II. - ÉMANATION DE VÉGÉTAUX DÉCOMPOSÉS OU EFFLUVES MARÉCAGEUX
Pour étudier les effluves marécageux et leur funeste influence, il est indispensable de commencer par l’histoire des eaux stagnantes et des marais. C’est ce que nous allons essayer de faire.
Les pluies qui tombent à la surface du sol dans les diverses contrées, ainsi que les eaux qui jaillissent du sein de la terre, n’y restent pas dans cet état, et elles tendent à disparaître suivant un des trois modes que voici :
Cil AP. Y.
DE L’AIR ATMOSPHERIQUE.
1° Par écoulement naturel,
2° Par évaporation,
3° Par infiltration dans le sol. VN V1
La perméabilité du sol, sa déclivité, son état de cul surface plus ou moins boisée, l’inégalité ou la direction détentes, influent sur ces trois modes.
1° Ainsi, le sol disposé en bassin, avec un terrain imp méable et une surface d’évaporation peu considérable, favorise la stagnation. De là, la formation des lacs, des étangs. L’excédant d’eau qui s’écoule et une autre partie qui s’évapore spontanément dans la saison chaude, expliquent leur transformation en marécages.
2° Les torrents inondant des pays, et le débordement des fleuves couvrant les champs voisins de leur lit, laissent, lorsqu’ils se retirent, des parties alternativement couvertes d’eau et desséchées; tandis que dans d’autres points, ce sont des flaques d’eau permaneut.es. De là, encore, l’origine de nouveaux marécages.
3° Les torrents qui sillonnent les montagnes et entraînent les terres (les défrichements favorisent ces effets), déposent à l’embouchure des fleuves le limon qu’ils ont charrié; de là, des atterrissements qui envahissent la mer, en exhaussent le fond et apparaissent sous forme d’tles. L’embouchure de beaucoup de fleuves présente ainsi un delta composé de terres alternativement sèches, humides et infectées d’eaux croupissantes.
4° Le flux et le reflux, l’agitation des vagues, inondent souvent les rivages; de là, production d’eaux stagnantes sur beaucoup de côtes.
o° Le retrait des eaux de la mer, qui abandonnent certains rivages pour en inonder d’autres, l’abaissement du niveau de plusieurs lacs, sont la cause de la formation de plaines marécageuses.
6° Les bassins naturels ou artificiels où l’homme est parvenu à contenir des eaux, de même que les canaux, sont des causes fréquentes de stagnation.
7° Sur les côtes de l’Océan, l’introduction des eaux douces dans les marais salants abandonnés agit de la même manière.
Telles sont les causes principales de la formation des eaux stagnantes.
A la surface du globe, les marais sont nombreux : voici quelques-uns des plus redoutables et des plus étendus.
En Asie : le lac Elton, à l’est du Volga; le lac Aral; le lac d’Urmia, en Perse, près de Tauris ; la mer Caspienne, entourée
A. Becquerel, 6e édition.
de marais. Toute cette partie du monde semble avoir été couverle par une vaste mer intérieure, remplacée aujourd’hui par des lacs et des marais. Le lac Asphallite, en Syrie, entouré de beaucoup de marais; dans les Indes, les bords de l’embouchure du Gange; presque tout le Bengale est couvert de rizières ; les rives du golfe Persique ; le Tanaïs, prolongeant vers la mer de Crimée les Palus-Méotides, si célèbres dans l’histoire ; toute la Grimée, la Mésopotamie.
En Afrique : toutes les côtes inondées par les pluies tropicales sont marécageuses ; les lacs de l’intérieur, où tant de rivières vont se perdre, sont dans le môme cas; du Sénégal à la Cafrerie, et de l’Abyssinie au Cap, existe une ligne de marais. Dans la Basse-Égypte, ce sont les rizières, le delta du Nil.
En Amérique : les bords des grands lacs des États-Unis, qui semblent chaque jour diminuer de volume, et dont les rives, ainsi que celles de l’Ohio et du Mohawk, sont couvertes de plages marécageuses : l’embouchure du Mississipi, tous les grands cours d’eau de PAmérique du Sud, la Guyane, la Colombie, contiennent de vastes marécages.
En Europe : l’Écosse, la Norwége, l’Irlande, renferment beaucoup de marais : de Saint-Pétersbourg à la mer Noire sont de vastes plages marécageuses. Toute l’Europe occidentale jusqu’au fond de la Baltique et comprenant la Hollande, le Hanovre, le Danemark, les Poméranies. Plus au centre, la Hongrie et la Pologne ; la Suisse et ses vastes lacs. Au midi existent les marais de la Sardaigne. En Italie, ceux de Sienne, de Toscane, de l’Arno, de Mantoue, les lagunes de Venise et surtout les Marais-Ponlins, qui, de Cisterna à Terracine, ont 42,000 mètres de long sur 18,000 mètres de large.
La France présente, tout le long de ses rivages, une ceinture de marécages sur l’Océan et la Méditerranée. Le delta du Rhône, dont la surface a 72 lieues carrées; le département de l’Ain, dont 30 lieues carrées sont couvertes d’étangs et de marais ; le département de l’Indre, qui contient plus de 400 étangs (Brenne) ;
La Sologne, qui, sur une étendue de 250 lieues carrées, présente un sol alumineux, couvert de ruisseaux, parsemé d’étangs et de marais. Ees marais de France les plus importants pour leur étendue sont: celui des Echets, dans l’Ain, 1,150 hect. ; celui de la Courche, dans l’Aisne, 5,500 hect. ; celui de Leucale, dans l’Aude, 1 ,881 hect. ; celui de Berre, dans les Bouchesdu-Rhône, 13,517 hect. ; celui de Marans, dans la Charente- Inférieure, 4,900 hect. ; celui de Mariano, en Corse, 3,000 hect. ; ceux de Blaye, dans la Gironde, 4,600 ; celui de Sanguinet,
dans les Landes, 5,000 ; celui de Saint-Joachim, dans la Loire- Inférieure, 7,700 (1).
Etat physique des marais. — Les eaux stagnantes contiennent, dans leur limon, des débris végétaux et animaux. Leur niveau et leur étendue sont variables : les marais qu’elles produisent sont secs ou mouillés; ils se forment de la manière suivante :
La végétation qui existe au fond de l’eau est composée de plantes annuelles à feuilles charnues et chargées de parties vertes. Ces plantes, qui sont en particulier les joncs, les scirpes, les roseaux, les ménianthes, meurent tous les ans, s’altèrent, se putréfient et forment un détritus qui augmente chaque année et diminue la profondeur de l’eau stagnante. Ce fond finit par atteindre presque la surface; alors paraissent d’autres plantes, annuelles encore, mais qui ne veulent que peu ou point d’inondation. Telles sont les ombellifères, les lysimachiées, les salicaires, les laîches, les renoncules, les alismacées, qui, mourant également chaque année, augmentent ainsi le dépôt limoneux. Puis enfin paraissent les arbustes à racines submergées, les myricas, les airelles, les lêdons.
A tous ces débris végétaux viennent en même temps se joindre des myriades d’animaux de toute espèce, des infusoires, des vers, etc., qui meurent également chaque année et dont les débris vont encore se mêler au limon. L’hiver arrive, le froid congèle l’eau et tous les débris qu’elle renferme, l’al-
(1) Superficie du sol couvert d’étangs et de marécages en France. (Motard, Thèse de concours.)
Bouches-du-Rhône
Vendée
hectares.
Loiret
Calvados • •
Charente-Inférieure . . . . ,
Gironde
Finistère
Loire-Inférieure
Allier
Ain.
A rdpehe. . ,
Landes
A rdennes
Gard
A riége
Morbihan
Cher
4isne.
Creuse .... ..... , ,,...
Manche
TTante-flarnnne
Corse
(Jprs, . T-Tt f
Somme
]\Ta ypnnp -
Deux-Sèvres
Piiv-He-nôme. ...........
Oise
Marne
Hérault
parthp tT---
Isère
Tarn .......
Marne
TTanto- Vienne ,... .
Maine-et-Loire
Vosges
Aude
Yonne ,
hectares.
Très-
petite
surface.
tération s'arrête, mais pour recommencer plus forte et plus intense quand le dégel arrive et que les premières chaleurs commencent à se faire sentir.
La couleur verte des eaux stagnantes est due aux lentilles d’eau, aux conferves, au milieu desquelles nagent des myriades d’animaux infusoires ( monas pulvisculus). La vase des marais, agitée avec un bâton, laisse dégager des gaz où domine l’hydrogène protocarboné.
Il est une variété des eaux stagnantes qui, au lieu de constituer des marais, sont plutôt une source féconde d’oxygène.
Morrcn a démontré que la matière verte qui couvre beaucoup d’eaux tranquilles est formée par un nombre infini d’animalcules microscopiques. Sous l’influence de la lumière solaire, les animalcules morts décomposent l’acide carbonique de l’air, absorbent le carbone, et l’oxygène, à l’état de gaz naissant, devenant libre, est dissous dans l’eau, et, de là, dégagé dans l’atmosphère ; une eau limpide contient, en maximum, 34 p. 100 d’oxygène; d’après Morren, les eaux vertes en contiennent 25 p. 100 le matin, 48 p. 100 à midi, et 61 p, 100 à 5 heures du soir.
Effluves marécageux.
Air des marais. — Quelle est la nature et la composition des effluves marécageux? Bien des hypothèses ont été proposées à cet égard. Il y a cependant des faits positifs; nous allons passer en revue les uns et les autres.
1° Beaucoup d’auteurs ont cru ces effluves constitués par des insectes. C’était l’opinion de Yarron (De Re rustica ), de Columelle, de Yitruve, de Kirker, de Lange, de Lancisi, etc. Ce n’est qu’une hypothèse.
2° D’autres ont regardé comme tels des gaz connus et bien déterminés, qui se dégagent des eaux stagnantes. Ces gaz, recueillis, ont été analysés par Wollaston, qui les a trouvés constitués par de l’hydrogène protocarboné mêlé à 14 ou 15 centièmes d’azote; plus, une quantité variable mais peu considérable d’acide carbonique et d’acide sulfhydrique, et des traces seulement d’hydrogène phosphoré.
M. Paul Savi a fait des recherches desquelles il résulte qu’il existe dans l’atmosphère des marais une certaine quantité d’hydrogène carboné et d’hydrogène sulfuré. Ce dernier, en particulier, serait le résultat de la décomposition des sulfates contenus dans les eaux par les matières organiques. Voici, du reste, les conclusions de son mémoire. Il paraît prouvé que les lieux exposés à éprouver les effets de l’air insalubre sont :
1° Les terrains renfermant des amas d’eaux slagnantes et salées, ou les terrains non noyés, mais qui renferment des matières salines et des substances organiques, lorsque les pluies d’été viennent à les humecter;
2° Les terrains recevant des eaux minérales contenant des sulfates et des chlorures, lesquelles séjournent sur des matières organiques en décomposition ;
3° Les plages où s’accumulent des amas d’algues, qui sont ensuite baignés par les eaux douces ou par un mélange d’eaux douces et d’faux salées.
Comme une hypothèse résultant des faits observés, l’auteur signale les gaz hydrogènes sulfuré et carboné, sinon comme les agents directs des influences délétères, au moins comme jouant un rôle dans le développement de la malaria. En un mot, l’origine de l’air insalubre serait liée à la production de ces gaz hydrogénés.
Ces résultats sont incontestables, mais ce ne sont pas ces gaz qui produisent les funestes effets des marécages : il y a autre chose : il y a dans l’atmosphère des marais ( aria cattiva ) une matière organique particulière, qui constitue précisément ce qu’on appelle effluves.
L’existence de cette matière organique n’est pas une hypothèse, mais un fait bien démontré.
La condensation de l’humidité contenue dans l’atmosphère des marais, opérée à l’aide d’appareils réfrigérants convenablement disposés, a permis de recueillir ainsi une certaine quantité de celte rosée ; on l’a trouvée facilement putrescible, et on a dû placer la cause de cette facile altération dans l’existence d'une matière de nature organique, soluble dans l’eau.
M. de Gasparin, à qui l’on doit des expériences de ce genre, après avoir recueilli une certaine quantité de cette vapeur condensée, en frictionna des moutons et leur en fit boire ; il vit se développer chez eux la maladie à laquelle on donne le nom d’hydrohémie.
Rigaud de Lisle, ayant placé dans les Marais Pontins des cadres en bois garnis de plusieurs carreaux de verre disposés en toit, la rosée s’y condensa; il en recueillit ainsi deux bouteilles qui malheureusement, ne furent analysées que six mois après par Vauquelin. Ce liquide contenait des flocons légers d’odeur ammoniacale à réaction alcaline. Cette analyse ne pouvait rien prouver et ne prouva rien.
Moscati, de Milan, condensa les émanations des rizières en suspendant, à trois pieds du sol, des globes de verre remplis de glace. L’eau condensée donna une matière floconneuse, putrescible, d’odeur cadavérique. Boussingault trouva dans l’air
des plaines marécageuses et si pernicieuses de l’Amérique, des matières organiques que l’acide sulfurique carbonisa.
Ces expériences, qui laissent toutefois à désirer, prouvent cependant l’existence dans l’air d’une matière végétale putrescible, qui constitue les effluves marécageux, et qui est la cause des accidents fâcheux déterminés par les eaux stagnantes.
[M. le docteur L. Gigot (de Levroux) ayant fait passer, à l’aide d’un aspirateur, de grandes quantités d’air marécageux à travers de l’acide sulfurique parfaitement pur, et ayant examiné celui-ci au microscope, y a reconnu des fragments de végétaux (feuilles, libres, cellules, etc.), des grains de pollen, des dé- . bris d’insectes, des infusoires entiers et surtout des débris de ces animalcules. Est-ce là la matière du miasme 'paludéen ? M. Gigot croit pouvoir l’affirmer, sinon d’après une expérimentation directe, du moins par induction.
Le miasme est-il le résultat d’un venin produit par certains infusoires et entraîné par les évaporations aqueuses? Telle est l’opinion de M. Bouchardat. Est-il constitué par les principes volatils de diverses plantes aquatiques (Y anthoxanthum < doratum , le chara vulgaris), de telle sorte que l’absence de ces plantes déterminerait l’innocuité reconnue de certaines eaux stagnantes? C’est ce que croyait Boudin. De son côté,M. Lemaire, examinant au microscope la vapeur d’eau condensée provenant d’une des localités les plus malsaines de la Sologne, y a trouvé des spores, des cellules, des débris de toutes sortes. Il se forma là, d'abord des algues, des mucédinées, des champignons, remplacés plus tard par des vibrions, des monades, des bactéries, et, pendant ce temps, l’eau primitivement limpide, se troublait et devenait floconneuse. Ces ferments entraînés par la vapeur d’eau peuvent-ils être regardés comme le miasme fébrigène? Ce sont là d’ingénieuses hypothèses, mais de pures hypothèses. Viennent maintenant les intéressantes recherches deM. Salisbury. Nofre confrère américain, ayant reconnu, par le microscope, la présence de spores, de cellules, de corpuscules d’animaux, de diatomes, de desmidies, etc., dans les crachats des individus atteints de fièvres intermittentes, fut frappé de la constance et de l’abondance de petites cellules oblongues formées d’un nucléus très-distinct, entouré d’une membrane lisse avec un intervalle transparent et comme vide entre celle-ci et les nucléus. Il reconnut là les cellules du genre Palmella. Ces mêmes cellules se montraient aussi dans les urines des fébricitants. L'examen direct des vapeurs marécageuses y décela la présence en grande quantité de ces corpuscules. Tenait-on enfin l’agent du miasme? Des individus sains et placés en dehors de la zone marécageuse, ayant été exposés aux émanations de
CIIAP. V. — DE l’air atmosphérique.
palmella recueillies sur des marais, et ayant présenté des accès bien caractérisés de fièvre intermittente, M. Salisbury s’est cru en droit de répondre par l’affirmative. Ainsi, comme l’avait déjà dit, en 1819, son compatriote Mitchell, la malaria serait constituée par des spores cryptogamiques.
D’un autre côté, quelques personnes rejettent absolument le miasme putride et voient là un phénomène physique ou météorologique; suivant Fourcault, c’est un défaut d’équilibre entre le magnétisme terrestre et l’électricité atmosphérique. Écoutons maintenant Pallas: «Les marais, par leur constitution géographique et les effets qu’ils produisent sur l’économie animale, offrent la plus grande analogie avec la pile galvanique. Leur action nuisible est d’autant plus redoutable que l’eau dont ils sont formés tient en dissolution des matières organiques ou salines : ce qui explique pourquoi les marais salants et ceux qui avoisinent les rives maritimes sont particulièrement nuisibles à la santé. » M. Eisenmann est entré dans les mêmes idées, il croit à une action électrique exagérée dans les contrées palustres. Pour M. Burdel, c’est bien aussi l’électricité qu’il faut accuser. Selon lui, la véritable cause de l’impaludation gît tout entière dans une diminution de l’électricité déterminée par l’action combinée de la chaleur et de l’humidité. Aussi, contrairement à l’opinion universelle, M. Burdel admetil que l’homme subit l’intoxication paludéenne pendant la chaleur du jour.
On avait constaté depuis longtemps l’existence de fièvres d’accès dans certaines contrées où l’on ne voyait pas de marécages, et les accidents étaient, tout naturellement, rapportés à la nature du terrain. M. Armieux a cherché à démontrer par de nombreux exemples, que, dans ces localités, on doit admettre l’existence d’eaux stagnantes situées à une faible profondeur au-dessous de la surface du sol. Ce qui permet de ramener toutes ces fièvres à un seul type, le type paludéen.]
Deux influences spéciales peuvent être rapprochées de l’action des marais. L’une est celle des rizières, qui doivent avoir une partie de l’année le pied dans l’eau, et qui produisent, dans les pays où elles sont en usage, des effluves marécageux non moins fâcheux que ceux des marais proprement dits, et déterminent des accidents paludéens tout à fait analogues ; l’autre est celle des routoirs, c’est-à-dire des eaux dans lesquelles s’opère le rouissage du chanvre. Ces derniers sont considérés dans beaucoup de pays comme produisant des fièvres intermittentes semblables à celles des marais. Parent-Duchâtelet, s’appuyant sur des expériences entreprises par lui, a regardé les émanations du rouissage du chanvre comme parfaitement innocentes.
Je ne puis admettre l’analogie des expériences tentées par Parent-Duchâtelet, dans un appartement, avec ce qui se passe dans les localités où s’opère en grand le rouissage du chanvre, et, tout en pensant que l’influence de cette opération a peutêtre été exagérée, je n’hésite pas cependant à reconnaître, en raison des faits dont j’ai été témoin, qu’elle détermine des effets analogues, quoique moins énergiques, à ceux des effluves marécageux.
Causes qui favorisent V action des marais. — Ces causes sont externes ou bien internes, c’est-à-dire dépendantes des individus.
Les causes externes sont la température, l’altitude, les vents, l’instant de la journée, la situation géographique.
Les causes internes sont l’âge, le sexe, la constitution, le tempérament et les maladies antérieures. Un mot sur chacune de ces influences.
Causes externes. — i° Température. — En général, plus la température est élevée, plus l’action des effluves marécageux est énergique, et plus facilement ils produisent leurs effets.
La température peut être étudiée dans trois circonstances différentes : la température du jour, celle de la saison, et celle de la localité.
Température du jour. — Les effluves marécageux agissent surtout avec énergie depuis le coucher du soleil jusqu’à son lever, c’est-à-dire à l’instant où la température est moins élevée. Cela tient à ce que, le soir, la nuit et le matin, quand le refroidissement de l’atmosphère laisse précipiter des brouillards ou que la rosée se produit, l’homme reçoit avec une très-grande facilité l’influence des effluves marécageux; car ils ont été précipités avec cette rosée et sont en dissolution dans l’eau qui la constitue. Dans le milieu du jour, quand, par suite de la chaleur, l’air est complètement sec et a dissous totalement les vapeurs, les effluves marécageux exercent, au contraire, leur minimum d’action. L’influence du soir, immédiatement après le coucher du soleil, est, du reste, beaucoup plus énergique que celle du matin; ce qui lient à ce que la chaleur de la journée a opéré de nouvelles décompositions végétales, les a volatilisées en même temps que l’eau, et qu’à l’instant de la chute de la rosée, l’air en est imprégné et saturé.
Température de la saison. — Plus la saison est chaude, plus la décomposition végétale est au maximum, et, par conséquent, plus l’action des effluves marécageux est énergique. C’est, toutefois, en automne que cette action a le plus de force, et voici pourquoi : la chaleur règne depuis longtemps, les marais contiennent moins d’eau, le limon est plus à découvert et le dé-
CI1AP. Y. — DE l’air ATMOSPÜÉRIQUE. 2 81
gagement des effluves plus facile. Si l’on joint à cela la plus grande quantité de matières végétales décomposées, la mort d’un certain nombre de plantes aquatiques annuelles arrivées au terme de leur existence, on aura l’explication de la grande fréquence des fièvres intermittentes automnales.
Température de la localité . — Plus la contrée où existent les marécages se rapproche de l’équateur, plus active est l’action des effluves. On explique ce résultat, 1° par la végétation luxuriante de ces climats, qui produit des plantes aquatiques larges, épaisses, et plus riches en sucs végétaux que partout ailleurs; *2° par la chaleur plus ardente, qui non-seulement dessèche plus rapidement les marais et favorise l’expansion dans l’atmosphère des effluves marécageux, mais encore active la décomposition de ces mêmes substances végétales, qui trouvent réunies les conditions les plus favorables pour cela : chaleur considérable, humidité modérée et eau peu profonde.
2° L'immobilité de l'air favorise l’action des miasmes là où ils se sont développés : c’est, par exemple, ce qui arrive dans des marais entourés de collines et enclavés dans une espèce de bassin.
3° Une autre influence à considérer pour se rendre compte de l’action des marais, c’est V altitude des lieux par rapport au marais lui-même. Il est, en effet, d’observation que les miasmes ne s’élèvent, en général, qu’à une certaine hauteur dans l’atmosphère. Cette hauteur, qui peut être estimée de quarante à cinquante pieds dans nos climats tempérés, est quelquefois plus élevée dans des contrées plus chaudes.
4° En dehors même de l’altitude, des obstacles matériels, des écrans, physiques en quelque sorte, peuvent s’opposer à l’expansion des miasmes et à leur influence sur une localité. C’est ainsi qu’on a vu des bouquets d’arbres, un mur élevé, etc., empêcher l'action des effluves marécageux, et leur disparition faire développer des fièvres intermittentes là où il n’en existait pas auparavant. Dans les contrées tropicales, on se met à l’abri des terribles effets des émanations paludéennes en gagnant l’intérieur des terres et en s’élevant à une certaine hauteur dans les montagnes. Sezze, élevé de 306 mètres au-dessus de la mer, n’éprouve pas l’effet pernicieux de la proximité des Marais Pontins.
5° Les courants d’air, les vents peuvent exercer une influence sur la production des accidents dus aux marécages, en transportant les effluves à des distances plus ou moins considérables. C’est ainsi qu’on voit, dans des localités situées à une certaine distance des marais, mais dans la direction des vents habituels qui passent sur ces derniers avant d’arriver à la lo-
282 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE l’iIYGIÈNE.
calité,des fièvres intermittentes survenir d’une manière presque épidémique à l’instant où ces vents commencent à souffler.
G0 Le mélange accidentel des eaux, salines et des eaux douces, toutes deux à l’état d’eaux stagnantes et marécageuses, détermine un développement considérable d’effluves, et occasionne des accidenls plus graves que n’en produirait chacune de ces deux espèces d’eaux agissant isolément. M. Gaëtano- Giorgini a publié, en 1825, plusieurs faits de ce genre.
Ainsi, d’après cet auteur, la plaine marécageuse formée, dans l’État de Massa, par l’Arno et le Perchio, recevait constamment l’eau salée que les marées lui envoyaient, et la ville de Viareggio ainsi que les environs offraient jusqu’en 1741 l’aspect d’une dépopulation due à l’influence de ces marais. A cette époque, une écluse de séparation des eaux douces et des eaux salées fut construite; dès l’année suivante, les fièvres ne reparurent plus dans le voisinage, et la population s’accrut : mais, en 1768 et 1769, les écluses endommagées laissèrent pénélrer l’eau de la mer, et pendant ces deux années, Viareggio et les bords des lacs de Massacuccioli furent de nouveau ravagés par la maladie; le rétablissement de l’écluse la fit cesser; un oubli pareil, en 1784, amena les mêmes résultats. Les habitants de Montignoso, placés dans des conditions pareilles, sollicitèrent les mêmes secours; une semblable écluse améliora leur sort. Deux autres furent construites à Montrone, en 1818, et à Tonfalo, en 1820; le même succès couronna ces travaux.
Quelle est la cause de semblables effets? On l’ignore; il est cependant probable que c’est la densité différente des deux liquides mélangés qui détermine une fermentation soudaine et rapide. Le mélange des eaux de deux étangs différents peut produire des phénomènes semblables.
Suivant M. Savi, ainsi que nous l’avons dit plus haut, le mélange des eaux douces et des eaux salées produirait une quantité notable d’hydrogène sulfuré, et ce serait alors à ce gaz qu’il faudrait attribuer les effets plus pernicieux de ces marais.
Les eaux d’une féculerie, mêlées à des eaux marécageuses, sont probablement capables de produire une action analogue et une infection soudaine.
[Aux conditions précédentes qui font varier l’intensité du miasme paludéen, il convient, depuis les belles et savantes recherches de M. Boudin, d’ajouter la situation géographique. Dans l’hémisphère nord, le domaine des fièvres paludéennes s’étend de l’équateur à une limite boréale qui, au moins sur l’ancien continent, correspondrait assez bien à la ligne isotherme de o° centigrades, mais qui, dans l’Océan, exclut les îles du nord
de l’Ecosse. Dans l’hémisphère sud, ce domaine est beaucoup plus restreint et sa limite australe n’atteint même pas l’isotherme de 15°. Les fièvres sont très-rares dans l’Amérique du Sud en dehors du tropique. A quelle cause atlribuer cette immunité ? D’après les récentes recherches de M. Pauly, il faudrait la rapporter à l’action des vents qui balayent incessamment les régions dangereuses de l’autre hémisphère, sur lequel ils ont un libre accès, tandis que dans l’hémisphère boréal, les vastes contrées palustres qui s’y rencontrent seraient, en grande partie, soustraitesà cette puissante ventilation.]
Causes internes. — Age. — Plus un individu est jeune, plus, toutes circonstances égales d’ailleurs, il subit facilement l’influence des effluves marécageux.
Sexe. — 11 est généralement admis que les femmes résistent mieux aux émanations paludéennes : cela tient uniquement à ce que, par suite de leurs occupations habituelles, elles s’exposent moins à leur action.
Les sujets à tempérament lymphatique, ceux qui sont mous, débiles, d’une faible constitution, subissent bien plus facilement l’action des marais.
Il en est de même des individus convalescents d’une maladie quelconque.
Les personnes qui ont déjà eu des fièvres intermittentes sont également bien plus aptes à subir l’influence de la malaria.
Action des effluves marécageux sur l'homme. — Cette action est complexe et assez difficile à analyser; nous adopterons, toutefois, l’opinion qui consiste à admettre que l’action des marécages détermine des endémies et des épidémies.
Endémies. — Les unes sont aiguës, les autres chroniques; elles résultent toutes de l’action des effluves marécageux sur l’homme, après qu’ils ont été absorbés par lui. Les voies d’absorption sont probablement, comme toujours, les surfaces cutanée, pulmonaire et digestive.
Les effluves, une fois absorbés, peuvent agir immédiatement, au bout de quelques jours, ou longtemps après. C’est ainsi qu’on a vu des individus n’être pris de fièvres d’accès que sept ou huit mois après avoir subi l’influence marécageuse.
Endémies aiguës. — 1° Dans les climats tempérés, qui comprennent une partie du centre de l’Europe, l’influence dont nous parlons se traduit par la production de fièvres intermittentes simples et de toutes leurs variétés, fièvres quotidienne, tierce, quarte, etc. ; par le développement de fièvres rémittentes simples ou bilieuses; enfin, par les fièvres larvées. Ces affections diverses sont d’autant plus intenses que la saison est plus chaude, et la contrée plus méridionale.
Dans les climats tempérés, les fièvres pernicieuses se développent quelquefois ; elles y sont rares.
Dans les climats chauds du Midi, comme l’Italie, la Grèce, le nord de l’Afrique, les accidents qui sont la conséquence de l’influence paludéenne sont plus à redouter. Les fièvres intermittentes sont beaucoup plus graves, plus souvent pernicieuses et fréquemment mortelles. La dysenterie y est ég’alement commune. On voit, de plus, un certain nombre de maladies aiguës, ordinairement continues, prendre le type intermitlent.
Dans les climats très-chauds, dans les régions équatoriales, aux Antilles, à la Guyane, etc., l'influence paludéenne est plus terrible encore.
Il y a d’abord des exemples d’intoxication rapide et produite en quelques heures par l’atmosphère marécageuse. On a vu ainsi la mort survenir à la suite de l’exposition passagère à l’air d’un marais, après une journée très-chaude. Les fièvres intermittentes y sont rarement simples et presque toujours pernicieuses et mortelles. On observe assez souvent des dysenteries graves.
La plupart des auteurs qui ont écrit sur les maladies des pays chauds, placent dans les effluves marécageux la cause et le point de départ de trois grandes maladies pestilentielles. Un mot sur chacune d’elles.
1° Le choléra. — C’est, en effet, dans les émanations marécageuses des bords et de l’embouchure du Gange que l’on place l’origine de cette maladie, qui y est endémique; une fois développée, elle se répand au loin par des miasmes capables de reproduire une maladie semblable. Une observation curieuse de Johnson éclaircit la question étiologique de celte influence. Sur vingt-huit soldats exposés à la fois aux émanations d’un marais, seize furent pris de fièvres intermittentes, quatre du choléra, quatre de dysenterie, et le resle de fièvre jaune. N’est-ce pas là la preuve la plus évidente de l’influence pathogénique des eaux stagnantes sur ces quatre maladies r fièvre intermittente, choléra, dysenterie, fièvre jaune?
2° Fièvre jaune. — La fièvre jaune est très-probablement due, lorsqu’elle commence à se manifester dans une localité, aux effluves marécageux ; voici les preuves sur lesquelles on peut appuyer cette opinion :
La fièvre jaune est plus commune au voisinage des plaines inondées et de l’embouchure des fleuves, spécialement à Pensacola, à la Vera-Cruz, à la Havane, sur les rives du Rio- Morto, à Carthagène, à Saint-Pierre de la Martinique, et dans toutes les localités infectées d’eaux stagnantes.
La fièvre jaune se montre aux mêmes époques et dans les
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mêmes conditions que les fièvres intermittentes de nos climats. Elle est presque toujours précédée et accompagnée par celles-ci dans les lieux où elle existe.
La fièvre jaune décime les Européens transplantés, tandis que, dans le môme temps et dans le môme lieu, la fièvre intermittente sévit sur les indigènes mieux acclimatés.
D’après M. de Ilumboldt, il suffit de traverser pendant quelques heures les environs de la Vera-Cruz, pour contracter les germes de la fièvre jaune.
Pour cette dernière comme pour les fièvres intermittentes, tous les effluves marécageux paraissent n’agir que jusqu’à une certaine hauteur. D’après M. de Humboldt, la ferme de l’Encerro, située à 928 mètres au-dessus de la Vera-Cruz, est la limite delà fièvre jaune dans ces contrées.
3° Peste d'Orient. — Parmi les causes qui exercent une grande influence sur le développement de la peste d Orient, on a coutume de citer l’influence marécageuse. Cela peut être vrai, mais le fait est beaucoup moins bien démontré que pour les deux maladies précédentes.
[Enfin quelques auteurs (Ancelon, Oft, etc.) ont noté la coexistence ou l’alternance des fièvres intermittentes avec des fièvres typhoïdes et des épidémies charbonneuses dans lespays de marais.]
Endémie chronique. — J’entends exprimer par là l’état général des habitants qui vivent au milieu des marécages, état qui résulte de l’influence habituelle des effluves marécageux, et qui est souvent interrompu par le développement de fièvres intermittentes nouvelles, intercurrentes.
Cet état endémique, pour lequel on peut accepter la dénomination de cachexie paludéenne, ne se manifeste pas de la même manière dans tous les pays de marais. Ainsi, on l’observe fréquemment chez les habitants des marécages des bords de la mer du Nord et de la Baltique. Dans ces localités, malgré l’existence des effluves, les fièvres intermittentes ne sont pas trèscommunes; elles n’y présentent ni la gravité, ni l’intensité qu’elles ont dans des contrées plus chaudes ; tandis que c’est l’état endémique, au contraire, qui domine.
Dans les contrées du centre, les fièvres intermittentes sont très fréquentes, mais ce n’est encore que rarement qu’elles y sont pernicieuses.
L’état endémique s’y montre avec une fréquence à peu près aussi grande, et il s’y présente indifféremment comme état primitif chez les indigènes des localités marécageuses, ou comme état consécutif à la suite de fièvres intermittentes fréquemment répétées.
Dans les climats chauds, l’endémie n’a souvent pas le temps
de se manifester, et ce sont des accidents aigus qui surviennent presque toujours chez les habitants et chez les étrangers. Chez les indigènes des Marais Pontins, la cachexie paludéenne est à peu près générale ; en Afrique, aux Antilles, l’endémie chronique est plus rare, et les accidents aigus sont beaucoup plus fréquents.
Cette endémie ou cette cachexie paludéenne consiste dans la diminution simultanée de la proportion des globules et de la proportion de l’albumine du sérum du sang. Quelquefois l’abaissement du chiffre de la fibrine vient s’y joindre.
L’abaissement du chiffre des globules se traduit par la décoloration avec teinte jaunâtre de la peau, la dyspnée, les palpitations, les bruits de souffle vasculaire. La diminution de l’albumine se manifeste par la tendance à la production des hydropisies générales et la faiblesse des sujets.
Quand il y a diminution de proportion de la fibrine, on observe en môme temps des hémorrhagies de la peau et des membranes muqueuses.
En môme temps que cet état général, on constate bien souvent l’existence de fièvres intermittentes intercurrentes trèsrebelles, à la suite desquelles on observe fréquemment des congestions chroniques, également rebelles, du foie et de la rate.
Celte cachexie paludéenne peut-elle conduire aux scrofules, à la phthisie pulmonaire, au rachitisme? L’examen de cette question a quelque importance.
Relativement aux individus cachectiques, je ne pense pas que la cachexie seule puisse les conduire à l’une des trois maladies que je viens de nommer, à moins qu’ils n’aient une prédisposition morbide spéciale pour l’une d’elles. — Mais quant à leurs enfants, c’est autre chose, et personne n’hésite à admettre que les sujets nés de parents atteints de cachexie paludéenne ne deviennent fréquemment rachitiques, scrofuleux ou tuberculeux.
Une autre question qui, dans ces dernières années, a soulevé de vives discussions, est celle de l’antagonisme des influences marécageuses avec deux autres maladies : la fièvre typhoïde et la phthisie pulmonaire.
Voici les conclusions du travail intéressant de M. Boudin, un des premiers qui aient produit cette opinion.
1° Les localités dans lesquelles la cause productrice des fièvres intermittentes endémiques imprime à l’homme une modification profonde, se distinguent parla rareté relative de la phthisie pulmonaire et de la fièvre typhoïde.
2° Les localités dans lesquelles la fièvre typhoïde et la phthisie pulmonaire sont fortement dessinées se font remarquer par la
rareté et le peu de gravité des fièvres intermittentes contractées sur place.
3° Le dessèchement d’un sol marécageux ou sa conversion en étang, en produisant la disparition ou la diminution des maladies paludéennes, semble disposer Forganisme à une pathologie nouvelle, dans laquelle la phthisie pulmonaire et, suivant la position géographique du lieu, la fièvre typhoïde se font particulièrement remarquer.
4° Après avoir séjourné dans un pays à caractère marécageux prononcé, l’homme présente contre la fièvre typhoïde une immunité dont le degré et la durée sont en raison directe composés : 1° de la durée du séjour antérieur; 2° de l’intensité d’expression à laquelle y atteignent les fièvres de marais considérées sous le double rapport de la forme et du type. Ce qui, en d'autres termes, signifie que le séjour dans un pays à fièvres rémittentes et continues, tels que certains points du littoral de l’Algérie et le centre des pays d’étangs de la Bresse, est plus préservateur contre les maladies dont il s’agit que ne le serait, par exemple, le séjour à l’embouchure fangeuse de la Bièvre, à Paris.
5° Les conditions de latitude et de longitude géographiques et d’élévation qui posent une limite à la manifestation des fièvres de marais établissent également une limite à l’influence médicatrice de l’élément marécageux.
6° Enfin, certaines conditions de race et peut-être de sexe, en diminuant l’impressionnabilité del’organisme pourla cause productrice des fièvres de marais, amoirfdrissent en même temps l’efficacité médicatrice de cette cause.
Ces conclusions de M. Boudin ont trouvé beaucoup d’incrédules et soulevé de vives critiques. Des arguments et des chiffres ont été produits pour les appuyer aussi bien que pour les combattre, et la question est encore indécise. Je resterai également dans le doute, et j’admettrai que M. Boudin a exagéré un fait qui présente cependant un côté vrai ; je pense qu'il y a peu de fièvres typhoïdes et de phthisies pulmonaires là où règne l’influence marécageuse : il y a loin de là à l’antagonisme à peu près absolu que ce médecin a voulu admettre, et que de nombreuses recherches ultérieures pourront seules démontrer.
L’influence marécageuse exerce une action fatale sur la population, et le résultat le plus habituel de sa persistance, dans une localité déterminée, est la dépopulation de cette localité. — Les villes de Brindes, Aquilée, Acerra en Italie, se sont éteintes. — En Bresse, la petite ville de Villars a été réduite à un petit groupe d’habitations. — Vie, au lieu de 8 à 900 maisons
qu’il avait dans le dix-huitième siècle, en compte tout au plus 30. — Frontignan et d’autres villes des environs de Cette ne sont plus maintenant que des villages.
En général, dans les contrées marécageuses, comme dans la Sologne, la Brenne, la Bresse, le nombre des décès l’emporte sur celui des naissances, et l’immigration seule entretient la population. Une extrême dépopulation a toujours été remarquée dans les Marais Ponlins.
De 1801 à 1811, le pape Pie YI fit exécuter dans les Marais Pontins des travaux d’amélioration qui amenèrent les résultats suivants (De Prony) :
Décès
Naissances.