DU RÉGIME
dies; elle donne à l'estomac une susceptibilité qui, plus tard, empêche cet organe de recevoir avec autant d'avantage les premiers aliments. Enfin, elle prolonge indéfiniment la convalescence.
Règles htjgiéniques. — 1° Dans les maladies aiguës, et surtout les maladies aiguës avec état fébrile, une diète rigoureuse et absolue est de toute nécessité. — Cette nécessité se fait encore plus particulièrement sentir dans les maladies du tube digestif.
2° Dans les maladies chroniques autres que celles du tube digestif, il n'est pas nécessaire de garder une diète sévère. L'alimentation doit être légère, peu excitante, et répétée souvent. Pour déterminer la quantité et la qualité des aliments dont on doit faire usage , on se guidera sur la manière dont les organes digestifs les supportent, et sur l'absence d'un léger mouvement fébrile pendant le travail de la digestion. Dans les affections chroniques du tube digestif, la diète, sans être absolue, devra être plus rigoureuse, et les aliments légers et en très-petite quantité. C'est souvent en pareil cas qu'on se trouve bien du régime lacté.
Dans la convalescence, on fera cesser progressivement la diète. On commencera par des bouillons légers, du lait, avant d'arriver aux aliments solides. Pour augmenter la quantité des aliments et leurs qualités nutritives, on se guidera sur les données suivantes : 1° la facilité de leur digestion; 2° l'absence de pesanteur épigastrique et de développement de gaz ; 5° la chaleur naturelle de la peau pendant l'acte digestif.
2° Régime insuffisant.
L'insuffisance des aliments est relative à l'exercice musculaire, au régime alimentaire habituel de l'individu que Ton considère, ainsi qu'à la température de la localité qu'il habite. Un régime insuffisant longtemps continué amène la faiblesse, la débilité, l'amaigrissement, une impressionnabilité très-vive à toutes les causes morbifiques, et une prédisposition générale à la plupart des maladies; à un degré plus avancé, et si on y persévère, on observe de véritables états morbides. Ce sont d'abord des altérations du sang bien évidentes; ces altérations sont les suivantes : 1° la
diminution de proportion des globules, qui constitue l'anémie, et se traduit par la pâleur, la dyspnée, et le bruit de souffle cardiaque et vasculaire; 2° la diminution de proportion de l'albumine du sérum, qui se traduit par le développement d'une anasarque; 5° quelquefois enfin, la diminution de proportion de la fibrine et un véritable état scorbutique. Le degré de ces altérations est en rapport avec le degré d'insuffisance du régime, et le temps pendant lequel il a existé.
L'insuffisance du régime joue un rôle dans le développement des scrofules et des tubercules, mais il n'est pas le seul, et les circonstances d'hérédité, de tempérament, de défaut de renouvellement de l'air, d'humidité atmosphérique, viennent s'y joindre et concourir à la production de ces maladies.
L'insuffisance du régime existant chez des populations entières constitue la disette, et détermine chez le peuple qui la subit des effets généraux que l'on peut ainsi résumer ; l°La disette augmente le nombre des maladies. 2° Elle accroît la proportion des décès, et cet accroissement peut durer un certain temps après que cette disette a cessé.
3° Elle diminue la fécondité, ce qui est démontré par un nombre moins considérable de naissances, que l'on constate dans les périodes correspondantes, neuf mois après.
4° La disette, enfin, produit des maladies spéciales, et en particulier les altérations du sang qui viennent d'être rappelées, et qui consistent d'une part dans la diminution simultanée de la proportion des trois principaux éléments du sang, et, d'une autre part, dans l'augmentation de l'eau qui fait partie de ce liquide.
Régime surabondant.
Le régime surabondant chez un individu qui fait trés-peu d'exercice, et qui habite un lieu dont la température est élevée, détermine chez lui des effets bien appréciables, et qui se reproduisent les mêmes dans des circonstances analogues ; ces effets consistent dans une augmentation de la masse du sang, et ont pour résultat une véritable pléthore; en même temps la proportion des globules du sang est portée au maximum des limites physiologiques, et l'augmentation de l'embonpoint vient également s'y joindre* Un régime semblable, longtemps continué, prédispose
aux congestions, ainsi qu'aux hémorrhagies cérébrales, et peut même les déterminer. — La gravelle et la goutte, manifestations habituelles de la diathése urique , sont la conséquence la plus ordinaire d'un régime surabondant. — Il est facile du reste d'expliquer ce résultat. Les aliments réparateurs arrivent aux tissus en quantité plus considérable qu'il n'en faut pour les remplacer : de là l'embonpoint et la pléthore. D'un autre côté, les aliments respirateurs fournissant beaucoup de carbone à la respiration pour la production de la chaleur animale, les tissus détruits en vertu de la loi de décomposition interstitielle ne peuvent absorber tout l'oxygène qui leur est utile, et ils sont brûlés moins complètement ; le résidu qui passe dans les urines, au lieu d'être alors de l'urée, produit complètement brûlé, et qui se forme lorsque les tissus détruits ont tout l'oxygène qui leur est nécessaire, n'est plus que de l'acide urique, produit moins complètement brûlé. Or, c'est l'existence dans le sang et au sein de l'organisme de ce principe immédiat qui constitue la diathése urique, qui se traduit par la gravelle ou la goutte.
Influence de la pénurie ou de l'abondance de l'alimentation sur la population.
Cette influence a surtout été étudiée en France. Voici quelques-uns des résultats qui ont été obtenus :
M. Benoiston de Châteauneuf a comparé la durée de la vie du riche à celle du pauvre, en se fondant sur ce que la différence qui les sépare consiste surtout dans la richesse de l'alimentation; il a démontré ainsi que la perte annuelle, sur 100 individus, était plus du double chez le deuxième que chez le premier.
D'après M. Villermé, le -1er arrondissement de Paris perd annuellement 4 habitant sur 52, tandis que le 12e en perd \ sur 26. La durée de la vie moyenne dans les quartiers pauvres ou riches varierait donc de vingt-quatre à quarante-deux ans. D'après cet auteur, dans les départements riches, où la vie est aisée et l'alimentation facile, la vie moyenne est de douze ans plus longue que dans les départements misérables. — M. Villermé en France, et M. Quételet en Belgique, ont trouvé la taille plus élevée dans les contrées riches que dans les localités pauvres.
La fécondité se trouve également en rapport avec la richesse de l'alimentation. Les ordres monastiques imposaient aux religieux le régime végétal et de longues abstinences, pour diminuer leur énergie prolifique. Il résulte des documents statistiques rapportés plus haut, que le nombre des conceptions est plus faible dans le carême; mais ce résultat n'a pas une grande signification, attendu que, pendant ce temps, le nombre des mariages est moins considérable.
Les disettes diminuent également le nombre des naissances. D'après M. Gaspard, qui donna une bonne description des effets des disettes de 1816 et 1817, il y eut, dans un grand nombre de communes des départements les plus maltraités, moitié moins de conceptions dans les trois mois de cette famine que dans les trois mois qui la précédèrent et dans les trois mois qui la suivirent.
On peut établir que le meilleur élément delà population d'une contrée, c'est la fertilité qu'elle présente. La densité de la population d'un pays est, en effet, partout proportionnelle à la richesse de la culture des céréales ; le nombre des habitants s'y accroît sans cesse, jusqu'à ce qu'il ait atteint une certaine limite à laquelle il s'arrête devant les nombreuses causes préventives ou répressives qui ne manquent jamais de se produire. Parmi ces causes, les disettes sont celles qui exercent l'action la plus manifeste. Nonseulement elles arrêtent l'accroissement de la population , mais quelquefois même elles la font rétrograder. Ce sont là les éléments de la doctrine de Malthus.
En Chine, où le climat rend la fécondité excessive, la famine et les maladies viennent réduire la population ; mais cela ne suffit pas encore pour la faire rentrer dans de justes limites, et la mort barbare des jeunes enfants est, chez ces peuples, le terrible niveau qui rétablit la balance. —Dans l'Europe, dont les conditions climatologiques ne déterminent qu'une fécondité raisonnable, la diversité de la richesse des terres, la fertilité des unes, la pauyreté des autres, la circulation assez facile des subsistances, empêchent, jusqu'à présent, la densité des populations de devenir trop considérable. Si la doctrine de Malthus se vérifie, nous ne savons pas ce que l'avenir lui réserve.
Avant de terminer ce qui est relatif à ce sujet, il n'est peutêtre pas sans intérêt pour le lecteur de connaître les ressources delà France, et ce qu'elle est capable de produire, tant sous le
rapport de la nature, que sous celui de la quantité des subsistances. Nous emprunterons les renseignements statistiques qui suivent au dernier travail de M. Boudin (Annal. cVhyg., 18o0).
En France, le sol livré à la culture des céréales a été, par habitant : en 1700, de 60 ares d'après Vauban; en 1764, 64 ares d'après Mirabeau; en 1788,60 ares d'après Lavoisier ; en 1815, 56 ares d'après Chaptal; en 1840, 41 ares d'après la Statistique de la France.
La surface cultivée a donc diminué; eh bien! malgré cela, la production des céréales a presque doublé depuis cent cinquante ans, et la part de chaque habitant, bien que la population se soit accrue de près de 70 pour 100, a également augmenté. Voici, d'après les mêmes autorités: 1° le nombre d'hectolitres produits dans Tannée ; 2° le nombre d'hectolitres produits par chaque hectare ; 3° le nombre de litres de céréales pour chaque habitant; 4° la quantité de froment consommée en France par chaque habitant :
nnées.
hectolitres.
Rendement
en hectolitres
par
chaque habitant.
Litres par habitant.
Quantité de
froment consommée
en France
par habitant.
Ces résultats ne doivent pas être pris à la lettre , car ils n'indiquent que des moyennes fictives. En effet, d'après M. Charles Dupin, parmi les deux tiers des Français qui sont privés d'alimentation animale, un tiers ne consomme que de l'avoine, du seigle et du sarrasin ; mais le deuxième tiers a du seigle et du froment. Voici donc un tableau indiquant la proportion des habitants se nourrissant de froment en France :
39 sur 100
En continuant ces évaluations approximatives et les rapportant à chaque habitant, on arrive, d'après M. Boudin, aux résultats suivants :
En France, on compte par habitant : 1 7 ares cultivés en froment. Le sol livré à la culture du froment est en Pologne de 2h- 2a- par habitant; en Suéde, 3h- 3 a- par habitant; en Prusse, 5h-5a-; en Belgique et en Hollande, 4h-0a-; dans le Royaume-Uni, 9h- Oa- ; en Espagne, 20h-.
En divisant la production du froment de chaque pays par sa population , on trouve par habitant : en Suéde, 8 litres ; en Pologne, 25 litres; en Prusse 46 litres; en Hollande et en Belgique, 57 litres; en Autriche, 62 litres; en Espagne, 127 litres ; dans le Royaume-Uni, 163 litres; en France, 208 litres. Ainsi en moyenne, et en tenant compte du déchet, la France, qui est la contrée la plus riche en froment, ne peut donner à chacun de ses habitants, que 1/2 litre de froment par jour.
La consommation totale de la viande a été en France, en 1840, de 673,589,781 kilog., ce qui donne une moyenne de 20 kilog. par habitant. — Dans les autres Etats de l'Europe, cette consommation en viande a été par habitant :
kil.
kil.
Prusse,
Espagne,
Saxe,
Pays-Bas,
Suède,
Wurtemberg,
Bavière,
Bade,
On a dit qu'en Angleterre elle était de 82 kilog. par habitant, mais aucun document statistique officiel ne le prouve.
La production annuelle moyenne de la France est estimée aux quantités ci-après :
Céréales, 182,515,000 hectolitres.
Vin, 36,783,000 »
Eau-de-vie, i, 088,000 »
Bière, 3,885,000 »>
Cidre, 10,881,000 »
Pommes de terre, 96,234,000 »
Sarrasin, 8,470,ooo »
Légumes secs, 3,561,000 »
Betteraves, 14,741,000 q. m.
Colza, 2,280,000 hectolitres.
Houblon, 880,000 kilog.
Tabac, 89,ooo q. m.
Garance, 160,000 »
Huile d'olive, 167,000 hectolitres.
Chanvre, filasse, 67,507,000 kilog.
Lin, filasse. 56,835,000 » „
Châtaignes, 3,478,000 hectolitres.
Paille, 226,708,000 q. m.
Foin, 152,460,000 »
Bois de construction et â brûler, 34,570,000 stères.
Avec une pareille production, si beaucoup de provinces sont pauvres, si leurs habitants sont misérables, et si le blé est si souvent à vil prix, cela tient au défaut de circulation suffisante des produits, et à leur accumulation dans certaines provinces dans lesquelles ils ont pris naissance.