CHAPITRE III
De l’électricité.
L’homme vit en quelque sorte dans une atmosphère d’électricité, car cet agent se produit d’une manière incessante autour de lui. La végétation active à la surface du sol, les décompositions chimiques qui s’y opèrent, l’inégalité de température et les mouvements des diverses couches de l’air sont autant de sources permanentes d’électricité. L’atmosphère, pénétrée de cet agent, en manifeste les traces à l’électroscope, même dans les temps les plus calmes ; cette électricité est positive, ainsi que celle qui existe en quantité considérable dans la vapeur condensée en nuages; le sol, au contraire, est électrisé négativement.
En raison de la présence de ces électricités différentes, l’homme, qui vit à la surface du sol, et qui est en contact avec lui, est sans cesse traversé par des courants électriques dus cà la recomposition de l’électricité positive de l’atmosphère avec l’électricité négative du sol, passage dont il n’a pas la conscience. Il est cependant deux instants de la journée dans lesquels la quantité d’électricité positive de l’atmosphère devient plus considérable et atteint son maximum. Ces instants sont ceux où l’air contient la plus grande quantité de vapeur d’eau. C’est par conséquent, d’une part, de 8 à 9 heures du
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matin, quand les couches d’air en contact avec le sol et le sol lui-même s’échauffant, l’humidité de ce dernier s’évapore et les sature, et, d’autre part, quelque temps après le coucher du soleil, à l’instant où l’air, saturé de vapeur, est sur le point de les laisser se précipiter sous l’influence du refroidissement.
Ces deux maximci d’électricité déterminent-ils quelques modifications spéciales chez l’homme sain ou malade? Cela est possible, cela est même probable ; mais nous ne connaissons en aucune manière la nature de ces modifications.
Dans les temps dits orageux, l’atmosphère est chargée d’une quantité d’électricité plus considérable encore ; mais alors des phénomènes nouveaux apparaissent.
Les résultats de cette quantité anormale d’électricité sont les orages, que l’on distingue avec raison en orages d’été et en orages d’hiver, et dont les causes et le mode de production sont si différents.
Les premiers sont dus à des courants ascendants de vapeur qui viennent se condenser dans les régions supérieures de l’atmosphère plus froides; ils sont la conséquence de ce fait, que toute précipitation de vapeur est une source de dégagement d’électricité.
Les seconds, ou orages d’hiver, sont dus à la rencontre, dans les régions supérieures de l’atmosphère, de deux courants d’air opposés, d’inégale température.
. Les nuages orageux, qui sont chargés d’une quantité énorme d’électricité, ne sont pas tous électrisés positivement (nuages blancs et noirs); il y en a un certain nombre qui le sont négativement (nuages gris plombé), et dont la physique explique assez facilement l’origine. Quoi qu’il en soit, l’atmosphère, dans ces cas divers, est chargée d’une quantité considérable d’électricité, et cette quantité est à son maximum à l’instant où la pluie commence à tomber.
Les effets des temps orageux sur l’organisme sont incontestables. Voici ce que l’on sait de positif à cet égard :
Les individus sains et bien portants ressentent un malaise, une agitation, un état de pesanteur difficile à exprimer. Leur système musculaire est plus paresseux.
D’autres fois, c’est un état de prostration tel qu’on ne peut se livrer au travail qu’avec difficulté. — On dit qu’il n’est pas v rare de voir des accès de fièvre intermittente se manifester sous l’influence de la surcharge électrique de l’atmosphère. Les sujets nerveux, faibles, impressionnables, éprouvent souvent du malaise, de l’agitation, quelquefois même des frémissements nerveux, de la céphalalgie et des douleurs articulaires.
1 7 G DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE l’üYGIÈNE.
— Toutes ces modifications sont-elles la conséquence de la surcharge électrique de l’atmosphère, ou bien sont-elles dues aux modifications de pesanteur de l’air, de température, de vents, d’humidité, qui surviennent à l’instant d’un orage et qui l’accompagnent? C’est ce qui n’est pas encore décidé d’une manière positive.
[Quelques personnes ont attribué à un développement d’électricité les effets délétères que l’on rapporte généralement aux miasmes dans les contrées paludéennes ; nous y reviendrons en parlant des marais.]
Les individus atteints de rhumatisme chronique sentent, par les temps orageux, se renouveler leurs anciennes douleurs, ou celles qui existaient présentent une exacerbation notable. Sous cette môme influence, les névralgies augmentent d’intensité ou leurs accès reparaissent.
La dyspnée, due à des maladies organiques du cœur ou à un emphysème du poumon, se développe souvent par les temps orageux. On voit encore quelquefois, sous cette influence, des accès de fièvre intermittente revenir prématurément.
Les individus scrofuleux et scorbutiques voient souvent les principaux accidents dont ils sont atteints s’exagérer par cet état atmosphérique.
Les malades atteints d’une affection aiguë ou chronique éprouvent, à l’instant d’un orage, une aggravation des principaux accidents. Ils sont plus fatigués, plus agités, et leur état fébrile augmente.
Enfin, dans les maladies dont la terminaison doit être funeste, il n’est pas rare de voir la mort survenir par un temps d’orage, et devancer ainsi de quelques jours ou de quelques heures le moment de cette crise suprême.
Aucune règle hygiénique spéciale n’est applicable à ces cas divers, attendu qu’on ignore le moyen de diminuer 1a, quantité d’électricité contenue dans l’atmosphère, aussi bien que celui de s’y soustraire.
[L’électricité artificiellement développée par nos appareils, portée à un certain degré à l’aide de puissantes machines, peut déterminer une secousse telle, que la mort en soit, le résultat. A un degré modéré, elle produit sur le système nerveux une action assez énergique pour donner lieu à des accidents spasmodiques plus ou moins intenses. L’autorité a dû interdire par une ordonnance (oct. 1853) l’électrisation publique faite par des saltimbanques au moyen de la machine ordinaire.]
La foudre n’est autre chose que la recomposition instantanée de l’excès d’électricité positive ou négative d’un nuage avec ^électricité d’espèce contraire développée par influence à la