OBJETS PLACÉS DANS L INTERIEUR DES HABITATIONS PRIVEES
1° Fleurs. — Les fleurs placéesodans une chambre peuvent exercer deux actions différentes. L'une consiste dans l'influence produite sur l'homme par l'acide carbonique qu'elles exhalent pendant la nuit , et l'autre dans celle déterminée sur lui par les émanations odorantes. Les effets de l'acide carbonique peuvent être atténués ou anéantis par un renouvellement suffisant de l'air ; il faut, du reste, que les végétaux soient bien abondants dans une chambre, et cette chambre elle-même bien étroite et bien close, pour que la quantité d'acide carbonique, venant de cette source, soit capable de déterminer l'asphyxie. — Si cette influence était la seule à combattre, elle le serait facilement par l'établissement d'un
courant d'air destiné à renouveler l'air et à expulser l'acide carbonique. L'enlèvement des végétaux serait la première chose à faire. L'action des émanations odorantes, l'influence de l'acide carbonique complètement mises de côté par le facile renouvellement de l'air dans la pièce, sont loin d'être nulles; il existe dans la science de nombreux exemples d'accidents produits par les odeurs végétales. Ces accidents, plus communs chez les femmes nerveuses et impressionnables, ont été observés trèssouvent : ils consistent dans la céphalalgie, les vertiges, les éblouisseinents, les syncopes, les spasmes nerveux et des attaques hystériformes.
La conclusion est qu'il faut proscrire d'une manière absolue la présence des végétaux, et surtout des fleurs odorantes, dans une chambre habitée , la nuit surtout, même quand il existe un facile renouvellement d'air.
2° Animaux.— Les animaux, placés dans l'intérieur des appartements, altèrent l'atmosphère d'une manière analogue à l'homme; souvent même, quand ils sont de grande taille, la vitiation qu'ils produisent est presque aussi forte. Il est nécessaire de tenir compte de cette circonstance et d'exiger une capacité plus grande de la chambre dans laquelle on veut faire coucher un chien, par exemple, à côté de soi. Il est préférable, toutefois, de ne pas contracter cette habitude et de toujours reléguer les animaux vivants dans des pièces autres que celle où Ton habite. — Il peut se faire, en outre, que chez ce chien la rage vienne à se développer soit spontanément, soit à la suite de la morsure d'un autre chien, morsure qui aura échappé à l'observation du maître. Or, il existe des exemples nombreux dans lesquels les chiens, devenus enragés de cette manière, se sont jetés sur leur maître et lui ont communiqué la rage par morsure. Cette dernière considération devrait tout à fait empêcher l'homme de faire coucher des chiens auprès de lui.
Il est un usage généralement suivi en France dans les fermes, les établissements d'agriculture, ainsi que dans les grandes écuries où sont logés des chevaux en nombre considérable: c'est celui d'y faire coucher un ou plusieurs garçons d'écurie. Indépendamment des maladies contagieuses qu'ils peuvent y contracter et dont il sera question plus tard, le choix d'un tel couchera tous les inconvénients attachés aux conséquences de l'encombre-
ment et à la viciation de l'air par renouvellement insuffisant. Il est probable, toutefois, que si cet usage n'est pas plus souvent suivi d'accidents, c'est que l'air vicié par la respiration de tant d'animaux réunis peut se renouveler par les ouvertures libres et nombreuses que présentent, la plupart du temps, les écuries et les étables. Il y aurait lieu cependant d'examiner si en hiver, où l'on bouche une partie de ces ouvertures, une telle habitation n'est pas plus malsaine qu'à toute autre époque de l'année.
3° Aliments conservés dans l'habitation. — Ils ne sauraient avoir d'autres inconvénients que ceux qui résultent de leur putréfaction, et il en a été question à propos de l'influence des matières putrides sur la santé. Malgré le doute que des travaux récents ont pu jeter sur la nocuité de cette influence, il est d'une bonne hygiène de faire rejeter des habitations privées tout aliment corrompu et capable d'altérer l'air par les émanations putrides qui s'en dégagent.
ANNEXES DE L HABITATION PROPREMENT DITE, ET CONTENUES A PEU PRÈS CONSTAMMENT DANS SON INTÉRIEUR.
Alcôves, rideaux de lit. — Un usage à peu près général existe en France, même dans les habitations les moins aisées: c'est celui de renfermer le lit dans une alcôve, ou de l'entourer de rideaux épais, capables d'en faire le tour, et de créer ainsi une atmosphère artificielle d'air confiné. — Cet usage, qu'il serait à peu près inutile de chercher à déraciner, en raison même de sa généralité, est mauvais et funeste à la santé ; il s'oppose au renouvellement facile de l'air ; il concentre dans un espace resserré le produit des exhalations pulmonaire et cutanée, et vicie l'air qui est respiré immédiatement par la personne couchée dans le lit.
Ces inconvénients de l'alcôve ou des rideaux épais sont plus sérieux encore quand il s'agit d'individus malades ; car le produit des exhalations pulmonaire et cutanée de ces derniers, concentré dans un air non renouvelé et absorbé ensuite par les mêmes voies qui l'ont fourni, est capable d'aggraver la maladie des individus placés dans le lit, et de la compliquer d'une manière beaucoup plus fâcheuse. Enfin, cette habitude s'oppose à la liberté de la respiration des personnes atteintes de maladies chroniques
du poumon ou du cœur, et elles sont presque toujours obligées d'y renoncer.
L'hygiène doit donner le conseil de rejeter toute alcôve qui ne serait pas largement ouverte; elle doit également engager à ne faire usage que de rideaux légers et incomplets, destinés plutôt à servir d'ornement qu'à s'opposer au facile renouvellement de l'air.
Quant aux malades, on ne saurait trop engager les personnes qui les entourent à débarrasser leur lit des rideaux, à moins que ces derniers n'aient pour destination spéciale d'empêcher l'action directe d'un courant d'air sur le malade.
Les soupentes, les cabinets obscurs, étroits et sans croisées, dans lesquels on place bien souvent des lits, ont tous les inconvénients des chambres petites et non ventilées. On doit en rejeter l'usage, en raison de l'influence fâcheuse qu'ils ne manqueraient pas d'exercer sur la santé.
Cuisines. — Les cuisines exposent les personnes qui y séjournent habituellement à une chance spéciale de maladie : c'est celle qui résulte de la combustion d'une grande quantité de charbon de bois, du dégagement d'acide carbonique et de l'asphyxie qui peut en être la conséquence.— Les moyens à employer, pour prévenir de tels accidents, sont les suivants :
1° Donner à ces pièces l'étendue la plus grande possible dans toutes les dimensions ;
2° Y placer un dallage en pierre, plutôt qu'un plancher en bois ;
5° Etablir une ventilation énergique et facile à l'aide de grandes croisées ;
4° Prolonger la hotte delà cheminée jusque sur les fourneaux spécialement destinés à la combustion du charbon, de manière à leur constituer une voie d'appel considérable.
Latrines. — Dans l'antiquité, les maisons avaient déjà des latrines spéciales, et on les retrouve parfaitement conservées dans les maisons découvertes à Pompéi.
Dans un grand nombre de villages et d'habitations rurales, il n'y a pour toutes latrines qu'un trou creusé en terre, ce qui laisse toute facilité pour se dégager, aux émanations qui en proviennent.
Dans les villes, il ne saurait en être ainsi, et chaque apparte-
ment a ses latrines spéciales , qui sont presque toujours une source incessante d'incommodités.
Ces incommodités consistent dans la présence de sulfhydrate d'ammoniaque uni à une petite quantité d'acide sulfhydrique qui peuvent se dégager dans un des points suivants : 1° Les lieux mêmes où sont placées les latrines; 2° Les fissures qui peuvent exister dans un point quelconque du trajet des tuyaux de faïence ou de terre qui servent à la conduite des matières dans la fosse;
3° La soudure incomplète qui a lieu au point de jonction des tuyaux de fonte employés pour le même usage ;
4° Enfin, ces gaz peuvent sortir de la fosse où sont conduites les matières fécales et dans laquelle elles séjournent.
Ces émanations, toujours plus considérables par les temps chauds et humides, peuvent-elles exercer une influence fâcheuse sur l'homme? L'étude des phénomènes et des maladies qui se développent chez les vidangeurs peut seule éclairer la question. Si l'on met de côté l'asphyxie, dont ils sont si souvent atteints dans leur profession, et les ophthalmies spéciales dont ils peuvent être affectés , les médecins sont loin d'être d'accord sur la nature de ces accidents. Parent-Duchâtelet et d'autres médecins nient complètement cette influence pernicieuse et n'admettent que la possibilité de l'asphyxie et des ophthalmies. D'un autre côté, l'observation des maladies qui régnent habituellement à Montfaucon et à Bondy, où sont déposées les matières fécales qui proviennent des vidanges de Paris, n'y démontre ni une fréquence ni une gravité plus grandes des maladies que partout ailleurs ; il n'y a pas non plus une mortalité plus considérable.
En présence de cette négation d'accidents possibles, on cite quelques cas dans lesquels des effets nuisibles auraient été produits ; effets dont la nature ne serait pas cependant bien déterminée. Tels sont les trois cas de mort survenus successivement chez des individus qu'on avait fait coucher dans une pièce où existaient des émanations sorties par la fissure d'un tuyau de conduite de matières fécales passant dans l'épaisseur du mur. (M. D'Arcet).
La question des accidents qui peuvent survenir, tout indécise qu'elle soit, n'en doit pas moins être prise en sérieuse considération, et on doit chercher, sinon à détruire complètement, du
moins à réduire au minimum les inconvénients attachés aux émanations des latrines. Voici, à cet égard, les dispositions les plus favorables à prendre.
Placer les latrines dans un cabinet isolé, aussi grand que possible, et loin des chambres à coucher et du centre des appartements. — Donner à ce cabinet un jour sur la cour ou, au moins, sur l'escalier.
Le système qu'on doit préférer est celui des lieux d'aisance dits à l'anglaise,* ils consistent, ainsi qu'on le sait, dans une soupape à bascule capable de fermer immédiatement l'ouverture supérieure du tuyau de conduite. La combinaison avec un réservoir d'eau supérieur est ce qu'il y a de préférable. Si, malgré cela , il y avait encore dégagement d'odeur, il faudrait avoir recours aux chlorures désinfectants.
Les tuyaux de conduite doivent être en fonte ; on doit donner un soin particulier aux points de jonction et de soudure.
La disposition de la fosse est importante à considérer; on conseille généralement de la voûter et de la ventiler à l'aide d'un tuyau, dit tuyau d'évent, partant de sa partie supérieure et s'étendant jusqu'à une hauteur qui dépasse celle des cheminées les plus élevées; son point de départ de la fosse doit se trouver à un niveau supérieur à celui d'arrivée des tuyaux de conduite.
Un système qui commence à se répandre beaucoup est celui des fosses mobiles : il consiste dans des tonneaux placés dans une cave spéciale et auxquels on fait aboutir l'extrémité d'un tuyau de conduite. Les tonnes une fois remplies, on les enlève, on les change et on les remplace par d'autres, que l'on retire ensuite à leur tour lorsqu'elles sont pleines. M. Piorry, qui vante beaucoup ce système dans son intéressante dissertation sur les habitations privées, lui reconnaît les avantages suivants : elles ne dégagent aucune odeur, évitent les frais de construction , d'entretien et de curage de la fosse; enfin, les frais auxquels elles entraînent sont beaucoup moins élevés que ceux de ces trois opérations. C'est une question à étudier, et, en tout cas, on ne peut guère appliquer ce système aux maisons de construction ancienne. Le curage des fosses d'aisances produit souvent des accidents chez les ouvriers qui l'exécutent ; telle est spécialement l'asphyxie, dont on a eu de si nombreux cas à déplorer. Ces accidents sont devenus beaucoup plus rares depuis qu'on
est parvenu, à l'aide de cheminées d'appel et de tuyaux d'aspiration, à mettre à proiit la formation du vide pour enlever la totalité des matières liquides contenues dans la fosse ; depuis lors, les hommes sont bien moins exposés à y descendre. Dans ce dernier cas même encore, un emploi judicieux des chlorures prévient les accidents et empêche l'asphyxie.
Les applications faciles et peu dispendieuses des moyens de désinfection aux matières fécales ont contribué à faire rendre, par l'administration, une ordonnance de police toute récente, et par laquelle il est interdit à tout entrepreneur de vidanges de commencer îe curage d'une fosse avant d'avoir préalablement désinfecté la masse de matières qu'elle renferme. La mise à exécution de ces moyens et leur emploi judicieux, préviendront probablement dans la suite tous les accidents; ils consistent dans l'emploi, soit du peroxyde de fer, soit du charbon. Le premier de ces agents surtout paraît se généraliser, ce qu'il doit à son prix peu élevé joint aux bons résultats qu'il produit ; l'emploi des chlorures réussit bien également, mais il est plus dispendieux.