CLIMATS FROIDS
ies climats lroids sont compris entre 55° et 60° de latitude boréale et australe jusqu'aux pôles; ils correspondent aux sixième et •septième climats, que nous avons appelés très-froids et glacés; ils 'comprennent le nord de l'Ecosse, la Suède, la Norwége, la Finlande, la Russie, la Sibérie, la Laponie, l'Islande, le Groenland, le Kamts- •chatka, la Nouvelle-Zemble, le pays des Samoïèdes, celui des Esquimaux, le Spitzberg.
Le point le plus froid du globe qui ait été déterminé est situé à "peu près à 10° latitude du pôle nord; sa température est de — 23°. Xamoyenne du pôle nord est probablement, ainsi que nous l'avons éïî, de— 8°.
D'après les calculs faits par M. Fuster, d'après Ross, Parry , ïranklin etBack, les températures moyennes entre 65 et 75° de latitude sont, au printemps, —16°, en automne — 12°, en hiver 50°, en été + 2°,2.
Xa température est d'autant plus basse qu'on remonte davantage
vers le pôle. Il y aurait peu d'utilité à multiplier les citations des moyennes des saisons. Nous constaterons seulement que l'Islande, placée au milieu de la mer, jouit d'une température égale et plus douce : elle est en moyenne -|- 0°,58 en hiver, de 4o au printemps, de 14° en été et de 5° en automne. La température moyenne de l'année est de5°,5.
Voici quelle est, en général, la marche des saisons dans les pays froids.
Au printemps, chute des neiges, pluies abondantes, vents d'ouest et du sud, puis fonte des glaces et débâcle.
En été ( mai, juin et juillet), rares orages, température moyenne de 2,2 ; chaleur extrême -f- 15,6 ; il existe déjà en juillet des vents froids.
En automne, dès le mois d'août il y a quelques neiges, et la température s'abaisse. Dès le mois de novembre, la mer est prise et les glaces s'accumulent.
L'hiver polaire est à son maximum en janvier et février ; la terre et les glaces marines sont couvertes de neige, le froid atteint son maximum, que Scoresby a vu aller jusqu'à — 57°. En même temps, il règne une nuit complète dont la durée est de six mois, dont les six premières semaines sont éclairées par un crépuscule de plus en plus faible, et les six dernières semaines par une aurore de plus en plus intense. Cette longue nuit d'hiver est éclairée par de fréquentes aurores boréales.
Il y a peu dévaluations diurnes de température, qui, dans chaque saison, présente une constance assez grande. Les orages sont rares ; c'est à une cause électrique qu'il faut évidemment attribuer les aurores boréales. Les vents dominants sont ceux du nord-est et du sud-ouest; les vents d'est et du nord sont très-froids ; les uns et les autres sontsoumis à de brusques variations. L'eau, à mesure qu'on s'approche des pôles, cesse de tomber à l'état liquide ; elle se présente sous forme d'une neige compacte et comme cristallisée que colore quelquefois en rouge l'uredo nivalis. C'est à la vapeur d'eau à l'état vésiculeux qu'il faut attribuer les brumes de l'atmosphère de ces régions.
A mesure qu'on s'avance vers les pôles la végétation diminue de puissance; l'orge et l'avoine sont les seules graminées que Ton rencontre à 70° latitude; plus loin ce ne sont que de rares cryptogames, et en particulier des fougères et des éricinées.
Influence sur l'homme. — Les climats froids, parleur action prolongée, modifient l'organisation de l'homme et ses principales fonctions.
Ces modifications, qui ont déjà été étudiées en traitant de l'influence du froid sur l'homme, peuvent se résumer de la manière suivante :
Les fonctions de la peau sont réduites à leur minimum, et l'exhalation cutanée devient presque nulle.
Les fonctions du foie sont moins énergiques et la sécrétion biliaire est diminuée, ce que l'on concevra facilement si l'on réfléchit que le foie, dans les pays froids, n'a pas besoin de suppléer en quelque sorte à l'activité pulmonaire pour débarrasser l'économie des éléments hydro-carbonés qui n'ont pas été brûlés dans les poumons.
La sécrétion spermatique est également faible et peu active. Cette diminution rend compte delà propension moins grande des peuples du Nord à l'acte vénérien.
Il existe une tendance du corps à se mettre en équilibre de température avec le milieu au sein duquel il vit, c'est-à-dire à se refroidir. Cette dernière modification explique l'augmentation ou l'exaltation d'un certain nombre d'autres fonctions.
L'observation démontre, en effet, les changements suivants, survenus dans l'organisme :
1° Il existe une grande activité des fonctions respiratoires. Cette activité a pour but de créer une grande quantité de chaleur animale, alin de permettre à l'homme de résister à la tendance qu'il a à se mettre en équilibre de température avec le milieu ambiant. Cette production de chaleur animale est en rapport avec la quantité du carbone brûlé par l'oxygène absorbé dans les voies respiratoires.
£ 2o Le sang est riche en globules, en raison précisément de l'élément combustible qu'il doit fournir à l'oxygène, élément dont il trouve la source dans l'alimentation.
5° La digestion est active, énergique, puissante. Elle est destinée à fournir au sang une grande quantité de principes alibiles, riches en carbone, et destinés à être brûlés par l'oxygène. Aussi voit-on les peuples du Nord manger beaucoup, faire un fréquent usage des huiles animales de diverse nature et de poissons salés, qui sont riches en éléments hydrocarbonés, — de fromages fer-
mentes, qui sont dans le même état; enfin d'alcooliques, qu'ils supportent infiniment mieux que les habitants des climats tempérés et des pays chauds.
4° Le système musculaire est développé, ce qui est la conséquence physiologique de l'activité physique indispensable aux habitants des climats froids. L'exercice a pour résultat d'accroître la production de chaleur animale, en augmentant la quantité de carbone brûlé par l'oxygène dans l'acte respiratoire.
5° La sécrétion urinaire est augmentée d'activité. Elle est destinée à remplacer l'exhalation cutanée diminuée et à évacuer les éléments azotés qui n'ont pas été assimilés et qui résultent de la quantité considérable d'aliments que prennent, en général, les habitants du Nord.
Telles sont les principales modifications organiques produites sous l'influence du froid; les caractères suivants n'en sont que la conséquence.
Les hommes du Nord sont, en général, forts, robustes, supportent bien la fatigue, le froid et les exercices corporels énergiques ; le tempérament sanguin parait être celui qui prédomine. Les climats du Nord sont habités par deux races distinctes : tantôt ce sont des individus de la race caucasique ; ils occupent surtout le nord de l'Europe, et sont caractérisés parleur force et leur bonne constitution; ils ont le tempérament sanguin, les cheveux blonds, la peau blanche et fine, une grande ^stature, des muscles bien développés : tels sont les Suédois, les Danois, les Norwégiens; les autres, de race mongolique, ont la taille petite, la tête volumineuse, les pommettes et les yeux saillants, la bouche large, le nez épaté, la barbe et les cheveux noirs : tels sont les Lapons, les Esquimaux, les Groënlandais; leur constitution est assez robuste, malgré leur petite taille.
Le caractère des habitants du Nord est tranché ; leur intelligence lente, un peu paresseuse, ne saisit pas rapidement les rapports des objets. Ils sont loin de la vivacité méridionale, et présentent tous les caractères moraux opposés.
Dans les climats froids, d'après les tableaux que M. Villermé a dressés, et qui sont relatifs à la mortalité dans certains climats, la mortalité est relativement moins élevée que dans les pays du Midi ; mais aussi la fécondité est moins considérable , ce qui fait que la population ne s'accroît pas dans des limites
aussi étendues qu'on pourrait le penser. C'est également dans les pays froids que se rencontrent les cas les plus nombreux de longévité, des milliers d'exemples l'attestent. 'Ainsi, en Ecosse, James Laurence, mort à 140 ans. En Irlande, la comtesse de Desmond , morte à 140 ans; la comtesse Eclecton, morte à 143 ans; Thomas Winslow, à 146. En Angleterre, Jean Effingham , âgé de 144 ans; Francis Consist, de 150; Thomas Parre, de 152. En Norwège , Joseph Surrington, mort à l'âge de 160. En 1765, dans le district d'Aggherus, il y avait 150 couples qui avaient vécu ensemble 80 ans. En 1761, sur 6,929 décès , on trouva 394 sujets âgés de plus de 90 ans et 63 centenaires. — En Russie, on trouva en 1804, sur 1 ,358,287, — 1 ,504 de 90 à 95 ans, 1,501 de 100 à 105 ans; 71 de 100 à 110; 22 de 110à 115; 22 de 115 à 120 ; 3 de 120 à 125 ans. (Motard.) En France, au contraire, 904,692 décès ont fourni en 1802, 5,134 de 90 à 100; mais au delà, seulement 39 de 100 à 105; 14 de 105 à 110, et 2 de 110 à 118.
Influence sur le développement des maladies. — 1° Les maladies les plus fréquentes sont incontestablement les phlegmasies. On observe surtout, dans les parties humides. des climats froids, les bronchites simples et catarrhales, les pneumonies, les pleurésies, les rhumatismes aigus et chroniques, etc.
2° Certaines maladies se développent de préférence chez les habitants des pays froids et sont dues à des causes spéciales. Telles sont les ophthalmies accompagnées de tuméfaction et <Téraillures des paupières, qui s'observent, si fréquemment chez les Lapons. — Telles sont encore les gerçures de la peau, accompagnées d'exsudation sanguinolente, et qui existent surtout aux mains. La syphilis se traduit chez les habitants du Nord par des symptômes beaucoup plus graves et qui portent surtout sur les parties internes. Les scrofules, le rachitisme sont des maladies extrêmement fréquentes dans les climats du Nord, et qui se développent sous l'influence combinée du froid et de l'humidité. La phthisie pulmonaire est également fréquente.
L'influence marécageuse ne se traduit pas toujours par la production de fièvres intermittentes bien caractérisées, mais plutôt parla manifestation de la cachexie dite paludéenne.
Le scorbut et les affections vermineuses sont également des maladies fréquentes dans les climats froids.
La fièvre typhoïde y paraît rare; on manque toutefois de documents suffisants pour prouver ce fait d'une manière positive.
Acclimatement. — Aucun médecin n'a jamais mis en doute la possibilité de l'acclimatement dans les climats froids ; il . est même beaucoup plus simple et plus facile que dans les pays chauds. L'organisme s'accommode aisément à l'action du froid. Le tube digestif s'habitue à une nourriture plus abondante et plus stimulante, et la digestion s'en opère facilement. La différence de température est compensée par des vêtements plus chauds que ceux des indigènes ; enfin des appartements disposés d'une manière convenable et un chauffage artificiel suffisant permettent aux habitants des autres pays un acclimatement rapide.
Le passage des pays chauds dans les pays froids peut déterminer la guérison de certaines maladies, pourvu toutefois que ces affections ne soient pas trop anciennes et ne soient pas déjà caractérisées par des désordres organiques trop graves. Telles sont la dyssenterie des pays chauds et les maladies du foie, qui peuvent s'amender et souvent guérir sous l'influence de l'acclimatement dans les pays du INord.
Les habitants du Midi, prédisposés aux tubercules, ne doivent pas chercher à s'acclimater dans les pays froids, surtout si ces pays sont en même temps humides; ils ne tarderaient pas à être atteints de phthisie pulmonaire.