DEUXIEME PARTIE
MATIERE DE L HYGIÈNE
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— Schaper, Ueber das Ozon mit Rücksicht auf die Météorologie u. Heilk. in Zeitschr. des satist. Bureaus. Berlin, 1867. — Gorup-Besanez (V.), Ueber die Ozonreactionen der Luft in der Nàhe von Gradirhàusern , in Ann. Chem. Pliarm., Bd. CLXI, p. 232, 1872. — Palmieri, Sur l’ozone atmosphérique, in Compt. rend, de l’Acad. d. sc., t. LXXIV, p. 1266, 1872. — Baldwin, The relation of ozone to disease in Amer, journ. of med. sc., 2® sér., V. 68, p. 416, 1874. — Wolfhügel (G.). Ueber den sanità.ren Werth des atmosphâr. Ozon, in Zeitschr. f. Biol., Bd. XI, H. 3, S. 408, 1875. — De plus une suite d’artidles de Bockel (Th.), à partir de 1854, in Gaz. méd. de Strasb.’ communications de MM. Maqignac, Wolf, Bérigny, Houzeau, Cloez, Scoutetten, Bineau, Pietra-Santa, etc., in Compt. rend, de l’Acad. des sc., à partir de 1843.
CLIAl’. V. — DE L’Ain ATMOSPHÉRIQUE.
De l’air conflué.
L’air s’altère surtout dans” les endroits confinés; et c’est cette altération qu’il importe d’étudier, car les modifications dont nous venons de rendre compte n’exercent aucune influence sur l’homme.
La respiration est une des causes principales d’altération de l’air; elle agit de la manière suivante :
1° Une certaine quantité d’oxygène est absorbée et brûlée; il ne reste dans l’air expiré que 18 à 19 d’oxygène.
2° L’azote reste en même quantité, et si une partie est absorbée, il faut qu’il y ait un dégagement proportionnel de ce même gaz.
3° L’acide carbonique, produit en grande quantité, sort avec l’air expiré. Il y en a, en général, de 3 à 4 pour 100 au lieu de quelques dix-millièmes. L’acide carbonique agit-il comme substance toxique, ou bien parce qu’il tient la place d’une certaine quantité d’oxygène, en un mot parce qu’il n’est pas un gaz respirable? Cette question est bien controversée. Orfila partage la première, et l’a défendue avec toute l’ardeur de ses convictions. La deuxième, admise par Bichat, Nysten, Malgaigne, Bérard, paraît compter le plus de partisans. Dans cette deuxième opinion, ce serait donc à la diminution de l’oxygène qu’il faudrait attribuer la plupart des accidents que Ton mettait autrefois sur le compte de l’action toxique de l’acide carbonique. C’est l’oxyde de carbone qui est un poison.
4° L’air expiré contient une proportion notable de vapeur •d’eau, tenant en dissolution une matière animale qui la rend putrescible, lorsqu’on abandonne à elle-même cette vapeur condensée.
La science possède des documents assez nombreux relatifs aux altérations que subit l’air confiné. Nous allons en rapporter quelques-uns. Nous ne nous occuperons, dans ce moment, que des altérations de l’air confiné par le fait de l’homme lui-même, et nous renverrons le lecteur à l’étude du chauffage, de l’éclairage, etc., pour lui faire connaître les altérations nouvelles et nombreuses que produit dans l’air l’emploi de ces moyens artificiels.
Lavoisier avait annoncé qu’il existait de 1 f /2 à 2 pour i 00 d’acide carbonique dans les salles d’hôpitaux et de théâtres. Les recherches modernes sont loin d’avoir confirmé ces résultats. On doit à M. Leblanc les observations suivantes. Dans une salle d’asile, il y avait 3/1000 d’acide carbonique; dans une salle de
la Salpêtrière, 6 à 8/1000; dans une salle de la Pitié, 3/1000; dans une salle de spectacle, 4/ 1000.— Dans l’amphithéâtre de la Sorbonne, après un cours où 600 auditeurs assistaient, l’oxygène avait diminué de 1 pour 100 malgré l’ouverture des portes. — On croyait généralement que l’acid’e carbonique se rassemblait dans la partie inférieure des salles qui étaient les plus froides. Les recherches de M. Leblanc ont prouvé qu’il était loin d’en être toujours ainsi. Après une représentation de l’Opéra-Comique, l’air de la partie supérieure de la salle contenait 44/10000 d’acide carbonique, et l’air de la partie inférieure seulement 23/10000. M. Lassaigne a également publié quelques résultats curieux à cet égard. Il recueillit dans son amphithéâtre, après une leçon, de l’air à la partie inférieure et de l’air à la partie supérieure. Il a trouvé sur 100 parties à + 19 et à 0,764 de pression atmosphérique :
Air au niveau du plafond,
Air au niveau du plancher
i Oxygène
) Azote
( Acide carbonique
/ Oxygène
■ Azote
| Acide carbonique.
La diminution de proportion de l’oxygène et l’augmentation de celle de l’acide carbonique ne sont pas les seules altérations que subisse l’air confiné. On observe de plus les deux modifications suivantes : 1° l’évaporation aqueuse qui s’effectue par la muqueuse pulmonaire et par la peau, accumule une certaine quantité d’eau dans l’espace confiné ; celte accumulation va souvent jusqu’à saturer le lieu, et l’on voit même quelquefois l’eau ruisseler sur les murs; 2° il y a en dissolution, dans cette vapeur aqueuse, une matière organique qui est également le produit de la sécrétion de ces deux membranes, et sur laquelle nous aurons plus loin l’occasion d’insister longuement.
Telles sont les altérations que l’accumulation d’un certain nombre de sujets produit dans un espace confiné d’une certaine étendue, ou, si ce lieu est très-peu spacieux, qu’un seul individu peut y déterminer.
Les effets de cet air vicié varient et dépendent d’abord d’un certain nombre de circonstances inhérentes à l’individu luimême et qui sont : 1° la force du sujet : plus il sera fort, plus il résistera; 2° lage : plus le sujet sera jeune, moins il résistera; 3° le sexe : les femmes résistent moins ; 4° la disposition individuelle résultant probablement de l’idiosyncrasie, la résistance peut être moindre.
Pour apprécier les effets produits, il se présente une difficulté
assez grande, c’est de séparer l’effet des miasmes de ceux produits par l’augmentation de l’acide carbonique et la diminution de l’oxygène. Malgré cette difficulté, voici ce qu’on peut dire : L’air confiné vicié peut agir dedeux manières: 1° il a uneaction lente, insensible, et qu’on pourrait appeler chronique. C’est ce qui arrive quand la viciation est peu considérable, et que l’individu, ou les individus qui respirent un air ainsi vicié, sont soumis habituellement à son action, En pareil cas, c’est, pour ainsi dire, un empoisonnement lent qui a lieu. Les modifications organiques qui peuvent être considérées comme en étant la conséquence sont : l’anémie, la chlorose, le tempérament lymphatique, peut-être même les scrofules. — On prétend que la fièvre typhoïde peut aussi se développer sous cette influence. C’est une question qui est loin d’être jugée.
2° La viciation de l’air confiné peut agir d’une manière aiguë et se traduire par une action rapide et énergique. On en admet deux degrés. Dans le premier on observe : un malaise général, de la céphalalgie, des vertiges, une gêne de la respiration et de la circulation, des nausées, des syncopes, enfin les signes d’une asphyxie commençante. Au deuxième degré, les accidents sont plus graves. Voici quels ils ont été dans un cas rapporté par Percy : sueurs abondantes, soif inextinguible, douleurs thoraciques vives, dyspnée, suffocations, fièvre, stupeur léthargique ou délire violent, puis mort. Voici quelques faits dans lesquels les choses se sont ainsi passées :
Dans les Indes, 146 prisonniers anglais furent renfermés dans un cachot de 20 pieds carrés, où l’air n’arrivait que par deux petites fenêtres donnant sur une galerie étroite, et par lesquelles l’air ne se renouvelait que très-difficilement et lentement. Bientôt il y eut une chaleur insupportable, puis une soif vive et de la suffocation. Ils se battirent entre eux pour s’approcher des soupiraux, où pouvaient seuls atteindre les plus robustes. Au bout de huit heures, il n’y en avait plus que 23 vivants.
Un fait analogue s’est passé pendant les guerres de l’Empire. Après la bataille d’Austerlitz, 300 prisonniers autrichiens furent enfermés dans une cave : 260 y succombèrent en un court espace de temps.
Qui ne connaît le fait des assises d’Oxford, dans lesquelles juges, auditeurs et accusés furent frappés d’asphyxie mortelle? Dans tous ces cas, c’est, en même tpmps, la diminution successive de la proportion d’oxygène, la quantité croissante d’acide carbonique exerçant une action toxique, enfin le défaut d’arrivée d’air pur, qui ont amené des accidents si terribles.
Si nous sortons maintenant des espaces confinés, nous trouvons que l’acide carbonique peut augmenter, et la quantité
2 18 DEUXIÈME PA H TI B. — MATIÈRE DE l’üYGIÈNE.
d’oxygène diminuer sous une foule d’autres influences que nous aurons l’occasion d’examiner chemin faisant. L’éclairage, la combustion, la fermentation des cuves, etc., sont autant de sujets que nous aurons occasion d’étudier à fond.
[Il est encore une altération de l’air, sans addition de nouveau gaz, qui peut déterminer de graves accidents, voire mortels ; ainsi un jeune et savant agrégé de Montpellier, M. Saintpierre, a reconnu que, en dehors des vendanges , les grandes cuves vinaires ou foudres, de 200 à 700 litres de capacité, renferment quelquefois un gaz incapable d’entretenir la combustion et la respiration, et qui a donné lieu à des asphyxies. Ce gaz irrespirable n’est autre que l’air lui-même, dans lequel l’oxygène est descendu à 11,85 contre 88,15 d’azote. Suivant M. Saintpierre, cette diminution de l’oxygène serait due à sa rapide consommation par des mycodcrmes dont se revêtent quelquefois les parois internes des foudres mal séchées et incomplètement soufrées. — Déjà, anciennement, Reynard et Facquez avaient constaté dans une savonnerie l’asphyxie de deux personnes, un ouvrier et son patron, descendues dans une citerne à huile abandonnée depuis deux ans, et qui contenait une petite quantité d’huile végétale. L’analyse de l’air de cette citerne donna dans les couches supérieures, 8 d’oxygène, 86 d’azote et 6 d’acide carbonique, et dans les couches inférieures, 6 d’oxygène, 80 d’azote et 14 d’acide carbonique, qui, en vertu de sa densité, s’était accumulé en bas. Ici, la présence d’une très-forte proportion d’acide carbonique a dû contribuer notablement à l’asphyxie. Dans les cas où l’azote est ainsi en proportion exagérée, il n’y a, pour purifier l’atmosphère, qu’un seul moyen, une ventilation énergique ; tel est l’avis. de M. Saintpierre, tel était aussi celui de Reynard et Facquez. j
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CL1AP. V. — DE l’air ATMOSPHÉRIQUE. 219
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Air confiné et altérations diverses de l’air : Yeratti, De interitu animalium in aere inter clusorum, in De Bononiensi sc. et art. Comment., t. II, p. 1, p. 340. Bononiæ, 1745, in-4°. — Girard, An propter miasmata in aere non renovato existentia pereant animalia. Cadomi, 1764, in-4°. — Lavoisier, Exp. sur la respiration des animaux et sur les changements qui arrivent à l’air en passant par leurs poumons, in Mém. de l’Acad. des sc., an 1777, p. 185. — Du même, Mém. sur la combinaison de l’air nitreux avec les airs respirables, et sur les conséquences qu’on en peut tirer relativement à leur degré de salubi'ité, ibid., 1782, p. 486. — Du même, Mém. sur les altérations qui arrivent à l’air dans plusieurs circonstances où se trouvent les hommes réunis en société, in Mém. de la Soc. roy. de méd., 1782-83, p. 569. — Guerexxe (de la), De aere etipsius a carceribus, nosocomiis et cæmeteriis insalubritatc. Th. de Paris, 1777, in-4°. — White (W.), Experiments on Air and the Effects of Different Kinds of Effluvia on it, made at York, in Philos. Transact., 1778, et in Abridg., t. X1Y, p. 322. — Trad. in Obs. sur la physique, etc. de l’abbé Rosier, t. XVIII, p. 142, 1781. — Ingenhousz (T.), Experiments on Vegetables ; discovering their Great-Power of purifying the Common Air in Sunshine, but injuring in the Shade of Night. Lond., 1779’; trad. franç. Paris, 1787-89, 2 vol. in-8°. — Gmelin, Progr. de aeris vitiosi exploratione. Gœttingæ, 1794. — Buciiolz (W. H. S.), Bemerkungen über die verdorbene Luft , in Gefàngnissen, Zuchthàusern, u. s. w. und der Verbesserung, etc., in Acta Acad. Moguntinæ, ann. 1794 et 1795, n° 7. — Beddoes (Th. j and Watt (J.), Considérations on the Médicinal Use and on the Production of Factitious Airs. Bristol, 1795, in-8». — Cavallo (Tib.), An Essay on the Medical Properties of Factitious Airs; with an Appendix. Lond., 1798, in-8°. — Reynard et Facquez, Analyse de l’air d’une citerne à l'huile, in Ann. de chimie, t. LYI, p. 49, an XIII. — Huber (F.), Bemerkmgen über den Einfluss des Luft und einiger g asartig en Stoffe. Hannover, 18.05, in-8°. — Ellis (Dan.), On Inquiry into the Changes induced on Atmospheric Air by the Germination of Seeds, the Végétation of Plants and the Bespiration of Animais. Edinburgh, 1807, in-8°. — Allen et Pepys, On the Changes produced in Atmospheric Air and Oxygengas by Bespiration, in Philos. Transact., 1808, p. 249. — Percy, Exemples remarquables d’asphyxie, in Journ. de méd. de Corvisart, t. XX, p. 378, 1810. — Seguin (A.), Mém . sur la salubrité et l’insalubrité de l’air atmosphérique dans ses divers degrés de pureté (lu à l’Acad. des sc., le 15 fév. 1792), in Ann. de chim., t. LXXXIX, p. 231, 1813. — Davy (H.), Mém. sur l’air inflammable des mines de charbon, trad. par Chaptal, in Ann. de chim. et dephys., 2e sér., t. I, p. 136, 1816. — Watson (W.), Obs. on the Influence of Imper fect Supply of Fresh Air , long continuel, on Générai Health, in Edinb. Med. and Surg. Journ., t. XXXV, p. 89, 1831. — Elmore, On the Injuries to Health occasioned by breathing Impure Air in Close Apartments, in The Lancet, 1840-41, t. II, p. 436. — Moyle, Analyse de l’atmosphère de quelques mines du duché de Cornouailles, trad. franç., in Ann. de chim. et de phys., 3e sér., t. III, p. 318, 1841. — Leblanc, Recherches sur la composition de l’air confine, in Ann. de chim. et de phys., 3e sér., t. V, p. 223, 1842. — Du même, Recherches sur la composition de l’air de quelques mines, ibid., t. XV, p. 488, 1845.— Du même, Rapport à M. le ministre de la guerre relativement au volume d’air à assurer aux hommes de troupes dans les chambres de casernes, ibid., t. XXVII, p. 373, 1849. — Schneider (P. J.), Staatsàrzliche Würdigung des Vergiftenden Kohlendunst’s in geschlossenen Râumen, in Ann. der Staatsarzn, VIII, Jahrg., les Hft., p. 1, 1843.— Snow, On the Pathological Effects of Atmosphère viciated by Carbonic Acid Gas, and by a Diminution of the due Proportion of Oxigen, in Edinb. Med. and Surg. Journ., t. LXV, p. 49, 1846. — Lassaigne, Recherches sur la composition que présente l’air recueilli à différentes hauteurs dans une salle close où ont respiré beau -
220 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE l’üYGIÈNE.
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3° Altérations de l’air par des principes nouveaux, appréciables par la chimie.
Ces principes nouveaux sont des gaz. Les uns se forment naturellement dans certaines circonstances données, les autres
sont le produit de l’art ; il s’agit de les examiner successivement.
1° Hydrogène carboné. — Ce gaz.se produit naturellement dans beaucoup de circonstances, et, en particulier, dans les suivantes : il se dégage dans les houillères et dans les endroits où existent des matières végétales en décomposition ; ainsi, dans la vase des marais, Yolta en a recueilli suffisamment pour l’étudier : il en est de môme dans les mines de bitume asphaltique, et toutes les fois que se produisent et se décomposent des huiles pyrogénées. Ce gaz peut asphyxier en sa qualité d’air non respirable, ou par son action toxique spéciale; il peut encore arriver, comme cela a lieu dans les mines, qu’il s’enflamme et détermine des explosions terribles et malheureusement trop fréquentes.
La lampe de Davy est un admirable instrument, qui a rendu très-rare la production de semblables accidents.
Souvent les tuyaux qui conduisent le gaz de l’éclairage laissent dégager des vapeurs d’hydrogène carboné qui, lorsqu’elles se font jour à travers les fissures des tuyaux, peuvent déterminer des asphyxies; dans d’autres cas, ce sont des combustions, des explosions parfois très-violentes.
2° Hydrogène phosphore. — L’hydrogène phosphoré est ordinairement un des produits de la décomposition des substances animales : aussi le voit-on se dégager dans les cimetières, dans les églises où l’on a encore la coutume, comme en Italie, d’ensevelir les corps dans des caveaux placés sous le sol.
Le dégagement de ce gaz est beaucoup moins fréquent depuis qu’on établit les cimetières à une certaine distance des villes, et surtout depuis qu’on cherche, pour servir de sépulture, des terrains calcaires, sablonneux ou sélénitéux, qui jouissent de la propriété d’absorber les liquides et de déterminer la décomposition sèche.
Pour qu’il n’y ait pas dégagement d’hydrogène phosphoré, il est utile que le cadavre soit placé à une profondeur suffisante au-dessous du sol; six pieds sont la mesure prescrite par les règlements. Dans certains caveaux, comme celui de Saint-Michel, à Bordeaux, et celui des Capucins, à Palerme, les corps morts ne dégagent aucun gaz ; ils se dessèchent et deviennent inaltérables en quelques semaines.
3° Hydrogène sulfuré. — Ce gaz est le produit de la décomposition de certaines substances végétales isolées, ou mélangées à des matières animales. Le chou, la laitue, les crucifères en produisent une quantité notable. Il se dégage des fosses d’aisances ; mais, dans ce dernier cas, il est presque toujours combiné avec l’ammoniaque et à l’état d’hydrosulfate d’ammoniaque. Presque toujours aussi il est mélangé d’une certaine quantité
de carbonate d’ammoniaque et d’acide carbonique. Ces gaz se font jour, non-seulement dans le cas d’ouverture des fosses d’aisances, mais encore lorsque ces fosses sont mal construites et les conduits mal joints. Les temps chauds et humides paraissent favoriser la production de ce gaz et sa pénétration dans les appartements.
L’influence qu’il exerce sur l’homme est très-fâcheuse. En petite quantité, il produit de la céphalalgie, des étourdissements, des nausées, des vomissements. Un des effets généralement attribués à l’acide sulfhydrique est l’ophthalmie grave des vidangeurs; mais il est plus juste d’en assigner la cause aux gaz ammoniacaux qui se dégagent presque toujours simultanément. Lorsque ces derniers se forment en quantité plus considérable, ils peuvent occasionner l’asphyxie.
Les règles hygiéniques à suivre en pareil cas consistent dans la disposition convenable à donner aux fosses d’aisànces, lors de la construction des habitations, et dans les précautions qu’il faut prendre lors de leur vidange. On aura recours à l’emploi des fourneaux et cheminées d’appel disposés d’une manière convenable, et qui, dans ces derniers temps, ont acquis un haut degré de perfection; ils seront décrits à l’article Habitations. Nous ne faisons également que signaler l’usage des chlorures, et, en particulier, du chlorure de chaux, du peroxyde de fer et du charbon animal, qui sont actuellement les moyens employés avec le plus d’avantages pour décomposer, pour annihiler ou pour absorber les émanations qui contiennent de l’acide suifhydrique.
Quelques auteurs ont attribué à l’hydrogène sulfuré l’action nuisible exercée par les miasmes paludéens. C’est une question que nous examinerons plus tard.
4° Ammoniaque. — Rarement elle se dégage pure; elle est presque toujours combinée avec les acides sulfhydrique, chlorhydrique, carbonique ou acétique. Dans ces divers états de combinaison, elle provient, soit des fosses d’aisances, soit des égouts, soit des endroits où il y a simultanément, en décomposition, des matières végétales et animales.
Les accidents principaux que peuvent déterminer les gaz ammoniacaux sont des phénomènes d’irritation et même d’inflammation. Ainsi, sous cette influence, on voit se développer des ophthalmies graves, des coryzas intenses, des angines, des laryngites aiguës ou chroniques, des bronchites aiguës, souvent même des hémoptysies. C’est, en un mot, une action irritante locale, produite sur les muqueuses oculaire, nasale, buccale et laryngo-bronchique. L’asphyxie peut arriver lorsque
les gaz contenant de l’ammoniaque sont en quantité considérable.
Les moyens précédemment indiqués peuvent être employés, soit comme désinfectants directs, soit pour être mélangés avec les matières d’où se dégagent les gaz ammoniacaux : tels sont le chlorure de chaux, le peroxyde de fer ou le noir animal ; pour détruire le gaz une fois produit, on se sert du chlore et des chlorures.
Gaz qui sont le produit de l'industrie humaine. — Nous ne nous occuperons ici que des gaz produits dans les grandes industries, et non pas de ces gaz nombreux, intéressants, il est vrai , pour le chimiste, mais qui n’ont d’importance que dans les laboratoires scientifiques.
1° Chlore. — Les fabriques dans lesquelles s’opère la préparation du chlore et des chlorures peuvent laisser dégager ce gaz dans deux circonstances différentes. Ce dégagement a lieu, en effet, soit par suite de l’imperfection des appareils dans lesquels s’opère la combinaison du chlore avec l’eau, la chaux, la potasse ou la soude, soit par suite delà mauvaise disposition des longs tuyaux destinés à porter au dehors de la fabrique le gaz en excès et devenu inutile.
Le mélange du chlore à l’air atmosphérique détermine, dans l’un et l’autre cas, chez l’homme qui le respire, des accidents analogues, caractérisés par une violente irritation -des voies aériennes. Aussi, en pareille circonstance, voit-on survenir des ophthalmies intenses, des coryzas graves, des laryngo-bronchites suraiguës. Les toux convulsives, les hémoptysies accompagnent fréquemment ces irritations violentes. Les fabriques où du chlore est ainsi dégagé sont nombreuses, et l’on voit, non pas seulement en pareil cas, des accidents survenir chez les ouvriers et les employés des usines exposés directement à son action, mais encore l’influence de ce gaz s’exercer sur tout ce qui se trouve dans les endroits où viennent aboutir les tuyaux de conduite destinés à perdre et à mélanger avec l’air le chlore en exc.ès. Les végétaux s’altèrent, leurs feuilles blanchissent, ils dépérissent et ne tardent pas à se flétrir et à périr. Les habitants de ces localités, si toutes les précautions qu’indique l’hygiène publique n’ont pas été prises, peuvent contracter des laryngo-bronchites rebelles, des toux convulsives. Ces accidents ne peuvent être évités qu’à l’aide de lessives alcalines disposées d’une manière convenable, et dans lesquelles on fait perdre le chlore qui s’échappe toujours, malgré toutes les précautions.
2° Acide chlorhydrique. — Il se dégage également de beaucoup d’usines, et, en particulier, de celles où se fabrique le sulfate de soude. Ses effets sur les ouvriers, aussi bien que sur
les habitants des localités qui environnent de telles fabriques, sont tout â fait analogues à ceux; du chlore, et les précautions hygiéniques à prendre sont exactement les mômes.
3° Acide nitrique et qaz nitreux. — Dans les usines où se fabriquent l’acide sulfurique et l’acide nitrique, le dégagement du gaz nitreux a souvent lieu en grande abondance, et il exerce une fâcheuse influence sur les individus exposés à son action. Cette action du gaz nitreux est aussi irritante et aussi violente pour les voies aériennes que celle du chlore ; ses effets ont avec ceux de ce dernier une grande analogie : ce sont des toux convulsives, des hémoptysies, des laryngo-bronchites, des ophthalmies, des coryzas intenses. Lorsque le gaz nitreux est respiré en grande quantité, il peùt tuer, et, à l’autopsie, on trouve souvent sur la muqueuse buccale ou laryngo-bronchique, des plaques jaunâtres, véritables eschares tout à fait analogues à celles qu’eût déterminées l’action de l’acide nitrique; il y a, en outre, une congestion pulmonaire très-intense qui a amené la mort par suffocation. On suppose ici que le gaz absorbé agit sur le sang en asphyxiant les globules par l’absorption de leur oxygène et de celui du sang et en rendant ainsi ce liquide impropre à l’hématose. Son action s’exerce parfois aussi sur les voies digestives : des vomissements et des symptômes de gastrite aiguë en sont alors la conséquence.
C’est encore à l’aide de lessives alcalines, à travers lesquelles on fait passer le gaz nitreux en excès, et dans la bonne construction des appareils de manipulation, que résident les précautions hygiéniques à prendre contre l’action du gaz nitreux.
4° Acide sulfurique et acide sulfureux. — L’acide sulfureux, produit naturel du voisinage des volcans, des solfatares et des éruptions volcaniques en activité, ou résultat artificiel d’opérations chimiques particulières, agit, dans l’un et l’autre cas, de la même manière sur l’homme. Parmi les usines dont il est un des produits, c’est surtout dans les blanchisseries et dans les fabriques d’acide sulfurique que les émanations d’acide sulfureux ont le plus d’activité. Son action sur l’homme a pour résultat de déterminer de la toux, de la dyspnée, une soif vive, de l’agitation et quelquefois aussi des phlegmasies bronchiques plus ou moins graves. Les eaux alcalines pourraient bien absorber l’acide sulfureux et s’opposera ses effets fâcheux sur les voies aériennes ; mais la combustion directe du soufre dégage une quantité si considérable d’acide sulfureux, qu’une précaution semblable n’aurait aucune utilité, et que le meilleur conseil à donner est de ne pas s’exposer à de semblables émanations.
CDAP. V. — DE L’AIR ATMOSPHERIQUE. 22 5
Les vapeurs d’acide sulfurique ne sont que rarement en contact avec les voies aériennes ; ceci s’explique facilement, si l’on réfléchit à la volatilisation difficile de cet acide et à la promptitude avec laquelle il se transforme en acide sulfureux à la température où il entre en ébullition.
5° Gaz phosphores , phosphore en vapeur. — L’homme est exposé à ces influences dans les fabriques de phosphore, et, en particulier, dans les usines qui se sont tant multipliées ces dernières années, et où se fabriquent les allumettes chimiques.
Le grand développement que cette fabrication a pris depuis quelque temps, a engagé à étudier les maladies dont pouvaient être atteints les ouvriers qui sont occupés à ce genre de travaux. On a ainsi été conduit à admettre que deux maladies sévissent de préférence sur ces ouvriers, et qu’elles sont trèscertainement le résultat de l’action des émanations phosph orées. Ce sont : 1° une bronchite aiguë ou chronique dont l’existence est bien réelle, mais qui n’a rien de caractéristique, et qui est tout à fait analogue aux bronchites développées sous l'influence d’une action locale irritante sur la muqueuse des voies aériennes; 2° une nécrose de la mâchoire inférieure. Un grand nombre de faits ont déjà été publiés; mais les médecins ne sont pas encore d’accord sur l’étiologie positive de celte nécrose spéciale. (Voir dans l’Appendice, les maladies des ouvriers qui travaillent le phosphore.)
6° Hydrogène arsénié. — Ce gaz, l’un des plus terribles que l’on connaisse, se produit souvent dans le grillage des minerais d’argent arsénifères. Les ouvriers qui respirent ce gaz ne tardent pas à succomber à son action toxique.
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Poussières fines en suspension dans l’air et altérant ainsi l’atmosphère.
On distingue ces poussières en minérales, végétales et animales. Toutes trois exercent une action particulière sur l’homme.
1° Poussières minérales. — Les poussières en suspension dans l’atmosphère et capables d’exercer une influence fâcheuse sur l’homme, sont: 1° le plomb; 2° le cuivre; 3° le cobalt; 4° l’antimoine; 5° le mercure; 6° le zinc; 7° l’arsenic, qui peuvent déterminer des accidents ou des maladies spéciales dont il sera question plus tard. (Voy. Profession , et pour certaines poussières arsenicales, Habitations .)
[On connaît l’action funeste des poussières siliceuses sur les aiguiseurs, les aiguilleurs, etc. Cette question sera étudiée plus loin avec le soin qu’elle comporte. (Y. Appendice, chap. XII.) Le charbon de terre, le charbon de bois peuvent s’accumuler dans les poumons et déterminer ce qu’on a nommé l’anthracose ou encombrement charbonneux. (Voy. Appendice, chap. Y, Mineurs.)
De son côté, M. le professeur Bouisson, de Montpellier, a communiqué à l’Académie des sciences (1863) d’intéressantes observations sur l’ophthalmie particulière qui se montre chez les ouvriers occupés à projeter, à l’aide d’un soufflet, du soufre
22 8 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE L’ilYGIÈNE.
pulvérisé sur les vignes alteintes d’oïdium. Enfin M. da Corogna a démontré que les vapeurs et les poussières provenant des volcans peuvent exercer, sur l'homme et sur les plantes, une action irritante très-manifeste.]
2° Poussières végétales. — L’action de ces poussières peut tout au plus déterminer sur l’homme de légères conjonctivites, des coryzas de peu d’importance, quelquefois de l’enrouement, une laryngite ou une bronchite légère. Il peut se faire encore que ces phlegmasies de peu d’importance, une fois développées, agissent comme causes occasionnelles et conduisent à des maladies organiques plus graves ; elles ne font alors que hâter la manifestation d’une prédisposition morbide spéciale. En dehors de ces cas, les poussières végétales ne peuvent déterminer que les légers accidents que j’ai mentionnés plus haut. Ces poussières sont les suivantes : 1° la poussière de rhubarbe et des autres purgatifs végétaux pulvérisés ; 2e la poussière de pyrèthre : 3° le coton ; 4° le tabac en poudre ; 5° les pailles dont se servent les natteurs en paille.
[Certaines productions cryptogamiques, développées sur différents corps, peuvent, en se volatilisant, déterminer, chez ceux qui sont soumis à leur action, des accidents plus ou moins graves. Ainsi, des roseaux entassés à l’humidité, dans des localités mal ventilées, se couvrent de moisissures dont la dispersion dans l’air occasionne, chez ceux qui les manient ou les emploient, de vives irritations des bronches et des parties de la peau qui en éprouvent le contact : les accidents ont pu même être portés au point de causer la mort. Des végétations parasites, développées sur de la paille humide, de la graine de lin avariée, ont amené des phénomènes très-curieux et fort analogues, sinon identiques à ceux delà rougeole. L’existence, aujourd’hui bien constatée, des maladies parasitaires de la peau, permet d’admettre la contagion de ces maladies au moyen du transport par l’air des spores d’achorion, de trichophyton et autres produits fongueux.]
3° Poussières animales. — La poudrette en poudre très-fine étant absorbée détermine la céphalalgie.
La poussière des cantharides a été accusée de produire, lorsqu’elle est respirée, des accidents de violente irritation bronchique.
Les molécules de laine, suspendues dans l’atmosphère des ateliers où cette matière est manipulée et travaillée, le bleu de Prusse, la soie, déterminent quelquefois une légère action irritante sur la muqueuse olfactive et sur celle des voies aériennes.
Je me borne à cette simple énumération des poussières qui,
CIIAP. V
à l’état de suspension, peuvent déterminer sur l’homme une action plus ou moins fâcheuse ; il en sera question plus longuement en traitant de l’histoire des professions.
[L’analyse microscopique de l’air, à laquelle en s’est livré depuis quelques années, a permis de saisir dans ce fluide une foule de corps étrangers dont quelques-uns doivent exercer une influence manifeste sur la santé. L’air appelé par un aspirateur laisse déposer dans un corps poreux (coton, asbeste, etc.) ou dans un liquide approprié, les substances solides qu’il renferme. C’est ainsi qu’on y a trouvé des spores de parasites, des germes d’infusoires (Pouchet, Pasteur) ; que des détritus organiques ont été rencontrés parM. Gigot dans les émanations marécageuses (voy. plus bas); que M. Eiselt a reconnu dans l’air des salles où sont couchés des sujets atteints de blennorrhée conjonctivale, des corpuscules de pus, véritables véhicules de la contagion ; que MM. Réveil, Chalvet ont démontré l’existence de particules organiques dans l’atmosphère des salles d’hôpitaux. Cet ensemble de recherches, qui se continuent avec ardeur, ne semble-t-il pas nous ramener à la pathologie animée des auteurs des siècles passés?]
Bibliographie. — Pour les poussières minérales, voyez l’Appendice, chap. XII, et Bouisson, Note sur l’ophthalmie produite par le soufrage des vignes, in Compt. rend, de l'Acad. des sc., t. LVII, p. 299, 1863. — Da Corogna (L.), De l’influence des émanations volcaniques sur les êtres organisés, particulièrement étudiée à Santorin, etc. Th. de Paris, 1867, n° 198.
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Poussières animales : Calmeil, Observations sur une éruption provoquée par l’attouchement des dépouilles de certaines larves de lépidoptère nocturne et de l’enveloppe de leurs œufs, etc., in Nouv. Journ. de méd., chir. ètpharm., sept. 1820. — Briand, Maladies causées par les poussières animales. Th. de Paris, 1838, n° 86. — Pouchet, Communication sur les matières organiques et inorganiques qui peuvent altérer la pureté de l’air, in Compt. rend, de l’Acad. des sc., année 1860 et suiv. — Pasteur, De la présence des poussières inorganiques et de corpuscules organisés dans l'air atmosphérique, ibid., 1860 et suiv.— De Brou, Recherches sur un accident
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“ Tyndall, Poussières et maladies, in Rev. de cours scient., 1870-71. — Popper, Ber Staub in der atmosph. Luft, in Oesterr. Zeitschr. f. prakt. Heilk., n°» 49-51, 1872. — Tissandier (G.), Les poussières atmosphériques, in Ann. de chim. et de phys., 5e sér., t. III, p. 203, 1875. — Reclam (C.), Ber Staub, in Gesundh. Bd. I, 2-4, 1875.
4° Altérations de l’air atmosphérique par des principes que la chimie ne peut faire découvrir, mais dont on admet l’existence d’après leurs effets.
L’étude de ces altérations peut être divisée en plusieurs sections, qui sont les suivantes :
I. Les miasmes ou émanations provenant de matières animales, et qui sont la cause de beaucoup de maladies ;