CHAPITRE IV
Des influences sidérales.
Soleil . — L’action du soleil sur la terre détermine l’alternative du jour et de la nuit. Cette alternative est due à ce que notre globe, opérant une révolution complète sur lui-même dans l’espace de vingt-quatre heures, présente successivement toutes ses faces au soleil. Quand il est midi dans un endroit, c’està-dire quand le soleil est au zénith d’un lieu, il est certain qu’il est minuit au nadir du même lieu ; l’heure change donc à chaque longitude, et le midi se promène ainsi sur toute la surface de la terre.
L’inclinaison de l’axe de la terre et sa rotation autour du soleil dans cette position inclinée, et dans l’espace de 365 jours 6 heures 9 minutes 10 secondes, rend compte de l’inégalité des jours et des nuits; et cette inégalité des jours et des nuits, combinée avec les différences de température qui sont la conséquence de l’action plus ou moins oblique des rayons solaires, explique les saisons. Sous l’équateur, les nuits sont égales aux jours, et, dans l’espace de vingt-quatre heures, la terre se trouve, dans un point donné, éclairée pendant douze heures, et pendant douze autres heures plongée dans l’obscurité.
Les nuits et les jours sont d’autant plus inégaux que l’on approche plus des pôles, et, dans les régions polaires, il n’y a,, pour ainsi dire, qu’une seule nuit de six mois et qu’un long jour également de six mois.
Dans un point donné des régions tempérées, il y a, aux différentes époques de l’année, une très-grande inégalité des jours et des nuits; cette grande inégalité, qui rend compte des saisons, s’explique par la position de la terre dans les différents points de l’orbite qu’elle parcourt autour du soleil. Dans les diverses portions de son orbite, en effet, la terre a toujours son axe dirigé vers le même point d u ciel. Or, cet axe s’incline plus ou moins vers le soleil, suivant que l’on est en été ou en hiver, c’est-à-dire suivant que la terre, dans le parcours de son orbite, est plus ou moins rapprochée du soleil, car cette orbite est une ellipse dont le soleil occupe un des foyers.
En hiver, la terre est plus rapprochée du soleil; mais aussi, son axe est plus incliné vers cet astre; de là, des nuits plus
longues que le jour. En été, la terre est plus éloignée du soleil; mais aussi son axe est moins incliné vers cet astre. Les jours sont donc plus longs que les nuits. Dans le premier cas, le soleil échauffe la terre moins longtemps ; de la, la température plus basse de l’hiver. Dans le deuxième, le soleil l’échauffe plus longtemps ; de là, la température plus élevée de l'été. L’automne et le printemps sont deux saisons intermédiaires.
Ce qui ressort de ces faits, et ce qu’il importe seulement de retenir pour l’hygiéniste, c’est que, sous le rapport du jour et de la nuit, il y a, sous l’équateur, égalité constante de lumière et d’obscurité.
Partout, excepté pendant les équinoxes, la durée respective du jour et de la nuit varie suivant les saisons: les nuits sont plus longues que le jour en hiver, les jours plus longs en été, et leur durée est intermédiaire dans le printemps et l’automne, de sorte que dans chacune de ces deux saisons, à l’instant de l’équinoxe, il y a égalité des jours et des nuits.
Enfin, dans les régions polaires, l’année peut être partagée en un jour de six mois et une nuit d’égale durée, cette dernière présentant toutefois six semaines de crépuscule et six semaines d’aurore.
La succession du jour et de la nuit détermine des modifications spéciales dans le jeu des principaux appareils.
C’est pendant la nuit que l’homme se livre au sommeil, non pas tant parce que la lumière n’éclaire plus notre globe, que parce qu’il y a nécessité pour lui de réparer ses forces et de donner un certain temps de repos aux différents organes.
Cela est tellement vrai, et la condition d’absence de la lumière n'a si bien qu’une influence secondaire, que l’habitude peut changer les heures de repos et les placer dans le jour. C’est ce qui a lieu, par exemple, pour certaines professions.
Voici, du reste, les modifications physiologiques qui surviennent pendant la nuit ;
La digestion s’accomplit, en général, avec plus de lenteur, et chez certains individus, elle est fréquemment accompagnée d’une sensation de malaise qui trouble le sommeil ; les urines sont sécrétées avec un peu moins d’abondance. D’après Keill, la quantité d’urine produite dans douze heures de nuit est à celle fournie pendant douze heures de jour comme 1 : 1,20.
La respiration se ralentit, les mouvements respiratoires sont moins énergiques.
Suivant Proust, la quantité d’acide carbonique exhalée pendant la nuit est moins considérable que pendant le jour. C’est de 10 heures du matin à 2 heures du soir que cette quantité atteint son maximum.
Cil A P, IV. — DES INFLUENCES SIDÉRALES. 183
La circulation se ralentit pendant la nuit. D’après Robinson, le maximum de fréquence du pouls (77 à 84 pulsations) est à 4 heures du soir, et le minimum (60 à 70) à 8 heures du matin, avant le lever.
Dans un grand nombre d’expériences comparatives auxquelles je me suis livré k l’Hôpital des enfants, en 1837, 1840 et 1841, j’ai constamment trouvé le pouls moins fréquent et les inspirations moins répétées la nuit, pendant le sommeil des enfants, que pendant le jour.
La transpiration cutanée paraît être plus abondante le jour que la nuit (Reil, d’après Burdach).
Les fonctions cérébrales s’exécutent avec moins d’énergie et moins de précision le soir que le matin, et la fatigue de la journée rend suffisamment compte de ce résultat. L’intelligence est moins claire, moins lucide; le système musculaire affaibli ne demande que du repos. La sensibilité est plus obtuse et les sens moins parfaits.
C’est, en général, dans la nuit que s’exercent les fonctions génitales, et c’est spécialement à deux instants déterminés que les érections se manifestent de préférence : 1° le soir à l instant du coucher, et on les explique par la sensation de la chaleur du lit et par le premier contact de la femme avec laquelle on se trouve; 2° le matin : la cause des érections qui se manifestent alors, et sur laquelle on a beaucoup discuté, paraît avoir pour point de départ la réplétion de la vessie par l’urine ; elle cesse souvent par son évacuation.
L’influence de la succession du jour et de la nuit n’est pas moins considérable sur les malades. C’est le soir que la plupart 4es exacerbations ont lieu dans les affections aiguës, que les accidents prennent une intensité nouvelle, et que la fièvre devient plus forte; il en est de même dans les maladies chroniques : l’apyrexie de la matinée est remplacée par un mouvement fébrile qui se prolonge, en général, une partie de la nuit.
Les fatigues de la journée, l’impression longtemps continuée de la lumière, la mise en jeu de l’organe de l’ouïe, l’attention occupée par les visites qui surviennent, sont les circonstances qui expliquent suffisamment cette exacerbation du soir.
La terminaison des maladies par la mort se fait, en général, plutôt la nuit que le jour, et ce résultats’explique par la même raison que leur exacerbation.
La plupart des accouchements ont lieu la nuit. Est-ce parce que la conception a également eu lieu la nuit? est-ce pour une autre raison? Je l’ignore.
L’hygiéniste doit profiter de tous ces renseignements, soit pour régler d’une manière convenable les heures du sommeil
184 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE i/lIYGlÈNE.
relativcmenl à celles du travail ou à celles des repas, soit pour diriger le traitement des maladies; il n’y a, du reste, aucune règle positive à établir à cet égard, ce sont seulement des données qui ne doivent pas être perdues de vue.
Boudin, dans son mémoire intitulé : De l'homme dans ses rapports avec le mouvement de la terre , a relevé quelques-unes des recherches statistiques que l’on possède sur l’influence du jour et de la nuit. En voici le résumé :
Naissances. — Voici les chiffres de cinq auteurs, rapportés à 1,000 :
Quetelet.
Bück.
Rantzen.
Casper.
Guiette. Total m
Minuit à 6 heures.
6 heures à midi. .
Midi à 6 heures. .
6 heures à minuit. 259
Ou, en comparant le jour et la nuit, on a, en ne prenant que les résultats moyens :
6 heures du soir à 6 heures du matin (nuit) 553
6 heures du malin à 6 heures du soir (jour) 447
La différence n’est donc pas aussi considérable qu’on aurait pu le penser.
Décès. — Les nombres obtenus par quatre observai eurs ont donné les résultats suivants, rapportés à i,000 :
Yirey. Biick. Quetelet. Casper. Total moyeu.
Minuit à 6 heures 237 306 266 252 265
6 heures à midi 273 252 252 291 264
Midi à 6 heures 250 211 278 243 245
6 heures à minuit 240 211 204 214 226
Ces résultats sont essentiellement variables suivant les observateurs ; aussi ne peut-on guère en tirer des résultats positifs. Notons toutefois que le minimum des décès est de 6 heures à minuit, ce qui est l'inverse de ce qu’on pensait. On croyait, en effet, que la fatigue de la journée rendait les décès plus fréquents le soir.
Suicides. — Le tableau suivant est extrait des recherches de M. Guerry.
Minuit à 6 heures du matin 180
6 heures du matin à midi 368
Midi à 6 heures du soir 220
6 heures à minuit 232
Celte prédilection du suicide de choisir le malin de préfé-