climats très-chauds ; ce sont des règles hygiéniques basées sur l'expérience de chacun, et que tout homme raisonnable devra adopter. .— Se lever à 7 heures du matin. — Sortir pour affaires quelconques jusqu'à 10
heures. — Un premier repas à 40 heures, peu abondant, peu nourrissant. — À midi, repos jusqu'à 2 heures. — 2e repas, plus substantiel, c'est le dîner. — De 5 heures à minuit, sortie, visites, affaires, et un léger souper dans la soirée.