DES SUBSTANCES EMPLOYEES COMME COSMETIQUES
1° Acides.
Les acides sont employés comme cosmétiques depuis la plus haute antiquité. La recette la plus ancienne, et qui est indiquée parCriton d'Athènes, cité par Galien, est un mélange de jus de citron et d'huile, avec lequel on préparait une substance onctueuse et d'une odeur agréable.
L'acide le plus employé est l'acide acétique. Rarement il l'est à l'état de pureté; car alors son activité est grande. On n'y a guère recours, en pareil cas, que comme stimulant cérébral. C'est généralement l'acide acétique étendu et à l'état de vinaigre, qui est en usage, et qui sert de base à beaucoup de cosmétiques. Sous ce rapport, les uns se préparent par infusion de végétaux odorants, tels que la rose, l'œillet, la lavande, etc. (vinaigres à la rose, à l'œillet, etc.); d'autres sont distillés, après avoir tenu en macération, pendant un certain temps, ces mêmes substances végétales. Ces derniers sont plus actifs, et on leur donne les noms d'extraits de vinaigre de rose, d'œillet, etc. Souvent on ajoute aux vinaigres aromatiques des substances balsamiques, de la vanille, du camphre, etc., et on en fait ainsi des préparations plus ou moins agréables, qui, la plupart du temps, n'ont servi qu'à enrichir ceux qui les avaient imaginées.
Les vinaigres sont de bons cosmétiques ; lorsqu'on en fait usage, ils doivent être étendus d'eau ; on leur attribue la propriété de calmer les irritations de la peau et les démangeaisons dont cette membrane est le siège. C'est fort douteux.
L'acide citrique et l'acide tartrique sont employés à peu près dans les mêmes circonstances que l'acide acétique; ils ne peuvent toutefois être distillés.
2° Tannin.
Le tannin entre dans la composition de beaucoup de cosmétiques, soit qu'on en fasse usage à l'état de pureté, soit qu'on se serve de substances qui en contiennent une grande quantité, telles que la noix de galle, l'écorce de grenade, les feuilles de myrrhe. On les emploie en poudres, enfermées dans des sachets. Ces poudres sont souvent imbibées de vinaigres, et surtout de
vinaigres aromatiques qui augmentent leur activité. Le tannin entre encore clans la composition des pommades astringentes. Ces diverses préparations jouissent de la propriété de donner à la peau du ton et de la fermeté.
5° Matières colorantes.
Les matières colorantes sont surtout employées pour donner ou rendre à la peau la couleur rose naturelle qui lui manque. La plupart des femmes qui y ont recours le font uniquement dans le but de paraître moins âgées qu'elles ne le sont, en rappelant sur leur visage les couleurs de la jeunesse.
Les principales matières colorantes employées à cet usage sont rouges ; elles entrent dans la composition du fard rouge ou, comme on l'appelle encore, du rouge. Ce sont: 1° le carmin, extrait de la cochenille ; 2° le carthame ou rouge d'Espagne, fourni par le carthamus tinctorius; 5° Tommette.
Le carmin est infiniment supérieur aux deux autres, et entre dans la composition des fards les plus fins. Ces fards sont en poudre, en solution gommeuse, ou en pommade.
En poudre. — La matière colorante pure, et réduite en poudre impalpable, est mélangée à du talc de Venise également réduit en poudre extrêmement ténue.
En solution gommeuse. — Elle est souvent employée, et elle consiste dans le mélange du carmin, et du talc qui est simplement délayé dans une solution gommeuse.
En pommade. — Tantôt on délaye le talc coloré par le carmin ou les autres matières colorantes rouges dans l'huile de ben, et on en fait une pommade de consistance molle que l'on applique avec une étoffe disposée en tampon, et à laquelle on donne le nom de crépon. D'autres fois, on l'incorpore dans une matière grasse ordinaire, telle que l'axonge purifiée. L'incorporation de la couleur rouge de l'orcanette avec l'axonge constitue une pommade qu'on emploie souvent pour colorer les lèvres en rose.
Ces diverses préparations n'ont pas d'inconvénients sérieux; cependant, si l'usage en est trop fréquemment répété, elles altèrent la souplesse et la douceur de la peau, la rendent plus rugueuse; elles la flétrissent en quelque sorte, et lui donnent une nuance légèrement jaunâtre. Enfin , dans quelques cas, elles peuvent y faire naître des éruptions de diverses natures, et, comme j'en ai vu un exemple, une affection lichénoïde rebelle,
4° Huiles essentielles.
Rarement employées en nature. Elles le sont plutôt en dissolution dans l'alcool, et constituent ce qu'on appelle des extraits. C'est à cet état qu'on fait usage des essences de rose, d'orange, de menthe, de lavande, de girolle, de cannelle, de camphre, etc.
L'eau de Cologne est un alcoolat contenant en dissolution dix ou douze huiles essentielles d'espèces différentes. Il en est de même de l'eau de Portugal et de bien d'autres. On les emploie, en général, en les étendant d'eau avec laquelle elles donnent un précipité lactescent dû aux huiles essentielles que l'alcool abandonne. Les alcoolats ainsi étendus jouissent de la propriété de stimuler et d'activer doucement les fonctions delà peau. Ce sont de bons cosmétiques.
La plupart des huiles essentielles sont encore employées pour aromatiser les différentes espèces de cosmétiques.
5° Baumes-résines.
On les emploie sous forme solide ; tel est le benjoin, le styrax; ou sous forme demi-liquide, tels que le baume du Pérou et le baume de Tolu. C'est généralement à l'état de dissolution dans l'alcool qu'on en fait usage. Pour s'en servir, on les mêle à l'eau qui en précipite le baume en particules extrêmement ténues et qui donne au liquide un aspect lactescent (lait virginal). Ce sont des cosmétiques agréables et sans inconvénients; leur action est peu marquée, ils semblent lénifier la peau. On remplace souvent les baumes par certaines résine, telles que le sandragon, le mastic ; ou par des gommes-résines, telles que la myrrhe, l'oliban.
6° Corps gras.
Toutes les huiles ne conviennent pas pour entrer dans la composition des cosmétiques. C'est l'huile d'amandes douces qu'on préfère; on l'emploie aromatisée avec des huiles essentielles, pour entretenir la souplesse des cheveux et prévenir leur chute. L'huile d'olive sert aux mêmes usages et est aromatisée avec les mêmes essences.
C'est avec l'huile d'olive que dans l'antiquité on frottait les athlètes et les individus qui se livraient aux exercices gymnastiques, et c'est encore l'habitude dans beaucoup de pays chauds. Le résultat de ces frictions est de diminuer la transpiration cutanée et de conserver ainsi une vigueur plus grande au système
musculaire ; de plus, on assouplit la peau et on la préserve des effets exagérés de la chaleur solaire.
Les huiles de noisette, de ben, servent également d'excipient à des huiles essentielles.
La plupart des huiles, ainsi aromatisées, sont employées pour la chevelure, et, sous ce rapport, elles sont assez avantageuses; elles préviennent le dessèchement de la matière épidermique, dessèchement qui favorise l'usure des cheveux et amène souvent une calvitie prématurée.
7° Graisses.
Les graisses servent à peu près aux mêmes usages que les huiles, dans la préparation des cosmétiques : celles qu'on emploie sont l'axonge, les graisses de porc, de mouton, de bœuf, d'ours, après les avoir préalablement purifiées. Ces graisses formentla base des différentes pommades. Ces pommades sont de deux sortes : les unes sont constituées par le mélange ou l'incorporation directe des matières odorantes végétales, desséchées, pulvérisées et mélangées d'une manière convenable avec la graisse; les autres sont simplement des graisses additionnées d'une certaine quantité d'huiles essentielles. On peut, dans ces deux espèces de pommades, réunir ensemble un certain nombre de principes odorants différents.
On incorpore souvent à Taxonge des mucilages végétaux ou animaux, et en particulier du suc de concombres, du suc de bulbes de lis, du frai de grenouilles ou de la décoction de colimaçon. Quelquefois c'est de la cire : toutes ces pommades sont émollientes, adoucissent la peau, l'assouplissent et la préservent de l'action de l'air. On en fait usage dans quelques affections cutanées, et en particulier pour l'acné et la mentagre.
Les pommades en bâton sont souvent employées pour les cheveux, les favoris, les sourcils. Elles sont faites avec du suif de mouton ferme, associé à la cire blanche ou jaune et aromatisé ; quelquefois on y ajoute une certaine quantité de résine qui lui donne encore un peu plus de solidité.
Les pommades collantes et qui sont destinées à donner une position fixe aux cheveux, aux favoris, aux sourcils, ne doivent cette propriété qu'à l'incorporation d'une petite quantité de gomme arabique ou de gomme adragante. Ces pommades diverses n'ont aucune propriété malfaisante, et elles sont de bons cosmétiques.
Les peuples du Nord, pour garantir la peau de l'action d'un froid intense, n'ont pas recours à des cosmétiques si fins et si délicats ; ils se contentent de se graisser la peau avec des suifs altérés, des graisses anciennes, de l'huile de baleine. Ces graisses ne tardent pas à rancir; elles irritent la peau et sont le point de départ d'affections chroniques de cette membrane , affections souvent graves et rebelles.
8° Savons.
Les savons sont, ainsi qu'on le sait, des combinaisons d'acides gras et de bases alcalines.
Le savon de Marseille est, pour ainsi dire, le seul cosmétique du peuple ; c'est avec lui qu'il dissout et qu'il enlève les corps gras qui s'attachent à ses vêtements ou à la surface de sa peau. Ce savon a souvent des inconvénients, et il est un peu trop irritant pour les peaux fines, délicates et souples : c'est pour éviter de tels effets, qu'on a imaginé les nombreuses espèces de savons de toilette en vogue aujourd'hui. Ces savons sont faits, en général, avec un alcali ( la soude) combiné avec le principe saponifiabie de l'axonge purifiée, de l'huile d'amandes douces ou de la graisse de bœuf. Ces divers savons n'ont pas, en général, une grande consistance. Moins durs et plus liquides encore, ils ont recule nom de crèmes; on ajoute quelquefois à ces savons, à demi liquides, un peu de jaune d'œuf. La crème d'amandes améres, ainsi nommée parce qu'au savon demi-liquide qui la constitue on ajoute une très-petite quantité d'acide cyanhydrique , est une des plus agréables et des plus en usage. Les savons solides de toilette sont, en général, formés avec de l'axonge, de l'huile d'olives, un alcali (la soude), et sont aromatisés avec des essences de carvi, de lavande ou de romarin. On peut les rendre presque transparents, en y incorporant une petite quantité d'alcool. Ces diverses espèces de savons sont de bons cosmétiques; ils nettoient bien la peau et n'exercent sur elle aucune action irritante ; ils sont encore employés pour ramollir les poils de la barbe et permettre de les enlever avec le rasoir.
9° Fécules, poudres dures.
Les poudres, employées comme absorbantes, sont en général constituées par de la fécule ou de l'amidon aromatisés avec des essences. Autrefois on s'en servait pour les cheveux, et quelque-
ibis même on appliquait par-dessus une pommade qui, venant à se mélanger à ces poudres, formait un mastic assez dur.
Chez certains individus, la matière grasse qui lubrifie les cheveux est en telle abondance, qu'il faut employer la poudre d'amidon pour en absorber une partie. On peut également faire usage du son, ou bien de la poudre de riz qui absorbe également bien la sécrétion trop abondante des aisselles et des aines. La poudre d'iris, qui a servi pendant quelque temps à ces divers usages, est trop excitante. Elle irrite la surface de la peau avec laquelle elle est mise en contact, détermine souvent des céphalalgies opiniâtres et rebelles.
Les poudres dentifrices sont trés-multipliées; celles qu'on doit préférer sont constituées par un mélange, à parties égales, de poudres de quinquina et de charbon parfaitement pulvérisées et mêlées intimement. Les poudres de corail ou de pierre ponce, également très-employées, usent trop rapidement l'émail des dents. Ces diverses poudres sont en général aromatisées pour être livrées à la circulation.
La pâte d'amandes en poudre doit tout simplement à l'albumine végétale qu'elle renferme [la propriété de faire émulsion avec les matières grasses de la peau avec lesquelles elle est mise en contact, et de rendre ainsi plus facile leur enlèvement par l'eau.
Substances minérales .
La plupart sont des substances minérales douées d'une grande activité et qui, par cela même, peuvent déterminer des accidents. Nous examinerons seulement les principales :
4° Mercure.
A l'état métallique, il fait partie de la poudre dépilatoire de Laforêt; il est très-employé dans le peuple pour détruire certains insectes parasites (onguent gris). On ne saurait, à cet égard, recommander trop de modération dans son emploi, si on ne veut voir se déclarer une salivation souvent rebelle.
Le cinabre (sulfure rouge, vermillon), mélangé à de la poudre de talc (silicate d'alumine), sert à former des fards rouges d'une couleur assez belle et d'un prix bien moins élevé que ceux faits avec le carmin. Ces fards sont souvent convertis ;en pommades
par l'addition d'huile de ben et d'un peu de gomme adragante. Ils ont les inconvénients de tous les onguents mercuriels qui, appliqués sur la surface cutanée, peuvent être absorbés et déterminer ainsi des accidents ; ils altèrent de plus le tissu delà peau sur lequel ils développent des éruptions de diverses natures.
2° Arsenic.
11 fait partie de quelques poudres épilatoires. Telle est, par exemple, l'association du sulfure d'arsenic et de la chaux. La crème parisienne, composée de chaux vive 60 gr., sulfure d'arsenic 45 gr., orcanette 8 gr., est une poudre épilatoire très-dangereuse et qui devrait être proscrite ; les symptômes de l'empoisonnement par l'arsenic se manifestent quelquefois à la suite de son emploi.
3° Oxyde de zinc.
Uni au talc, il forme un blanc de fard assez beau et parfaitement inoffensif.
4° Argent.
Ces préparations sont souvent mises en usage ; ainsi, le nitrate d'argent est fréquemment employé pour teindre les cheveux.
L'eau dite de Chine est un mélange de nitrate d'argent et de nitrate de mercure en solution aqueuse concentrée, et qui certainement a bien souvent agi comme caustique énergique.
L'eau d'Egypte contient des proportions moindres de nitrate d'argent. En solution dans l'eau distillée, la coloration noire est moins belle; elle passe rapidement au brun et au violet. La quantité de nitrate d'argent qui s'y trouve n'est pas assez considérable pour rendre cette solution dangereuse.
5° Sous-nitrate de bismuth.
Il constitue le fard blanc ; il serait tout à fait sans danger, s'il ne s'y trouvait presque toujours mélangée un petite quantité d'acide arsénieux. Privé de ce dernier élément et employé comme fard, son usage prolongé irrite la peau, la rend moins souple, plus dure, et quelquefois y fait développer des affections spéciales.
6° Céruse.
La céruse, ou carbonate de plomb, est employée comme fard blanc. Le blanc de Rremer ou blanc d'albâtre est un mélange de céruse avec de la graisse de veau et de la cire vierge. La céruse est assez employée pour teindre les cheveux en noir, et M. Orfila,
à qui on doit de curieuses expériences sur ce sujet, a constaté l'efficacité de quelques-unes de ses préparations.
Le sulfate de plomb, mêlé avec la chaux hydratée et de l'eau , forme un plombite de chaux qui teint bien les cheveux en noir. On emploie aux mêmes usages l'acétate ou le sous-acétate de plomb dissous et additionné d'une petite quantité d'acide sulfhydrique liquide.
La litharge, la craie, la chaux vive hydratée et récemment éteinte, broyées et mélangées exactement, forment avec l'eau une bouillie qui teint les cheveux en beau noir.
Ces préparations, employées trop fréquemment ou laissées trop longtemps en contact avec la peau, peuvent-elles provoquer le développement d'accidents saturnins? On le dit, mais cela n'est pas démontré.
7° Alun.
L'alun, donnant à la peau une tonicité remarquable, a été introduit dans beaucoup de recettes astringentes. On l'emploie presque toujours mélangé à des poudres d'iris, à des fécules aromatisées de diverses manières. Ces poudres sontdestinées surtout à enlever la sueur des aisselles, des pieds, et surtout à masquer son odeur. Les inconvénients attachés à l'usage de l'alun sont ceux de la suppression de la sueur, quand il la détermine. Dans d'autres cas, il produit diverses altérations de texture de la peau.
L'alun entre dans des poudres dentifrices, dans l'opiat rouge au corail qui en contient notablement. On pourrait, du reste, beaucoup multiplier les formules de préparations astringentes, dans lesquelles on introduit de l'alun ; mais cela aurait peu d'intérêt.
8° La chaux entre dans la préparation de quelques cosmétiques. L'eau de chaux, mêlée à l'opium et cà l'huile d'amandes douces, forme un liniment qui préserve les lèvres des gerçures dues à l'air froid et sec.
9° Le charbon en poudre, incorporé dans une pommade grasse, forme la fameuse pommade mélaïnocome, qui salit aussi facilement les doigts qu'elle teint les cheveux.