REGIME QUALITATIF
On doit examiner, à part, le régime animal, le régime végétal, le régime gras, le régime maigre et le régime mixte.
Régime animal.
Le régime animal consiste dans l'emploi presque exclusif des substances animales pour l'alimentation, les végétaux n'y entrant qu'en quantité très-peu considérable et exceptionnellement.
La nourriture animale presque exclusive détermine les effets physiologiques suivants : le tube digestif, tout en fonctionnant bien, est dans un état de stimulation habituelle. La soif est augmentée; la constipation est une habitude. Les matières fécales sont peu abondantes, dures, foncées en couleur. La peau est habituellement le siège d'une chaleur anormale qui tient, en quelque sorte, le milieu entre la chaleur naturelle et la chaleur fébrile. Le pouls est en général plus fréquent et vif. Il y a de la maigreur, l'embonpoint, s'il existait avant, disparaît sous l'influence de ce régime.
Le sang se modifie, la quantité d'eau diminue, la proportion des globules et celle de la fibrine augmentent. L'urine est, en général, peu abondante, peu aqueuse ; elle est peu foncée en
couleur, trés-acide et chargée d'urée et d'acide urique. Ce régime est celui que suivent un grand nombre d'habitants des pays froids, en même temps qu'ils se livrent à un exercice musculaire énergique. C'est par ce moyen qu'ils produisent la quantité de chaleur animale nécessaire pour résister à la basse température du climat.
Dans les climats tempérés, la nourriture animale, à peu prés exclusive, coutinuée longtemps, peut déterminer des maladies spéciales. Telles sont en particulier les phlegmasies, auxquelles ce régime dispose évidemment ; l'augmentation physiologique de la fibrine produite par cette alimentation explique suffisamment ce résultat.
Certaines matières, de nature animale, atténuent singulièrement les qualités irritantes d'un tel régime; tel est le lait: il le doitàce qu'il contient du sucre de lait qui peut être comparé, à tous égards, aux substances végétales. L'œuf agit dans le même sens, mais beaucoup moins efficacement.
Le régime animal exclusif doit être rejeté toutes les fois qu'on peut faire autrement, et il est toujours nécessaire qu'on lui associe une certaine quantité de substances végétales. On a reproché à l'abus longtemps répété des viandes salées de produire le scorbut; il est probable que dans les circonstances où il en est ainsi, comme dans les voyages de long cours, d'autres conditions hygiéniques défavorables viennent s'y joindre. On doit, toutefois, attacher une certaine importance à cette influence des viandes salées, car il peut se faire que la grande quantité de chlorure de sodium qui y est contenue contribue à augmenter la proportion de soude renfermée dans le sang, et à dissoudre la fibrine.
Régime végétal.
Le régime végétal exclusif exerce peut-être une influence moins fâcheuse sur la santé que le régime animal; il est probable que ce résultat est dû à ce que la plupart des végétaux contiennent des matières azotées, qui sont, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, la fibrine, l'albumine et la caséine végétales.
Le régime végétal presque exclusif, continué sans interruption pendant un certain temps, produit les résultats suivants : l'appareil digestif est languissant ; les digestions sont longues, pé-
nibles et souvent accompagnées de développement de gaz. Les matières fécales sont abondantes, de couleur claire, et même quelquefois semi-liquides ; la diarrhée est assez fréquente. La chaleur animale est peu intense, le refroidissement facile ; la constitution s'affaiblit, les forces sont peu énergiques. Dans quelques cas où le régime végétal exclusif est très-abondant et où en même temps les individus qui y sont soumis font peu d'exercice, l'embonpoint se développe, comme conséquence presque nécessaire.
Le régime végétal est propre à certaines populations plutôt qu'à d'autres. Les peuples des pays chauds y sont plus particulièrement soumis; c'est le genre de nourriture qu'ils préfèrent, en même temps qu'ils exercent peu leur système musculaire.
L'usage exclusif des substances végétales longtemps continué peut déterminer quelques maladies spéciales ; nous citerons les suivantes :
\° L'appauvrissement du sang, qui consiste dans la diminution simultanée et proportionnelle des globules, de l'albumine, et de la fibrine. Il est des cas où cet appauvrissement est porté très-loin, et produit soit une anémie par diminution des globules, soit une hydropisie regardée autrefois comme essentielle et qui est due à l'abaissement du chiffre de l'albumine. La diminution de la fibrine est rarement portée assez loin pour déterminer le développement du scorbut.
2° L'usage habituel des substances végétales produit des gastralgies, des dyspepsies llatulentes, des diarrhées, etc.
3° Les entozoaires sont souvent la conséquence d'un régime végétal exclusif ou prédominant.
4° Le diabète est généralement considéré comme pouvant être la suite de l'usage exclusif des féculents. Si cela est, la grande quantité de sucre produit par le foie ne peut être brûlée par l'oxygène absorbé dans l'acte de la respiration ; il passe en partie, sans être attaqué, dans le sang artériel qui s'en débarrasse parles reins.
De tout ce qui vient d'être dit, on peut conclure que, tout en ayant moins d'inconvénients quele régime animal, le régime végétal ne doit cependant pas être employé plus que le dernier d'une manière tout à fait exclusive, et que c'est leur association ou le régime mixte qui est celui qui convient le mieux à l'habitant de nos contrées.
Régime mixte.
Le régime mixte, composé d'une quantité modérée de substances alimentaires, est celui qui réussit le mieux à l'habitant des pays tempérés.
Le régime mixte doit consister dans une quantité déterminée des substances animales et des substances végétales. D'après M. Dumas, un homme bien constitué, mangeant bien, doit consommer par jour 154 grammes de carbone et 22,5 azote. Pour représenter des quantités d'aliments correspondantes, il faut les proportions suivantes à un cavalier de l'armée :
Poids.
Mat. azot.
sèche.
Mat. non azot. sèche.
Viandes fraîches,
125 gr.
Pain de munition,
Pain blanc de soupe,
Légumineuses,
Les proportions d'azote contenues dans divers végétaux peuvent être représentées, d'après M. Boussingault (la quantité de ce principe contenue dans la farine de froment étant 400), parles équivalents suivants : riz 77, pois 67, lentilles 57, haricots 56.
Les aliments composant le régime mixte, pris en quantité trop copieuse, ont fréquemment pour effet de produire la diathèse urique ; elle se traduit alors, comme de coutume, par la gravelle et la goutte; les principes qui ont été développés tout à l'heure rendent un compte suffisant de ce résultat.
L'emploi du régime mixte doit être subordonné à certaines règles qui constituent la distribution des repas et les heures où ils doivent s'accomplir. C'est là une question importante et qu'il s'agit d'examiner :
C'est une nécessité pour l'homme de prendre ses repas â des heures fixes et déterminées. Aussi doit-on établir en principe qu'il ne faut pas plus de 5 heures d'intervalle , et pas moins de 4 entre chacun des repas qui ont Heu dans le cours d'une journée.
Il est un certain nombre de personnes qui prennent, deux à trois heures après le repas, et surtout après celui du soir, une infusion
de thé. C'est une assez bonne habitude et qui contribue à faciliter la digestion, à la condition que la quantité de liquide ne sera pas trop considérable et qu'on n'y ajoutera pas de substances solides.
Selon l'opinion de beaucoup de médecins, le déjeuner devrait être le principal repas ; pour donner ce conseil, ils s'appuient sur les raisons suivantes :
4° Il est nécessaire de réparer assez rapidement les pertes éprouvées pendant le sommeil ;
2° Les organes digestifs sortant d'un long repos ont toute leur puissance et toute leur énergie pour exercer leur fonction et pour digérer.
3° L'action de la lumière , l'exercice modéré du jour contribuent à favoriser la digestion.
4° Le sommeil est aussi éloigné que possible de l'instant du déjeuner, et la digestion complète et radicale a le temps de s'effectuer avant qu'il revienne.
Sans admettre complètement cette opinion , je dirai qu'il est un grand nombre d'individus qui sont obligés d'en user ainsi, et de faire de leur déjeuner le principal repas; là digestion s'opère en effet infiniment mieux pendant la journée que le soir et pendant le sommeil.
La disposition suivante des heures des repas paraît convenable sous le rapport de l'hygiène.
En s'éveillant, ou une demi-heure ou une heure après, il est bon de faire un léger repas consistant dans l'emploi d'un liquide nourrissant, tel que bouillon, soupe, chocolat, lait ; il peut être pris à 7 ou 8 heures du matin. — Ce liquide nourrissant sert à réparer les pertes les plus importantes faites pendant la nuit.
Le déjeuner peut alors être attendu, et il est bon qu'il ait lieu vers 10 h. 4/2 ou 41 heures du matin, et qu'il soit précédé d'un exercice modéré qui prépare l'appétit et rende plus facile la digestion des aliments pris pendant le déjeuner.
Le deuxième repas, ou le dîner, doit avoir lieu cinq ou six heures après le déjeuner, c'est-à-dire vers cinq heures du soir. Dans le cas où il ne peut en être ainsi, et où il faut attendre six heures, six heures et demie ou sept heures , il faut intercaler entre les deux repas, et à égale distance de chacun d'eux, une collation légère, composée d'un aliment solide et léger. Un peu de pain et quelques confitures, par exemple.
446 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE i/HYGIÈNE.
Le repas qui prend actuellement le nom de dîner doit comprendre le reste de la nourriture dont l'homme a besoin pour vingt-quatre heures ; il doit être séparé du coucher par un intervalle de trois ta quatre heures.
A chaque repas, on doit faire usage de liquides en même temps que de solides ; il est avantageux que les liquides soient intercalés entre les diverses substances alimentaires dont se compose un repas. — Avant ou après le repas, il est d'observation que leur ingurgitation en une seule fois est capable de troubler le travail digestif.
On doit établir comme précepte hygiénique qu'il est utile de ne pas trop multiplier les mets, de ne pas leur faire subir une élaboration trop compliquée ou trop étudiée, enfin, de ne pas y introduire de condiments trop énergiques.
Il est également nécessaire de manger très-lentement, de soumettre les aliments à une mastication complète, et de ne jamais sortir de table complètement rassasié, et la faim parfaitement satisfaite. — Lorsqu'on mange trop vite, on s'expose aux indigestions, et le défaut de mastication et de broiement, joint à l'absence d'insalivation, explique cet effet. En général, ainsi que j'ai déjà eu occasion de le dire, dans les pays civilisés on mange trop, et la quantité de nourriture dont on fait usage est bien supérieure à celle qui est nécessaire pour entretenir longtemps l'existence.
Le régime est modifié par l'âge, le sexe, le climat et les habitudes.
Ages. — Dans la première année de la vie, l'enfant doit trouver des aliments réparateurs et respirateurs tout préparés, et ayant en quelque sorte subi une espèce de digestion préliminaire. C'est précisément la condition que remplit le lait, qui contient de l'eau, une matière azotée et nutritive, la caséine ; des matières hydrocarbonées et servant à la respiration, le beurre et le sucre de lait. Ces aliments suffisent chez le jeune être à l'accroissement des tissus et à la production considérable du calorique qui leur est nécessaire.
Après la lactation, il faut également aux enfants des aliments réparateurs destinés à fournir les matériaux de leur accroissement, et des aliments respirateurs pour fournir le carbone dont la consommation est rendue nécessaire par les exercices continuels auxquels ils se livrent; chez eux, les repas doivent être
multipliés, et séparés par un intervalle moins considérable que chez les adultes; chacun d'eux doit être moins abondant. — Les stimulants de toutes sortes doivent être rejetés pour les enfants, et on doit s'arrauger de manière à ne jamais satisfaire trop complètement leur appétit.
Dans l'âge adulte, le régime mixte est celui qui doit être employé.
Dans la vieillesse la nourriture doit être modérée, peu abondante, mais surtout composée de viande facilement digestible. On peut permettre l'usage devins généreux en très-petite quantité. Si on peut décider les vieillards à prendre de l'exercice avant et après les repas, mais surtout après, on leur rend un grand service.
Sexe. — Les femmes font moins de mouvement que les hommes, se livrent à moins d'exercice ;. aussi un grand nombre d'entre elles peuvent-elles se contenter d'une alimentation dans laquelle dominent les substances végétales. — Il est nécessaire toutefois de faire en sorte que cette prédominance ne soit pas trop exclusive.
Climats chauds et saisons chaudes. — Ils indiquent plus particulièrement la nécessité d'une alimentation peu abondante, et le choix d'une nourriture composée plus spécialement de substances végétales.
Climats froids et saisons froides. — Le froid indique des conditions opposées ; c'est ainsi qu'une nourriture abondante et plus particulièrement composée de substances animales est nécessaire, et est beaucoup mieux tolérée.
Habitudes. — Les habitudes exercent une influence notable à l'égard de l'alimentation, et elles doivent toujours être respectées. La disposition d'esprit influe également beaucoup sur la digestion; c'est ainsi, qu'il est mauvais de s'appliquer fortement, après les repas, à un travail quelconque.
Lorsqu'on s'est livré à un exercice un peu violent, que la fatigue se fait sentir, et, en même temps, que la faim est impérieuse, il est toujours préférable de ne pas la satisfaire immédiatement ; il est d'observation qu'en pareille circonstance on est rassasié rapidement, et qu'une indigestion est fréquemment la conséquence d'un repas fait dans de telles conditions. Il est d'une bonne hygiène de laisser écouler un certain espace de temps entre l'instant où cesse l'exercice et celui du repas. — Si
cet exercice a été forcé et si la fatigue est très-grande, un peu de sommeil pris avant de se mettre à table rétablit l'équilibre, et permet à la digestion de s'accomplir sans difficulté.
Régime dit gras.
C'est le régime mixte ordinaire, et dû à la réunion de substances animales et végétales, qu'on désigne plus particulièrement sous ce nom, par opposition à celui du régime maigre.
Régime maigre.
Ce régime est suivi par un grand nombre d'individus pendant la saison du carême; il résulte de l'emploi de quelques produits azotés mélangés à des substances végétales qui sont en proportion beaucoup plus considérable. Ce régime consiste principalement 4° dans l'emploi presque exclusif de végétaux, auxquels on joint quelques substances animales, telles que du lait, du beurre, ainsi que du poisson ; 2° dans la distribution des heures des repas, qui sont réduits à deux. Le premier, auquel on donne le nom de collation, consiste en légumes cuits à l'huile, en pain. — Le lait, le beurre, le poisson sont destinés au repas du soir.
Le régime maigre n'est pas toujours facilement supporté. Les sujets d'une bonne constitution , à estomac solide et robuste, n'en éprouvent aucun mauvais effet ; chez certains autres, et surtout les personnes débiles, délicates, le régime maigre, employé pendant longtemps, fatigue l'estomac, il ne permet pas une réparation suffisante, et est fréquemment le point de départ de gastralgies, et de dyspepsies avec sécrétion gazeuse : il faut alors s'en abstenir.