PREMIÈRE CLASSE
Elle comprend les maladies virulentes proprement dites, celles dans lesquelles l'agent contagieux fait partie d'un liquide physiologique ou pathologique.
(1) M. Bouchut, dans sa thèse de concours sur les maladies virulentes , a donné la division suivante des maladies virulentes. Son tableau reproduit les principales espèces de ces maladies chez l'homme et les animaux.
,„.,,. . , .:' transmissibles à certainsanimaux I Variole. A. Maladies virulenies rsvnhilis Rougeole
originaires de l'hom- 1 nnn ,„nemiaBiMoo „„^niwr.n,„ S lit ?,ï kîW.ÏÏ"
non transmissibles aux^animaux. \ Scarlatine, l'ourrime \ • ( turo d'hôpital.
S( Rage. Maladies aphtransmissibles à d'autres espèces l theuses des va- ( clies.
( v7PFarcfnge S ungiuaiics ucs aiu- ^ transmissibles à l'homme. . . . < lufe ma|jgnè. Eaux
maux / { aux jambes.' .
[ ( Clavelée.Typhusdu
\non transmissibles à l'homme. . < gros bétail. Mala- ( dies aphlheuses.
C. Maladies virulentes} communes ou ori- i / Maladies charbon-
ginaires de l'homme f I neuses.
ou des animaux . . j
(2) Il est presque inutile de rappeler ici que, toutes les fois qu'il est question de transmission d'une maladie par inoculation, la prédisposition spéciale de l'individu qui la subit est aussi nécessaire que pour les maladies miasmatiques. Il est, en effet, dans l'un et l'autre cas, un certain nombre de sujets chez lesquels cette prédisposition spéciale, variable, du reste, pour chaque maladie, n'existe pas, et qui y sont complètement réfractaires.
\ ° Maladies virulentes dans lesquelles l'agent contagieux, inconnu dans sa nature, est combiné avec un liquide physiologique.
Cette sous-classe contient trois maladies : la première, dont la virulence est incontestable et réside dans la salive, est la rage; les deux autres, dans lesquelles la virulence est encore problématique, sont la scarlatine et la rougeole. L'agent contagieux inoculable dans ces deux affections, s'il existe, se trouve dans le sang. La rage n'est qu'une maladie virulente. La scarlatine et la rougeole sont en même temps des maladies miasmatiques.
Rage. — Le virus de la rage fait partie de la salive de l'animal enragé. Les analyses chimique et microscopique ne font connaître, cependant, aucune altération caractéristique de ce liquide; on n'admet son existence que d'après les effets d'inoculation qu'il produit.
La communication de la rage à l'homme exige deux conditions :
\° L'existence de la rage chez un animal et spécialement chez un Carnivore; 2- l'insertion duliquide virulent sous l'épidermede la peau ou l'épithélium d'une muqueuse. Le simple dépôt de la bave rabique sur ces membranes intactes ne paraît pas susceptible de communiquer la maladie. Il existe quelques faits qui sembleraient prouver le contraire; mais ils n'ont pas l'authenticité désirable.
A côté de ces faits positifs, il y en a trois autres qu'il est intéressant de connaître, mais à l'égard desquels l'opinion des médecins n'est pas encore définitivement fixée ; ce sont les suivants :
1° Les animaux carnivores (chien, loup, renard, chat, etc.) paraissent être les seuls dont la salive, lorsqu'ils sont enragés, puisse communiquer par [inoculation la même maladie à l'espèce humaine.
2° L'homme ne paraît pas jouir de cette même propriété, et il est douteux que la morsure d'un homme enragé puisse inoculer la maladie à un autre individu; malgré cette incertitude, une morsure, faite en pareilles circonstances, doit être traitée comme celle d'un chien enragé.
5° Le sang d'un animal enragé ne paraît pas susceptible de transmettre la rage par inoculation. Les expériences de Dupuy-
tren, Magendie, Breschet, paraissent du moins conduire à cette conclusion.
Règles hygiéniques. — Elles consistent simplement à détruire tout animal enragé, ou même seulement soupçonné d'être atteint de cette maladie, et à traiter immédiatement par la cautérisation toute plaie et toute morsure qui a pu être en contact avec la salive d'un animal malade.
Scarlatine, rougeole. — Le caractère miasmatique de ces maladies ne saurait être mis en doute, et je suis entré déjà dans des développements suffisants à cet égard. Quant à la propriété virulente et inoculable de ces affections, c'est une question encore indécise. Pour la rougeole, les expériences de Home, en 1758, de Speranza, en 1822, et de Michael de Katena, en 1842, qui ont inoculé du sang extrait par incision des plaques rubéoliques les plus enflammées à des individus sains, et qui ont vu se développer une rougeole bénigne et régulière, paraissent concluantes. Pour la scarlatine, la possibilité de se transmettre par inoculation est plus douteuse, malgré les assertions de MM. Miquel d'Amboise, et Mandt.
Il n'y a aucune régie hygiénique spéciale à indiquer ici, si ce n'est de donner le conseil aux individus, et surtout aux enfants qui n'ont pas encore eu ces maladies, d'éviter le contact des personnes qui en sont atteintes, jusqu'à ce que la desquamation de l'épiderme soit complètement achevée.
2° Maladies virulentes dans lesquelles V agent contagieux, inconnu dans sa nature, est contenu dans un liquide pathologique (pus).
Le pus, dans ces maladies, renferme l'agent contagieux ou le virus ; ce liquide ne diffère cependant en rien du pus ordinaire, et ce n'est que par les effets qu'il produit qu'on est en droit de lui assigner des propriétés contagieuses. Cette sous-classe contient deux espèces de pus contagieux. Dans la première, le pus n'exerce qu'une action contagieuse locale, et il ne franchit pas la membrane sur laquelle il a été appliqué. Dans la deuxième, l'action du pus contagieux est générale ; il infecte l'organisme, et les phénomènes qui se produisent alors sont la conséquence d'une maladie générale.
i re espèce. — Pus exerçant une action contagieuse locale.
Deux espèces particulières de pus déterminent un effet exclusivement local et reproduisent une maladie exactement semblable à celle qui les a engendrées : c'est, d'une part, le pus blennorrhagique, et, de l'autre, le pus des ophthalmies purulentes.
Le premier, fourni par les membranes muqueuses du canal de l'urètre chez l'homme et chez la femme, et de plus chez cette dernière par celle du vagin, est capable de reproduire une inflammation purulente analogue par le simple dépôt et sans qu'il y ait aucune destruction de l'épiderme sur les membranes muqueuses saines du canal de l'urètre, du vagin et sur la conjonctive.
Le pus des ophthalmies purulentes ne paraît capable que de reproduire une affection analogue sur les conjonctives. On sait qu'ily a plusieurs espèces d'ophthalmies purulentes (ophthalmies des enfants, blennorhagique, d'Egypte, etc.), et le pus qui en provient jouit dans tous les cas de propriétés analogues. Aucune règle hygiénique spéciale n'est ici à indiquer; en pareille circonstance, c'est le contact direct du pus fourni qu'il faut éviter.
2° Pus contenant le véhicule contagieux, et reproduisant une maladie semblable, en infectant toute l'économie.
Plusieurs espèces de maladies peuvent être rangées dans cette catégorie, et il y a entre elles des différences souvent considérables. Parmi les affections ainsi inoculables, les unes transmettent des affections aiguës, les autres des affections chroniques.
Les unes sont seulement transmissibles de l'homme à l'homme, les autres s'inoculent des animaux à l'espèce humaine. Quelquesunes sont en même temps miasmatiques ; d'autres, au contraire, sont simplement virulentes et inoculables.
1° Maladies virulentes fixes. — Elles comprennent : 1° la syphilis; 2° la vaccine ; 5° la morve et le farcin ; 4° la pustule maligne et les affections charbonneuses.
De ces quatre groupes d'affections, les deux dernières se transmettent parfaitement par inoculation des -animaux à l'homme, et réciproquement.
Pour la syphilis, on l'a nié jusqu'à présent. M. Ricord, d'après quelques expériences tentées par M. Auzias, paraît admettre la possibilité de sa transmission de l'homme aux animaux.
Sîjphilis. — Le virus syphilitique est toujours contenu dans un liquide pathologique, et ce liquide est en général du pus. La
maladie se communique par le simple dépôt du véhicule contagieux sur une membrane muqueuse saine, ou d'une manière bien plus positive sur la peau dépourvue de son épiderme, ou sur une membrane muqueuse privée de son épithélium. • ..„ . La maladie qui se développe est caractérisée par deux ordres de symptômes. Les uns, locaux, qui se produisent à l'endroit où a eu lieu le dépôt du liquide virulent et l'inoculation de ce même liquide. Les autres, généraux, qui sont la conséquence de l'infection générale de l'organisme.
Règles hygiéniques. — La seule qu'on puisse donner est de ne pas s'exposer aux chances de subir les effets du virus syphilitique. Mais on les subit souvent sans le savoir, et cette maladie, qui paraît être moins grave aujourd'hui qu'autrefois, semble en revanche se généraliser davantage.
Les visites fréquemment répétées des filles publiques par des médecins délégués par l'autorité, et leur séquestration dès qu'elles sont reconnues infectées, constituent certainement un moyen destiné à diminuer le nombre des transmissions; mais, quelque bien organisées que soient de semblables visites, elles ne peuvent jamais être assez multipliées pour prévenir l'infection entre les divers examens et la communication de la maladie à. un certain nombre d'individus. D'un autre côté, la prostitution clandestine contribue peut-être beaucoup plus encore que la prostitution publique à la propagation delà syphilis. C'est malheureusement un vice que l'on ne peut corriger, et que les progrés de la moralité publique pourraient seuls faire disparaître. Nous sommes encore bien loin de cette époque.
Dans ces derniers temps, on a émis l'opinion (M. Diday) que la syphilis ne se contractait qu'une fois, et qu'on avait tout intérêt à se l'inoculer, en prenant toutefois des précautions particulières, attendu qu'on était maître alors de diriger l'action du virus, de rendre ses effets aussi peu intenses que possible, et enfin de conduire le traitement avec rapidité et certitude. Les résultats annoncés par M. Diday sont encore trop vagues et trop incertains, pour qu'on puisse se permettre de donner le conseil d'adopter son opinion.
Vaccine. — La vaccine, communiquée d'abord à l'homme par l'inoculation du cowpox de lavache, se transmet ensuite parfaitement
de l'homme à l'homme. Bien que l'éruption qu'elle détermine semble toute locale, il n'est pas moins positif qu'elle ne la produit qu'après avoir pénétré dans le sang et qu'elle n'est que la manifestation locale d'un état général.
On sait, et il est inutile d'y insister ici, que l'inoculation vaccinale préserve les individus de la variole, ou si cette dernière maladie vient à se développer, qu'elle la transforme, dans le plus grand nombre des cas, en maladie bénigne et légère (varioloïde). Quelle est la durée de l'action préservatrice de la vaccine; est-elle limitée à un certain nombre d'années, ou estelle absolue? C'est une question dont la science n'a pas encore donné la solution, et les partisans des revaccinations sont aussi nombreux que ceux qui professent l'opinion contraire. Je crois qu'il est plus sage de pratiquer une deuxième vaccination à vingt ans, et une troisième à quarante. Ces petites opérations n'ont aucun inconvénient si elles échouent ; et en présence du nombre assez considérable de cas de variole conlluente et grave constatés au bout d'un certain nombre d'années, elles donnent une plus grande sécurité si elles réussissent.
Morve aiguë et chronique. Farcin aigu et chronique. — Ces affections diverses sont de même nature ; l'inoculation de l'une peut déterminer les autres, et vice versa. Enfin, le farcin se termine presque toujours par une morve aiguë. Il est donc positif qu'il n'y a qu'un seul virus, le virus morveux, susceptible de produire des maladies variables quant à la forme, mais identiques au fond.
Les affections morveuses sont-elles dues à un virus fixe, et ne reconnaissent-elles qu'un seul mode de transmission, l'inoculation ; ou bien sont-elles en même temps miasmatiques et peuventelles se communiquer par l'absorption des miasmes exhalés par les individus ou les animaux qui en sont atteints? Cette question est encore indécise, et les faits suivants sont tout en faveur du caractère miasmatique de la maladie.
1° Des chevaux placés dans des écuries où étaient des animaux morveux ou farcineux ont contracté ces maladies, sans qu'il y ait eu d'inoculation, ou du moins sans que l'inoculation ait pu être constatée .
2° Dans les cas assez nombreux que la science possède de farcin et de morve développés chez l'homme, il est un certain
nombre de faits dans lesquels l'inoculation du cheval à l'homme n'a pu être démontrée, et où l'on n'a pu constater que les simples rapports des individus atteints avec les chevaux malades, ou même seulement le coucher dans les écuries qui renfermaient ces animaux. Tel est, par exemple, ce qui existait dans le cas que j'ai observé en 1839, et que la Gazette médicale a rapporté avec détail.
Règles hygiéniques. — En pareil cas, la première condition à remplir, c'est l'abattage des chevaux reconnus morveux ou farcineux, abattage auquel l'autorité devrait tenir plus qu'elle ne le fait.
L'isolement et la séquestration de ces animaux malades doit au moins être exigé, si on conserve l'espoir, chimérique, il est vrai, d'obtenir la guéri son de la morve ou du farci n.
L'assainissement complet des écuries qui ont contenu des animaux malades doit être également un point d'hygiène important à observer.
Affections charbonneuses. — Le simple contact du pus, provenant d'une affection charbonneuse, sur la peau ou une membrane muqueuse, est susceptible d'inoculer la maladie. Si ces membranes sont dépouillées de leur épiderme, l'inoculation est plus certaine et plus grave.
Le caractère miasmatique, déjà incertain pour le virus morveux, l'est beaucoup plus encore pour le virus charbonneux, et on ne peut guère invoquer en sa faveur de faits authentiques bien observés.
Si on peut constater à temps le dépôt de pus charbonneux sur un tissu vivant intact ou privé de son épiderme, la cautérisation immédiate prévient le développement ultérieur de la maladie. L'abattage des animaux atteints du charbon ou de pustule maligne est exigé de l'autorité. Il est également indispensable qu'elle fasse exécuter l'ordonnance qui prescrit l'enfouissement clans la terre du produit de cet abattage. Livrés à la consommation ou à l'industrie, les restes de ces animaux sont susceptibles, comme il n'y en a eu malheureusement que trop d'exemples, de transmettre une maladie semblable aux individus qui en font usage, ou aux ouvriers qui les travaillent.
Maladies virulentes miasmatiques.
Une seule peut être placée sans aucune contestation dans ce groupe. C'est la variole.
Variole. — La variole est évidemment une maladie contagieuse par inoculation du pus contenu dans les pustules qui la caractérisent. Elle est en même temps essentiellement miasmatique, et, sous ce dernier rapport, elle est susceptible de se manifester d'une manière épidémique. La vaccine est le seul préservatif de cette terrible maladie , et c'est le seul conseil hygiénique que l'on puisse donner à son égard. •
deuxième classe. — Maladies contagieuses parasitaires.
Il est un certain nombre de maladies que l'on attribuait autrefois cà la présence d'un virus, et qu'il faut manifestement rapporter à des parasites végétaux ou animaux. Ces maladies sont les suivantes :
Parasites animaux. — La gale, produite par l'insertion sous l'épiderme de l'acarus scabiei ; le prurigo senilis, que quelques auteurs regardent comme également dû à un insecte, différent de l'acarus.
Parasites végétaux. — Ce sont la teigne faveuse (Porrigo favea) et le muguet, que les recherches de M. Gruby ont démontré dus à la production d'un mycoderme qui se développe dans le premier cas sur le cuir chevelu, et dans le deuxième sur une membrane muqueuse.
Je me bornerai à cette simple énumération des maladies parasitaires ; et si j'en ai fait mention ici, c'est qu'elles ont été longtemps considérées comme contagieuses. — Entrer dans de plus longs développements serait pénétrer dans le domaine de la pathologie spéciale.
DEUXIÈME CLASSE. — INGESTA.
L'histoire des ingesta comprend celle des aliments, des condiments et des boissons, qui seront étudiés dans autant de cha- . pitres.
Des aliments et de l'alimentation.
Avant de tracer l'histoire des aliments et de l1 alimentation, il est indispensable d'entrer dans quelques détails relatifs à la manière dont s'accomplit l'acte physiologique si important de la digestion. La science moderne a fait, sous ce rapport, de grands progrès, et il est peu de points de la physiologie qui aient été étudiés d'une manière aussi complète qu'un grand nombre de ceux qui sont relatifs au travail digestif. Le résumé que je présenterai sera bien court; mais il est indispensable pour servir de guide dans l'étude des aliments, des condiments et des boissons.
Les aliments introduits dans la cavité buccale sont broyés, triturés et réduits en pulpe par les dents ; en même temps, ils sont imbibés par la salive et imprégnés d'une certaine quantité d'air atmosphérique. La salive est non-seulement utile pour réduire en pâte la masse alimentaire, elle est de plus destinée à exercer une action chimique et moléculaire sur une des matières qui font partie des aliments : la fécule. Cette action est produite par un corps particulier analogue à la diastase, contenu dans la salive, et qui jouit de la propriété de transformer les matières féculentes en dextrine. Cette transformation, qui se fait avec une grande rapidité et dans le court espace de temps de la mastication d'une bouchée d'aliments, n'est jamais totale, et une bonne partie des grains de fécule passent intacts dans l'œsophage.
Arrivés dans l'estomac, les aliments, 'par le seul fait de leur présence, y déterminent la sécrétion du suc gastrique qui, mêlé à la pâte alimentaire et agité avec elle par la contraction vermiculaire de l'estomac, la convertit en une masse homogène, pulpeuse, à laquelle on donne le nom de chyme.
Dans cet acte, des phénomènes importants se sont produits,
En voici l'analyse. Le suc gastrique présente dans sa composition deux sortes de principes qui jouent un rôle important dans le travail digestif : l'un est acide, et la question de savoir s'il doit cette propriété à l'acide chlorhydrique ou à l'acide lactique, ou aux deux à la fois, n'est pas encore résolue ; l'autre est une matière analogue au ferment ou à la diastase, et à laquelle on a donné le nom de gastérase ou de pepsine : c'est ce dernier nom qu'elle a conservé. Voici maintenant les divers changements qui s'opèrent dans l'estomac lors de la formation de la pâte chymeuse :
i° L'eau et les liquides aqueux sont absorbés par les veines ; en même temps, ils laissent précipiter les matières organiques solides qu'ils tiennent en dissolution, pour peu, toutefois, que ces dernières soient en quantité un peu notable. Une fois précipitées, ces substances sont digérées comme des aliments ordinaires.
2° Ladextrine formée sous l'influence de la diastase salivaire, les sucres, les gommes, les matières grasses, la fécule encore intacte, la matière ligneuse et les autres parties organiques non susceptibles d'être attaquées par le suc gastrique, ne subissent aucune altération dans l'estomac] et passent intacts dans le duodénum .
3° Les aliments dits azotés et qui comprennent la fibrine, l'albumine, la caséine, la gélatine, auxquels on peut joindre encore l'osmazôme, sont attaqués par le suc gastrique. Les acides qui s'y trouvent gonflent ces matières, les imbibent, les pénétrent ; mais c'est la pepsine seule qui, en raison des propriétés fermenlescibles qu'elle doit probablement à un mouvement moléculaire qu'elle est susceptible de communiquer aux autres substances, jouit de la propriété de dissoudre les aliments azotés.
La masse alimentaire, ainsi modifiée, est chassée sous l'influence des contractions de l'estomac dans le duodénum et les insteslins grêles; là, elle subit d'autres transformations qui sont la conséquence de l'intervention du suc pancréatico-biliaire. Voici les modifications qu'elle y éprouve :
1° L'acide, introduit dans le duodénum avec la pâte chymeuse et qui provient du suc gastrique, est neutralisé par la soude libre contenue dans la bile.
2° L'interposition des matières organiques de la bile dans la
pâte cliymeuse rend cette matière plus riche en éléments hydrocarbonés.
5" La fécule, laissée intacte par la diastase salivaire et qui a traversé l'estomac sans y éprouver d'altération, subit, dans le duodénum, l'action d'une autre espèce de diastase contenue dans le suc pancréatique et qui jouit de propriétés analogues à celles de la salive; elle achève ainsi de s'y transformer en dextrine. Pour quelques physiologistes, l'action de la salive sur la fécule est presque nulle, et celle du suc pancréatique presque tout.
4° Les matières grasses, laissées intactes par la cavité buccale et l'estomac, sont en partie saponifiées par la soude libre de la bile et en partie émulsionnées par le liquide pancréatique.
5° -Une fois ces changements opérés, les liquides qui n'ont pas été absorbés dans l'estomac, la dextrine, les gommes, les sucres, les matières azotées dissoutes sous l'iulluence de la pepsine, les matières grasses en partie saponifiées, en partie émulsionnées, sont absorbés parles veines, et, delà, entraînés dans le torrent circulatoire. Pour quelques physiologistes, les vaisseaux lymphatiques sont exclusivement chargés de l'absorption des matières grasses.
L'absorption, commencée dans le duodénum , continue à se faire dans toute l'étendue des intestins grêles : elle ne cesse qu'aux gros intestins, dans lesquels il n'est pas impossible que des matières alibiles puissent encore être absorbées. L'absorption de toutes ces parties opérée, il reste un certain nombre de matières qui ont traversé les diverses parties du tube digestif sans être attaquées. Ces matières sont composées1 de ligneux, de substances épidermiques, delà partie excrémentitielle de la bile; de tous les éléments, enfin, qui n'étaient pas susceptibles d'être digérés et qui sont ainsi devenus inutiles. C'est ce résidu qui constitue les excréments qui, parvenus dans les gros intestins, doivent être expulsés au bout d'un certain temps.
Tels sont les phénomènes principaux de la digestion : ce sont là des faits réels et positifs. Mais on a été plus loin, et on a cherché à les comprendre tous dans une théorie générale très-séduisante, qui n'est, il est vrai, qu'une hypothèse, mais qui s'approche autant que possible de la vérité, si elle n'est la vérité elle-même. C'est à Liébig, surtout, que l'on doit les idées principales de cette théorie que je vais essayer de résumer.
L'homme, obligé de réparer les pertes qu'il subit chaque jour par les excrétions ou les sécrétions solides, liquides ou gazeuzes, ainsi que par la production incessante d'une certaine quantité de calorique, ne peut y subvenir que par la respiration et la digestion.
L'absorption de l'oxygène est le fait de Pacte respiratoire.
Quant aux aliments et aux boissons, ils ont à accomplir des fonctions importantes et ils sont destinés à remplir les trois indications suivantes :
4° Fournir à l'économie une quantité d'eau suffisante pour tous les besoins de l'organisme ;
2° Réparer les appareils et leur fournir des éléments organiques d'une composition analogue à ceux qui sont enlevés sans cesse par le travail de la nutrition interstitielle;
5° Fournir les éléments nécessaires à la production de la chaleur animale, qu'ils dégagent lorsqu'ils sont brûlés par l'oxygène.
L'absorption de l'eau qui est introduite par les boissons, ou qui est une des parties constituantes de tous les aliments, atteint le premier but. Quant aux deux autres, il est nécessaire d'entrer dans quelques explications plus détaillées.
Tous les principes immédiats, primitivement formés d'éléments inorganiques (azote, carbone, hydrogène, oxygène) et organisés de manière à constituer les divers tissus de l'économie, sont destinés à être remplacés par d'autres au bout d'un certain temps. L'introduction de ces derniers et la disparition des premiers constituent le travail de composition et de décomposition moléculaire, autrement dit la nutrition interstitielle.
Ces principes immédiats divers ont reçu les noms de fibrine, albumine, caséine et gélatine. Tous, cà l'exception de la gélatine, sont réductibles en une même substance quia toujours une composition et des propriétés semblables, de quelque partie du corps qu'elle provienne; cette substance est la protéine.
C'est elle qui, présentant un type normal et primitif de composition, forme tous nos tissus et tous nos organes, et qui ne peut être remplacée, lorsque s'opère le mouvement de décomposition interstitielle, que par un principe de même nature, de quelque partie qu'il provienne également.
Telles sont les fonctions que sont destinés à remplir un certain nombre d'aliments, auxquels on a donné pour cette raison le nom de réparateurs ; ces aliments sont des substances azotées,
qui ont pour radical la protéine et qui proviennent, soit des animaux, soit des végétaux.
Dans les animaux, elle prend les noms de fibrine, d'albumine, de caséine, et se trouve dans presque toutes leurs parties constituantes.
Dans les végétaux, c'est la fibrine végétale, qui n'est autre chose que le gluten de beaucoup de céréales, ou encore la substance qui se précipite par une sorte de coagulation spontanée de beaucoup de sucs végétaux exprimés. C'est l'albumine végétale qui existe en quantité considérable dans beaucoup de sucs végétaux, et y présente des propriétés tout à fait semblables à celles de l'albumine animale soluble. C'est enfin la caséine végétale, qui se trouve dans beaucoup de graines légumineuses et qui, de même que la caséine animale, est soluble dans l'eau, incoagulable par la chaleur, coagulable par les acides.
Ces corps divers, d'origine animale ou végétale, ont tous une composition identique ; ils contiennenttous une forte proportion d'azote, sont tous réductibles en protéine, et sont tous susceptibles d'être convertis en tissus vivants , après avoir subi toutefois le travail de la digestion, avoir été absorbés, être passés dans le sang et avoir été déposés dans la trame des tissus; on doit y joindre Fosmazôme qui joue probablement le même rôle que la fibrine, l'albumine et la caséine. Les travaux récents des physiologistes n'ont cependant pas décidé définitivement la question à son égard, et ce n'est que par analogie qu'on peut, dans l'état actuel de la science, admettre cet usage de l'osmazôme.
La gélatine, qui est aussi une matière azotée, paraît n'avoir d'autre destination, après avoir été digérée et absorbée, que de réparer les tissus formés eux-mêmes de gélatine.
Les matières azotées diverses dont il vient d'être question, dissoutes dans le suc gastrique, sont absorbées dans l'estomac et les intestins grêles par le système veineux abdominal, et passent dans le sang où elles vont remplir le rôle auquel elles sont destinées. Voici maintenant les divers usages du sang :
1° Le sang, en traversant les poumons, absorbe l'oxygène au moyen des globules; ce sont ces derniers qui vont de là transporter ce gaz dans le système capillaire et dans la trame des tissus. Là, l'oxygène s'unit avec une partie des éléments des tissus organiques et en particulier avec le carbone. Il en résulte de l'acide
carbonique, qui est entraîné par le sang veineux et exhalé à travers les pores de la peau, et ceux de la muqueuse pulmonaire.
2° Le sang fournit, par l'intermédiaire des organes des sécrétions, des matières nouvelles qui vont prendre la place de celles qui ont été consumées; c'est en vertu de cet acte que l'albumine, la fibrine, la caséine, s'incorporent dans l'organisme vivant et vont former des tissus,
5° Le sang doit encore enlever aux tissus les éléments organiques qui ont été consumés. On vient de voir que le carbone était entraîné par l'oxygène, avec lequel il se combinait pour former de l'acide carbonique; mais tout le carbone n'est pas encore enlevé, il en reste une partie, ainsi que de l'hydrogène, de l'oxygène et surtout de l'azote. Ces divers éléments se combinent entre eux pour former des composés intermédiaires essentiellement azotés, qui sont en particulier l'urée, et l'acide urique, selon leur degré d'oxygénation ; ce sont ces composés nouveaux qui, dissous dans l'eau surabondante contenue dans l'organisme et joints aux matières salines qui ont également cessé de faire partie des tissus vivants, ou qui, étant introduits fortuitement et n'étant pas susceptibles d'être digérés, sont rejetés, vont former le liquide excrémentitiel qui constitue l'urine.
Il résulte de tout ceci que les aliments azotés suffisent complètement à la réparation des tissus qui ont cessé de faire partie de l'organisme, et qu'ils servent en même temps à produire une certaine quantité de calorique, parla combinaison de l'oxygène introduit par absorption dans le sang avec le carbone de ces mêmes tissus.
La quantité de calorique dégagée par la combustion des tissus qui cessent de faire partie de l'organisme est, la plupart du temps, loin d'être suffisante pour entretenir la chaleur animale (1), et c'est alors qu'intervient, sous le nom d'aliments respirateurs, une nouvelle classe d'aliments destinés à fournir le carbone qui
(l) Pour que les aliments réparateurs suffissent seuls à la production du calorique, il faudrait porter leur action au maximum et faire en sorte que les tissus qui cessent de faire partie de l'organisme fussent complètement brûlés. C'est ce but que l'on peut atteindre en combinant une nourriture fortement azotée avec beaucoup d'exercice ; l'exercice augmente, en effet, par des raisons que nous donnerons plus loin, la quantité de carbone qui est brûlé.
doit produire le supplément de calorique nécessaire pour l'entretien de la chaleur animale.
Ces aliments respirateurs sont les féculents et tous leurs dérivés, tels que les gommes, les sucres, etc., etc. Voici quel est leur rôle. La fécule, changée d'abord en partie en dextrine sous l'influence delà diastase salivaire, traverse l'estomac sans être altérée, et achève sa transformation dans le duodénum, sous l'influence de la matière animale analogue au ferment, contenue dans le suc pancréatique. Ainsi transformée en dextrine, la fécule dissoute, ou plutôt la dextrine, est absorbée par les radicules de la veine porte et portée de là dans le foie où elle fournit à ce dernier les éléments qu'il doit mettre en œuvre pour fabriquer le sucre (1). Le sucre provenant de cette altération ultérieure de la dextrine et fourni par le foie, ou sorti par les veines sus et soushépatiques, passe dans la veine cave, traverse le cœur droit, et va de là dans les poumons pour être brûlé par l'oxygène et fournir ainsi la quantité de calorique nécessaire pour maintenir toujours le même degré de chaleur animale.
Les matières grasses, déposées directement par le sang dans les mailles du tissu cellulaire, sont en quelque sorte une réserve destinée à laisser accumuler des matières hydro-carbonées pour être brûlées, lorsque les aliments réparateurs et respirateurs seront insuffisants pour entretenir la chaleur animale.
Telle est la théorie delà digestion qui peut maintenant être ad-
(1) M. Bernard, dans les leçons de physiologie qu'il a récemment faites au collège de France, assigne au foie un rôle extrêmement important. D'après lui, le fuie serait destiné à fabriquer en quelque sorte de toutes pièces du sucre, des matières grasses et de la fibrine. Pour démontrer cette proposition, M. Bernard a essayé de prouver que le sang, arrivant dans la yeine porte avant de pénétrer dans le foie, ne contenait pas de sucre et renfermait une quantité moins considérable de matières grasses et de fibrine qu'à sa sortie de ce viscère (veines hépatiques), ou dans le tissu du foie luimême. Relativement au sucre, personne ne peut nier les résultats de M. Bernard. Il est positif qu'il n'y a pas de matière saccharine dans le sang de la veine porle, avant son entrée dans le foie, tandis qu'il y en a dans le sang qui en sort et dans le tissu hépatique. Mais ce physiologiste distingué n'a pas prouvé qu'il n'y existait pas de ia dextrine, ou d'antres principes immédiats qu'on peut regarder comme les radicaux du sucre. Quant aux matières grasses et à la fibrine, M. Bernard n'a donné que des approximations, et aucune analyse quantitative; il faut attendre des chiffres positifs pour assigner au foie un rô!e ausci important <!ans l'organisme.
mise,- théorie ingénieuse, mais dans laquelle bien des points sont encore à démontrer d'une manière définitive ; c'est un jalon qu'il ne faudra jamais perdre de vue dans l'examen successif qui va être fait de l'action des divers aliments et des diverses boissons. La nature des aliments est ce qui doit nous occuper en premier lieu, et c'est par cette étude que nous commencerons.