‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 67 sur 134 · VT · texte numérisé non relu

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CHÀP. VIIL — DES CLIMATS. 247

2m. TABLEAU.

MALADIES DE l/ APPAREIL RESPIRATOIRE (ASTHMES, CATARRHES, PNEUMONIES, PHTHISIES), CAUSES DE MORT EN 1816, 1817, 1818, 1819.

Sur un total de 4,732 décès, il y a eu

Au printemps 1,355

En été 908

En automne 1,104

En hiver 1,365

Un exposé rapide des maladies principales qui régnent en France peut donner une idée des principales formes pathologiques qui régnent dans les climats tempérés proprement dits, dont ce pays occupe la zone moyenne. C'est ce que je vais essayer de faire, en prenant pour base de la division que j'adopte, celle de Sydenham, en constitution médicale stationnaire générale, constitution stationnaire locale et constitution annuelle (1).

Constitution stationnaire générale. — En France, deux constitutions stationnaires générales paraissent dominer, l'une a laquelle on donne le nom de catarrhale, etT autre d'inflammatoire. — L'expression catarrhale n'indique autre chose que la fréquence des maladies des membranes muqueuses et la tendance générale de leurs phlegmasies à s'accompagner de sécrétions morbides. Quant à la constitution inflammatoire, elle exprime l'idée des phlegmasies, et par conséquent celle de l'altération du sang, caractérisée par l'augmentation de proportion de fibrine.

A ces deux constitutions viennent s'en joindre deux autres qui en font des constitutions mixtes : ce sont la constitution dite bilieuse,, caractérisée par l'augmentation de la sécrétion biliaire (sud), et la constitution nerveuse, c'est-à-dire accompagnée d'accidents ou de symptômes nerveux de diverses espèces.

.La constitution catarrhale peut s'expliquer par l'état météorologique de la France, balayée une partie de l'année par les vents humides et souvent chauds de l'ouest et du sud-ouest.

La chaleur seule explique la constitution bilieuse ; les variations

(1) On trouvera beaucoup de documents sur ce sujet dans le travail de M. le docteur Lepileur, imprimé dans Pairia, sous le titre de géographie médicale.

de température, la constitution nerveuse; et le froid sec et humide, la constitution inflammatoire.

Constitution stationnaire locale. — La France, sous ce rapport, doit être divisée en climat de côtes et climat continental.

La France des côtes présente comme caractéristique la fréquence des rhumatismes et des phlegmasies rhumatismales.

La France continentale se divise en trois régions qui peuvent recevoir les noms de :

1° Région des plaines; 2° région paludéenne; 3° région alpestre ou des montagnes.

La région des plaines ne présente rien de particulier, et j'y reviendrai en m'occupant des endémies; la région paludéenne, qui se trouve occuper une partie de la région des plaines, est caractérisée par la fréquence très-grande des accidents dus à l'action des effluves marécageux.

Dans la région des plaines non marécageuses, c'est la latitude du lieu, son altitude, l'état de sa surface, son exposition, les vents qui y régnent, la nature de ses eaux, qui règlent le caractère des formes pathologiques qui s'y développent.

La région alpestre ou des montagnes est surtout caractérisée par la production des phlegmasies aiguës. M. Benoiston de Châteauneuf, dans un travail basé sur la mortalité de l'infanterie , a établi ainsi qu'il suit les causes générales de décès dans les diverses parties de la France. Au nord, maladies de poitrine ; au sud, affections du ventre; à l'ouest , apoplexie. Les documents dont ce savant a pu disposer lui permettent-ils cette conclusion ? Il est permis d'en douter.

Constitution médicale annuelle (saisons). — Dans la saison chaude, en été, les maladies qui se développent ont de l'analogie avec les affections qui régnent habituellement dans les pays chauds. Ce sont les maladies de l'appareil digestif et de l'appareil biliaire.

Dans la saison froide et sèche, les maladies se rapprochent de ce que l'on observe dans les climats froids; ce sont les phlegmasies et en particulier celles des organes respiratoires.

Dans les saisons intermédiaires, la variété est plus grande et les maladies se rapprochent tantôt d'un type, tantôt de l'autre. On peut dire? d'une manière générale, que plus une saison esttran-

chée, plus sa constitution médicale se dessine franchement et nettement.

M. Benoiston de Châteauneuf, dans ce même travail sur la mortalité dans l'infanterie, a signalé les maladies des soldats comme plus nombreuses en automne et en été et plus rares en hiver et au printemps. Le maximum de mortalité, dans le premier cas, est dû à cequec'est dans cette saison queîes troupes se livrent auxfatigues, aux marches, aux exercices, tandis que dans le second cas le minimum est dû à ce que c'est dans l'hiver et le printemps que les soldats ont précisément le plus de repos. C'est en automne que sévissent les influences paludéennes.

Voici, du reste, comment on peut classer approximativement les maladies selon les diverses saisons qui existent en France.

Au printemps, les affections catarrhales, et surtout celles des voies aériennes; les angines, les ophthalmies, les érysipèles, les rhumatismes, les névralgies, souvent les pleurésies, les fièvres éruptives, les affections cérébrales, la manie aiguë.

En été, les affections gastro-intestinales, les fièvres éruptives, les exanthèmes, les maladies de la peau, les angines, les ophthalmies, les affections cérébrales, l'apoplexie due à l'insolation, les fièvres intermittentes commencent à se montrer ; les fièvres typhoïdes se montrent avec une certaine fréquence.

En automne, les affections catarrhales viennent à reparaître, les fièvres intermittentes deviennent beaucoup plus nombreuses.

En hiver, les phlegmasies, les pneumonies , les pleurésies , les rhumatismes articulaires aigus.

Il résulte de ce tableau que dans ces quatre saisons la France voit successivement se dérouler presque toutes les maladies.

Des endémies qui régnent en France.

Trois grandes endémies régnent en France. Ce sont les scrofules, parmi lesquelles on peut placer l'affection tuberculeuse et la phthisie pulmonaire, la fièvre intermittente et la fièvre typhoïde. Je me suis suffisamment expliqué plus haut sur la question de l'antagonisme, pour qu'il soit utile d'y revenir ici. Autrefois, les endémies étaient plus nombreuses, mais les progrés de la civilisation et de l'hygiène en ont successivement fait disparaître plusieurs ; telles sont la peste, le mal des ardents ( ergotisme

gangreneux), le scorbut et la variole, qui régnaient autrefois endémiquement.

Des épidémies qui ont régné en France.

1° La peste, ou typhus d'Orient, parut pour la première fois en France en 540, et s'y montra un grand nombre de fois. Parmi les plus terribles épidémies de peste à bubons qui ravagèrent la France, on peut citer celle qui régna de 1347 à 1349 ; ce fut la même qui sévit à Florence et qui fut décrite par Boccace. Cette peste est celle qui fut appelée peste noire et qui paraît s'être fréquemment accompagnée de gangrène des poumons.

Ses ravages furent considérables. D'après le rapport adressé à Clément VI et relatif à la mortalité qu'elle occasionna en Europe, on trouve pour la France les chiffres suivants de décès : Marseille, 16,000; Paris, 80,000; Saint-Denis, 1 ,400 ; Avignon, 30,000; Strasbourg, 26,000; Lyon, 45,000; la Bourgogne, 80,000; la Provence, 120,000. La dernière épidémie de peste à bubons fut celle de Marseille, en 1720; elle enleva en Provence 84,719 individus.

2° Le feu sacré , ou mal des ardents , qui paraît être une espèce d'ergotisme gangreneux , parut souvent en France aux dixième, onzième et douzième siècles.

5° La variole parut en France à peu près à la même époque que la peste. Elle y fit, à diverses reprises, de nombreux ravages.

j& 4°La lèpre, introduite en France par les Sarrasins, et plus tard rapportée de nouveau par les Croisés, à leur retour de Palestine, commença à disparaître complètement en 1624. Selon Sprengel, il en existe encore des cas assez nombreux en Provence.

5° Le typhus, ou peste de Hongrie. Il y en eut plusieurs épidémies dans le dix-septième siècle. Au dix-huitiéme siècle, le grand typhus commença en 1792 par décimer, sur les bords du Rhin, les armées française et prussienne. C'est lui qui, eh 1814, s'étendit des bords du Rhin à une partie de la France.

6° Le trousse-galant, ou peste de 1545, paraît avoir eu une grande analogie avec le choléra. L'identité n'est cependant pas complètement démontrée.

7° Le choléra envahit la France en 1832 et 1849, en même temps que la plus grande partie de l'Europe.

8° La dyssenterie. Elle sévit, en 1792, en Champagne, sur les armées française et prussienne.

9° L'ophthalmie. En 1772 , il y eut une épidémie qui envahit une partie de la France, d'octobre à janvier.

10° Les affections catarrhales, sous le nom de grippe, ravagèrent la France un grand nombre de fois. Parmi les plus intenses, on cite celle de 1259 et celle de 1837; c'est une des maladies épidémiques les plus fréquentes.

11° La pneumonie, en 1756 et 1758, et plus tard en 1780. 11 y eut en France d'assez graves épidémies de pneumonies.

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