‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 70 sur 134 · DES HABITATIONS PRIVÉES · texte numérisé non relu

DES HABITATIONS PRIVÉES

L'homme, dés les premiers temps de la création, a dû songer à s'abriter contre les intempéries de l'air; et s'il a d'abord choisi pour demeure les troncs d'arbres, les cavernes, les excavations naturelles, il n'a pas tardé à en reconnaître l'insuffisance, et il a cherché à se créer artificiellement des abris plus commodes et plus sûrs, Il en est résulté les premières habitations privées, qui

ont beaucoup varié suivant le climat et le degré de civilisation auquel l'homme est successivement parvenu.

Dans les climats chauds, il est encore certaines peuplades (en Abyssinie), qui prennent pour habitations des troncs d'arbres. Les peuples nomades ont des demeures essentiellement mobiles. Les Arabes logent sous des tentes portées sur cinq ou six piquets plantés eu terre et laites en poil de de chèvre ou de chameau : leur famille entière y est logée, et un rideau placé dans l'intérieur sépare les deux sexes.

Les Tartares ont des huttes faites de bois ou d'osier, recouvertes d'un feutre épais et souvent de mortier. En haut est un trou rond destiné à laisser passer la fumée. Ces huttes se transportent sur des chariots traînés par des bœufs, que les Tartares suivent à cheval.

Dans la plupart des contrées occupées par des peuples sédentaires, les premières habitations ont consisté dans des cabanes formées avec des arbres ou des poutres enfoncées en terre et alignées au plafond; les intervalles étaient remplis de branches et d'un mortier épais formé de terre argileuse imperméable.

Les sauvages de l'Amérique et les nègres de l'Afrique logent dans des huttes de formes diverses, percées d'un trou à la partie supérieure, destiné au passage de la fumée ; leur réunion forme des villages qu'ils entourent de palissades en bois.

Les Groënlandais occupent des maisons cimentées de terre ou de gazon, recouvertes de solives, de broussailles et de matière tourbeuse, le tout souvent mélangé de blocs de glace.

Les Egyptiens, dans leur antique civilisation, construisaient dans leurs villes des habitations mêlées de jardins où l'on trouvait toutes les commodités de la vie et tous les raffinements du luxe.

D'après Vitruve, les Grecs et les Romains étaient parvenus à donner à leurs habitations les caractères de luxe et de commodité que les modernes pourraient envier. Chez ces deux peuples , les habitations comprenaient de grandes cours intérieures, entourées de portiques couverts, destinés à abriter les habitants contre les intempéries de l'air et les ardeurs du soleil, en même temps qu'à leur servir de promenades. Les chambres d'habitation étaient placées le long des portiques et des passages, et y

puisaient l'air et la lumière. Ces chambres étaient, du reste, petites et resserrées.

Dans les pays chauds, on retrouve, à l'époque actuelle, à peu prés la même disposition des habitations. Dans les maisons riches, les cours sont pavées de marbre; au centre, des fontaines d'eaux vives ; des quatre côtés de la cour, sont rangés les bâtiments, couverts habituellement de toits plats. Au rez-de-chaussée sont les écuries, les magasins, les chambres de domestiques. Au premier étage, règne une galerie avec des rangées de colonnes ou de piliers, sur lesquels les appartements intérieurs prennent le jour et l'air.

Ce qu'il importe surtout d'étudier, ce sont les habitations privées de nos climats, à l'égard desquelles de nombreux détails sont indispensables (1).

§ 1. Emplacement des habitations privées .

La première question qui se présente est celle des lieux ou de l'emplacement sur lequel les habitations privées sont placées, et des règles hygiéniques les plus importantes à suivre à cet égard. — Sous ce rapport, on peut adopter la division suivante :

1° Habitations souterraines.

Elles sont creusées dans le tuf, comme on en voit encore un certain nombre sur quelques points du littoral de la Loire et de la Vienne, ou bien elles sont le résultat de la construction particulière des maisons, et elles consistent dans l'établissement d'un étage souterrain.

Dans ces deux cas, de telles habitations sont en général mauvaises pour la santé; il y régne une humidité continuelle; la difficulté du renouvellement de l'air est considérable ; et l'oxygène brûlé par les lampes ou le chauffage est difficilement remplacé; la conséquence de cette aération insuffisante est souvent le développement des scrofules, des tubercules ou du rachitisme.

Les habitations des bords de la Loire et de la Vienne sont des espèces de cavernes creusées dans le tuf et à l'abri de l'humidité, en raison même de la qualité du sol ; on ne cite aucune maladie spéciale propre aux habitants qui les occupent.

(0 Un grand nombre de détails relatifs aux habitations privées sont empruntés à l'excellente thèse de M. Piorry.

2° Habitations dans les plaines.

Les habitations dans les plaines ne présentent rien de particulier à signaler; leur salubrité dépend de l'élévation des plaines, de leur exposition, de leur sol marécageux ou desséché, toutes circonstances qu'il faut apprécier. On doit observer toutefois que c'est dans les plaines cultivées et arrosées de grands cours d'eaux vives que sont situées les cités les plus florissantes, les villes les plus riches.

3° Habitations sur les lieux élevés (collines ou montagnes).

A une élévation modérée, et qui n'est pas sans cesse battue par les vents, les habitations sont en général salubres. A une hauteur plus considérable, des causes diverses peuvent iniluer sur la santé; ainsi, la diminution de pression de l'air, l'abaissement de température, les courants d'air violents rendent de telles demeures dangereuses pour les individus atteints de maladies chroniques du cœur ou des poumons; dans d'autres circonstances, elles déterminent leur développement chez ceux qui y sont prédisposés. Au mont Saint-Bernard, par exemple, les religieux de l'hospice succombent jeunes, et l'emphysème pulmonaire paraît être la maladie dont ils sont atteints avec le plus de facilité.

On choisit quelquefois, pour placer des habitations, des vallées plus ou moins larges, placées entre des collines ou des montagnes. Ce choix est, en général, peu heureux ; car, ou ces vallées sont larges, ouvertes et parcourues sans cesse par des courants d'air violents, et alors elles exercent sur les appareils circulatoire et respiratoire une action analogue à la précédente ; ou bien elles sont étroites, enfermées, sans renouvellement facile de l'air, humides, et alors on voit se développer d'une manière endémique le goitre et le crétinisme ; c'est ce qui a lieu dans plusieurs points des Alpes, des Vosges, du Jura, etc.

4° Sol sur lequel reposent les habitations.

L'humidité du sol exerce une influence sur les habitations qui y sont établies. On ne peut en éviter les inconvénients sérieux qu'en établissant au-dessous du rez-de-chaussée des voûtes au-dessous desquelles on fait circuler librement l'air. On doit, également éviter deplacerles habitations sur un sol d'où se dégagent habituellement des gaz qui peuvent exercer une action nuisible sur la santé, comme par exemple cela a lieu dans les cimetières ou dans leur voisinage. C'est pour cette raison que les lieux d'inhumation doivent

être éloignés du centre des villages où on les place encore dans une grande partie de la France.

5° Exposition des habitations.

S'il ne s'agissait que d'habitations placées dans les plaines, et qu'on pût varier à volonté leur exposition, il serait convenable de choisir celle du sud pour l'hiver, et celle du nord-est pour l'été. Dans l'impossibilité de placer en même temps une maison à ces deux expositions, on y supplée en disposant les faces diverses de l'habitation, les croisées et les portes, de manière à changer de chambre, et par conséquent d'habitation, avec les différentes saisons de l'année. Dans nos climats on doit, autant que possible, éviter l'exposition de l'ouest ; car c'est dans cette direction que soufflent les vents prédominants. Dans les grandes villes, on ne peut, en général, tenir compte de l'exposition des maisons, à moins que ce ne soit pour les grandes habitations privées, ou pour les édifices publics.

L'instinct des peuples les a conduits, dans le Nord, â choisir l'exposition du midi, et dans le Midi, à préférer l'exposition du nord.

6° Habitations dans le voisinage des forêts et des bois.

De telles habitations sont en général salubres, à la condition toutefois que ce voisinage ne soit pas trop immédiat , car alors elles seraient placées dans une atmosphère habituellement saturée d'humidité. On n'a pas remarqué cependant que les demeures des gardes-chasse, ordinairement placées au milieu même des grands bois, fussent insalubres, et produisissent chez eux et leurs familles des maladies particulières. Les habitations placées dans lefvoisinage des bois y trouvent pour avantages un certain degré d'humidité, un air pur et un abri contre les maladies miasmatiques et marécageuses.

Quoi qu'on en ait dit, et bien que l'opinion contraire ait des partisans, on doit admettre que la présence, dans le voisinage d'une habitation, d'une certaine quantité de grands arbres est une chose utile, avantageuse, et capable de purifier l'air ; il est indispensable toutefois que cette quantité ne soit pas trop considérable, ne puisse intercepter les rayons du soleil, et ne détermine ainsi trop d'humidité. Dans les grandes villes, les plantations d'arbres le long des larges voies de communication, des quais, des boulevards, des places, sont très-utiles, et destinées autant à ab-

sorber et à décomposer l'acide carbonique de l'air, qu'a flatter les yeux et servir de promenades agréables.

6° Habitations à proximité des cours d'eau et des ruisseaux.

Elles sont situées dans des conditions favorables de salubrité, pourvu toutefois qu'elles soient à une certaine distance, et un peu au-dessus du niveau du cours d'eau, afin de ne pas être continuellement dans une atmosphère saturée d'humidité. Cetinconvénient est moins à redouter si leurs bords sont escarpés.

Les rives des cours d'eau, surtout s'ils sont navigables, ont toujours été choisies instinctivement parles peuples pour y fonder des villes. Indépendamment de la salubrité et de la fertilité que les eaux vives procurent à un pays, elles sont pour les habitants un moyen de transport facile, et elles leur donnent en abondance les eaux nécessaires pour tous les besoins de la vie. L'accumulation trop grande des habitations et des habitants dans les grandes villes situées le long des lleuves atténue, la plupart du temps, ces bons effets en altérant l'air, et en produisant les maladies qui sont la conséquence ordinaire de l'encombrement.

7° Habitations dans le voisinage de la mer.

Ces habitations ne sont salubres qu'à la condition de ne pas être trop près du rivage, afin de ne pas subir les inconvénients de l'humidité; elles ne doivent pas non plus être trop élevées audessus de son niveau, pour ne pas ressentir les effets des violents courants d'air qui ont passé à la surface de la mer, et se sont imprégnés d'humidité.

8° Habitations dans le voisinage des marais et des usines .

Les habitations placées dans le voisinage des marais, des étangs et des eaux stagnantes, éviteront difficilement l'action des effluves marécageux. Si on est obligé de séjourner dans de telles demeures, on ne luttera contre la pernicieuse influence de ces émanations qu'en disposant entre l'habitation et le marais un obstacle, tel que des plantations, par exemple, destinées à les arrêter, et qu'en faisant établir les ouvertures et les croisées de la maison dans la direction précisément opposée.

Les habitations situées dans le voisinage des fabriques et des usines ressentent souvent les influences insalubres ou dangereuses de ces dernières. Cette insalubrité et ce danger dépendent des gaz plus ou moins délétère- ou des émanations métalliques qui

s'en dégagent, ou encore des exhalaisons] animales ou végétales qui en proviennent.

L'administration reconnaît, du reste, des établissements insalubres et dangereux. Elle a divisé les uns et les autres en plusieurs catégories, et fixé des zones que ces fabriques ne peuvent franchir pour s'approcher des habitations privées.

9° Habitations agglomérées.

L'homme n'était pas destiné à demeurer toujours dans des habitations privées; aussi est-il arrivé un instant où ses besoins physiques et intellectuels lui ont fait sentir la nécessité de la société de ses semblables, et où les habitations se sont agglomérées les unes à côté des autres ; il en est résulté, selon leur importance, des villages, des villes et de grandes cités.

S'il s'agissait, pour le médecin, de donner des conseils pour le choix d'un emplacement destiné à établir une de ces trois espèces d'agrégations d'habitations, il ne devrait éprouver aucun embarras; et en tenant compte de toutes les causes de salubrité et d'insalubrité qui ont été passées en revue, il lui serait facile de formuler son opinion. Ce rôle est toutefois celui que l'homme de l'art est le moins souvent appelé à remplir; et, la plupart du temps, ces réunions d'habitations existent déjà, et le médecin est tout au plus consulté sur les moyens propres à améliorer leurs conditions hygiéniques. Quelques détails relatifs à ces conditions sont donc utiles ici.

Villages. — Toutes les influences physiques résultant de l'altitude, du voisinage de l'eau, de la présence des marécages, etc., s'exercent ici en toute liberté et se traduisent par la production de maladies diverses. L'absence de plancher, dont le sol même tient lieu dans un grand nombre d'habitations rurales, les rend trés-humides. Pour les assainir, il serait utile d'obtenir au moins un dallage en carreaux ou en briques.

Une autre circonstance, qu'on rencontre également dans un grand nombre de villages, est la présence d'une masse de fumiers en travail de fermentation, et qui est la source de miasmes dénature animale et d'eflluves végétaux, tous deux en décomposition.— La question de la nocuité ou de l'innocuité du fumier, relativement à la santé de l'homme, n'est point encore décidée ; il est assez difficile de croire cependant, que le fumier en travail de fermentation n'exerce aucune influence sur la production

des fièvres intermittentes qui se montrent avec une assez grande fréquence dans beaucoup de localités où il n'y a pas de marécages. Telle est, en particulier, la plus grande partie du Limousin.

L'habitation des campagnes est-elle plus salubre que celle des villes? A priori, on devrait le penser ; cardans les premières, on n'a pas à tenir compte de l'intervention de l'encombrement, de la corruption, des vices et du luxe d'une grande ville ; aussi cette opinion est-elle généralement admise. On manque de documents statistiques positifs pour le prouver. Il résulterait toutefois de quelques documents recueillis par M. Quetelet, que le chiffre de la mortalité, relativement à la population, est à peu prés le même dans les villes et les campagnes, et que les circonstances qui la font varier sont toutes individuelles. Les résultats donnés par cet auteur sont appuyés sur des chiffres trop peu nombreux pour être admis d'une manière définitive.

Villes.— Dans les villes, si on veut faire abstraction des causes nombreuses de maladies qui y existent et qui sont indépendantes des habitations, on peut rattacher aux divisions suivantes les conditions qui constituent la salubrité d'une demeure.

4° La situation plus ou moins élevée. Ainsi, la partie haute, dans une ville bâtie sur le penchant d'une colline, est plus salubre que la partie basse.

2° L'exposition convenable, qui varie selon les climats.

5° La situation de l'habitation dans la partie de la ville où l'agglomération de la population est la plus considérable constitue pour elle une condition de moindre salubrité, et vice versa.

4° La situation de la maison sur une place, dans le voisinage des promenades et des arbres, estpour elle une condition de salubrité.

5° La position dans une rue large, bien exposée, rend une maison plus salubre. — Autrefois, dans nos climats, et maintenant encore, dans beaucoup de pays chauds, il n'y avait et il n'y a que des rues étroites, où nepénétrent ni la chaleur, ni le soleil, et où régne une humidité constante. On pense ainsi se prémunir contre la chaleur trop grande en été et le froid trop vif en hiver. Cela peut être vrai , mais par combien d'inconvénients et de maladies ne rachéte-t-on pas ce léger avantage ! Le défaut d'air, de lumière et de chaleur, uni à Fhumidité, détermine dans la population agglomérée de ces ruelles étroites , les scrofules , les tubercules et des maladies chroniques de toute espèce. On peut également

se demander si ce n'est pas à la disparition du sein de nos cités de ces cloaques infects, que l'on doit la cessation de ces terribles épidémies qui, au moyen âge, décimaient si souvent les populations agglomérées. Maintenant encore, la ville du Caire, presque entièrement composée de ruelles étroites, obscures et infectes, remplies presque toujours de boue et d'humidité , ne doit-elle pas à ces conditions d'être si souvent le berceau de la peste ?

Les conditions de salubrité qu'on doit rechercher dans une ville sont les suivantes :

1° Rues très-larges, droites et bien aérées ;

2°iRues pavées et munies de trottoirs latéraux, le long, ou mieux encore, sous lesquels coulent les ruisseaux. Les promenades larges, aérées, plantées d'arbres, peuvent seules se passer de pavés qui sont remplacés par un mélange de silex et de terre, qui donne une solidité égale a celle du pavé.

3° Multiplier les promenades, les places et les plantations d'arbres qui doivent, autant que possible, garnir toutes les grandes voies de communication.

4° Insister sur l'enlèvement des boues et des immondices en hiver, et sur l'arrosage en été.

5° Eloigner des villes les établissements insalubres ou dangereux.

6° Tendre toujours à disséminer les maisons le plus possible , et à obtenir un nombre d'étages moins considérable.

L'hygiène doit toujours chercher à obtenir tous ces résultats, et c'est à la persistance des magistrats intelligents qui ont été à la tête de la ville de Paris qu'on doit les nombreuses améliorations hygiéniques qu'a obtenues cette capitale. Dans les villes d'une moindre importance elles seraient peut-être plus faciles encore à réaliser, et la création de conseils locaux d'hygiène, développée et bien entendue, permettrait dans un grand nombre de localités d'arriver à ce résultat.

§ 2. Des différentes parties qui entrent dans la composition d'une maison.

Fondations. — Les matières qui les constituent sont à peu prés indifférentes pour l'hygiéniste, s'il s'agit de les établir dans un sol sec ; l'architecte est le seul que ce choix concerne. Dans un

sol humide, ou dans l'eau elle-même, comme cela peut se rencontrer dans la construction des moulins , il faut une disposition particulière qui , si elle n'enlève pas d'une manière complète l'humidité, en atténue au moins beaucoup les effets. L'usage des pilotis, c'est-à-dire de poutres enfoncées profondément dans le sol humide et parallèlementles unes aux autres, permetdebaser sur elles les fondations qu'on veut élever et de leur donner la solidité désirable. Si de plus on a recours dans ces fondations à l'emploi de la chaux hydraulique, du ciment romain que l'eau consolide et durcit, on aura autant que possible garanti de l'humidité les parties inférieures de l'habitation, et prémuni les étages supérieurs que cette humidité atteint quelquefois en vertu d'une sorte d'action capillaire. Depuis quelques années on commence à employer pour pilotis des bois imprégnés de sels et d'oxydes métalliques qu'on y a fait pénétrer à l'aide du procédé de M. Bouchery. Ces imbibitions métalliques donnent au bois des conditions de solidité et de conservation qu'on ne peut obtenir par aucun autre procédé.

Matériaux. — Le choix des matériaux qu'on emploie pour la construction d'une maison n'est pas indifférent sous le rapport de l'hygiène. Les pierres de taille combinées avec l'emploi judicieux de moellons, de bonnes charpentes et du plâtre constituent les matériaux qui donnent le plus de salubrité en même temps que le plus de solidité à une habitation. Les constructions en briques viennent après, puis celles en moellons. — Les habitations faites avec des charpentes dont les intervalles sont remplis de pierres et de mortier, sont plus froides , plus sèches peut-être, mais moins solides et exposées aux incendies. Quant aux maisons construites avec de petites charpentes dont les intervalles sont remplis avec du torchis (mélange de terre grasse, de paille et de mortier — chaux, silex et eau), elles peuvent être saines, mais elles sont l'indice de l'enfance de la civilisation. Les pluies abondantes les détrempent quelquefois et leur enlèvent toute solidité.

L'emploi du plâtre (sulfate de chaux) doit être proscrit dans les logements humides, car il favorise le salpétrage, c'est-à-dire qu'il se transforme plus ou moins complètement en nitrate de chaux et augmente encore l'humidité primitive.

La question de l'habitation des appartements récemment construits est une de celles qui préoccupent le plus les habitants d'une ville. Les inconvénients qui en résultent, et qui certes ont été

exagérés, consistent : \ ° dans les affections rhumatismales qui peuvent se développer sous l'influence de l'humidité due au dépôt récent des plâtres ; 2° dans la céphalalgie, les vertiges et plus rarement la colique saturnine, qui peut être due aux peintures récentes. L'humidité est combattue par la ventilation dans la saison chaude, ou par le chauffage artificiel dans la mauvaise saison. — L'odeur des peintures, et souvent on donne ce nom à celle de l'essence de térébenthine employée, disparaît sous l'influence de la ventilation, ou, si l'on est pi us pressé, par l'emploi des chlorures.

Etages des maisons. — Voici quelles sont les conditions de salubrité des divers étages.

1° Etage souterrain. — Quand il existe, il présente le maximum d'insalubrité, ce qui est dû à l'humidité et au défaut de renouvellement d'air. Les affections rhumatismales chroniques , les scrofules peuvent en être la conséquence. Les cuisines souterraines des grandes maisons rachètent les inconvénients de leur position par une ventilation bien disposée et une chaleur artificielle constante assez considérable.

2° Rez-de-chaussée. — Dans les grandes habitations privées, cet étage, placé au-dessus de cuisines bien assainies, ou bien de vastes caves voûtées, etélevé de plusieurs marches, est en général sain. — Mais dans les villes, les rez-de-chaussée situés dans des rues étroites et humides, dans des cours petites et privées d'air et dans des quartiers encombrés de population, sont essentiellement insalubres. Cette insalubrité est la conséquence du défaut de renouvellement d'air et de pénétration de la chaleur et du soleil; dans dételles circonstances on voit souvent se développer l'affection scrofuleuse. C'est surtout ce qui a lieu chez les enfants nourris, élevés et séjournant continuellement dans de telles demeures.

Les arrière-boutiques, les loges de portiers se trouvent dans le même cas. D'après les relevés que j'ai faits à l'hôpital des enfants, j'ai trouvé que la classe des portiers est celle qui fournit le plus d'enfants scrofuîeux, rachitiques et tuberculeux.

3° Les entmsols ne sont pas toujours salubres, et le peu d'élévation de leurs plafonds l'explique suffisamment. Le défaut de chaleur et de lumière naturelle exerce ici la principale influence. Les entresols conviennent peu aux individus atteints de maladies chroniques du cœur et des poumons, en raison de la viciation facile

de l'air, de la difficulté de la ventilation et de la gêne que de tels malades éprouvent en respirant cet air.

4° Etages supérieurs. — A mesure qu'on monte à des étages plus élevés, l'humidité diminue, l'air est plus sec, plus pur, la chaleur et la lumière solaire pénétrent avec plus de facilité. Sous le rapport de la salubrité, la compensation s'établit entre les 1er et 2e étages d'une part, et les 3e, 4e et 5e de l'autre. Dans les premiers, la salubrité dépend de l'élévation des plafonds , de l'étendue plus grande des pièces, des ouvertures , du confortable que la fortune plus grande des personnes qui les habitent y a introduit. Dans les seconds, l'élévation plus considérable et la pénétration plus facile de la chaleur et de la lumière solaire compensent la situation plus basse des plafonds et l'étendue moins grande des pièces. L'ascension des escaliers est souvent impossible aux personnes atteintes d'affections chroniques du cœur et des poumons. Aussi doit-on leur défendre les étages élevés.

Planchers. — Les planchers les plus salubres doivent être en bois; il jouissent alors de la propriété de mieux préserver de l'humidité et de mieux conserver la chaleur. S'ils sont en briques ou en carreaux, il faut, dans les maisons riches, des tapis , dans les demeures moins aisées, des nattes, comme cela se pratique dans la plupart des pays chauds.

Murs. — Les murs épais et placés dans les parties inférieures de l'habitation sont en général humides, et, par suite, ils peuvent exercer une influence fâcheuse sur la santé. Cet inconvénient est plus grand encore lorsque c'est un lit qui doit être placé auprès d'eux. Plusieurs moyens sont employés pour prémunir contre cette cause d'humidité. Ils consistent dans la doublure des murs avec des planches , des boiseries , des plaques de plomb, de zinc, ou enfin, avec des enduits de bitume ou d'huiles grasses siccatives. C'est sur ces doublures qu'on applique les peintures et le papier. Le moyen regardé comme le meilleur, et dont on commence à faire beaucoup usage, consiste dans l'emploi de larges plaques de zinc, qui préservent très-bien de l'humidité.

Tentures, papiers. — Les tentures et les papiers reflètent en général l'humidité des murailles sur lesquelles ils sont appliqués. Presque toujours, en même temps, ils se décollent et leurs couleurs s'altèrent. Ces inconvénients ne peuvent être évités qu'en les séparant de la portion humide du mur à l'aide d'un des

procédés dont il vient d'être question tout à l'heure. On donne habituellement le conseil de ne pas faire usage de papiers ou de tentures dont les couleurs renferment de l'orpiment, du vermillon, du minium, de la céruse ou du vert de Scheele. Le nom de ces substances a plutôt effrayé que les accidents dont elles ont pu être cause, car il n'y en a pas, à cet égard, de consignés dans les annales de la science.

Toits. — Les chambres placées immédiatement sous les toits sont exposées à l'influence des vicissitudes atmosphériques; elles sont trop chaudes en été et trop froides en hiver. Ces inconvénients sont en partie évités si on prend soin de les séparer du toit par un plafond d'une certaine épaisseur. La forme du toit varie suivant les climats; dans les pays chauds, ils sont en général plats et en terrasse et destinés aux réunions du soir; ils permettent aux habitants des maisons d'y respirer facilement un air un peu plus frais et plus pur. Dans les contrées où il règne des pluies la plus grande partie de l'année, on préfère donner aux toits une certaine inclinaison, de manière à permettre un écoulement facile aux eaux. La nature des substances qui servent à former le toit n'est pas indifférente. Les ardoises et les tuiles sont ce qu'il y a de mieux pour cet objet , à la condition que les chambres placées immédiatement sous les combles seront plafonnées d'une manière suffisante. Les toitures métalliques, et en particulier les plaques de zinc, n'ont d'autre inconvénient que de s'échauffer beaucoup et de communiquer leur calorique aux appartements qu'ils recouvrent immédiatement.

Les toits en chaume existent encore malheureusement dans une partie de la France; d'une part, ils exposent à de graves incendies, et d'un autre côté, il n'est pas démontré qu'ils n'exercent aucune influence sur la production des fièvres intermittentes, en raison de la décomposition des substances végétales qui servent à les former.

§ 3. Dimensions de l'habitation.

Les dimensions de la chambre destinée à l'habitation ordinaire et surtout au coucher sont de la plus haute importance à régler. Les effets fâcheux qui peuvent en résulter augmentent encore , si à l'espace trop étroit vient s'ajouter la privation de la lumière solaire directe, et si dans ce même espace sont accumulés des

meubles qui diminuent d'autant la quantité d'air respirable contenue dans la chambre.

D'après M. Piorry, l'habitation d'un seul homme dans une chambre trop étroite vicie Pair par l'accumulation du produit de l'exhalation pulmonaire, et elle peut être ainsi l'occasion du développement de la fièvre typhoïde. Telle est, selon ce professeur, la cause presque exclusive de cette maladie.

Dans d'autres circonstances, et surtout lorsqu'il s'agit de jeunes sujets dont le travail de formation n'est pas achevé, l'habitation, et surtout le coucher dans un espace trop étroit, vicientl'air et déterminent la production de la maladie scrofuleuse avec toutes ses conséquences (tuberculisation des divers organes, maladie des os, etc.). Telle est la conclusion rigoureuse des recherches de M. Baudelocque sur cette affection.

L'habitation dans un lieu trop étroit exerce encore l'iniluence suivante : elle favorise le développement des maladies épidémiques chez les individus qui les occupent, et lorsque ces maladies sont une fois produites, elle en augmente la gravité. Enfin, les chambres étroites sont pernicieuses pour les sujets atteints de maladies chroniques du poumon et du cœur, ils ne peuvent y respirer librement.

Quelle est la limite en deçà de laquelle une habitation doit être réputée trop étroite? C'est une question assez difficile à résoudre, car la dimension trop peu considérable d'une chambre peut être compensée par le renouvellement plus facile et plus actif de l'air respirable. Ainsi, sous ce rapport, telle chambre qui est étroite en raison de son peu d'étendue ou des meubles qui l'encombrent, est plus salubre qu'une autre beaucoup plus grande, mais dans laquelle l'air ne se renouvelle pas aussi facilement. Il est donc difficile d'établir à cet égard des limites absolues.

D'après M. Peclet, qui s'appuie exclusivement sur la quantité d'air atmosphérique nécessaire pour dissoudre la vapeur d'eau produite par l'exhalation pulmonaire, il est nécessaire de fournir à l'homme 6 mètres cubes d'air par heure.

D'après M. Leblanc, qui ajoute à cette appréciation celle de la quantité d'air nécessaire pour dissoudre et atténuer l'influence nuisible de l'acide carbonique exhalé , il en faut 8 mètres cubes. — D'après M. Dumas, de 8 à 10 mètres. Enfin, d'après M. Poumet, qui a fait entrer beaucoup plus d'éléments dans la solution

de ce problème et dont nous exposerons les résultats en parlant des hôpitaux , il en faut 20 mètres cubes par heure. On peut prendre pour moyenne de ces appréciations différentes, le chiffre de 10 mètres cubes par heure.

Cette quantité peut être fournie dans une chambre petite par une ventilation bien entendue , ou dans une chambre plus vaste, par la grande étendue de la pièce elle-même. Pour les dimensions de cette dernière, en supposant qu'il s'agisse d'une chambre à coucher, dans laquelle il est en général difficile d'établir une ventilation régulière, et en admettant la nécessité d'un sommeil de huit heures de la part de l'individu qui l'occupe, il faudrait donner à cette pièce une dimension de 80 à 90 mètres cubes, déduction faite des meubles qui peuvent la remplir. En général , les dimensions convenables à donner a une chambre d'habitation sont 3 mètres à 5,50 centimètres d'élévation et 4 mètres de longueur et de largeur. Il sera question tout à l'heure des moyens de ventilation.

Portes. — Les portes doivent être assez grandes, et situées en face des fenêtres, ou bien vis-à-vis de la cheminée. Cette disposition favorise le courant d'air qu'il est indispensable d'établir dans certaines circonstances. — Une porte trop bien jointe s'oppose souvent à l'établissement de la prise d'air nécessaire pour l'alimentation d'un poêle ou d'une cheminée. Cette clôture parfaite est assez rare , et il n'y a guère que les doubles portes qui remplissent cette condition. — Les doubles portes doivent être rejetées toutes les fois qu'il n'existe pas dans un autre point de la chambre une prise d'air suffisante pour le renouvellement de son atmosphère.

Croisées. — Les croisées ne doivent être ni trop petites ni trop basses, ni situées aune distance trop éloignée du plancher ou du plafond. — Les proportions convenables à donner à une fenêtre dépendent de la grandeur de l'appartement et du nombre d'ouvertures existant dans la pièce. On peut considérer comme avantageuse l'élévation de la croisée à un pied au-dessus du sol, et sa terminaison à un pied du plafond. Ces dimensions suffisent pour laisser pénétrer la chaleur et la lumière solaire, à moins toutefois que la croisée ne prenne jour sur une rue ou une cour étroite. — Les fenêtres dites en tabatière et celles disposées en coulisse sont destinées à disparaître sous l'influence des progrés de la ci-

vilisation et de l'hygiène, pour céder partout la place aux croisées qui s'ouvrent latéralement.

L'exposition des fenêtres , lorsqu'on est libre de l'établir où. l'on veut, doit être, dans nos contrées, celle de l'est. L'exposition au nord est trop froide en hiver, et celle du midi trop chaude en été.

Ventilation.

La ventilation ou le renouvellement de l'air dans une chambre, dans un appartement, est plus importante même que ses dimensions , car elle peut en corriger tous les mauvais effets.

Les moyens de ventilation que l'on met ordinairement en usage sont variables. Les plus simples consistent dans l'ouverture des fenêtres, ou mieux encore dans l'établissement momentané d'un courant d'air déterminé par l'ouverture de deux croisées, ou d'une fenêtre et d'une porte situées vis-à-vis l'une de l'autre. L'emploi de vasistas peut remplir cette condition, il a de plus l'avantage de ne pas déterminer dans la saison froide et humide des courants d'air capables d'agir d'une manière fâcheuse sur les personnes qui se trouvent dans la pièce; la place la plus convenable pour les vasistas est la partie supérieure de la chambre près du plafond.

S'il existe dans la pièce une cheminée ou un poêle munis d'un bon tirage, c'est le meilleur moyen de ventilation qu'on puisse employer, car la prise d'air supérieure introduit un air froid qui ne tarde pas à céder la place à l'air chaud et vicié des parties plus basses qu'il va remplacer. Il en résulte que l'air de la chambre est constamment renouvelé et remplacé par un air pur.

Dans les grands établissements , dans les édifices publics , la ventilation s'effectue à l'aide de fourneaux ou de cheminées d'appel dont la construction assez simple ne doit pas nous occuper ici.

§ i. Chauffage artificiel.

Chauffage artificiel. —L'homme, dans la saison froide et humide de nos climats et dans la plus grande partie de l'année dans les pays froids, ne peut rester dans une habitation sans l'échauffer par des moyens artificiels et sans ramener dans sa demeure une température qui lui permette de résister aux maladies dont le froid est la cause. Les phlegmasies aiguës et chroniques des or-

ganes de la respiration, les affections rhumatismales, l'aggravation de toutes les maladies qui surviennent, la mort prématurée des enfants et des vieillards, pour lesquels la température froide est si pernicieuse , voilà quelles sont les conséquences d'une habitation froide. Si à la basse température, et cela arrive presque toujours, vient se joindre l'humidité, il y a de plus à redouter^ développement des scrofules et des affections tuberculeuses.

C'est donc pour éviter de tels accidents que, depuis l'origine des sociétés, l'homme a cherché à se garantir du froid et à remplacer la chaleur solaire insuffisante par la production artificielle du calorique.

Dans l'enfance des sociétés, le chauffage artificiel consistait dans la combustion directe du bois au milieu d'une pièce ; les gaz et la fumée qui en provenaient sortaient par une ouverture pratiquée à la partie supérieure. En Italie, du temps de l'empire romain , le chauffage présentait quelque chose d'analogue et consistait dans la dessiccation préalable et complète du bois, qu'on brûlait ensuite dans des appareils spéciaux, placés au milieu des pièces de l'habitation. La sécheresse du bois empêchait presque entièrement la production de la fumée. La plupart des peuplades sauvages allument encore le feu au milieu de leurs huttes. Elles pratiquent à la partie supérieure une ouverture circulaire destinée à laisser échapper la fumée et les gaz qui, sans cela, rempliraient l'atmosphère.

Dans beaucoup de pays chauds, il n'y a ni poêles ni cheminées. En Espagne, le brasero est un chauffage aussi vicieux que dangereux, en raison des gaz dégagés par la braise brûlée ainsi au milieu d'une pièce.

Le degré de chaleur qu'il est nécessaire de maintenir dans un local ne peut être déterminé d'une manière absolue ; on doit établir ses limites entre 12 à 18° centigr. Quant au point fixe, il Tarie, d'une part, selon l'intensité du froid intérieur et le degré d'humidité, et, d'une autre, selon la constitution, le tempérament et l'âge des sujets.

Les individus à constitution faible, à tempérament lymphatique , les enfants, les vieillards, les convalescents, ont besoin d'une chaleur artificielle plus forte ; il en est de même des individus à profession sédentaire et qui séjournent constamment dans le même local sans se livrer à aucun exercice.

Procédés de chauffage.

Les procédés actuels sont au nombre de trois : le poêle, la cheminée et le calorifère.

Lepoêle. — Le poêle est un bon moyen de chauffage lorsqu'il existe un courant suffisant, et que la prise d'air est convenable et bien entendue. Dans ces conditions et si lepoêle est bien construit, une chambre s'échauffe rapidement. Ce mode n'est cependant pas dénué d'inconvénients. Ainsi le poêle desséche un peu trop l'air de la pièce qu'il est destiné à chauffer. On y remédie , il est vrai, en plaçant sur lui un vase rempli d'eau, destinée par son évaporation, à maintenir constamment dans l'air un degré d'humidité convenable.

Le dégagement d'une certaine quantité d'acide carbonique dans une pièce chauffée par un poêle n'est à redouter que dans le cas où la prise d'air- et insuffisante. Car alors la combustion s'effectue aux dépens de l'oxygène contenu dans la chambre.

L'usage des poêles en fonte donne souvent une odeur désagréable et qui peut amener des céphalalgies, des vertiges, quelquefois des syncopes.

Les poêles servent encore à faciliter la ventilation des grands édifices en échauffant les tuyaux d'appel.

La cheminée. — La cheminée est un des moyens de chauffage les plus salubres et les plus simples, mais elle ne peut échauffer qu'en renouvelant l'air d'un appartement sur une grande surface. Parmi les inconvénients attachés à l'emploi des cheminées, on doit signaler la perte d'une quantité considérable de calorique et, par conséquent, de combustible. Les 9/10 de la chaleur produite dans une cheminée sont, en effet, perdus et ne contribuent qu'à échauffer le courant d'air ascendant qui s'établit dans le tuyau de la cheminée. On diminue un peu, il est vrai, la perte de ce calorique en plaçant dans le fond de la cheminée une plaque métallique, destinée à réfléchir et à renvoyer dans la chambre les rayons calorifiques. Une cheminée échauffe l'air situé à côté d'elle et laisse à une basse température les parties plus reculées de Ja chambre : l'impression que ressentent les individus qui s'en approchent pour en recueillir la chaleur , est plutôt une tempe-

rature élevée antérieurement et une sensation de froid dans le dos.

Les grandes cheminées à manteau élevé, comme les faisaient nos pères , échauffent parfaitement de grands appartements , mais il faut des quantités énormes de combustible.

L'inconvénient le plus sérieux des cheminées est la fumée, et il est souvent bien difficile de la faire disparaître. L'action de la fumée sur les habitants d'un appartement a souvent pour résultat des céphalalgies rebelles, des toux fatigantes, et parfois des bronchites ou des laryngites légères, des ophthalmies qui persistent fréquemment d'une manière chronique.

Les moyens proposés pour s'opposer à la fumée ont tous pour but d'activer la combustion et de la rendre plus complète ; ils se rattachent à deux principaux :

4° Le premier consiste a donner à la cheminée une prise d'air considérable ; le courant arrive alors par deux tuyaux qui puisent l'air au dehors et l'amènent sur les parties latérales de la cheminée.

2° Le second est la diminution de calibre du tuyau de la cheminée en même temps que l'augmentation de sa longueur.

La fumée qui se produit sous l'influence de vents violents qui refoulent le courant d'air ascendant et s'opposent à son libre développement, ou bien qui est due à des pluies qui agissent dans le même sens, disparaît souvent en plaçant au sommet du tuyau de la cheminée un chapiteau mobile, tournant selon lèvent, comme une girouette , et capable de prendre ainsi une position qui s'oppose à l'action du vent et a la pénétration de la pluie.

On emploie quelquefois les cheminées pour brûler les gaz ou les matières qui ont échappé à la combustion, et qui, sortant librement par les tuyaux ordinaires, iraient incommoder ou même produire des accidents dans les lieux circonvoisins. On se sert pour cet usage d'appareils très-simples, qui conduisent dans le foyer les gaz qui ont échappé à la combustion (appareils de M. D'Arcet).

Le moyen le plus généralement employé pour mettre à profit une partie du calorique perdu dans la combustion des cheminées et des poêles, et de le faire servir ainsi à réchauffement d'un appartement ou d'une pièce, consiste dans la disposition des bouches de chaleur. On entend par bouche de chaleur l'extrémité

d'un tuyau ouvert par ses deux bouts, et placé dedans ou autour du foyer, de manière à s'échauffer notablement et à échauffer avec lui l'air qui le traverse. L'air entre froid par une des extrémités, s'échauffe en le parcourant, sort chaud par la bouche de chaleur, et se mêle alors à l'atmosphère de la pièce, dont il contribue ainsi à élever rapidement la température. En combinant des bouches de chaleur bien construites avec des prises d'air à la partie supérieure d'une chambre, on a un renouvellement facile de l'atmosphère, une pureté plus grande de l'air, et par conséquent la réunion des conditions les plus satisfaisantes de salubrité et d'échauffement.

Calorifères. — On en connaît plusieurs espèces. Les plus simples, et ils ont été variés à l'infini, consistent dans l'emploi de poêles ou de cheminées portatives, dont toutes les dimensions sont calculées de manière à ce que la combustion y soit complète et active. De plus, leurs parois contiennent des tuyaux simples ou contournés, dont la construction est analogue à celle des bouches de chaleur.

La multiplicité de ces tuyaux et des bouches de chaleur qui en émanent, la simplicité de leur construction ont été variées à l'infini et ont donné naissance aune branche d'industrie, objet actuel d'une grande concurrence. L'usage de ces diverses espèces de calorifères, combiné avec de bonnes prises d'air, constitue un moyen de chauffage excellent. Un des appareils de ce genre les plus simples, les meilleurs et qui est très-employé actuellement, est susceptible de s'adapter à une cheminée ordinaire. Il consiste simplement à remplacer Pâtre du foyer par des tuyaux de fonte parallèles entre eux, rapprochés les uns des autres et sur lesquels s'opère la combustion. Ces tuyaux, ouverts en avant au-dessous du foyer, laissent pénétrer l'air froid ; cet air s'échauffe en traversant les conduits , et de là se répand dans l'appartement en sortant par l'extrémité supérieure et libre également de ces mêmes tuyaux, qui s'ouvre sous forme de bouches de chaleur. Ce procédé très-simple permet de chauffer à peu de frais de vastes appartements.

Dans de grandes habitations privées, dans les édifices publics , les calorifères le plus généralement employés consistent dans des tuyaux de fonte disposés dans l'épaisseur des murs, et dans lesquels on fait circuler de la vapeur d'eau fournie par un

appareil spécial placé à la partie inférieure du bâtiment. Des réservoirs particuliers spéciaux sont disposés pour la condensation ultérieure de la vapeur. Ces calorifères ne peuvent servir à la ventilation ; aussi les a-t-on modifiés en employant de doubles conduits, dont l'un, le concentrique, ne contient' que de l'air, et l'autre, l'excentrique, delà vapeur d'eau à une température plus ou moins élevée. L'édifice est alors échauffé d'une manière convenable, et les courants d'air chaud dont on peut disposer permettent d'établir une ventilation suffisante.

M. Duvoir a perfectionné le système des calorifères à circulation d'eau chaude, et les fait en même temps servir à une ventilation régulière. Son système est fondé sur ce principe de physique, que le changement de densité de l'eau, produit par son échauffement, est capable de la mettre en mouvement. L'appareil deM. Duvoir comprend :4°une cloche à chaudière placée dans la partie inférieure de l'édifice; 2° un réservoir situé à la partie supérieure; 3° deux tuyaux intermédiaires, dont l'un sert à l'ascension de l'eau jusqu'au réservoir, et l'autre la ramène à la chaudière, après qu'elle a parcouru les conduits secondaires, les récipients , les poêles, les réservoirs et les étuves qu'elle a échauffés dans ses circuits.— Les conduits sont enveloppés dans de larges tuyaux excentriques de zinc, entourés eux-mêmes d'une tresse de foin couverte de plâtre, destinés à empêcher le calorique de se perdre. M. Duvoir a employé le chauffage à air chaud dans les pièces voisines des calorifères, et réserve, pour celles qui sont les plus éloignées, la circulation d'eau échauffée. Le système de ventilation qu'il met en usage consiste à faire arriver l'air chaud par la partie supérieure des pièces et à établir les bouches d'appel au niveau du plancher; il en résulte, comme l'expérience l'a prouvé, une! température a peu prés uniforme. Plusieurs de nos grands édifices sont maintenant échauffés et ventilés de cette manière.

Influence sur l'homme.

L'emploi des cheminées et des poêles n'a pas sur l'homme une influence aussi pernicieuse qu'on pourrait le craindre, dans le cas de mauvaise construction. L'asphyxie est à peu prés impossible, par la raison que ces deux moyens de chauffage ne peuvent fonctionner que par le renouvellement de l'air. Si ce renouvelle-

ment n'est pas facile et ne peut alimenter le tirage, ou le combustible cesse de brûler, ou bien il se dégage une quantité considérable de fumée qui irrite le larynx, les bronches, et s'oppose à ce qu'on séjourne dans une pièce ainsi remplie.

Un poêle, rempli de braise encore allumée et dont on vient à fermer le tuyau, peut, parla suppression de ce tirage, déterminer de graves accidents. La combustion a lieu alors aux dépens de l'oxygène delà chambre; à mesure qu'elle s'opère, l'acide carbonique se dégage, et si on ne facilite immédiatement le renouvellement de l'air, l'asphyxie peut arriver. Il existe clans la science de nombreux exemples d'asphyxie survenue en pareille circonstance pendant le sommeil.

L'emploi des calorifères a bien des détracteurs, et voici les principaux reproches qu'on leur adresse : ils déterminent souvent une élévation de température trop considérable, qui peut occasionner des céphalalgies, des vertiges, de la dyspnée* parfois même une syncope ou des congestions cérébrales chez les individus prédisposés. Cet inconvénient est réel, et il ne peut être atténué que par une ventilation convenable.

Page 1