I. — MIASMES
Nous diviserons l’étude des miasmes en deux parties : l°Les miasmes proprement- dits, provenant descorps vivants; 2° Les miasmes ou émanations putrides, provenant des matières animales en décomposition.
1° Miasmes proprement dits.
Indépendamment des modifications que l’acte respiratoire a pu faire subir à l’oxygène, à l’azote et à l’acide carbonique, il y a deux autres exhalaisons qui sont unies au phénomène de la respiration et aux fonctions de la peau.
La première est la perspiration pulmonaire, qui consiste dans l’exhalation, à la surface de la muqueuse des voies aériennes, d’une certaine quantité de vapeur d’eau, tenant en disso-
lution, ainsi que je l’ai dit, une matière animale. La deuxième, très-analogue à la précédente, est la transpiration ou l’exhalation cutanée, également constituée par de la vapeur d’eau, et tenant aussi en dissolution une matière animale. La sueur est l’expression exagérée de cette dernière.
Ces deux exhalations, si analogues entre elles, ont pu être accumulées en certaine proportion par des moyens que nous ne pouvons exposer ici, et on a pu ainsi en colliger une quantité assez considérable, non pas pour les analyser, mais pour en étudier les principales propriétés. Ces deux exhalations contiennent une matière animale de nature indéterminée, soluble dans l’eau, ayant une odeur particulière, et jouissant de la propriété de se décomposer avec une facilité singulière, et d’altérer ainsi la composition de l’air. C’est à cette matière animale qu’est due Codeur que l’on rencontre dans tous les endroits où un grand nombre d’individus sont agglomérés, comme dans les dortoirs des pensionnats, des casernes et des prisons. Cette matière odorante, qui varie selon l’âge, le sexe, le tempérament, la constitution, peut être reconnue avec facilité par certains odorats. Son existence est donc réelle, incontestable, et c’est à elle que l’on doit rapporter en partie les fâcheux résultats de l’encombrement ou de l’accumulation d’un certain nombre d’individus, même en état de santé, dans des localités où l’oxygène est en quantité suffisante pour la respiration et où l’acide carbonique exhalé peut s’échapper au dehors.
Ces effets de l’encombrement sont dus aussi bien à l’augmentation de proportion de cette matière animale dans un espace déterminé, qu’à son altération et à sa décomposition par défaut de renouvellement de l’air. C’est là ce que l’on pourrait, en quelque sorte, appeler les miasmes physiologiques.
L’augmentation de proportion et l’altération de cette matière, constituant ainsi une espèce de miasme dont on reconnaît l’existence par l'odeur particulière qu’elle présente, déterminent quelquefois certains accidents, tels que des vomissements, de la céphalalgie, de la fièvre. Dans d’autres cas, où le séjour dans un lieu habituellement encombré, et dans lequel l’air n’est pas suffisamment renouvelé, se prolonge un peu plus longtemps, des accidents plus graves peuvent se développer, et il semble qu’il survienne alors une intoxication du sang, analogue à celle que produisent souvent les émanations putrides; ces intoxications se traduisent par des maladies à forme typhoïde, ou même par des fièvres typhoïdes véritables.
Yoici maintenant des faits d’un autre ordre, non moins concluants, et dans lesquels le nom de miasmes peut, à plus juste
titre, être donné à celte exhalation de matière animale par les surfaces pulmonaire et cutanée.
Dans une salle de malades dans laquelle nous supposerons pour un instant qu’il n’y a ni maladies aiguës contagieuses, ni plaies en suppuration, l’odorat le moins délicat est frappé d’une odeur spéciale ; cette odeur est celle de la matière animale, produit des exhalations pulmonaire et cutanée. Llle est sécréiée en plus grande quantité et, en môme temps, elle s’altère plus facilement ; c’est là le résultat de la maladie sur la production et les propriétés de cette matière. Mais, d’un autre côté, les individus atteints d’affections diverses sont, en raison meme de l’existence de leur maladie, plus faibles, plus accessibles aux diverses causes morbifiques; ils doivent donc ressentir avec une grande facilité les effets de cette matière altérée, qu’ils ne tardent pas à absorber.
C’est en vertu de cette influence, qui s’exerce surtout lorsqu’il y a encombrement des malades dans les salles d’hôpital, que l’on voit se développer des érysipèles de mauvaise nature, la pourriture d’hôpital, la gangrène, la fièvre nosocomiale.
L’encombrement joue ici un si grand rôle, qu’il suffit souvent de le faire disparaître pour faire cesser ces accidents divers et ces complications si fâcheuses.
Chez les femmes nouvellement accouchées, l’encombrement a des résultats non moins funcsles. C’est sous cette influence que l’on voit se développer, la plupart du temps, la fièvre puerpérale, dont les conséquences sont si terribles. Ce n’est qu’en faisant cesser l’encombrement, ou quelquefois même en évacuant la plus grande partie de l’hôpital dans lequel cette maladie s’est manifestée, qu’on peut espérer arrêter l’épidémie dans son essor.
Le produit des exhalations cutanée et pulmonaire accumulées et viciées a donc de plus fâcheux effets lorsqu’il provient d’individus malades, que lorsqu’il se dégage d’individus sains; ou, si on le préfère, l’encombrement de sujets malades est plus grave, plus dangereux que l’accumulation de sujets sains ; d’où il suit que la matière animale qui produit de tels résultats mérite déjà beaucoup mieux, dans ce cas, le nom de miasme.
Mais il est une troisième catégorie à laquelle cette dénomination est plus justement applicable encore, et qui comprend les miasmes proprement dits.
Si un individu sain ou malade exhale par les surfaces cutanée et pulmonaire une matière animale volatile, capable, par sa concentration et son altération, de déterminer une influence fâcheuse sur l’organisme, on peut tout aussi bien admettre qu’il est un certain nombre de maladies qui, venant à se déve-
lopper chez des individus, modifient la nature de cette matière animale, lui impriment des caractères particuliers et lui donnent la propriété, lorsqu’elle est absorbée par un sujet convenablement disposé, de communiquer à celui-ci une maladie semblable. Ce qu’on peut supposer à 'priori est réel, incontestable, et c’est à cette matière animale, modifiée par la maladie dans le cours de laquelle elle s’est développée, de manière à pouvoir la communiquer à un autre individu, qu’on a donné le nom de miasme proprement dit.
A défaut d’analyses chimiques, qui, en pareil cas, ne sauraient avoir de résultats, il y a des faits d’observation et d’induction qui prouvent qu’il en est ainsi.
1° D’abord, le fait de l’exhalation de cette matière animale étant incontestable chez des individus sains, et sa production chez les sujets malades étant plus considérable et capable d’exercer une influence plus fâcheuse, il ne peut, en être autrement chez les sujets atteints des affections dont je veux parler : l’analogie l’indique.
2° Quant à ce dernier fait, il y a, au moins pour quelques^ unes de ces maladies spéciales, une odeur particulière, qui, à défaut d’analyse chimique, ne peut manquer d’avoir de la valeur. Ainsi, dans la variole, les exhalations pulmonaire et cutanée ont bien souvent une odeur caractéristique, indépendante et distincte de celle de la suppuration. Dans la fièvre typhoïde, il en est également bien souvent ainsi. Cette odeur caractéristique, plus appréciable pour certains odorats que pour d’autres, a été signalée par beaucoup d’auteurs dans leur description. 11 en a été de même pour la peste, pour le typhus des camps, pour certaines dysenteries épidémiques. Il est probable que si, au lieu d’observer ces maladies pestilentielles ou contagieuses dans une salle d’hôpital où toutes les odeurs se confondent, on les étudiait à part et isolément, ou dans une réunion de malades de même nature, on parviendrait à quelque chose déplus précis, et on arriverait peut-être à distinguer l’odeur des exhalations pulmonaire et cutanée propres à chacune de ces maladies.
3° Il y a encore le mode de communication qui, pour quelques-unes de cès maladies, est une preuve bien convaincante :
Placez dans la même chambre, mais sans communication directe et immédiate, deux individus, l’un parfaitement sain, n’ayant pas été vacciné et n’ayant jamais eu la variole, l’autre précisément atteint de cette dernière maladie : nul doute, à moins qu’il n’ait une immunité spéciale pour cette maladie, ce qui peut arriver, nul doute, dis-je, que le premier des deux individus ne soit bientôt atteint de cette même affection. Mais
234 DEUXIÈME PARTIE, — MATIÈRE DE i/HYGIÈNE.
comment aura-t-il fait pour la contracter ? Ce ne peut être évidemment que par suite de l’absorption des exhalations pulmonaire et cutanée de l’individu malade (varioleux) par l’individu sain. Il faut pour cela que les exhalations aient quelque chose de spécial. C’est en effet ce qui a lieu, et c’est pour cela qu’on leur donne plus particulièrement le nom de miasmes. Il faut donc assigner aux miasmes, comme propriété principale, cette faculté de transmettre à un individu sain la maladie, l’affection dont est atteint l’individu qui les a produits.
Il y a encore d’autres faits probants: ainsi, n’est-il pas arrivé bien souvent que l’entrée d’une personne malade dans un hôpital, dans une prison, dans une famille dont les membres étaient jusque-là en bonne santé, a été promptement suivie de l’apparition d’une maladie en tout semblable à celle de l’arrivant? que bientôt d’autres individus, communiquant avec le premier malade, contractaient à leur tour une maladie de même nature, et qu’ainsi, tout à coup, une localité, jusqu’alors saine, se trouvait remplie de malheureux en proie à une affection qui évidemment y avait été importée ?
Caractères des miasmes. — 1° Il résulte de ce qui précède, que le corps humain peut, dans certaines circonstances et par une disposition virtuelle, produire des miasmes, c’est-à-dire un corps de nature telle, qu’il soit capable de transmettre à un individu sain la même affection que celle qui existait chez le premier. C’est là le premier caractère: développement d’une maladie semblable, par suite de l’absorption du miasme par les surfaces pulmonaire et cutanée.
Ce caractère n’est pas le seul, et il est très-important d’établir et de bien fixer les autres.
2° Le miasme, une fois produit chez un individu malade, peut se transmettre et développer une maladie semblable chez un certain nombre d’autres, et souvent ce nombre est considérable. Une fois né, le miasme semble se reproduire et se propager en vertu d’une action inconnue dans sa nature, mais qui présente quelque analogie avec l’acte de la fermentation.
3° La transmission du miasme se fait de plusieurs manières, et cela sans que les effets qu’il produit éprouvent des modifications spéciales. Tantôt la transmission est immédiate, et elle a lieu chez un individu qui habite la même chambre, la même maison, la même ville, la même localité; ou, en d’autres termes, le miasme agit dans le lieu où il est développé.
Dans d’autres cas, la transmission a lieu à une certaine distance, et cette distance est parfois considérable. Ce sont alors les courants d’air, les vents, qui se chargent de transporter ainsi les miasmes. L’étude des épidémies présente de nom-
CllAP. V. — DE L’AIR ATMOSPÜÉHIQUE.
breux faits de ce genre, et montre des maladies transmises dans des localités placées sous la direction des vents. Si l’étude de la météorologie, appliquée à la propagation des épidémies, était faite avec plus de soin, nul doute que des faits semblables ne se multipliassent.
Il est un mode particulier de transmission des miasmes, qui s’opère par le moyen d’un individu qui cependant n’en subit pas l’influence. Ainsi, les vêtements, la peau elle-même d’un homme qui a été en contact avec un sujet atteint de maladie miasmatique, peuvent se charger des miasmes exhalés par ce dernier, et, sans qu’il en soit affecté lui-même, il peut les transporter ainsi à un autre individu, soit dans la même localité, soit dans une localité plus ou moins éloignée.
4° Les miasmes, pour agir sur un individu, ont besoin de le trouver dans un état spécial, état qui constitue précisément la prédisposition particulière pour la maladie. Cette prédisposition, qu’on ne saurait rattacher à rien d’organique, et qui est complètement inconnue dans sa nature, est également indépendante de l’âge, du sexe, de la constitution, du tempérament et des idiosyncrasies, influences qui peuvent, il est vrai, la modifier. La prédisposition ne manifeste son existence que par la production de la maladie elle-même; elle varie pour chaque affection miasmatique. Le jeune âge, le sexe féminin, la constitution faible et le tempérament lymphatique, favorisent, en général, la prédisposition spéciale, et facilitent l’absorption des miasmes.
5° La propagation des miasmes, l’intensité avec laquelle ils agissent sur des individus sains, sont fréquemment en rapport avec les conditions de température, d’humidité, d’exposition, et, par conséquent, avec la salubrité plus ou moins grande des localités, des pays ou des climats. Ainsi la chaleur, et surtout la chaleur humide, favorisent le développement et la propagation des miasmes, et rendent leur action plus certaine et plus intense. Il est cependant des miasmes, tels que ceux du choléra, par exemple, sur lesquels ces conditions climatériques n’ont que bien peu d’influence.
6° Si certaines influences atmosphériques ont quelque action sur les miasmes et peuvent favoriser leur développement, il n’est pas moins certain que bien peu de ces influences sont capables de les détruire et de les anéantir. Ainsi, la chaleur porte leur action au maximum; le froid la réduit au minimum; mais ni l’un ni l’autre, avec quelque intensité qu’ils agissent, ne peuvent les anéantir complètement.
7° Les miasmes, une fois produits, ont la propriété de se conserver pendant un temps très-long, de survivre à l’individu,
236 DEUXIÈME TARTIE. — MATJÈRE DE i/llYGlÈNE.
enfin, de résister môme à la putréfaction. Voici quelques exemples qui le prouvent.
« Le fossoyeur de Chelwood, dans le comté de Somerset, « ouvrit, le .'10 septembre 1752, le tombeau d’un homme mort « de la variole, et inhumé depuis trente ans ; la bière qui le «renfermait était de chône et bien conservée: l’ouvrier en « perça la couverture avec sa bôche; aussitôt il s’éleva dans « l'air une puanteur telle, que le fossoyeur n’en avait jamais « ressenti de pareille. Parmi les nombreux assistants, quatorze « furent atteints de la variole au bout de quelques jours, et la « maladie s’étendit dans toute la contrée.
« Une dame qui avait succombé à 'la variole fut inhumée « dans une église. Le monument qu’on lui érigea ne put être « terminé qu’à la fin de l’année du deuil; pour le poser, il fal- « lut déplacer la pierre qui couvrait le cercueil ; celui-ci était de « plomb, et seulement à un pied de profondeur de la surface « du sol ; il fut entamé dans celte manœuvre, et il en sortit « aussitôt une vapeur fétide, qui fit périr sur le coup un des « ouvriers maçons : diverses personnes s’évanouirent, et l’ar- « chitecte Lory, qui était présent, et auquel on doit les détails « de cet événement, fut atteint de la variole. » (Guérard, Thèse de concours .)
M. Ozanam cite, d’après un auteur anglais qu’il ne nomme pas, l’exemple de deux fossoyeurs qui, ayant déterré le cadavre d’un varioleux, inhumé depuis dix ans, furent pris de la même maladie, qui se compliqua de malignité.
8° Il existe un miasme spécial pour chaque maladie dite miasmatique, et les miasmes divers ne peuvent se transformer les uns dans les autres. Le miasme varioleux, par exemple, ne produira jamais d’autres maladies que la variole.
Pour quelques-unes de ces affections, la cause de la maladie et sa transmission résident tout entières dans les miasmes. Pour d’autres, ce n’est qu’un de ses modes de production et de transmission, et il en existe simultanément d’autres : telles sont certaines maladies virulentes, la variole par exemple.
lre CLASSE. — Maladies pestilentielles (miasmes pestilentiels).
Le caractère général de ces affections est de ne pas avoir de détermination anatomique spéciale bien caractérisée. Cette classe comprend le choléra, la peste d’Orient, le typhus des camps et la fièvre jaune.
Choléra. — Le choléra reconnaît-il pour point de départ, pour origine, des effluves marécageux, modifiés d’une manière particulière par la chaleur du climat, et cette origine peut-elle être
CllAP. V. — DE L*AIR ATMOSPHÉRIQUE. 2 37
placée aux bords du Gange, dans la presqu’île de l’Inde? C’est une opinion fort controversée, et que nous ne pouvons discuter ici. Mais, quelle que soit cette origine, il n’en est pas moins probable que le choléra est une maladie qui se propage par miasmes, et que ces miasmes paraissent se soustraire à quelques-unes des conditions précédemment établies. Les lois de sa propagation échappent à l’observation; il résulte toutefois de la considération de l’ensemble de l’épidémie, que la chaleur semble favoriser son développement, tandis qu’une basse température paraît, sinon l’arrêter complètement, du moins l’atténuer beaucoup. La misère, les excès, les mauvaises conditions hygiéniques, paraissent également favoriser l’action des miasmes inconnus du choléra. Le choléra n’est pas une maladie inoculable; la cause miasmatique est seule admissible.
Peste d'Orient. — D’après la discussion de l’Académie de médecine, les conditions qui déterminent et favorisent le développement de la peste sont, autant que l’observation permet de le constater : l’habitation sur des terrains d’alluvion ou sur des terrains marécageux, un air chaud et humide, des demeures basses, mal aérées, encombrées; l’accumulation d’une grande quantité de matières animales et végétales en putréfaction, une alimentation insuffisante ou malsaine; une grande misère physique, un état habituel de souffrance morale, la négligence des lois de l’hygiène publique et privée.
Quelle que soit cette origine, la peste à l’état épidémique est transmissible, soit dans les lieux où sévit l’épidémie, soit hors de ces lieux, et elle se transmet à l’aide de miasmes qui s’échappent du corps des malades. Ces miasmes se répandent avec une grande facilité, et les individus qui s’exposent au contact immédiat des pestiférés ont de grandes chances pour les absorber et être atteints parla maladie. Ces miasmes se conservent très-longtemps, et peuvent, dans certaines circonstances, s’attacher aux vêtements, aux tissus, aux objets d’usage habituel, être transportés avec eux et communiquer la maladie. Ces faits toutefois, pour la peste d’Orient, sont exceptionnels. Les miasmes delà peste ne paraissent pas jouir de la propriété d’être transportés à de grandes distances par les courants d’air atmosphérique, il faut presque toujours des agents de transport plus matériels. C’est ainsi que non-seulement les vêtements, les tissus, les objets div.ers, ont servi d’agents de transport aux miasmes, mais encore les individus eux-mêmes. Ce transport ne suffit pas; il faut, en outre, que les miasmes trouvent, pour se développer, des conditions climatériques favorables, et des individus présentant une prédisposition spéciale pour contracter la maladie.
Typhus des camps , typhus épidémique. — Le typhus est une maladie miasmatique. Il est probable que celte affection n’est autre chose que la fièvre typhoïde de nos contrées, avec une marche extrêmement aiguë, et se développant d’une manière épidémique, en raison de l’encombrement, des mauvaises conditions hygiéniques, du découragement des armées, de la disette, etc. Il est vraisemblable que, sous l’influence de ces conditions diverses, une quantité considérable de miasmes se produisent simultanément. Quoi qu’il en soit, le typhus n’en est pas moins une maladie essentiellement miasmatique, qui offre, sous le rapport de son mode de transport, de sa communication et de ses propriétés, la plus grande analogie avec les miasmes de la peste d'Orient. La chaleur, l’humidité, l’accumulation d’un grand nombre d’individus et d’autres causes encore favorisent leur manifestation et le caractère épidémique de la maladie. Ce n’est qu’exceptionnellement que leur transport peut avoir lieu au loin par des courants d’air atmosphérique; la plupart du temps, il faut des agents de transport matériels, tels que les vêtements, les tissus, etc., ou les individus eux-mêmes. La fréquentation des sujets qui en sont atteints, les soins qu’on leur prodigue, l’habitation dans la même salle, constituent, pour les individus qui sont placés dans ces conditions, une chance de plus pour absorber les miasmes et contracter la maladie.
Fièvre jaune. — L!origine de cette maladie, les causes sous l’influence (fesquelles elle se développe, sont encore entourées d’obscurité; on convient cependant généralement d’en placer l’origine dans les effluves marécageux de certaines contrées tropicales. Une fois développée sous cette influence ou sous une autre, il n’en est pas moins certain que la fièvre jaune se propage presque toujours avec une grande facilité, et que cette propagation se fait par des miasmes, qui, toutefois, ne sont pas doués de la propriété de se transporter au loin ; ils sévissent dans des zones parfaitement circonscrites; la maladie reste quelquefois longtemps dans la localité où les miasmes se sont produits. La chaleur, l’humidité, les mauvaises conditions hygiéniques, favorisent le développement de ces miasmes et augmentent leur activité.
Les quatre maladies pestilentielles que nous venons de passer en revue ne sont pas inoculables, c’est-à-dire ne sont pas susceptibles d’être développées chez un individu sain par l’introduction, sous l’épiderme, du sang, du pus, ou d’un liquide quelconque fourni par l’organisme de l’individu atteint de l’affection.
CUAP . V. — DE L’AIR ATMOSPÜÉRIQUE.
2e CLASSE. — Maladies miasmatiques avec détermination anatomique