CHAPITRE II
De la lumière.
La lumière émanée du soleil agit sur l’homme de plusieurs manières différentes. Tantôt les rayons lumineux l’impressionnent. directement et sans intermédiaire; d’autres fois, ce n’est qu’après avoir été réfléchis par une surface polie qu’ils lui parviennent. Les couleurs diverses des objets qui frappent ses yeux ne sont également que des phénomènes de réflexion. Elles sont dues à ce que la lumière qui tombe sur les corps est décomposée par chacun d’eux d’une manière spéciale, qui varie suivant leur nature et leur structure. Un certain nombre de rayons sont absorbés, les autres sont réfléchis et forment les
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couleurs simples ou combinées qui constituent les nuances diverses des objets et viennent frapper les yeux. La lumière n’agit sur l’homme que par réfraction, c’est-à-dire après avoir traversé un milieu transparent qui la laisse passer pure et blanche, ou décomposée de diverses manières.
La lumière, en outre, peut exercer une action sur l’homme, soit par ses seuls rayons lumineux, soit par les rayons calorifiques et chimiques qui l’accompagnent. Nous ne pouvons entrer ici dans aucun détail touchant ces propriétés différentes ; leur étude est du ressort de la physique, et nous ne devons considérer ici que l’influence directe de la lumière solaire sur l’homme.
L’absence de la lumière ou son excès, tels sont les deux points de vue sous lesquels nous devons l’étudier (1).
I. Absence ou 'privation de lumière. — La privation ou l’absence de lumière longtemps prolongée détermine l’étiolement. C’est ce qui arrive aux individus retenus longtemps dans des prisons obscures, aux ouvriers mineurs qui passent une partie de leur vie dans les entrailles de la terre et à l’abri de la lumière solaire. Voilà tout ce qu’on trouve dans les auteurs; mais il est nécessaire d’aller plus loin et de préciser la valeur pathologique de ce qu’on est convenu d’appeler étiolement.
Établissons d’abord que l’influence de la privation de la lumière ne peut jamais être étudiée d’une manière parfaitement
(1) Outre cette double action de la lumière, absence ou excès, il faut encore tenir compte de la radiation chimique sur les corps organisés. Ingenhouz, Morren, Sennebier, W. Edwards, ont montré l’influence de la lumière solaire sur le développement des plantes et des animaux. Les infusoires, etc., se développent rapidement lorsqu’ils sont soumis à l’action de la lumière, lentement quand la lumière est faible, et nullement dans l’obscurité. De même pour les œufs de grenouille. L’influence de la radiation chimique est également très-puissante sur la nutrition et l’accroissement des êtres organisés, sur la respiration, surtout dans les plantes, où elle joue un très-grand rôle.
Moleschott a reconnu que dans l’acte de la respiration, la quantité d’acide carbonique exhalé est d’autant plus considérable que la lumière sous laquelle les animaux en expérience sont placés est plus vive. M. Béclard, ayant mis des œufs de mouche sous des verres diversement colorés, a constaté que le développement se fait avec le plus de rapidité sous les verres violets et bleus, très-lentement sous la lumière verte.
Dans une note adressée tout récemment à l’Académie des sciences, M. Poey, de la Havane, a fait connaître les expériences très-curieuses exécutées par le général américain Pleasonton. Des vignes plantées dans des serres encloses avec des verres violets avaient pris en moins d’un an un accroissement énorme, et, dès la seconde année, elles étaient couvertes de grappes. — Des cochons placés sous des verres violets avaient en deux mois gagné 32 livres de plus que d’autres cochons placés sous des verres blancs. Enfin, un jeune taureau, malingre et chétif, ayant été mis dans les mêmes conditions, était déjà beaucoup mieux au bout de quelques jours ; quatorze mois après, il était devenu un des plus beaux types de son espèce. — N’v aurait-il pas là des applications à faire au traitement de l’anémie ? E. Bgd.