‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 91 sur 134 · C. La folie mélancolique qui est plutôt secondaire · texte numérisé non relu

C. La folie mélancolique qui est plutôt secondaire

Des causes de l'ivrognerie.

Les causes de l'ivrognerie sont nombreuses ; on peut les classer de la manière suivante :

i° Certaines professions qui exigent, soit le séjour devant un feu ardent, soit un grand déploiement de forces ; 2° les rudes travaux corporels ou ceux qui exposent les individus à toutes les intempéries de l'air; 3° une vie sédentaire, oisive, le défaut d'occupation; 4° le métier de débitant de vin ou de liqueurs, celui d'aubergiste ; 5* les mauvais exemples, les mauvais conseils et une compagnie capable de les donner; 6° la misère, qui commence par engager le malheureux à boire un peu pour se soutenir et apaiser sa faim. L'habitude arrive ensuite.

Il est une autre série de causes qui agissent dans le même sens. Ce sont : 7° le goût de la dissipation, la légèreté de caractère; 8° les passions, tant excitantes que déprimantes, le dépit, la colère, les chagrins de toute sorte; 9° les travaux intellectuels, surtout ceux qui exigent l'intervention de l'imagination : ainsi, les poètes, les artistes, les musiciens; 40° certains besoins moraux : ainsi, l'affaiblissement des organes qui demandent un stimulus qui, chaque jour insuffisant, a sans cesse besoin d'être augmenté, et qui conduit de l'emploi du vin à l'usage de l'eau-de-vie; 41° l'abus des plaisirs de la société, un tempérament ardent qui pousse à rechercher de nouvelles jouissances.

Maladies des ivrognes.

i° La plus fréquente est l'ivresse qui constitue un véritable empoisonnement aigu par l'alcool. Eliepeut amener une congestion ou une hémorhagie cérébrale capable, dans certains cas, de déterminer la mort.

2° L'habitude de boire ou l'empoisonnement chronique par Veau -de-vie en particulier, est la source de beaucoup de maladies. Les effets qu'elle produit sont très-variables; ce sont, en particulier, les suivants :

A. L'habitude déboire détermine le développement de certaines maladies qui, dans l'état ordinaire, sont dues à de tout autres causes.

B. Certaines maladies, également dues à d'antres causes, sont aggravées et modifiées d'une manière spéciale par l'usage des alcooliques.

C. Souvent l'invasion d'une maladie aiguë quelconque, ou même seulement d'une intluence morbide quelconque, est la cause occasionnelle d'une des maladies dues à l'ivrognerie ellemême. Tel est, par exemple, le cas du delirium tremçns, qui n'éclate souvent qu'à propos du développement d'une affection aiguë quelconque.

Pour pénétrer plus avant dans la question, il est nécessaire d'étudier les effets pathologiques locaux des alcooliqui f l'estomac et leurs effets généraux sur l'organisme.

4° Effets locaux sur V estomac et le tube digestif.

Les effets de l'alcool porté au point de déterminer un état morbide de ces organes sont en particulier les suivants :

A. Une irritation habituelle, puis une inflammation chroniq de la membrane muqueuse digestive ou de ses annexes.

B. Par suite de cette irritation incessante, il n'est pas rare voir se développer des dégénérescences plus graves, telles q1 cancer de l'estomac, que beaucoup de médecins attribueni à l'usage de l'eau-de-vie prise à jeun chaque matin.

C. Le retard et la difficulté de la digestion sont souvent le résultat de l'usage des alcooliques. Quelquefois l'ingestion de ce liquide dans l'estomac remplace presque complètement l'alimentation solide.

2° Effets généraux sur la constitution.

C'est d'abord une modification du sang, inconnue dans sa nature, et qui est due à l'action incessante d'un agent toxique étranger, l'alcool. Roesch Ta bien caractérisée lorsqu'il l'a définie un accroissement du caractère veineux du sang. ft,Les maladies que l'on attribue généralement à l'ivrognerie sont les suivantes: 4° les affections tuberculeuses et en particulier la phthisie pulmonaire ; 2° les maladies organiques du cœur ; 3° la cirrhose du foie; 4° la maladie de Bright; 5° les congestions cérébralesjes apoplexies sanguines et séreuses; 6° le scorbut; 7° l'épilepsie. — Si l'ivrognerie ne détermine pas positivement ces maladies, elle exerce au moins une grande influence sur leur production.

Les affections calculeuses, pour les raisons qui ont été données

plus haut, sont fréquemment la conséquence de l'usage habituel du vin, associé à une nourriture très-azotée et à peu d'exercice.

La combustion humaine spontanée est un sujet qui a largement défrayé l'imagination des médecins, et qui, cependant, est loin d'être résolue.

Il n'y a pas encore très-longtemps, l'existence de la combustion spontanée n'était mise en doute par personne, et on admettait la possibilité que des individus adonnés aux boissons alcooliques prissent feu spontanément, de manière à être totalement consudans l'espace de quelques minutes.

Plus tard, cette croyance fut ébranlée, et, tout en admettant la r> ibilitédela combustion humaine, on pensa qu'il était nécessaire qu'il y eût le contact d'un corps ou d'un foyer en ignition pour produire un tel effet. En même temps on admettait, jomme un des modes de la combustion humaine , î'inllammation des vapeurs alcooliques faisant partie de l'exhalation ■pulmonaire des individus adonnés aux boissons spiritueuses.

sez généralement admise dans ces derniers temps, la combustion spontanée a de nouveau été battue en brèche clans les . ' ^eussions médico-légales qui ont eu lieu dernièrement en Allemagne , à propos d'un procès célèbre [Annales d'hygiène, assassinat de la comtesse de Gœrlich). Il résulte de ces faits et des discussions auxquelles ils ont donné naissance, que l'existence delà combustion spontanée est très-probablement une chose imaginaire.

L'abus des boissons spiritueuses détermine fréquemment l'impuissance, la stérilité, et exerce une influence sur la progéniture des individus des deux sexes qui y sont livrés. D'après Lippick, l'abus des spiritueux éteint en germe les deux tiers des enfants, et chez ceux qui naissent et qui vivent, il détermine des morts prématurées, une constitution faible, débile, délicate : quelquefois le rachitisme, les scrofules, des convulsions et des méningites.

Chez les peuples adonnés à l'ivrognerie, les générations futures en ressentent toutes les conséquences, et elles naissent frappées de tous ces maux.

Règles hygiéniques. — La nécessité où est l'homme, dans un pays civilisé, de chercher sa nourriture et de trouver le moyen de satisfaire son esprit, le met dans l'obligation de recourir à des

excitants factices. Parmi ces excitants, le plus simple comme le meilleur est l'alcool, ou plutôt les liquides dont il est une des parties constituantes. A doses modérées , en effet, ce liquide stimule doucement et vivifie; il soutient le corps, exciteles facultés de l'esprit, réjouit le cœur, ranime les vieillards, relève l'homme abattu par le chagrin et lui rend son courage.

Comment et à quel instant le vin doit-il être pris? Il est incontestable que l'instant le plus opportun est celui des repas. La quantité moyenne de cette boisson, qu'il est convenable d'interposer entre les aliments qui composent chacun d'eux, peut être évaluée de 150 à 200 grammes; le vin doit être mélangé avec l'eau, et de manière à ce que ce liquide en forme à peu près les 2/3 et le vin le 1/3.

Pris dans ces proportions, ce liquide est d'un usage presque général dans beaucoup de contrées. Quand on n'en a pas l'habitude, il n'y a pas grand inconvénient à s'en passer. Une fois que cette habitude est contractée, le vin est à peu prés indispensable pour faciliter la digestion. Si alors on vient à en cesser l'usage, On est presque toujours obligé d'y revenir, à moins toutefois que cette cessation ne soit rendue nécessaire par une maladie de l'estomac ou des intestins.

Age. — L'âge exerce une certaine influence relativement à l'emploi du vin : aux enfants il faut en donner trés-peu et même pas du tout; aux adultes, les proportions indiquées plus haut sont convenables. Quant aux vieillards, on peut leur en accorder une quantité un peu plus considérable.

Sexe. — Les femmes font en général un usage moins fréquent des boissons alcooliques que les hommes; beaucoup d'entre elles n'en prennent même jamais. Il faut à cet égard respecter les habitudes acquises; le vin leur est du reste moins nécessaire qu'aux hommes, en raison de la vie moins active qu'elles mènent. Constitution. — Les sujets à constitution faible, débile et délicate, à tempérament lymphatique, ont beaucoup plus besoin de faire usage d'un peu de vin que les sujets qui présentent un tempérament sanguin, nerveux ou bilieux.

Convalescence. — Dans la convalescence des maladies, excepté peut-être dans celles qui suivent des phlegmasies aiguës, on se trouve bien de faire usage d'un peu de vin, et surtout de vin de bonne qualité et contenant des quantités notables de tannin et

d'alcool. C'est pour cette raison que les diverses espèces de vin de Bordeaux de bonne qualité réussissent en pareille circonstance. Il est utile de le prendre d'abord coupé d'eau, afin de ne pas éveiller la susceptibilité de l'estomac.

Climats et saisons. — L'habitation dans un climat froid et l'existence d'une saison froide indiquent l'emploi du vin ; le passage de l'alcool dans le sang produisant en peu de temps une quantité assez considérable de chaleur animale, on s'explique l'effet avantageux qu'il produit pour aider l'homme à lutter contre le froid extérieur. C'est du reste pour ce même motif qu'on doit employer le vin avec une modération beaucoup plus grande dans les pays chauds et pendant les saisons chaudes. En pareille circonstance, son excès détermine souvent, ainsi que cela a déjà été dit, des maladies du tube digestif ou de ses annexes.

Bière. — A doses modérées, la bière est légèrement stimulante et tonique ; il est un certain nombre d'individus qui la digèrent difficilement, sans que rien puisse rendre compte de ce fait. En pareil cas, il est inutile d'y insister, car cette insistance peut amener la diminution de l'appétit et de la dyspepsie.

Les principes nutritifs que contient la bière, joints à son bas prix, la rendent précieuse pour les classes inférieures de la société. En somme, c'est une boisson saine, agréable, nourrissante, et que l'hygiène doit recommander toutes les fois qu'elle est supportée par l'estomac.

Cidre. — Les conseils précédents sont également applicables au cidre. Il est en effet un beaucoup plus grand nombre d'individus qui le supportent mal, et chez lesquels il produit la diarrhée et divers troubles digestifs. Toute la question se réduit ici à une affaire de tolérance, et il n'est pas difficile de la juger d'après l'effet produit sur le tube digestif par cette boisson.

Eau-de-vie. —L'eau- de-vie est une boisson si répandue et dont l'usage est malheureusement devenu si général, que ses effets sur l'organisme sembleraient ne devoir donner lieu à aucune dissidence.il n'en est rien cependant, et les opinions à cet égard sont bien partagées.

A dose modérée, i'eau-de-vie, selon Roesch,Robertson et d'autres, est une boisson essentiellement salutaire, que le peuple peut se procurer facilement à cause de son bas prix, qui flatte son goût, lui donne du courage, lui permet de résister aux intempé-

ries de l'air. Elle n'exerce enfin aucune action nuisible sur la santé» S'il en est ainsi, que penser de l'opinion des médecins qui croient que l'usage d'un petit verre d'eau -de-vie à jeun, tous les matins, est capable d'exercer une grande influence sur le développement du cancer de l'estomac?

Avant les auteurs que je viens de citer, Franck avait émis Une opinion favorable relativement à l'usage de l'eau-de-vie : il la regardait, lorsqu'elle est prise en petite quantité, comme une boisson salutaire et précieuse, qui réchauffe l'homme , le ranime, donne du courage à l'ouvrier et au pauvre. D'après ce médecin, elle contribue à lui fournir le calorique nécessaire pour résister aux intempéries de l'atmosphère à laquelle il est exposé, favorise sa circulation, supplée en quelque sorte aux vêtements qui ne le couvrent pas assez chaudement, et est enfin surtout utile dans les pays froids et pendant les saisons froides des climats tempérés. . Les effets de l'eau-de-vie prise en quantité trop considérable ne sont mis en doute par aucun médecin, et l'abus de ce liquide peut avoir toutes les fâcheuses conséquences qui ont été décrites plus haut. Depuis le commencement du dix-neuvième siècle, l'abus de l'eau-de-vie s'est répandu et s'est généralisé dans la plus grande partie de l'Europe, et surtout au centre et dans les pays septentrionaux ; toutes les villes, tous les villages ont des débitants d'eau-de-vie et de liqueurs. Son usage s'est répandu chez les sauvages, qu'il a plus décimés que le fer des Européens et les progrès de la civilisation.

On a cherché à arrêter la funeste extension de l'usage de l'eaude-vie, et c'est surtout pour arriver à ce but que les Sociétés de tempérance ont été instituées. Etablies d'abord dans quelques localités des Etats-Unis, elles furent importées en Angleterre en 1829. Le but des Sociétés de tempérance est de chercher à déraciner l'usage des alcooliques et surtout de l'eau-de-vie, par l'exemple que donnent les membres de ces Sociétés et leurs familles, en même temps qu'elles répandent dans la population des idées plus justes sur les fâcheux effets des alcooliques.

Un journal anglais a donné des détails statistiques curieux sur l'état actuel des Société de tempérance et surla consommation des boissons spiritueuses en Angleterre. L'Angleterre, l'Irlande et l'Ecosse comptent actuellement 850 Sociétés de tempérance ayant \ ,640,000 membres adhérents. Dans le Canada, la Nouvelle-

Ecosse et le Nouveau-Brunswich, il y a 950 Sociétés de tempérance avec 570,000 membres. Dans l'Amérique du Sud, 70,000 personnes portent les médailles de tempérance. En Allemagne, sans compter la Prusse et l'Autriche, où, de même qu'en Italie, il n'y a pas de Sociétés de tempérance, le nombre de ces dernières monte à 1500 et celui des adhérents à 1,500,000. La Suède et la Norwège possèdent 510 Sociétés de tempérance, 120,000 personnes en font partie. Dans les îles Sandwich, 5000 personnes se sont vouées à l'abstinence des spiritueux, et 900 au cap de Bonne-Espérance.

Il est prouvé que, dans la Grande-Bretagne, 7,000 personnes périssent chaque année par suite d'accidents occasionnés par l'ivrognerie, et que 550 millions de dollars sont dissipés en boissons, dans le même espace de temps, par les classes ouvrières. En 1848, la somme colossale de 490 millions de dollars a été dépensée dans la Grande-Bretagne en boissons enivrantes, et on y a fabriqué 520 millions de gallons de bière. Dans les Etats-Unis, il existe 5,71 2 Sociétés de tempérance, ayant 5,615,000 membres, parmi lesquels on distingue une secte particulière, appelée les fils de l'Abstinence.

En Russie, l'empereur a défendu la création de ces Sociétés. En France, les Sociétés de tempérance n'ont encore eu aucun succès. En Allemagne, la plus ancienne Société de tempérance a été fondée le jour de Noël 1600.

On a proposé, pour diminuer les terribles ravages que font les alcooliques dans la population ouvrière et industrielle des grandes villes, des moyens qu'il est malheureusement difficile d'appliquer et de faire pénétrer dans nos habitudes. Ce sont en particulier les suivants : 1° la punition sévère des ivrognes qui se donnent en spectacle; 2» la diminution du nombre des débitants de vins et d'eàu-de-vie, et les entraves apportées à leur commerce ; 5° la surveillance de la qualité des vins et des eaux-de-vie, qui sont si souvent altérés ; on atténuerait peut-être le nombre des accidents dus aux boissons de mauvaise qualité, mais on diminuerait bien peu le nombre des buveurs. Cette surveillance est du reste écrite dans la loi et les ordonnances, et il est du devoir du gouvernement et des administrations de les faire exécuter. En somme, les moyens destinés à s'opposer à l'extension de l'habitude des boissons spiritueuses dans le peuple sont encore à découvrir.

Boissons aromatiques.

Sous ce titre, on comprend trois infusions végétales, qui sont le café, le thé et le chocolat; ces infusions ont pour caractère commun de renfermer chacune une quantité notable d'un principe azoté nutritif, et de pouvoir servir d'une manière efficace à la nourriture de l'homme. Ces trois principes sont la caféine, la théine et la théobromine, dont la composition esta peu prés identique et qui paraissent être des principes immédiats de même nature.

D'après M. Liébig, il est singulier de voir dans deux plantes d'une famille aussi éloignée, deux substances, le thé et le café, qui contiennent un même principe auquel il faut en rapporter les bons effets. La caféine et la théine, en effet, sont des substances identiques. En mélangeant, avec de la caféine ou de la théine, de l'oxygène et de l'eau, on obtient de la taurine, qui est le composé particulier à la bile. — En faisant la même expérience avec la théobromine, on oblientles éléments taurine et urée, acide carbonique et ammoniaque, ou urine et acide urique. En se reportant à la composition de la bile, on peut voir que 0,14 centig. de caféine peuvent fournir à 30 gr. de bile l'azote qu'ils contiennent sous forme de taurine ; d'où Ton doit conclure que l'action de l'un de ces trois principes ne doit pas être regardée comme indifférente.

1° Du café.

Le café est la graine du caféier (coffœa arabica) soumise à la torréfaction. C'est cette opération qui donne au café sa saveur suave et son arôme délicieux, car avant de la subir, il est dur et n'a qu'une saveur herbacée peu agréable. — L'arôme qui se développe en cette circonstance est dû à une huile empyreumatique qui se produit par l'action du feu, en même temps que le tannin est mis à nu. L'analyse a démontré dans le café les matières suivantes : 4° un acide, qui est l'acide gallique, selon quelques chimistes, et un acide spécial, l'acide cafique, selon d'autres ; 2° une matière azotée et cristallisée, la caféine; 3° une huile empyreumatique, etc.

D'après MM. Robiquet et Boutron, on trouve les quantités suivantes de caféine dans 500 grammes de chacune des différentes espèces de café : Café Martinique 1,79 ; café d'Alexandrie 1,26 ;

café Java 1 ,26 ; café de Moka A ,26 ; café de Cayenne 1 ,06 ; café Saint-Domingue 0,85. D'après M. Payen (1846), le principe actif qu'on retire du café est une matière cristallisée, qui est un chloroginate double de caféine et de potasse. Ce chimiste donne les rapports suivants comme exprimant la composition moyenne des diverses espèces de café: cellulose 34, eauhygroscopique17; substances grasses 10 à 13; glucose, dextrine, acide végétal indéterminé 15,5 ; légumine, caséine, gluten 10; chloroginate de caféine et de potasse, 3,5 à 5 ; organisme azoté, 3 ; caféine libre, 0,8; huile essentielle concrète, insoluble, 0,001; substances minérales 6,697. La torréfaction du café doit s'opérer à 250° à peu prés, et voici les phénomènes qui se passent dans cette opération. A cette température, l'eau interstitielle commence par se vaporiser, le chloroginate double se tuméfie, se colore en roux, se gonfle, désagrège les tissus, et laisse en liberté une partie de la caféine qu'il tenait en combinaison. La cellulose éprouve une légère caramélisation, et donne des produits pyrogènes. Les huiles grasses se répandent dans la masse devenue poreuse, en entraînant avec elles les huiles essentielles modifiées.

La caféine est une matière azotée et jouissant de propriétés nutritives énergiques. D'après M. Payen, le café au lait représente six fois plus de substances solides et trois fois plus de substance azotée que le bouillon de viande cle bœuf.

L'infusion des graines de café, préalablement torréfiées et réduites en poudre, préparée avec soin dans des vases clos, est une boisson très-agréable, et qui est à la fois nourrissante, tonique et stimulante. L'action du café sur l'organisme n'est pas du reste tout à fait la seule; il faut en même temps tenir compte de trois autres qui ne sont pas sans influence : ces trois conditions sont 1 ° la présence de l'eau qui tient en dissolution les principes du café; 2° la température de cette eau; 3° le sucre qui y est joint. La température de l'eau donne à l'infusion de café des qualités plus stimulantes, en même temps qu'elle lui donne la faculté de communiquer à l'économie une quantité surabondante de calorique. — Le sucre facilite souvent sa digestion, en déterminant une sécrétion plus abondante des sucs gastriques.

Pour bien apprécier l'action du café, il faut l'étudier à l'état d'infusion froide et sans sucre; on obtient ainsi les résultats suivants ;

Le café est un stimulant spécial et énergique, lorsqu'il est pris à des doses modérées; en pareille circonstance, il détermine souvent de l'insomnie. A doses plus élevées, il est légèrement narcotique. Le café ne détermine ni chaleur ni stimulation locale êpigastrique ; son action est générale : il accélère la circulation, augmente la caloricité, favorise les sécrétions et les excrétions, réchauffe et vivifie l'organisme. Son action calorifique en fait un des agents qui préparent le mieux l'homme qui va s'exposer aux intempéries de l'atmosphère à les subir sans accident. L'infusion de café est nourrissante, et il est rare qu'elle soit indigeste ; c'est cependant ce qui a lieu dans la gastralgie, la dyspepsie, la faiblesse et la débilité de l'estomac, dont il aggrave souvent les symptômes ; il est probable qu'il faut attribuer ces effets à la quantité assez considérable des principes astringents qu'il renferme. M. de Gasparin, dans un travail intéressant lu à l'Académie des sciences (mars 1850), a présenté des documents curieux, propres à éclairer le rôle que le café peut être appelé à jouer dans la nutrition, et à lui en assigner un plus important qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent. — Partant de ce résultat, généralement admis actuellement, que la quantité d'azote contenue dans les aliments d'un homme adulte bien portant pouvait être estimée à 20 ou 26 grammes dans l'espace de vingt-quatre heures, et ayant observé que les ouvriers mineurs des environs de Charleroi avaient résolu le problème de se nourrir d'une manière suffisante et de conserver une bonne santé, une grande vigueur musculaire avec des aliments qui dans leur ensemble contenaient une quantité moitié moins considérable de principes azotés et qui était représentée par lechiffre moyen de 44 gr. 82 azote, M. Gasparin a recherché la cause de ce fait remarquable, et Fa attribuée à ce que ces ouvriers faisaient un usage habituel du café à tous leurs repas.

Les renseignements recueillis par ce savantlui ont prouvé que la quantité d'aliments prise chaque jour par ces ouvriers peut être représentée par i kilog. de pain, 60 grammes de beurre, 50 gr. 59 de café et 750 de pommes de terre et de légumes cuits ensemble. — Il y a de plus 1/2 kilog. de viande par semaine ou 75 gr. par jour en moyenne ; 2 litres de bière par semaine, ou 286 gr. par jour en moyenne.

Les calculs présentés par M. Gasparin conduisent à admettre,

ainsi que je l'ai dit, que ces aliments divers ne représentent que 14 gr. 82 d'azote par jour, et qu'ils constituent une nourriture inférieure à celle que s'imposent par mortification les corps religieux les plus austères, tels que ceux de la Trappe, dont les aliments ne renferment que 15 gr. d'azote et 402 gr. de carbone et d'hydrogène réunis.

La nourriture de ces mineurs est également inférieure à celle des prisonniers des maisons centrales, dont le travail mécanique est très-peu fatigant et se réduit à de légers mouvements des bras, et qui consomment 16 gr. 56 d'azote et 475 gr. de carbone et d'hydrogène réunis. D'après M. Gasparin, c'est à l'usage seul du café que les mineurs de Charleroi doivent de supporter ce régime. Ce n'est pas comme substance nourrissante qu'il agit, car il n'entre pas pour plus de 1/35 dans le chiffre des proportions nutritives des aliments ; il faut donc qu'il ait un autre mode d'action. Or, est-ce en rendant l'assimilation plus complète? ou est-ce en retardant les mutations des organes, de manière à rendre moins fréquemment nécessaire l'introduction dans l'organisme des aliments réparateurs? C'est ce qu'il est impossible de décider, bien que ce soit vers cette dernière opinion que paraisse incliner M. Gasparin. Quoi qu'il en soit, le travail de ce savant a soulevé de vives discussions; on a cherché à atténuer la valeur des faits qu'il présentait; on a même été jusqu'à les nier. C'est donc une question qui n'est pas encore définitivement tranchée, et pour la solution de laquelle il faut attendre de nouveaux faits.

Règles hygiéniques. — Le café est une boisson salutaire et dont les estomacs bien constitués peuvent faire un usage habituel. On l'emploie surtout à la fin du repas, pour faciliter le travail de la digestion. C'est une faculté que les propriétés stimulante s de cette infusion lui donnent. L'usage a démontré qu'il était plus convenable de le prendre immédiatement après le repas, que de laisser écouler un certain intervalle de temps.

Le café favorise les travaux intellectuels; il donne au cerveau une stimulation légère et utile pour les conceptions de l'esprit.

L'habitude exerce une grande influence sur l'usage du café. Une fois contractée, cette habitude se perd difficilement et sa suppression a presque toujours des inconvénients qui obligent à y recourir de nouveau. Parmi les inconvénients attachés à la sup

pression de cette habitude, on doit signaler spécialement la céphalalgie congestive.

Lorsqu'on fait usage du café froid, préparé à froid et sans sucre, son infusion est aussi salubre que possible. Toutefois nos habitudes nous le font prendre chaud, préparé à chaud et sucré, et les avantages de la première méthode sur la seconde ne sont pas assez grands pour nous la faire changer.

On a imaginé depuis quelque temps de faire usage d'un certain nombre de substances végétales torréfiées, qu'on prend comme succédanés du café. Parmi ces substances, on peut citer la châtaigne, les pois, la chicorée, et surtout le gland doux. Soumises à la torréfaction et préparées comme le café, ces substances diverses sont légèrement stimulantes et elles remplacent assez bien cette graine. Elles sont astringentes comme lui, ce qu'elles doivent au tannin qu'elles renferment ; elles contiennent des principes azotés et en particulier de la caséine, que la torréfaction altère un peu. Ces succédanés sont de légers toniques qui facilitent la digestion et jouissent quelquefois de propriétés légèrement laxatives ; on les emploie plus particulièrement chez les enfants faibles, délicats et lymphatiques.

2° Du thé.

Le thé est l'infusion des feuilles du thea sinensis. îl en existe un grand nombre de variétés, qui dépendent surtout de l'état plus ou moins avancé de développement où l'on a cueilli les feuilles , du soin avec lequel elles ont été blanchies et roulées, et surtout de leur grillage plus ou moins longtemps prolongé. Ces variétés peuvent se réduire à deux classes qui sont: 4° les thés verts, de couleur verte ou grisâtre, plus acres et plus aromatiques; 2° les thés noirs, de couleur plus ou moins brune, plus doux et donnant une infusion de couleur plus foncée.

Les principales variétés de thé vert sont le thé Hyson, le thé Hayswen,le thé perlé, le thé poudre à canon, le thé impérial, le thé Schulong. Les variétés de thé noir comprennent le thé Saputchong ou Souchong, le thé Pékao ou Péko, le thé Congo, le thé Pouchong.

La composition du thé, d'après Mulder, est la suivante :

Thé vert.

Thé noir,

Huile essentielle,

Chlorophylle,

Cire,

Ré9ine,

Gomme,

Tannin,

Théine (nombre trop faible),

Matière extractive,

Matière foncée,

Matière colorante du thé,

Albumine,

Fibres,

Cendres,

La théine est un principe absolument identique à la caféine, et contennnt comme elle une quantité énorme d'azote (20 0/0). Elle peutcomme cette dernière être considérée comme un principe alibile, et elle agit comme tel chez les personnes qui font habituellement usage de thé.

M. Péligot, dans le travail qu'il a fait récemment sur le thé, a trouvé des quantités de théine beaucoup plus considérables que Mulder : 100 parties de thé poudre à canon lui ont donné 2,54 de théine; 400 parties du mélange à parties égales de Souchong, poudre à canon, Hyson . impérial, Péko , 2,95; 100 de thé Hyson 2,79; 100 poudre à canon 5,00.

Les quantités d'azote contenues dans 100 parties de thé desséché à la température de 110» sont les suivantes, d'après le même auteur : Péko 6,58 azote, poudre à canon 6,62 azote, Souchong 6,1o azote, Assam 5,16 azote. Cette proportion d'azote est plus forte que celle qui existe dans aucun des végétaux examinés jusqu'à ce jour, soit dans les plantes fourragères (Boussingault), soit dans les végétaux employés comme engrais ( Payen et Boussingault ).

Ces quantités d'azote font des feuilles de thé une plante alimentaire. Jacquemont rapporte que les habitants du nord de la Chine jettent Peau dans laquelle ils mettent infuser le thé et mangent ses feuilles comme un véritable légume.

L'infusion de thé, telle que nous la prenons dans les usages ordinaires de la vie, agit par l'eau, par la température élevée de cette eau et par le sucre qui y est ajouté, aussi bien que par ses principes azotés. Froid et sans sucre, le thé a beaucoup moins de saveur et constitue une boisson peu agréable.

L'infusion de thé chaude et sucrée est nourrissante, un peu moins cependant que celle de café. D'un autre côté, elle est mieux

482 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE l'hVGIÈNE.

supportée que lui et pins facilement digérée. A dose modérée, le thé active la circulation, accélère le pouls, facilite les sécrétions et les excrétions, stimule doucement les fonctions cérébrales, aide les travaux intellectuels et donne une certaine activité à l'esprit. A doses plus élevées, il agit comme astringent sur le tube digestif et comme léger narcotique sur le cerveau.

Les estomacs faibles, débiles, délicats et atteints de dyspepsie le supportent mieux que le café. Cependant, si l'on en fait excès, le thé devient nuisible et peut contribuer au développement des gastralgies.

On emploie surtout le thé pour favoriser la digestion, et on l'associe bien souvent, pour cet usage, à une petite quantité de lait; on le prend, en général, deux à trois heures après le repas, et il jouit de la propriété d'activer la fin de la digestion.

Règles hygiéniques. — Le thé est une boisson dont l'usage tend beaucoup à se généraliser en France et surtout dans les villes.

L'hygiène indique que l'infusion de thé peut être prise à la fin du déjeuner, en l'associant au lait comme on fait de celle de café : il est plus facilement digéré que ce dernier et nourrit moins que lui. Le soir, il est préférable de le prendre deux heures après le diner; deux à trois tasses n'ont rien d'excessif. S'il est pris très-chaud et immédiatement avant de se mettre au lit, il agit comme sudorifique.

5° Cacao, chocolat.

Le chocolat se fait avec la graine ou noix du theobroma cacao. Cette graine contient un principe, lathéobromine, quiestpresque identique sous le rapport de sa composition avec la théine et la caféine. On fait usage de ce végétal en simple décoction que l'on prépare avec la graine écrasée ou bien sous la forme de chocolat. Cet aliment se prépare en torréfiant légèrement les graines, en les réduisant en pâte, en y mêlant divers aromates et en particulier de la vanille et des clous de cinnamome et du sucre. Le chocolat est d'un aspect oléagineux ; sa saveur est légèrement acre. On le prend cru, ou cuit dans de l'eau ou du lait; il se digère plus difficilement que le café et le thé ; beaucoup de personnes même ne le digèrent pas.

Le chocolat. est analeptique et convient aux individus épuiséspar de longues maladies, affaiblis par les excès vénériens, la masturba,-

tion,etc. Lorsqu'il est digéré, il nourrit bien, donne un peu de ton et relève rapidement les forces ; il est rare que les dyspeptiques puissent le digérer; cependant, pour décider cette question, il faut expérimenter avant de se prononcer. L'habitude du chocolat ne peut être contractée que quand il est facilement digéré; c'est à chacun d'expérimenter sur soi-même, avant de se décider à en faire usage.

La décoction de chocolat doit toujours être légère et en même temps épaisse. Elle réussit mieux lorsqu'elle est prise au déjeuner qu'au dîner.

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