‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 116 sur 353 · SPÉCIALE ET CONSTANTE · texte numérisé non relu

SPÉCIALE ET CONSTANTE

Elle contient deux sous-divisions :

i° Avec détermination spéciale vers l’abdomen ;

•° Avec détermination spéciale vers la peau.

1° Maladies miasmatiques avec détermination spéciale vers l’abdomen.

Il n’y en a qu’une, la fièvre typhoïde.

Fièvre typhoïde . — La fièvre typhoïde n’est pas inoculable ; c’est une maladie miasmatique, et on ignore complètement les lois qui président au transport, à la communication et à l’absorption de ces miasmes. Ces lois, auxquelles il est difficile de remonter dans les grandes villes, ont été étudiées dans les campagnes. Là, l’étude du mode de propagation de la fièvre typhoïde dans les épidémies des petites localités a déjà conduit un grand nombre de praticiens à admettre les propriétés contagieuses de cette affection. Je crains qu’on ne soit allé un peu trop loin, et qu’on n’ait donné le nom de contagion à ce qui n’était que le résultat d’actions miasmatiques locales, et du transport des miasmes s’effectuant par l’intermédiaire d’un individu atteint de la maladie, qui les communiquait ainsi dans une localité jusque-là saine. La chaleur paraît favoriser son développement. Cette maladie sévit de préférence, ainsi qu’on le sait, sur les individus jeunes, récemment arrivés dans les grandes villes.

2° Maladies miasmatiques avec détermination spéciale vers la peau.

Quatre maladies peuvent être rangées dans cette classe. Une d’elles est très-certainement inoculable, c’est la variole : les trois autres sont la scarlatine, la rougeole et la suette miliaire. Pour la première, le sang d’une part, et de l’autre le pus des pustules, paraissent être le siège du virus variolique. Pour les trois autres maladies, le sang est probablement l’agent du virus. Des expériences déjà nombreuses, et que nous ne pouvons rapporter ici, tendent à démontrer qu’il en est ainsi, et que le sang d’individus atteints de scarlatine, de rougeole ou de suette miliaire, inoculé sous l’épiderme, peut transmettre à un individu sain une maladie analogue. La science

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toutefois n’est pas encore définitivement fixée à cet égard : la difficulté des expériences d’inoculalion de cette espèce, et on pourrait presque dire l’immoralité qu’il y a à les tenter chez des individus sains, retarderont longtemps la solution de cette question.

Ces quatre maladies sont essentiellement miasmatiques dans le sens du mot : les miasmes qu’elles produisent agissent presque aussi énergiquement par le contact direct d’un individu malade avec un sujet qui ne l’est pas, que par le séjour dans le même lit, dans la meme chambre, dans la môme maison, et enfin dans la môme localité. Ils jouissent également de la faculté d’ôlre transmis aussi bien par les vêtements, les tissus, les objets usuels, la surface cutanée des individus, que par les courants d’air. La chaleur paraît aussi favoriser leur absorption par l'homme bien portant.

3e CLASSE. — Maladies accidentellement épidémiques, et par

CONSÉQUENT ACCIDENTELLEMENT MIASMATIQUES.

Cette classe ne correspond à aucune maladie inoculable, et les causes qui transforment une affection habituellement sporadique en maladie accidentellement miasmatique et épidémique sont complètement inconnues dans leur nature. Les variations de température, la chaleur, les mauvaises conditions hygiéniques, exercent bien une influence sur leur facilité de transmission et sur leur intensité, une fois que la transformation de maladie sporadique en maladie miasmatique a eu lieu, mais elles ne rendent pas compte de la transformation ellemême. On ignore complètement pourquoi telle affection, habituellement isolée, individuelle, acquiert, à une époque donnée, la faculté de produire des miasmes capables, par leur absorption, de développer chez des individus sains une maladie semblable.

Cette classe comprend surtout des phlegmasies et quelques maladies spéciales. On peut y faire rentrer : 1° la bronchite épidémique (grippe), 2° la méningite cérébro-spinale épidémique, 3° les érysipèles, 4° la dysenterie, 5° les affections pseudomembraneuses (angine et croup), 0° certaines affections gangréneuses, 7° la coqueluche.

Ce sont là les maladies les plus communes ; car d’autres affections que celles-là peuvent également et accidentellement développer des miasmes capables de produire chez des individus sains des maladies analogues.

Règles hygiéniques. — Les règles hygiéniques relatives aux maladies miasmatiques sont de deux ordres. Les unes concer-

lient les individus isolés pris à part, les autres regardent les populations, les individus pris collectivement.

1° Chez les individus considérés isolément et habitant une ville où règne une maladie miasmatique, les règles varient suivant l’espèce de maladie. Si elle est de la nature de celles dans lesquelles le contact, le voisinage immédiat de l’individu malade favorise l’action et l’absorption des miasmes par l’individu sain, comme la variole, la rougeole, la scarlatine, la suette miliaire, la peste, le typhus et la fièvre jaune, la première règle à suivre pour les individus qui n’ont aucun soin à donner aux malades, et qu’aucun lien d’amitié ou de famille n’y attache, est d’éviter le plus complètement possible leur contact, afin d’éloigner les chances d’absorption miasmatique.

Pour les affections qui ne sont pas dans cette classe, comme le choléra, la fièvre typhoïde, les maladies accidentellement miasmatiques, cette précaution est sinon inutile, au moins secondaire.

2° Les individus placés dans le centre d’action des miasmes doivent observer scrupuleusement les règles d’une hygiène sévère, tout en se rapprochant le plus possible, cependant, du genre de vie qui leur est habituel. Ainsi, on évitera les variations de température et le froid : on aura recours à une alimentation saine, médiocrement abondante, mais suffisante, légèrement tonique ; on évitera avec le plus grand soin les excès de table, les excès génitaux, et tout exercice trop violent, toute occupation trop assidue; on tâchera d’éloigner enfin les préoccupations morales trop pénibles, la crainte trop vive de l’épidémie. Pour résumer, on sera modéré en tout, et on mènera une vie douce, calme et tranquille.

3° L’hygiène publique des villes doit être dirigée et surveillée avec soin. Aux époques d’épidémie, il faudra veiller à la ventilation, à l’éloignement de tous les foyers d’infection et à la police sanitaire des marchés, sous le rapport de la bonne qualité et du bon état des denrées. On procédera à l’arrosement des voies de communication dans les grandes chaleurs, et à l’enlèvement des boues dans l’hiver et les saisons pluvieuses. Les soins qui seront donnés à l’observation de toutes ces règles pourront diminuer au moins l’action des miasmes et l’intensité delà maladie qu’ils produisent. Enfin, l’administration essayera de rassurer le moral des populations par des publications appropriées.

Arrivons maintenant à des questions d’hygiène publique plus précises et en même temps plus difficiles :

1° Existe-t-il des moyens d’annihiler ou de détruire complètement les miasmes?

A. Becquerel, 6e édition.

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C’est une opinion que parlagent encore beaucoup de personnes, et en faveur de laquelle existent quelques arguments qu’on ne manque jamais de produire. Nous ne nous occuperons pas ici des feux qu’on a conseillé d’allumer sur les places des villes dans lesquelles existe une épidémie, non plus que du camphre, qui a joui d’une célébrité assez grande pendant l’épidémie de 1832, et nous arrivons immédiatement au chlore.

A l’époque de la première invasion du choléra, on partit de ce principe : que le chlore, en raison de sa grande affinité pour l’hydrogène, détruisait immédiatement les matières organiques avec lesquelles il se trouvait en contact; et, s’appuyant sur cette hypothèse très-probable que le choléra était produit par des miasmes inconnus, il est vrai, dans leur essence, mais de nature organique, on crut pouvoir détruire ces derniers en dégageant du chlore, soit directement, soit par la décomposition lente des chlorures alcalins à l’air libre.

L’expérience ne répondit pas aux prévisions de beaucoup de médecins, et, soit que les miasmes qui sont doués d’une force de résistance si considérable à toutes les vicissitudes atmosphériques, et même à la putréfaction et à la décomposition, soient inattaquables par le chlore, soit que ce gaz ne puisse être produit en quantité assez considérable pour détruire les miasmes répandus dans toute l’atmosphère et qui se reproduisent par une sorte de fermentation, l’action du chlore fut complètement nulle, et son emploi n’eut d’autre résultat que d’être extrêmement désagréable pour les personnes qui l’employèrent.

2° Pour empêcher la propagation d’une maladie miasmatique d’un pays dans un autre, on a eu recours, soit aux cordons sanitaires, soit aux quarantaines. Essayons d’apprécier quelle peut être leur influence. D’abord, pour certaines maladies miasmatiques se produisant sous forme de grandes épidémies, ces grands moyens d’hygiène- publique sont parfaitement inutiles : c’est, par exemple, ce qui a lieu pour le choléra, pour la fièvre typhoïde, pour les maladies accidentellement miasmatiques ; mais pour les autres, il y a une distinction à faire :

Pour les maladies dont les miasmes peuvent se transmettre non-seulement par des courants d’air, mais encore et même beaucoup mieux par l’intermédiaire des individus, de leurs vêtements, etc., il n’y a pas le moindre doute que l’on n’ait un grand intérêt à empêcher la communication d’un individu malade avec les individus sains, parce qu’il est probable que les miasmes développés par le premier pourront être absorbés par les seconds, et porter ainsi la maladie de proche en proche. Ce cas pouvant se présenter, il n’y a pas lieu, sous ce rapport, de

C I J A F . V. — DE L’AIR ATM0SPI1ÉRIQUE.

supprimer complètement nos quarantaines. Mais ce n’est pas ainsi que la question est posée l’égard des quarantaines pour les navires arrivant d’Orient et des localités où règne ordinairement la peste.

Il est de longues périodes pendant lesquelles il ne règne pas , de peste en Orient, et dans la crainte chimérique de la communication d’une maladie qui n’existe pas alors, on apporte de grandes entraves à la liberté du commerce et aux communications des nations entre elles : c’est là, du moins, ch qu’on reproche à l’organisation actuelle des quarantaines. La réforme toutefois est commencée, et la création des médecins sanitaires français dans les principales villes du Levant, qui sont ordinairement le berceau de la peste, est déjà un progrès très-grand. Je ne puis entrer ici dans l’histoire complète des quarantaines ; je vais seulement parler brièvement de la manière dont elles sont maintenant organisées : leur organisation a pour bases la loi du 3 mars 1822, l’ordonnance royale du 18 avril 1847 et le décret du 21 décembre 18o0.

Lorsqu’il n’existe aucun cas de peste ou de maladie suspecte dans les localités étrangères d’où viennent les vaisseaux qui entrent dans les ports français, ces bâtiments sont munis d’une patente nette, et ils sont admis à la libre pratique sans quarantaine aucune, pourvu que huit jours se soient écoulés depuis l’instant du départ, et qu’aucun cas de maladie suspecte ne se soit développé pendant ces huit jours. — Pour jouir de ces avantages, il faut que ces bâtiments aient à leur bord, soit un médecin militaire, si c’est un vaisseau de la marine de l’Etat, soit un médecin sanitaire. S’il n’en est pas ainsi, ces bâtiments sont soumis à une simple quarantaine d’observation de trois jours.

On voit, d’après cette organisation, combien a été amélioré l’ancien système des quarantaines, qui apportait une si grande entrave au commerce et aux voyages.

Lorsque les bâtiments proviennent de pays suspects et dans lesquels existe une maladie épidémique ou une épidémie pestilentielle, tes choses ne se passent pas de la même manière. Ces bâtiments sont munis d’une patente brute déclarée la veille ou le jour même du départ. Ils sont alors soumis à une quarantaine de dix jours pleins, à partir de l’arrivée, sans distinction des bâtiments ayant ou n’ayant pas de médecin sanitaire à bord.

Lorsque, pendant la traversée ou durant la quarantaine, il survient des cas de peste ou de maladies suspectes, le bâtiment, les passagers et les marchandises sont soumis à une quarantaine spéciale, dont la durée est fixée par l’administration.

Les patentes brutes et nettes, dont il vient d’ôtre question, sont délivrées par les consuls, les agents consulaires après la visite des médecins sanitaires nommés par le gouvernement.

nihllographfo. — Des épidémies en général. Infection, contagion : Voy. Hippocrate, Baillou, Sydeniiam, Stoll, etc. — Mém. de la Soc. de méd. de Paris, de 1776 o 1789, 10 vol. in-4°. — Journ. gén. de méd. (la coilcct.). — Mém . de l’Acad. de méd. (la collection).

Des épidémies au point de vue de l’origine contagieuse ou infectieuse. Voir d’anciennes relations : Thucydide, I, 51. — Denys (d’Halicarnasse), IX, 421. — Diodore (de Sicile), XIV, 71. — Tite-Live, III, XV, etc. — Les poètes : Lucrèce, De rer. nat ., VI. — Ovide, Metam., VII. — Virgile, Georg.} III, etc. — Voy. aussi Aristote, Probl.} VII, 8. — Galien, De diff. febr., I, 2. — Guy (de Chauliac), Magna chir., tract. I, doctr. II, c. 5. — Boccace, Décam., lre journ. — Fracastor, De contagionibus et de contagiosis morbis libri III. Venctiis, 1546, in-4°. — Palmarius (le Paulmier), De morbis contagiosis libri VII. Paris, 1578, in-4°. — Facio (S.), Paradossi délia pestilenza. Genoa, 1584, in-4° ; trad. franc, par Baralis. Paris, 1620, in-8°. — Florio (M. Ant.), Délia natura de mali epidemici e modo di curargli. Ferrara, 1587, in-8°. — Perlinus. Declamatio adversus morborum contagionem. Hanov., 1613, in-4° ; plus une multitude d’écrits et de dissertations. Dans des temps plus rapprochés. — Menzer (J. C.), De morbis epidemicis antiquis. Basileæ, 1704, in-4°. — Wintringham (Cl.), A Treatise on Epidémie Diseases. York, 1718, in-8<>. — Lind (J.), Two Papers on Fevers and Infection. Lond., 1763, in-8°; trad. fr., par H. Fouquet. Montp., 1781, et Genève, 1798, in-12. — Menuret de Chambaud, Essai sur l’action de l’air dans les maladies contagieuses. Paris, 1781, in-12. — Ferro P. Jos. V.), Von der Ansteckung der epidemischen Krankheiten, und besonders der Pest. Wien, 1782, in-8°. — Lebrun, Traité théorique sur les maladies épidémiques , dans lequel on examine s’il est possible de les prévenir. Paris, 1784, in-8°. — Pichler (J. Fr. Chr.), Mém. sur les maladies contagieuses , dans lequel on examine quelles sont les maladies vraiment contagieuses. Paris, 1785, in-8°. — Retz, Précis sur les maladies épidémiques . Paris, 1787, in-12. — Hopfengürtner (Ph. Fr.), Beitràge zur allgenieinen und besonderen Théorie der epidemischen Krankheiten. Frankf. a. M., 1794, in-8°. — Cattet et Gardet, Essai sur la contagion, ou Recherches sur les maladies contagieuses considérées , etc. Paris, 1802, in-8°. — Schnurrer, Materialen zu einer allg. Naturlehre der Epidemieen und Contagionen. Tubingen, 1810 ; trad. franç. de Gasc et Breslau. Paris, 1815, in-8°. — Du même, Chronik der Seuchen in Verbindung mit, etc. Tubingen, 1823-25, 2 vol. in-8°. — Laubender (B.), Miasmatologie, oder naturgeschichtliche Darstellung aller ansteckenden Krankheiten bei Menschen und Thieren. Leipz., 1811, in-8°, 1. 1. — Knoblauch (J. W.), Epidemion, oder Annalen fur Epidemieen, Endemieen, Contagionen, etc., ibid., 1814-15, 2e part., in-8°. — Bernhardi (J. J.), Handbuch der allgemeinen und der besondern Contagienlehre. Gotha, 1816, in-8°. — Ritter (G. H.), Abhandl. von den Ursachen ansteckender Krankheiten , und der, etc. Leipzig, 1819, in-8°. — Brera (W. L.), De contagi e délia cura de’ loro effeti. Padova, 1819, in-8°, 2 vol. — Trannoy, Traité des maladies épidémiques. Amiens, 1819, in-8°. — Lassis, Recherches sur les véritables causes des maladies épidémiques appelées typhus. Paris, 1819, in-8°. — Du même, Causes des maladies épidémiques, etc. Paris, 1822, in-8°.— Fodéré, Leçons sur les épidémies, etc. Paris, 1822-24, in-8°, 4 vol. — Balme, Obs. et réflex. sur les causes, les sympt. et le iraitem. de la contagion dans différentes maladies. Lyon, 1822, in-8°. — Hufeland (C. W.), Atmosphàrische Krankheiten und atmosphàrische Ansteckung. Unterschied von Epidémie, Contagion und Infection, ein Reitrag, etc. Berlin, 1823, in-8°. — MAnx (C. F. H.), Origines contagii. Carolisruhæ, 1824, et ibid., 1826, in-8. — Leprieur (L. J. L.), L’homme considéré avec l’atmosphère, ou Nouvelle doctrine des épidémies fondée sur les phénomènes de la nature. Paris, 1825, in-8°, 2 vol. — Ferrario (Alex.), De veterum ignorantia circa doctrinam contagii in morbis epidemicis. Ti-

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— Anglada (Ch.), De la contagion considérée chez l’homme et chez les animaux. Montp., 1846, in-8°. — Du même, Traité de la contagion pour servir, etc. Paris, 1853, in-8°, 2 vol.— Bouchut, Mém. sur les maladies contagieuses, in Gaz. méd. de Paris, 1848. — Thibaut (D.), Considérations sur les épidémies, les endémies, les enzooties, sur la contagion et l’infection de la peste, de la fièvre jaune, du choléra, etc., etc. Metz, 1849, in-8°. — Baerensprung (F. V.), Ueber Volkskrankheiten. Halle, 1851, in-8°. — Beau, De la contagion dans les maladies. Th. de conc. Paris, 1851, in-8°. — Marchai, (de Calvi), Des Épidémies. Th. de conc. Paris, 1852, in-8°. C arpenter, On the predisposing Causes of Epidémies, in Med. Chir. Rev., jan. 1853, p. 175. — Grainger (R. D.), On the Influence of Noxious Effluvia in the Origine and Propagation of Epidémie Diseases. in Assoc.Med. Journ., 1853, n°® 8, 9.

— Smith {S.), Epidémies considered with Relation to their Common Nature and to Climate and Ciin'feah'on.Edinburgh,1856,in-12. — Finkklstein (R.),Z)i'e Wolkskrankheiten, nebst eine Anleitung, etc. Oppeln (Breslau), 1857, in-8° — Coze et Feltz, Recherches expérimentales sur la présence des infusoires et l’état du sang dans les maladies infectieuses, in Gaz. méd. de Strasb., 1857, p. 217. — Griesinger (W.), Infections Krankheiten. — Malariakrankheiten. — Gelbes Fieber, etc., in Handb der Spec. Path., etc. Von Virchow, t. II, Erlangen, 1857, 2e Abth. — 2® édit., ibid,, 1864, in- 8°, trad. fr., par G. Lemattre. Paris, 1868, in-8°.— Barrer (T. Herb.), On Malaria, and Miasmata and their Influence in the Production of Typhus and Typhoïd Fevers, Choiera, etc. London, 1862. — Stanski, De la contagion dans les maladies. Paris, 1865, in-8°. — Du même, De la contagion dans les épidémies, analyse, etc. Paris, 1S70, in-8°. — Bonnet (Aug.), De la contagion en général, en particulier du inode de propagation du choléra morbus, etc. Paris, 1866, in-8°. — Poznanski, Études épidémiologiques. La conférence sanitaire internationale de Constantinople. Paris, 1869, in-8°. — Dyes, Ueber das Wesen und die Behandlung der miasmatischer Krankheiten, in Deutsche Klin, 1870, n°® 25, 26. .

Des épidémies en particulier : — leur nombre et la multitude inûnie d’ouvrages

auxquels elles ont donné lieu, rend ici toute bibliographie impossible. Notons seulement : Pourritures d’hôpital. — Delpech (1812), Olivier (1822). Fièvre nosocomiale et typhus. — Pringle (1752). — Rasori (1801), trad. franç. (1822). — Hildenbrand (1810), trad. franç. de Gasc, 1815. — Discussion sur le typhus observé dans les armées pendant la guerre d’Orient. Constantinople, 1856, in-8°. — Carmichael-Smitii, Obs. sur la fièvre des prisons, trad. fr. par Odier. Genève, 1801, in-8». — Fièvre puerpérale. — Doublet (1791). — Discussion académique sur la fièvre puerpérale. Paris, 1858, in-8° — Semmelweis, Die Ætiologie, der Begriff und die Prophijlaxii; in der Kindbettfieber . Wien, 1861, in-8°.

Choléra : Rapports administratifs et académiques, publiés en France et à l’étranger. — Rapports sur la marche et les effets du choléra dans Paris et les communes rurales du département de la Seine en 1832. Paris, 1834, in-4° — Blondel, Rapport , etc. Paris, 1850 et 1855, in-4°, 2 vol. — Report of General Board of Health on the Epidémie Choiera of 1848 and 1849, in-8°. Appendix A,by Dr Sutherland; Appendix B,by Br Grainger. — Slatistics of Choiera with Sanitary Measures, etc., oct. 1849. — Guérard, Sur l’épidémie de choléra, in Ann. d'hyg., 2* sér., t. I, p. 79, 1854. — Merkel, Rïickblick auf die neuere choler aliter atur, in Schmidt’s Jahr, t. LXYI, LXVIII, 1850. — Hirsch, Rïickblick auf die Erfahrungen und Leistungen im Gebiete der Choiera, etc., ibid., t. XCI1, 1856. — Fauvel (S. Ant.), Le choléra, origine, endémicité , transmissibilité, propagation, mesures d’hygiène, mesures quarantainaires. etc. Exposé des travaux de la conférence sanitaire internationale de Constantinople. Paris, 1868, in-8°, cart. 1. Voy. aussi les Traités et Mémoires sur cette maladie et qui forment une bibliothèque tout entière.

Peste d’Orient. Au point de vue de l’hygiène, voyez plus bas Mesures sanitaires, dont l’histoire se rapporte plus spécialement à la peste.

Fièvre jaune, connue seulement depuis la découverte de l’Amérique. — Discussions sur la contagion et la non-contagion vers la fin du siècle dernier. — Moreau de Jonnès, Monographie historique et médicale de la fièvre des Antilles, et recherches physiologiques sur les lois de développement et de propagation de cette maladie pestilentielle. Paris, 1820, in-8°. A partir de 1822, époque de l’épidémie de Barcelone, renouvellement de la grande polémique sur le mode de propagation et de transmission de la maladie ; c’est alors que paraissent les travaux de Chervin. — Bally, François et Pariset. Histoire de la fièvre jaune observée en Espagne et particulièrement en Catalogne dans l’année 1821. Paris, 1823, in-8°. — Rociioux, Recherches sur la fièvre jaune et preuves de sa non-contagion dans les Antilles. Paris, 1822, iu-8°. — Du même, Recherches sur différentes maladies qu’on appelle fièvre jaune. Paris, 1828, in-8°. — Audouard, Relation historique et médicale de la fièvre jaune qui a régné à Barcelone en 1822. Paris, 1822. — Chervin, Examen critique des prétendues preuves de contagion de la fièvre jaune en Espagne, etc. Paris, 1827, in-8°. — Du même, Examen des principes de l’administration en matière sanitaire. Paris, 1827, in-8°. — Du même, Rapport lu à l’Académie de médecine au nom de la commission chargée d’examiner les documents de M. Chervin concernant la fièvre jaune, avec remarques. Paris, 1828, in-8°. — Du même, Des opinions des médecins américains sur la contagion ou la non-contagion de la fièvre jaune. Paris, 1829, in-8°. — Du même, De l’origine locale et de la non-contagion de la fièvre jaune qui a régné ci Gibraltar en 1828. Paris, 1832, in-8». — Du même, De l’identité de nature des fièvres d’origine paludéenne de différents types. Paris, 1843, in-8°, etc... — Littré, art Fièvre jaune, du Dict. de méd. en 30 vol. Voir enfin les traités récents et surtout Mêlier, Relation de la fièvre jaune survenue à Saint-Nazaire en 1861, in Mém. de l’Acad. de méd., t. XXYI, 1863. — Alvarenga, Anatomia pathologica e symptomatologica der febre amarilla em Lisboa, etc. Lisboa, 1861, in- 8°. Trad. fr. par Garnier. Paris 1861, in-8°. — Relatorio de febre Amarilla em Lisboa no Anno 1867. Lisboa, 1859, in-4°, tabl. cart., etc.

Mesures sanitaires. — Ici nous serons plus explicite. — Domini (G.), Raccolta di tutti li bandi, ordini e provisioni fatti per la città di Bologna in tempo di contagio imminente, e présente li anni 1628-1631. Bologna, 1631, in-4°. — Gastaldi (H.), Tractatus de avertenda et profliganda peste politico-legalis, etc. Bononiæ, 1664, in-fol. — Muratori (L. A.), Del governo délia Peste e délia manera di gardarsene.

CllAP. V. — DU L’AIR ATMOSPHÉRIQUE.

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Voyez encore : Allgem. Zeitschr. f. Epidemiologie , v. Küchenmeister, à partir de 1874.

2° Des émanations putrides provenant des matières en putréfaction ou en décomposition.

Lorsque la vie vient à abandonner le corps humain ou celui des animaux, les éléments divers qui les constituent, n’étant plus animés par le principe qui leur permettait de résister aux agents physiques, subissent alors, non-seulement l’influence de ces agents, mais encore réagissent les uns sur les autres, et les phénomènes de la putréfaction et de la décomposition putride ne tardent pas à se manifester. Les principes constituants des corps forment d’abord des composés intermédiaires et passagers

qui, plus tard, se décomposent à leur tour avant de se convertir complètement en ses éléments inorganiques primitifs.

Les produits de la décomposition putride résultent donc de l’absorption de l’oxygène atmosphérique et de la réaction des divers éléments constitutifs des corps.

Les gaz qui se produisent sont constitués par de l’ammoniaque libre ou combinée avec les acides carbonique, hydrosulfurique, acétique, etc. A ce gaz sont joints presque toujours de l’oxyde de carbone, de l’hydrogène carboné et de l’hydrogène phosphoré, et, bien souvent en môme temps, des effluves fétides constitués par une matière animale infecte, qui varie du reste aux diverses époques de la putréfaction. A mesure que ces produits se forment et se dégagent, les corps qui se décomposent perdent de leur cohésion, se ramollissent peu à peu, et finissent par se fluidifier en partie.

Parmi les composés intermédiaires qui se forment souvent aux dépens des matières animales placées dans la terre ou plongées dans l’eau, on doit citer la production du gras de cadavre ; cette substance n’est autre chose qu’un savon à base d’ammoniaque qui se forme par la combinaison des acides gras contenus dans les matières grasses des cadavres, avec l’ammoniaque produite par la putréfaction. C’est une décomposition putride, entravée et arrêtée, soit par le milieu dans lequel elle s’effectue, soit par un obstacle quelconque à l’action de l’oxygène, soit, enfin, parce que la terre est saturée de matières animales et ne peut plus en absorber de nouvelles. C’est, par exemple, ce qui arriva lors des exhumations du cimetière des Innocents. La terre, imprégnée de matières animales, résidus de la décomposition des milliers de cadavres entassés depuis trois siècles, ne favorisait plus la décomposition putride, dans l’impossibilité où elle était d’absorber les gaz qui en étaient, le produit. Elle arrêtait ainsi la putréfaction et facilitait la combinaison de l’ammoniaque avec les acides gras.

Trois conditions sont indispensables pour que la décomposition putride ait lieu :

1° La présence de l’oxygène de l’air et la facilité plus ou moins grande de son renouvellement;

2° Une température suffisamment élevée;

3° Un certain degré d’humidité.

[M. Pasteur, dans les belles et patientes recherches qu’il poursuit depuis longtemps, attribue le phénomène de la fermentation à l’action de substances organiques, mucédinées ou animalcules, dont l’air est le véhicule ; pour la putréfaction, en particulier, il la fait dépendre d’animalcules appartenant au genre vibrion. Ainsi, aux trois conditions énumérées ci-dessus,

il faut en ajouter une quatrième indispensable, la présence d’un corps organique vivant, qui est le véritable agent delà fermentation.]

On décrit ordinairement dans la putréfaction quatre périodes :

La première est marquée par la tendance à la décomposition ; il n’y a encore qu’une odeur particulière, l’odeur d’évent.

La deuxième est celle de la putréfaction commençante; il y a déjà un peu de ramollissement des tissus, et l’odeur est infecte.

La troisième est-la putréfaction avancée; les tissus sont convertis en putrilage brunâtre, et il se dégage des miasmes fétides, ammoniacaux.

La quatrième est la décomposition achevée ; l’odeur est faible, toute forme organique a disparu, les tissus sont transformés en terreau animal brun noirâtre.

Les circonstances suivantes favorisent la décomposition putride :

1° La température. C’est seulement dans les limites comprises entre 0 et 60° centigr. que la décomposition putride s’opère ; au-dessous, le corps ne s’altère pas; au-dessus, il se dessèche et se momifie.

2° L’état électrique. La décomposition est beaucoup plus rapide par les temps orageux.

3° La nature du milieu où la matière animale est déposée ; ainsi la putréfaction peut avoir lieu à l’air libre, dans l’eau, ou dans le sein de la terre. C’est à l’air libre qu’elle est le plus rapide. L’eau vient ensuite ; ce liquide, toutefois, ne retarde pas beaucoup la décomposition. Enfin vient la terre ; c’est dans ce milieu que les matières animales se conservent le plus longtemps.

4° L’humidité. Elle accélère en général beaucoup la décomposition putride.

3° Sexe. Il exerce une certaine influence; ainsi les individus du sexe féminin subissent plus complètement la décomposition.

6° Le tempérament et la constitution que présentaient les individus exercent une certaine influence sur la rapidité et la forme de la putréfaction: les sujets charnus et gras éprouvent la transformation graisseuse, la saponification; les sujets secs et maigres se dessèchent et se momifient; les individus à fibres lâches et humides éprouvent surtout les e'ffets de la décomposition putride.

7° La nature de l’affection qui a causé la mort influe également. On sait, par exemple, que les corps foudroyés par le

(luidc électrique, ou bien asphyxiés par la vapeur du charbon, etc., se décomposent plus rapidement.

Effets des émanations putrides. — Les auteurs sont fort partagés à cet égard : les uns pensent que ces émanations n’exercent aucune influence sur la santé, ou, du moins, que cette influence est bien peu de chose ; d’autres, au contraire, lui font une large part. M. Guérard, qui a traité ce sujet dans son excellente thèse de concours, a exposé avec impartialité les opinions des uns et des autres. Nous le suivons dans son rapide résumé.

Beaucoup de médecins pensent que la décomposition des matières animales n’engendre pas de principes particuliers qui soient la cause spéciale d’accidents plus ou moins graves. Warren et Parent-Duchâtelet sont les auteurs qui ont le plus cherché à accréditer cette opinion, et qui ont accumulé le plus de faits en sa faveur.

D’après eux, toutes les professions qui exposent les individus à séjourner habituellement au milieu des exhalaisons animales ne les disposent à aucune maladie spéciale ; loin de là, leur santé est florissante et leur constitution robuste : tels sont les bouchers, les savonniers, les chandeliers, les tanneurs, les corroyeurs, les boyaudiers, les fossoyeurs, les vidangeurs, et bien d’autres ; ils citent encore les étudiants en médecine, qui passent une partie de l’année dans les salles de dissection et au milieu de corps en putréfaction, et qui ne sont point atteints, pour cela, d’accidents particuliers. S’il en est parmi eux quelques-uns qui sont pris de fièvre typhoïde, c’est dans un tout autre ordre de causes qu'il en faut chercher l’origine : l’arrivée récente à Paris, le changement de genre de vie, les conditions hygiéniques moins satisfaisantes, doivent jouer ici un grand rôle.

Puis, viennent des exemples particuliers rapportés par ces deux auteurs, et dans lesquels aucun accident n’a suivi l’exposition habituelle ou passagère aux émanations putrides.

En regard de ces- faits, on en rapporte d’autres non moins nombreux, et dans lesquels des accidents plus ou moins graves ont pris naissance.

D’abord, quant à ce qui concerne les professions où les individus qui les exercent séjournent au milieu des exhalaisons animales, il n’y a aucune comparaison à faire avec les émanations putrides. Dans les premières, ces exhalaisons ne sont pas putréfiées, altérées; ou, si elles présentent quelquefois ces conditions, ce n’est que passagèrement et exceptionnellement.

Pour les étudiants en médecine, la question n’est pas aussi évidente ni aussi claire que paraissent le penser les auteurs en

question. Le séjour trop prolongé au milieu des corps en décomposition, dans les salles de dissection, n’a très-souvent, il est vrai, aucun inconvénient. Mais quelquefois aussi on observe certains accidents, et, en particulier, de la céphalalgie, des vomissements, des coliques, une diarrhée en général fétide, quelquefois enfin un peu de dysenterie. La fréquentation des salles de dissection prédispose-t-elle les étudiants en médecine à la fièvre typhoïde? M. Guérard a discuté cette question avec soin, et il n’ose se prononcer à cet égard d’une manière définitive. Sa conclusion est que « les émanations de matières animales qui « se putréfient ne sont peut-être pas étrangères à la production « de certaines formes de fièvre typhoïde. »

On connaît les accidents graves qui surviennent à la suite des piqûres anatomiques ou après l’absorption des matières en décomposition. C’est surtout chez les étudiants en médecine que ces accidents arrivent et qu’ils déterminent des phlébites, des résorptions purulentes et toutes leurs conséquences. Le séjour habituel des étudiants dans les hôpitaux et les salles de dissection favorise probablement l’absorption des matières putrides par les blessures qu’ils peuvent se faire.

M. Guérard rapporte de nombreux exemples d’accidents arrivés à la suite de l'inspiration des émanations putrides ; ces exemples peuvent se résumer de la manière suivante :

Souvent, à la suite de l’ouverture de cercueils contenant des corps en décomposition complète, le dégagement immédiat d’une grande quantité d’émanations putrides a déterminé des morts subites. C’est surtout chez les fossoyeurs, chargés de ces exhumations, que de pareils accidents ont été observés. Dans d’autres cas, et lorsque les miasmes n’étaient pas accumulés en quantité aussi considérable, ni dégagés en un court espace de temps, on a observé d’autres accidents moins formidables, il est vrai, mais assez graves encore pour occasionner consécutivement la mort. Ces accidents sont, en particulier, des nausées, des coliques, des vomissements, des diarrhées, des dysenteries, présentant quelquefois des caractères de malignité ou de putridité.

Parmi les faits rapportés, le suivant me semble bien curieux (Navier). « En 1773,1e 20 avril, on creusa dans la nef de l’é- « glise Saint- Saturnin, à Saulieu, une fosse, pour y déposer une « femme morte de fièvre putride. Les fossoyeurs découvrirent « le cercueil d’un individu enterré le 3 mai précédent. Au mo- « ment où ils descendirent le corps de la femme, la bière s’ou- « vrit, ainsi que le cercueil dont il vient d’être question ; une « odeur infecte se répandit aussitôt, et obligea les assistants de « sortir. De 1 20 jeunes gens des deux sexes qu’on préparait dans

« l’église à la première communion, H 4 tombèrent dangereu- « sement malades, ainsi que le curé, le vicaire, les fossoyeurs, « et plus de 70 autres personnes, dont 18 succombèrent : dans « ce nombre, on compta les deux ecclésiastiques, qui périrent « lqs premiers. »

Comment concilier les opinions si contradictoires que nous avons passées en revue? Innocuité complète des émanations putrides pour les uns; accidents graves et même mortels pour les autres ! Nous pensons, avec M. Guérard, que la différence des résultats observés s’explique par la différence de nature des émanations dans le grand nombre des cas (professions où sont maniées les substances animales), et pour les autres, par la différence de quantité. Ainsi, le dégagement spontané d’une quantité excessive d’émanations putrides, exerçant une action immédiate sur un ou plusieurs individus, peut déterminer la mort subite. Un dégagement moins considérable, mais encore assez fort, amènera une dysenterie, la diarrhée, elc. Enfin, un dégagement de matière putride que des courants d’air, une ventilation convenable et énergique dissémineront dans l’atmosphère, pourra n’être suivi d’aucun accident.

[En effet, il faut observer que, dans la plupart des cas invoqués par les adversaires de la nocuité, l’exposition aux miasmes avait eu lieu à l’air libre, tandis que, dans les cas opposés, elle avait eu lieu dans des espaces clos.]

D’après Pariset, la cause de la peste d’Orient réside exclusivement dans la production d’une grande quantité de matières putrides. dans les villes, qui en sont le point de départ; ce serait, pour me servir de l’expression ancienne, une maladie infectieuse. Cette opinion est peut-être vraie, mais elle est encore à démontrer.

[Suivant Parent-Duchâtelet, les émanations provenant des matières animales en putréfaction se disséminent et se fondent plus facilement dans l’air que celles des matières fécales qui, ayant pour véhicule l’ammoniaque, se répandent beaucoup plus loin. M. Lévy (4e édit., t. II, p. 453) attribue à l’influence des matières fécales la dysenterie, si commune dans les camps où, en général, les latrines sont dans de très-mauvaises conditions : d’un autre côté, le même auteur a vu en Crimée, en 1855, une ambulance située dans le voisinage de cadavres mal enterrés être envahie par le typhus : elle fut éloignée, et le typhus cessa de s’y développer sur place.]

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Voiries.

M. Tardieu, dans son excellente thèse de concours, a tracé l’iiistoire complète des voiries et des cimetières, qui sont les deux grandes circonstances dans lesquelles il se dégage des émanations animales capables d’agir sur l’homme. Nous lui emprunterons la plus grande partie de ce que nous avons à dire sur ce sujet.

On entend, en général, par voirie, une voie ou une place publique située dans le voisinage des grands chemins publics, où l'on porte les boues, les charognes et les autres immondices des villes.

On peut diviser les voiries, d’après M. Tardieu, en trois classes : 1° les voiries d’immondices, dans lesquelles on jette les débris des halles, des marchés, les boues, etc. ; 2° les voiries de matières fécales ; 3° les voiries d’animaux morts, dans lesquelles peuvent rentrer les cimetières.

Dans l’établissement des voiries, on a pour but, non- seulement d’éloigner des endroits habités les produits animaux et végétaux en décomposition, c’est-à-dire de soustraire l’homme à leur action, mais encore de constituer des dépôts où l’industrie et l’agriculture viennent chercher un grand nombre de matières premières, qui leur sont indispensables. Les voiries disparaîtraient complètement le jour où le commerce et l’industrie pourraient employer immédiatement ces matières premières, sans qu’il y eût besoin d’aller les prendre dans ces dépôts intermédiaires, et ce but est déjà atteint en partie à Paris.

Voiries d’immondices.

On porte dans ces voiries des ossements d’animaux, des

25G DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE i/llYGIÈNE.

débris de charognes, des débris de végétaux, des cendres, des débris minéraux de dernière espèce et des boues.

A Paris, où l’on enlève chaque jour 4 à 500 mètres cubes d’immondices, il y avait, il y a une vingtaine d’années, trois dépôts d’immondices : à l’entrée de Vincennes, à Montrouge et à Clichy. Les réclamations énergiques des habitants du voisinage les ont fait supprimer complètement. On transporte les dépôts de gadoues dans des endroits privés, où ils attendent l’instant d’étre employés comme engrais.

Il est cependant beaucoup de villes où ces voiries d’immondices existent encore. Elles sont à ciel ouvert, disposées en amas, entourées de flaques d’eau croupissante, le tout dégageant, surtout pendant les chaleurs, une odeur infecte.

Celte odeur, ces émanations peuvent amener de graves accidents ; M. Tardieu rapporte, à cet égard, le cas de M. Ollivier, d’Angers, que nous pouvons offrir comme spécimen des accidents qui peuvent en résulter.

Dans les villes où l’on est encore obligé de conserver les voiries comme dépôts intermédiaires publics, on peut en faire disparaître la plupart des inconvénients par une construction convenable. Les dispositions que l’on doit chercher à obtenir sont les suivantes : 1° un triage convenable des matières à leur arrivée, triage qui a pour but de séparer les matières les plus azotées de celles qui le sont moins; 2° un écoulement facile des eaux qui sortent du dépôt, écoulement qui ne doit pas, autant que possible, avoir lieu à l’air libre, mais dans des canaux fermés; 3° l’enfouissement des matières les plus azotées et les plus infectes pour les convertir en terreau.

M. Chevalier a proposé de renfermer les immondices dans de grands bâtiments fermés, munis de cheminées d’aérage. Ce moyen, certainement excellent, serait inapplicable dans beaucoup de localités, à cause de leur prix de construction et d’installation.

Relativement aux dépôts privés de gadoues, on ne peut les supprimer complètement, attendu qu’il est nécessaire que les immondices subissent une fermentation putride suffisante avant d’être bons à employer comme engrais ; il faudra leur appliquer, autant que possible, les règles que nous avons tracées plus haut. Nous ajouterons seulement, en terminant, que l’ordonnance de 1839 a réglé quelques-unes des conditions à observer. Cette ordonnance range les voiries dans les établissements insalubres de première classe, elle oblige de les établir à 200 mètres au moins de toute habitation; à 100 mètres des grandes routes ou des routes départementales. Les matières doivent être étendues

sur le sol, dans les vingt-quatre heures qui suivent leur apport aux champs. ,

Les fumiers ordinaires, qui proviennent des chevaux, des vaches et des moutons, ne sont pas compris dans cette classe d’immondices.

Voiries «les matières fécales.

Les voiries de matières fécales constituent un mal nécessaire, et on ne pourra probablement jamais les supprimer complètement. Ces matières doivent, en effet, être enlevées du sein des villes, et conduites dans un endroit spécial, dans le but de constituer un dépôt où l'industrie et l’agriculture viennent prendre des matières premières destinées à être utilisées.

Les matières fécales destinées à constituer ces voiries, ces dépôts temporaires, sont celles de l’homme et des animaux carnivores, car celles qui proviennent des animaux herbivores sont loin de donner les mêmes produits infects de décomposition, et, par conséquent, elles peuvent être conservées dans le voisinage des habitations, jusqu’à ce qu’elles aient éprouvé la fermentation qu’il est nécessaire de leur laisser subir avant de les employer comme engrais.

L’étude des voiries de matières fécales, à Paris, éclairera beaucoup la question hygiénique qui s’y rapporte. Nous suivrons donc encore ici M. Tardieu, dans l’exposé qu’il en a fait. De 1726 à 1781, il y avait à Paris trois voiries de matières fécales : une dans le faubourg Saint-Germain, une dans le faubourg Saint -Marceau, une à Montfaucon. En 1781, cette dernière fut seule conservée; des réclamations nombreuses, fondées sur son insalubrité reconnue, conduisirent enfin l’administration municipale à la supprimer et à la remplacer par l’état de choses actuel, qui nous semble devoir être donné comme modèle à toutes les grandes villes.

A Paris, la voirie de matières fécales est composée de deux parties : 1° un dépotoir situé au port d’embarquement, à la Villette, et qui sert au déversement et au départ des matières extraites par la vidange des fosses.

2° Une voirie dans la forêt de Bondy, et où sont entraînées, d’une part, les matières liquides par un conduit souterrain, et d’autre part, les matières solides par des bateaux naviguant sur le canal.

Pour bien comprendre le mécanisme ingénieux de la voirie nouvelle, il faut savoir qu’une ordonnance de police du 8 no •

A. Becquerel, 6e édition.

vembre 1851 exige deux conditions, qu’il est indispensable de remplir pour que la vidange et le départ des fosses se fassent avec le plus de salubrité possible. D’après celte ordonnance, la séparation des matières solides et des matières liquides doit avoir lieu dans la fosse môme, et, de plus, les matières contenues dans celte fosse doivent être désinfectées avant d'en avoir été extraites.

Le dépotoir est formé d’un bâtiment central contenant neuf galeries parallèles de cilerne&placées au-dessous et de conduits destinés, soit à amener l’eau du canal de l'Ourcq, soit à transmettre les parties liquides à Bondy par un canal souterrain. Il y a deux machines à vapeur, destinées à refouler dans ce dernier les matières liquides versées dans les galeries, et de là, dans les citernes, pour les conduire jusqu’à Bondy ; elles ont de plus pour but de puiser l’eau dans le canal, pour aider au refoulement et à l’expulsion des produits liquides.

Ces diverses opérations se font la nuit. La vidange se fait dans le bâtiment où sont situées les galeries, et toutes les précautions sont tellement bien prises, qu’aucune odeur ne peut sortir au dehors.

La voirie de Bondy est située sur les bords du canal, au-dessus du village de Bondy. Elle est encadrée de tous côtés par la forêt, qui forme une sorte d’abri naturel contre les émanations. Celte voirie a \ kilomètre de long ; tous les liquides qui arrivent par les conduits souterrains sont immédiatement conduits dans une fabrique de sels ammoniacaux établie au nord de la voirie, et ce n’est qu’après avoir été épuisés que ces liquides sont repris par une conduite de retour qui les ramène dans la Seine, où ils se perdent à la hauteur de la Briche, près Saint-Denis.

Quant aux parties solides, elles sont soumises à la dessiccation et converties en poudrette.

Cette dernière opération se fait môme dans des voiries particulières. Aux environs de Paris, il y en a plusieurs, parmi lesquelles les principales sont celles de Bercy et de la Chapelle.

Dans le nord de la France et dans quelques pays étrangers, il y a une disposition particulière, qu’on peut, en quelque sorte, considérer comme de petites voiries, et que constituent ce qu’on appelle des citernes à engrais. Les matières extraites des latrines sont directement transportées dans des fosses bien closes, où on les laisse séjourner plus ou moins longtemps, pour ensuite, sans aucune préparation, être directement enlevées et répandues dans le sol.

Ces citernes ne donnent aucune odeur. Le seul inconvénient

qu’elles présentent résulte des émanations fétides qui s’échappent lors du chargement et du déchargement de l’engrais. Ges établissements ne sont donc ni insalubres ni dangereux, comme on l’a prétendu. Cette question est maintenant jugée ainsi par les autorités compétentes.

Conditions d’insalubrité des voiries. — Nous suivrons encore M. Tardieu dans l’étude de ces conditions, dont il fait cinq classes :

1° L 'emplacement sur lequel la voirie est établie. — C’est ainsi que le* rapprochement plus ou moins grand des habitations, les vents régnant habituellement et pouvant porter les émanations fétides dans la direction de ces dernières, sont autant de conditions désavantageuses que l’on doit prendre en considération et éviter dans l’établissement d’une voirie.

2° Le sol. — Le sol peut être sec ou humide, il peut être perméable ou imperméable. La perméabilité est surtout une des conditions les plus désavantageuses. C’est ainsi qu’autrefois la voirie de Montfaucon était établie sur un sol perméable et gypseux. Les liquides fétides filtraient et allaient infecter une partie des puits et même des caves du faubourg du Temple.

3° La nature des matières. — M. Tardieu cite, à cet égard, des faits bien curieux et d’après lesquels les matières présentent des qualités différentes, suivant qu’elles viennent de quartiers pauvres ou de quartiers riches, d’habitations isolées ou de casernes, etc. 11 ressort, en particulier, de ces faits, que les matières sont d’autant plus fétides qu’elles proviennent de quartiers plus pauvres.

4° Le système de vidange. — La séparation préalable dans la fosse des matières solides et des matières liquides, l’arrivage isolé des unes et des autres à la voirie, enfin la désinfection préalable dans la fosse même, sont les conditions les plus avantageuses pour que l’insalubrité soit le moins grande possible.

5 ° Le mode d' exploitation des voiries. — C’est ainsi qu’il est incontestable que l’insalubrité sera d’autant moins grande qu’elle se rapprochera davantage de la voirie construite à Paris.

Les dépôts des matières fécales ne peuvent être organisés partout comme dans les grandes cités, ou, au moins, dans les villes d’une certaine importance. Il y a une foule de localités où le système ancien des voiries de matières fécales est nécessairement en vigueur. Il y a donc lieu de s’occuper de leurs conditions d’insalubrité et des moyens d’y remédier.

Dans le système ancien, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, les matières sont déposées dans des fosses plus ou moins vastes, plus ou moins profondes, et elles y dégagent des ferments de vapeur putride. Pour y remédier, on doit cher-

cher, soit à conduire les matières liquides dans des puisards absorbants, soit à les diriger par des conduits souterrains, et, autant que possible, dans des cours d’eau qui ne traversent pas ensuite les cités d’où proviennent ces matières.

Il arrive souvent qu’on y jette du terreau usé, de la tourbe, des cendres de tourbe et d’autres matières inertes, capables d’augmenter ainsi la quantité d’engrais.

Quant aux matières solides qu’on trouve au fond, après l’ablation ou l’épuisement des matières liquides, elles doivent nécessairement être étalées sur les terrains voisins des voiries et divisées ensuite au moyen de la lierse. Une fois desséchées, elles doivent être passées au crible, puis mises en monceaux plus ou moins volumineux, jusqu’à ce qu’elles soient bonnes pour l’agriculture.

Pendant ces dernières opérations, les matières dégagent nécessairement des vapeurs fétides, qui se répandent surtout dans la direction où soufflent les vents régnants. C’est principalement ce qui arrive quand ces amas, venant à s’échauffer considérablement, éprouvent une fermentation active et se décomposent rapidement.

Dans ces cas divers, le dégagement des vapeurs fétides des matières fécales est-il nuisible à la santé? C’est une question, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, qui n’est pas résolue complètement. Il paraît cependant que l’opinion de Parent-Duchâtelet, bien qu’un peu exagérée, est au fond vraie, et que ces vapeurs, disséminées dans l’espace, n'ont aucune influence nuisible sur la santé.

Pour terminer ce qui est relatif à l’assainissement des matières fécales, il nous reste à dire quelques mots de la désinfection des matières dans les fosses, avant la vidange. Les agents désinfectants peuvent, d’après M. Tardieu, être rangés en deux classes : 1° ceux qui agissent physiquement en absorbant les gaz putrides ; 2° les substances qui décomposent chimiquement quelques-unes des matières dissoutes et forment des composés insolubles et fixes, et alors inodores, et par conséquent d’aucune utilité pour l’agriculture, tandis que l’ammoniaque, étant engagée dans les combinaisons solubles, est susceptible d’être employée comme engrais.

[Cette question de la désinfection des matières fécales et urinaires a pris aujourd’hui une grande importance, car elle se rattache directement à celle des engrais. Dans les procédés actuels, une partie très-notable des substances fertilisantes se trouve perdue au grand dommage de l’agriculture, aussi l’étude de la transformation immédiate des résidus divers en engrais est-elle fortement à l’ordre du jour. Restituer à la terre toutes

CU Al*. V. — DE l’air ATMOSPHÉRIQUE. 26 1

les matières azotées, salines, etc., qu’elle a données, tel est le problème qui intéresse à la fois et la salubrité et l'économie sociale.]

Voiries d’animaux morts.

Les voiries d’animaux morts sont destinées à servir de dépôts aux cadavres des animaux domestiques qui ne servent pas à l’alimentation, ou à ceux des animaux comestibles qui, par suite d’une circonstance quelconque, et en particulier de leurs altérations, ne sont plus propres à cet usage.

Autrefois ces voiries, et, en particulier, à Paris, étaient placées à côté des .voiries de matières fécales. On y laissait les chairs dépouillées exposées à l’air, elles s’y décomposaient et laissaient dégager une masse énorme de vapeurs fétides. C’est en 1812 que les progrès de la chimie industrielle commencèrent à faire changer un tel état de choses, et, à Paris, il n’existe plus de voiries d’animaux morts, il n’y a plus que des chantiers d’équarrissage. Ce qui a lieu dans cette ville peut être offert comme modèle. Maintenant il en résulte que les meilleurs conseils hygiéniques que nous puissions donner à cet égard consisteront à exposer brièvement l’organisation de ces chantiers d’équarrissage. C’est encore M. Tardieu que nous suivrons dans cet exposé.

Les chevaux destinés à être abattus ou ceux qui sont morts, sont partagés en deux classes: 1° ceux qui sont gras sont conduits au chantier d’équarrissage de la ville de Paris, établi dans la plaine des Vertus ; 2° ceux qui sont maigres sont livrés à des abatteurs particuliers.

L’établissement de la ville de Paris est situé dans la plaine des Vertus et isolé de toute habitation. Il est divisé en trois parties : l’une reçoit les vivants, la deuxième contient les étables d’abattage, la troisième est destinée à l’élaboration des produits de l’abattage.

Les animaux vivants sont tués. Le sang est recueilli, porté dans des chaudières, desséché, et le produit inodore est livré à des fabriques de produits chimiques.

Les animaux tués et ceux qui sont apportés morts sont dépecés. Les peaux sont desséchées, puis livrées aux tanneurs. On enlève les pieds et les tarses, qui sont desséchés, pour être livrés ensuite à des fabriques de matières gélatineuses.

On fend les intestins pour enlever les crottins.

Les chairs sont coupées par quartiers et portées dans de grandes chaudières construites d’une manière spéciale ; elles y sont soumises à une cuisson de sept à huit heures. Le bouil-

Ion qui en résulte laisse déposer dans des bassins d’attente, disposés d’une manière particulière, la graisse, et, une fois débarrassé de cette dernière, il est conduit à la rivière ou employé à la nourriture des cochons. — La graisse est expédiée aux ouvriers qui travaillent les matières grasses.

La viande cuite est d’abord détachée des os, puis soumise à la presse, qui en extrait encore une certaine quantité de graisse, puis desséchée. Ces chairs ainsi desséchées, et contenant des fragments d’os trop petits pour être isolés, sont mêlées au crottin et constituent un engrais puissant.

Les os sont destinés aux fabriques de noir animal.

On voit que tous les produits sont utilisés. Ajoutons cependant trois autres sources d’emploi pour ces matières:

1° Les viandes les meilleures, et spécialement certaines parties des chevaux sains abattus servent de comestibles ;

2° Une certaine quantité de viande est achetée pour la ménagerie du Jardin des Plantes;

3° Les intestins sont laissés à leur décomposition spontanée, pour qu’ils donnent lieu à la transformation d’asticots achetés par les pêcheurs, ce qui constitue une source de revenu.

Les chantiers d’équarrissage ainsi exploités offrent bien peu de conditions d’insalubrité. Dans ces dernières opérations, il y en a deux cependant qui peuvent laisser dégager les vapeurs fétides : la première, c’est lors de la formation de l’engrais avec le résidu de la viande cuite et le crottin; la deuxième est la formation des asticots, que l’autorité devrait prohiber complètement. Il y a enfin lieu d’observer qu’on ne doit pas attendre trop longtemps pour le dépeçage des animaux morts, car, en cela surtout, cette attente trop longue permet à la décomposition de commencer, et alors à des émanations fétides de se dégager.

Les chantiers d’équarrissage, de même que les anciennes voiries, ont un autre inconvénient pour lequel on ne peut que recommander aux ouvriers de très-grandes précautions. Cet inconvénient consiste dans les maladies contagieuses qu’ils peuvent gagner pendant cette série de travaux : la pustule maligne, les maladies charbonneuses, et surtout la morve et le farcin, n’ont déjà fait, en pareille circonstance, que trop de victimes.

Les conditions à remplir pour la salubrité des chantiers d’équarrissage sont parfaitement établies par Parent-Duchâtelet. Nous ne pouvons qu’y renvoyer le lecteur.

Il nous reste à dire un mot de l’emploi des chevaux trop maigres pour être manipulés comme il a été dit précédemment. Les animaux tués et le sang recueilli, ils sont dépouillés

<le leur peau, prives des pieds et des tarses, qui sont travaillés comme il a été dit précédemment ; puis, le reste est placé dans des fosses où on le laisse se putréfier. 11 fournit ainsi un excellent terreau, d’où l’on sépare les os pour les employer à la fabrique de noir animal.

— Voiries eu général : Delamare, iu Traité de la police, liv. IV, lit. i, n, 3® édit. Amsterdam, 1729, in-f°, t. II. — Tardieu, Voiries et cimetières. Thèse île concours. Paris, iSbi, in-8°. — Voir les Rapports généraux des conseils d'hygiène des divers départements. Ceux du conseil de Paris publiés par Moléon, 1802-1843, 2 vol. in-8°. — Tréuuciiet, in Ann. d’hyg., lrc sér., t. XXV, p. 61, 1831, t. XXXVIII, p. 79, et Rapp. général. Paris, 1861, in-4°. — Collection officielle des ordonnances de police ; une foule d 'Ordonnances ( Amtliche Verfügungen) dans Henlce's Ztschr., Casper’s Vier tel j ah rschr., etc.

Voiries d’immondices : Bertholon, Mém. sur la manière de procurer la salubrité aux villes par le pavement et le nettoiement des rues, in Mém. de Lausanne, t. I, Hist., p. 15, et ihid. Mém., part, i, p. 277. — Fortin (J. L.), Projet d’un établissement de salubrité pour délivrer Paris des dangers de la voirie de Montfaucon, de l’infection de l’équarrissage, etc. Paris, 1812, in-4°. — Huzard fils, De l’enlèvement des boues et immondices de Paris considéré sous le double rapport de la salubrité et de l’économie dans les dépensés. Paris, 1826. — Chevallier (A.), Notice historique sur le nettoiement de la ville de Paris depuis 1184 jusqu’à l’époque actuelle, etc., in Ann. d'hyg., lre sér., t. XLII, p. 262, 1849. — Delavigne, Projet d'association pour l’enlèvement des immondices de Paris. Paris, 1849, in-4°. — Boudin, Études sur le pavage, le macadamisage et le drainage, in Ann. d’hyg., lre sér., t. XLV, p. 263, 1851. — Stamm (A. Th.), Ueber die Fortschaftung der lmmunditien aus den Stâdten. Leipzig, 1864, in-8°. — Lommer, Ueber maasnahmen sur Abführung der Abfàlle aus Haujhaltungen, etc., in Wisschr. f. gerichtl. und ôffentl. Med. N®. Fe., t. VII, p. 1, 1867.

Voiries de matières fécales : Dehorne, Halle, de Fourcroy, Thouret, Rapport sur la voirie de Montfaucon, in Mém. de la Soc. roy. de méd., 1786, p. 198. — Tessier (l’abbé), Rapport sur la conversion en engrais des matières fécales sous la forme de poudre. Paris, an V, in-4°. — Girard, Du déplacement de la voirie de Montfaucon, in Ann. d'hyg., lr® sér., t. IX, p. 59, 1833. — Garnier (J.), Une visite à la voirie de Montfaucon, considérée sous le point de vue de la santé publique. Paris, 1844, in-12. — Gaultier de Claurry, De la suppression de la voirie de Montfaucon comme conséquence des procédés perfectionnés de désinfection des fosses d’aisances, in Ann. d’hyg., t. XL, p. 305, 1848. — Du même, De l’application des procédés de vidanges inodores, comme moyen de suppression de la voirie de Bondy, ihid , t. XLIII, p. 77, 1850. — Chevallier fils, Mém. sur les engrais. De la nécessité, dans l’intérêt de l'hygiène publique, d'assainir les abattoirs, les chantiers d'équarrissage, etc., in Journ. de chim. méd., 3e sér., t. X, p. 307, 1854. — Paulet (M.), L’engrais humain, histoire des applications de ce produit à l’agriculture, etc. Paris, 1853, in-8°. — Chevallier, Sur la possibilité de recueillir les matières fécales, les eaux vannes, les urines de Paris, avec utilité pour la salubrité, et avantage, etc., iu Ann. d’hyg., 2e sér., t. XII, p. 97, 1860. — Du même, De l’utilisation en Italie des produits fournis par l’homme : de l’engrais humain, ibid. t. XVI, p. 241, 1861.

Voiries d’animaux morts : Fortin (J. L.), Projet d’un établissement de salubrité pour délivrer Paris des dangers de la voirie de Montfaucon, de l’infection de l’équarrissage et de la boyauderie, etc. Paris, 1812, in-4° — Parent-Duchatelet, Recherches et considérations sur l’enlèvement et l’emploi des chevaux morts, et sur la nécessité d'établir à Paris un clos central d'équarrissage , etc. Paris, 1827, in-4°, 5 pl. — Du même. Les chantiers d’équarrissage de la ville de Paris envisagés sous le rapport de l’hygiène publique, in Ann. d'hyg., l*e sér., t. VIII, p. 5, pl. 5, 1832. — Du même, Peut-on laisser tomber en désuétude l’art. 6 de l’arrêt du conseil d’État du juillet 1724, relatif à l’enfouissement des animaux morts de maladies contagieuses.

ibid., t. IX, p. 109, 1833. — Du même, Rapport sur les nouveaux procédés de MM. Falmon-Payen et O, pour la dessiccation des chevaux morts, etc., ibid., t. X, p. 35, 1833. — I)u même, Des obstacles que les préjugés médicaux apportent dans quelques circonstances à l' assainissement des villes et à l’établissement de certaines manufactures, ibid., t. XIII, p. 243, 1835. — Kiiuegelstein, Ueber die gesundheilspolizeiliche Aufsicht auf die Wasenmeisterien, in Henke’s Ztschr., n° 39, et Canstalt’s Jahresb., 1849, VII, 58. — Raynal, De l'équarrissage sous le rapport de l’hygiène -publique et de la police vétérinaire, in Dict. pratique de méd. vétérinaire, 1860. — Gamcee (J.), Dangers of Slaughterin g diseased Cattle, in The Lancet, 1864, t. I, p. 182. — Pappenheim (L.), Abdeckerwesen, in flandb. der Sanitàtspolis., t. I, Berlin, 1858, in-8°, et 2e édit., ibid., 1868. — Rohault de Fleury, Études sur la voirie. Paris, 1864, in-8°. — Voir plus bas les bibliographies de villes ( Assainissement , Latrines, Egouts , Abattoirs, etc.'.

Des cimetières.

M. Tardieu a étudié les cimetières avec soin dans son excellente thèse qui nous servira encore de guide dans l’examen de cette question, où nous essayerons de résumer son travail.

Les anciens ont, en général, placé les demeures des morts à côté de celles des vivants, mais cependant à une certaine distance. C’est ce que démontre l’exposé historique tracé par M. Tardieu.

Chez les Romains, les inhumations, dans le principe, avaient lieu dans la ville et dans les maisons. Plus tard, la loi des décemvirs défendit de brûler et d’inhumer les cadavres dans l’enceinte des murs de la ville. Cette prescription fut maintenue par les empereurs et rigoureusement observée jusqu’à la tin de l’empire. C’est là ce qui explique cette longue suite de tombeaux qui bordaient les routes, en s’étendant jusqu’à 15 ou 16 milles de Rome. Les premiers conciles chrétiens et les derniers synodes maintiennent des prescriptions analogues, et cependant elles ne peuvent triompher de la ferveur des fidèles, convaincus qu’après la mort ils reposaient plus paisiblement lorsqu’ils étaient enterrés auprès des reliques des martyrs, sous leurs autels et dans leurs églises ; cette croyance erronée faisait acheter fort cher le droit d’être inhumé dans les temples chrétiens ; aussi cette coutume finit-elle par prendre un grand développement, et elle arriva à l’état d’abus dangereux.

Le moyen âge vit donc reparaître les inhumations dans les églises, et les cimetières dans l’intérieur des villes. En 1760, il y avait, indépendamment des inhumations dans les églises et du charnier des Innocents, une vingtaine de cimetières intérieurs.

En 1765, une ordonnance royale et un arrêté du Parlement de Paris prescrivirent qu’à l’avenir les sépultures seraient pla-

cées au dehors des villes. — Plusieurs accidents étant survenus, en 1776, dans une rue voisine du cimetière des Innocents, on s’occupa définitivement de supprimer ce cimetière et de le transformer en marché. Cette opération put enfin avoir lieu sans beaucoup d’accidents, et les ossements qui en provenaient furent placés dans les vastes carrières de la plaine de Montrouge.

Les cimetières peuvent-ils donner lieu à un dégagement de gaz nuisibles à la santé ? — Celte question a soulevé bien des discussions, et maintenant on peut la résoudre d’une manière positive. Il est, en effet, parfaitement démontré que l’inhumation d’un corps dans une fosse où il est recouvert de plusieurs pieds de terre, n’empèche pas les gaz engendrés par la décomposition de ces matières putrides de pénétrer le sol ambiant, et de s’échapper dans l’air qui est au-dessus ou de se répandre dans l’eau qui est au-dessous. Ces gaz sont : l’acide carbonique, l’oxyde de carbone, l’hydrogène carboné, l’hydrogène phosphoré, le sulfhydrate d’ammoniaque, etc. ; l’abondance de leur dégagement dépend de la nature du sol, de l’état d’isolement ou d’accumulation des cadavres, etc., toutes conditions sur lesquelles nous reviendrons: ce dégagement dure, en général, quinze mois en moyenne.

On doit à un chimiste, M. Pellieux, un travail intéressant sur la nature des gaz qui se dégagent dans les cimetières, dans les caveaux de famille et dans les sépultures privées. D’après lui, ces gaz sont de la même nature que ceux répandus dans l’air libre des cimetières ; ils sont seulement plus concentrés et assez abondants pour produire des accidents. Le plus commun est l’acide carbonique, et la quantité de ce gaz est d’autant plus considérable qu’on le recueille plus profondément ; il a également trouvé dans ces caveaux du carbonate et du sulfhydrate d’ammoniaque. M. Pellieux a attribué la présence de ces gaz à trois causes : 1° les émanations du corps ou des corps contenus dans les cercueils ; 2° l’acide libre de l’air du cimetière, qui, dans les temps froids, gagne les parties inférieures ; 3° la construction des caveaux dans les lieux où avaient existé antérieurement des fosses communes, et où la décoinposition des terreaux se faisait tardivement. Quelle que soit la valeur de ces explications, le fait n’en est pas moins constant.

Installation générale des cimetières. — Dans l’installation des cimetières, le premier but à atteindre est de faire en sorte que les produits de la décomposition des corps ne se répandent dans l’atmosphère qu’à un état de division extrême, de manière à ne pas incommoder les vivants.

Pour remplir cette indication, il faut donc éloigner les cime-

tières, autant que possible, des habitations, et, quand on le peut, les placer sur des montagnes. Nous ne parlerons po s ici du Campo-Santo de Pise. C’est un cas particulier et qui, probablement, avec nos mœurs actuelles, n’aura pas d’imitateurs.

Les divers modes d’inhumation maintenant en usage se réduisent à trois :

1° Dans des caveaux; 2° dans des fosses ; 3° dans des monuments d’une construction spéciale.

L’inhumation en fosses est généralement adoptée en France.

Beaucoup de familles aisées font construire cependant des monuments ’deslinçs à leur servir de sépulture, et on appelle caveau la partie de ces monuments qui doit recueillir les cercueils. Chaque bière y occupe un emplacement particulier. Des monuments funéraires existent dans plusieurs villes importantes. A Pise, par exemple (Campo-Santo), c’est une rangée d’arcades et d’édifices en brique. Dans chaque chambre on a pratiqué, dans l’épaisseur des murs, des cavités en forme de fours, régulièrement disposées les unes par rapport aux autres. Les bières sont reçues dans ces fours, que l’on scelle par-dessus. Les pauvres sont enterrés dans les fosses communes placées au milieu des carrés qui séparent les édifices.

Topographie clés cimetières. — Exposition. — Les vents portant au loin les exhalaisons des cimetières, il faut s’arranger de manière à arrêter ce transport ou, au moins, à en diminuer les effets. On devra donc chercher à placer un cimetière au nord et à faire en sorte qu’il y ait entre lui et la cité, soit une montagne, une colline, soit une forêt, un rideau d’arbres. — Les vents chauds et humides augmentent et activent la putréfaction. Dès lors, les cimetières doivent non-seulement être placés le plus loin possible des villes, mais encore des ruisseaux ou des rivières qui vont traverser ces villes, car ils y transporteraient les matières fétides que le voisinage du cimetière aurait pu faire pénétrer dans leurs eaux par infiltration. — En France, actuellement, l’administration exige une distance de 100 mètres au moins de tout endroit habité; constatons cependant que, dans un grand nombre, le plus grand nombre peut-être des villages, les cimetières sont ençore auprès des églises.

Nature du, sol. — Dans un sol humide, la décomposition des corps marche beaucoup plus activement; il y aura donc lieu d’éviter que le cimetière ne reçoive les eaux des parties voisines qui peuvent le dominer ; il faut aussi éviter que l’eau qui provient du cimetière ne puisse pénétrer par infiltration et aller infecter les lieux voisins. Dans les terrains secs, la décomposition des corps marche beaucoup plus lentement. Cette re-

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marque a de l’importance, car il faut en conclure qu’on pourra renouveler plus souvent un cimelière humide, tandis que dans un cimetière sec la lenteur de la décomposition retardera longtemps, très-longtemps peut-être, la possibilité du renouvellement de ce cimetière.

Nature chimique des terrains. — Les terrains argileux ont une action moins énergique que les terrains calcaires; ils forment avec les cadavres une masse compacte, de laquelle les gaz se dégagent difficilement ; leur décomposition est donc très-lente. Orfila a fait, à cet égard, de nombreuses et curieuses expériences, desquelles il résulte que la décomposition est plus lente dans le sable et plus rapide dans le terreau, ce qui tient à la formation du gras de cadavre. Ainsi les cadavres se putréfient d’autant plus facilement et d’autant plus rapidement qu’il n’y a pas eu saponification. C’est par cette raison que le terreau, qui favorise la formation du gras de cadavre, ralentit la décomposition. C’est encore ce qui a lieu quand le corps est placé dans un terrain saturé de matières animales en décomposition, comme cela a lieu dans les cimetières encombrés.

Lorsque le sous-sol est un rocher, et que ce rocher est situé assez superficiellement pour qu’on ne puisse donner aux fosses une profondeur de lm,50, il faut éviter d’y placer un cimetière.

Le voisinage des torrents, des cours d’eau et des ruisseaux, ost une circonstance qui doit être prise en considération, en raison des inondations et des infiltrations d’eau qui peuvent en résulter.

Mode d' inhumation. — En France, l’administration exige des fosses profondes de 1 m, 50 à 2 mètres, sur 8 décimètres de largeur, et distantes de 3 au moins de la fosse voisine. Celte fosse est pour un seul corps.

Les fosses communes étaient autrefois des fosses variables en profondeur, suivant la nature du sol, ét où l’on établissait une couche de cercueils les uns à côté des autrës, puis on les recouvrait d’une couche de chaux vive, puis une nouvelle rangée de cêrcueils était placée au-dessus. Actuellement, c’est une longue tranchée de lm,50 de profondeur sur 2 à 3m,50 de largeur, dans laquelle on place une couche de cercueils et qu’on recouvre d’un mètre de terre bien foulée.

Nature des cercueils. — La décomposition est d’autant plus rapide que les cadavres sont plus immédiatement en rapport avec la terre. Orfila s’est livré, à ce sujet, à des recherches intéressantes, desquelles il résulte que la décomposition des corps •est d’autant plus rapide qu’ils se trouvent dans certaines conditions.

Voici l’ordre de fréquence des conditions qui favorisent ce développement : corps immédiatement en contact avec la terre; corps recouverts d’un suaire; corps dans une boîte de sapin, dans un cercueil de chêne, dans un cercueil de plomb. Dans ces derniers surtout, la décomposition est très-lente ; cependant elle s’opère, et les gaz trouvent moyen de passer à travers les fissures des soudures, après avoir, toutefois, préalablement distendu, soufflé, commeon dit, le cercueil métallique.

L'état du cadavre à l'instant de V ensevelissement. — Il est évident que si la putréfaction est commencée, si des mouches ont déjà déposé leurs larves, si, enfin, la nature de la maladie prédispose à la putréfaction, cette dernière s'opérera beaucoup plus vite une fois l’enterrement opéré.

Plantation d'arbres dans les cimetières. Deux opinions régnent à cet égard. — Pour les uns, c’est une mauvaise chose, et voici les arguments qu’ils invoquent. Les racines des arbres diminuent l’espace consacré aux sépulcres. Dans leur voisinage, la décomposition s’opère plus rapidement, le feuillage empêche la dissémination des gaz dégagés et maintient un certain degré d’humidité à la surface de la terre. — Ces inconvénients sont réels, mais on peut les atténuer par la plantation régulière d’allées et d’arbres élevés et élancés, tels que des cyprès, des pins, des peupliers, qui ne maintiendraient pas l’humidité du sol, si redoutée pour les cimetières.

Pour les autres, les plantations d’arbres sont avantageuses ; les racines absorbent une certaine partie des gaz qui proviennent de la décomposition à mesure qu’ils se forment, et leur dégagement à la surface de la terre des cimetières est beaucoup moins abondant. Les arbres élevés et en rideau s’opposent à ce que les miasmes et les gaz soient portés par les vents vers des lieux habités.

Durée des concessions de terrains. — On est obligé d’inhumer les corps dans les mêmes terrains et dans des espaces assez circonscrits, sous peine de voir la demeure des morts envahir, avec les siècles, celle des vivants. — Cinq ans sont jugés nécessaires pour la destruction d’un cadavre. On a cherché, en établissant un rapport entre la mortalité moyenne d’une localité et la reprise quinquennale des terrains, l’espace qu’il fallait donner à un cimetière. C’est ainsi que M. Tardieu a estimé à 30,000 mètres de terrain l’étendue qu’il fallait donner à un cimetière d’une ville de 100,000 habitants. On n’y comprenait pas, toutefois, les allées et les plantations. Tous les auteurs n’ont pas admis la même durée de temps pour la destruction complète d’un cadavre. Pour Gmelin, 30 à 40 ans; pour Frank, 24 à 25 ans; pour Walker, 7 ans; pour Pyler,

14 ans; pour Moret, 3 ans; pour Orfila, de 15 à 18 mois. En France, ainsi que nous l’avons dit, la moyenne admise est de 5 ans.

Abandon des cimetières. — On abandonne les cimetières, ou parce qu’ils sont devenus insuffisants par leur encombrement, ou par des motifs de concessions, ou par la saturation du sol.

On appelle saturation du sol cet état de la terre des cimetières dans lesquels, de nouveaux cadavres étant apportés, ils ne se détruisent pas complètement et se saponifient. Celte saturation arrive : soit parce qu’il y a un nombre trop considérable de cadavres accumulés dans un espace déterminé, soit parce qu’on a été obligé de devancer le temps nécessaire pour la destruction des corps qui y étaient précédemment déposés. C’est, par exemple, ce qui a souvent lieu dans le voisinage des fosses communes. Dans ces cas divers, la saponification qui a lieu retarde la destruction des corps, ou au moins la ralentit beaucoup. 11 en résulte que quand on veut mettre à nu des corps dans un tel état, dès qu’ils sont à l’air, la décomposition reprend avec une grande rapidité, et des accidents peuvent en être la conséquence.

En présence de ces faits, toutes les fois qu’un cimetière est abandonné, les ordonnances en vigueur exigent qu’il soit complètement fermé pendant dix ans. Au bout de ce temps, il peut être affermé, mais pendant cinq ans encore on ne peut faire de fouilles, ni pour des plantations, ni pour des constructions; on peut seulement l’ensemencer.

Pour ce qui est relatif aux exhumations, il nous reste à dire un mot des moyens d’action propres à conserver les corps, c’est-à-dire des embaumements.

Embaumements. — Les embaumements par la méthode ancienne, qui se composaient d’incisions, de poudres absorbantes et odoriférantes placées dans ces incisions et dans les cavités naturelles, enfin de bandelettes extérieures, sont à peu près abandonnés pour les méthodes par injection dans les artères. Ces dernières varient. Voici les plus généralement employées.

1° L’injection, dans les artères, d’alcool chargé de bichlorure de mercure à l’aide du chlorhydrate d’ammoniaque; excellent moyen, qui peut conserver les corps indéfiniment.

2° L’injection d’une solution d’acide arsénieux dans l’eau ou l’alcool, moyen aussi bon que le précédent, mais que les médecins légistes repoussent comme pouvant être employé à la suite des crimes et empêcher ainsi de les découvrir.

3° L’injection de chlorure de zinc en solution étendue.

Celte méthode paraît être celle qui prévaut actuellement. Elle est excellente, simple et peu dispendieuse.

4° L’injeclion d’une solution aqueuse d’acétate d’alumine.

Les cadavres embaumés, pour être conservés avec plus de certitude, doivent être placés dans un cercueil de plomb, doublé en dedans et en dehors de cercueils de bois.

[Crémation des morts. — L’incinération des cadavres, qui constitue actuellement un objet d’études pour les savanls et les hygiénistes de tous les pays, tend de plus en plus à entrer dans la pratique; ses avantages compensent largement ses inconvénients, dont le plus considérable est de rendre impossibles les exhumations juridiques. Néanmoins des crémalions ont eu lieu en Italie et en Allemagne; en Angleterre vient de se former une association ( crémation society) dont le but est de rechercher le procédé de crémation le plus pratique; il est à souhaiter au point de vue de la santé des peuples que ce but soit promptement atteint.

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