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CHAPITRE Y I

Du sol.

L’état du sol exerce une grande influence sur les climats, sur les saisons, et, par conséquent, sur les habitants qui se trouvent à sa surface; l’hygiène doit donc se préoccuper des diverses qualités qu’il présente et de la nature des influences qu’il peut exercer.

J’examinerai successivement :

1° La température du sol ;

1° La configuration du sol ;

3° L’exposition du sol ;

4° Les rapports de la surface du sol avec les eaux ;

o° L’état de la surface du sol ;

6° La composition du sol et la nature des divers terrains qui le constituent.

1° Température du sol.

La terre., formée primitivement par un amas de vapeurs, débris de l’atmosphère solaire, soumise à un refroidissement graduel, suite du rayonnement dans les espaces célestes, est passée de l’état gazeux à l’état liquide, après quoi sa surface s’est recouverte d’une couche solide dont l’épaisseur s’est augmentée avec le temps.

Le centre de la terre est probablement en incandescence et à un degré de température excessivement élevé. Cette tempé-

rature diminue à mesure qu’on s’approche de la surface extérieure de la terre, et elle cesse à peu près complètement de se faire sentir à une certaine profondeur au-dessous de cette surface.

La partie où la chaleur centrale cesse de se faire sentir forme une couche dont la température est toujours la meme dans la localité que l’on considère (couche invariable), et dont la profondeur au-dessous de la surface du sol varie selon la latitude. Cette couche invariable est, en général, située d’autant plus profondément, qu’on s’éloigne davantage de l’équateur. A. l’équateur, elle est, d’après M. de Humboldt, à 0m,33, et sa température est de 27°, 50. D’après M. Boussingault, sa température, dans les régions équatoriales, varierait entre 20° et 28°, 50.

Dans nos climats, elle est en général située à une profondeur de 24 à 20 mètres.

A partir de ce point et à mesure qu’on s’enfonce dans les entrailles de la terre, la chaleur va en augmentant.

D’après les travaux les plus récents, la moyenne de l’augmentation de la température, variant dans chaque localité, d’après la nature du sol, peut être fixée à 1° par 30 mètres environ.

Au-dessus de cette couche invariable, c’est-à-dire à mesure qu’on s’approche de la surface externe de la terre, la chaleur centrale n’exerce plus aucune influence, et c’est à l’insolation seule qu’est due toute la chaleur de cette croûte terrestre la plus superficielle. C’est donc la chaleur solaire qui, en pénétrant à une certaine profondeur dans la terre, contribue à maintenir l’inégalité des climats et les alternatives des saisons.

Il est incontestable, en effet, que plus le soleil agit perpendiculairement à la surface d’une région terrestre, plus la terre acquiert une température élevée. Le contraire a lieu également.

Le degré de température des eaux thermales est dû à la chaleur centrale de la terre, et son degré mesure celui de la couche terrestre d’où elle provient.

L’influence exercée sur l’homme par la température du sol se confond avec celle de la chaleur de la localité; il en a déjà été question, et nous n’y reviendrons pas.

[Ajoutons, pour compléter ces observations sur l’état physique du sol, que celui-ci est constamment imprégné d’électricité résineuse (celle des nuages étant vitrée), mais à des degrés différents, suivant la température et l’état hygrométrique de l’air; et, enfin, que du sol se dégage incessamment de l’acide carbonique promptement dissipé dans les couches d’air ambiant.]

en ap. vi.

DU SOL

2° Configuration du sol.

La surface terrestre présente de nombreuses inégalités. Ce sont d’abord des montagnes plus ou moins escarpées et plus ou moins élevées qui agissent en modifiant complètement une localité par l’exposition nouvelle qu’elles lui créent, par les abris qu’elles lui forment, par les climats particuliers qu’elles lui constituent au sein d’un autre climat, et, enfin, par l’action spéciale et souvent constante de certains vents.

Les montagnes elles-mêmes constituent également, suivant la hauteur à laquelle on les considère, autant de climats particuliers. Au sommet, c’est la température et le climat des régions polaires ; au milieu, les conditions des régions tempérées; à la base, celles des climats chauds. C’est ainsi que Tournefort a trouvé, au sommet du mont Ararat, les plantes delà Laponie, puis successivement, et en descendant, celles de l’Angleterre, de la France et de l’Italie; enfin, à la base, les plantes indigènes, c’est-à-dire celles de l’Arménie.

D’après M. de Humboldt, les Cordillères, naturellement divisées en plusieurs étages de plateaux, offrent à l’étage supérieur, qui correspond aux régions polaires, des maladies inflammatoires ; l’étage immédiatement au-dessous, représenté par Quito, Santa-Fé-de -Bogota, et remarquable par les vicissitudes continuelles de sa température, produit, à l’exemple de la zone tempérée, des affections catarrhales ; enfin, l’étage inférieur, véritable zone équatoriale, offre aussi la pathologie réelle des régions des tropiques, c’est-à-dire des affections bilieuses, tantôt franches, tantôt plus ou moins unies avec l’intoxication des marais, suivant la nature sèche ou paludéenne du sol.

L’élévation du sol exerce une influence sur le développement des maladies dues aux effluves marécageux. La fièvre jaune a pour limites, ainsi que nous l’avons vu, dans les environs de Yera-Cruz, une hauteur de 928 mètres; cette limite est moindre dans, d’autres points.

La peste n’atteint pas les hauteurs, et la citadelle du Caire, qui est très-élevée, en a toujours été exempte. Le choléra, dans l’Inde, ne frappe pas les localités élevées.

Le sommet des montagnes expose l’homme aux influences combinées de la diminution de densité de l’air et du froid.

Voici, à cet égard, d’après M. Boudin, quelques mesures approximatives. Un exhaussement de terrain de 100 mètres détermine, en général, le même abaissement de température que provoquerait le rapprochement vers les pôles de un à deux de-

grés. Un degré de froid correspond, sous la ligne, à une élévation de 21!) mètres; dans les régions tempérées, à moins de 100 mètres, et, en hiver, à 70 mètres de moins qu’en été. Ainsi, par 46° de latitude, une élévation de 2,000 mètres détermine la température de la Laponie.

Des plateaux élevés par étages successifs, et provenant d’une superposition de mon (agnes élevées et inclinées en pente douce , produisent des effets analogues.

Les volcans, déterminés par les éruptions provenant du foyer central de la terre qui a perforé la croûte terrestre, modifient une contrée par l’apparition des nouveaux éléments qu’ils y introduisent : telles sont les cendres, les laves, les scories, les émanations sulfureuses, qui, répandues à la surface du sol, modifient plus ou moins profondément la végétation et ne sont pas sans exercer une influence sur l’homme.

Les vallées, les bassins, les gorges des montagnes, qui, chacune, ont des caractères particuliers dont l’homme ressent l’influence, peuvent encore modifier sa constitution, son tempérament, et créer, en quelque sorte, autant de spécialités morbides (crétinisme, goitre).

La configuration du sol est donc importante à considérer pour l’établissement du caractère des climats, et, en même temps, pour le choix que l’homme doit faire de son habitation et du séjour habituel de son travail.

3° Exposition du spl.

Quelle que soit l’inégalité de la surface du sol, son exposition varie nécessairement, et elle est dans la direction de l’un des quatre points cardinaux; il en résulte, pour un pays ainsi exposé, et pour les habitants qui occupent ce pays, des caractères tout particuliers, qui sont en partie la conséquence de l’espèce de vents qui y soufflent.

L’exposition au nord donne à une localité quelques-uns des caractères des pays septentrionaux, et imprime, par conséquent, aux individus qui l’habitent, les caractères physiologiques et pathologiques des habitants de ces contrées. Les effets sont d’autant plus caractérisés, que la localité ainsi exposée au nord est plus éloignée de l’équateur.

Le froid plus grand que l’on éprouve dans une localité exposée au nord tient à ce que les vents soufflant dans cette direction, et ne trouvant aucun obstacle, agissent en toute liberté sur un sol ainsi exposé; ils y épuisent, en quelque sorte, toute leur action, en raison même de l’existence de l’obstacle qui consti-

Cil AP. VI. — DU SOL.

tue précisément l’exposition et arrête leur marche ullérieure.

L’exposition au midi présente des conditions opposées; elle ne met aucun obstacle à Faction des vents chauds du sud ; il en résulte une chaleur habituellement plus grande, des orages plus fréquents, eu un mot, des conditions analogues à celles que présentent les climats chauds. Dans les cas où l’exposition au midi est telle, que les vents qui y soufflent ont traversé, avant d’y arriver, la surface d’une mer ou celle d’un grand lac, leur action est notablement affaiblie, et, à moins de vents accidentels extrêmement chauds, qui apporteraient à ces localités une chaleur forte et humide, fâcheuse pour la santé, celte condition atténue, en général, le résultat de l’exposition au midi. Cette exposition rapproche d’autant plus une localité des conditions des climats chauds que l’on considère un pays plus méridional.

L’exposition à l’ouest se rapproche un peu de celle du midi. Ses conséquences sont complètement differentes, suivant que l’on considère un sol voisin de la mer ou une localité située dans l’intérieur d’un continent. C’est surtout dans ce dernier cas que l’exposition à l’ouest a quelque analogie avec celle du midi, tandis que, dans le premier, le voisinage de la mer amène une grande variété dans les conditions climatériques, et produit des variations continuelles de température, des brouillards et des pluies fréquentes. Ce résultat est dû à l’action des vents qui, avant d’arriver à un sol ainsi exposé, ont dû traverser la surface de la mer.

L’exposition à l’est se rapproche de celle du nord : elle détermine des effets qui varient suivant que le sol que l’on considère est voisin de la mer située dans l’intérieur des continents, suivant, enfin, qu’il est à une latitude plus ou moins élevée.

Les expositions intermédiaires, comme N.-E., S.-E., N. -O., S. -O., participent des influences des deux directions combinées. L’exposition N.-E. rapproche surtout le sol de l’exposition franche au nord, et celle du S. -O., de l’exposition franche du midi. Ces diverses expositions doivent être consultées et étudiées avec le plus grand soin, tant pour les causes de maladies qu’elles peuvent engendrer, et les miasmes et effluves auxquels elles permettent d’agir, que pour guider dans le choix d’une habitation et dans la fixation d’un séjour destiné à améliorer une constitution, à modifier un tempérament, ou à rétablir un malade en convalescence.

C’est ainsi, pour ne citer qu’un petit nombre d’exemples, que l’exposition au nord et au N.-E. ne sera pas conseillée aux rhumatisants ; le nord et surtout le N.-O., aux individus atteints de bronchite ou même de phthisie pulmonaire; l’ouest, aux rhumatisants et aux catarrheux, etc.

4° Rapports du sol avec un© surface liquide.

Le sol des terrains situés dans l’intérieur des continents est seulement modifié par les conditions de latitude, d’inégalité de la surface et d’exposition que nous venons d’examiner ; mais lorsque ce môme sol est situé dans le voisinage de la mer, d’un fleuve un peu considérable, ou d’un vaste lac, il en résulte les modifications suivantes dans la température du lieu.

Les localités constamment baignées par les vapeurs d’eau qui s’en élèvent acquièrent un état hygrométrique supérieur à celui que comporte leur latitude ; la chaleur des étés y devient moins forte en raison des vents frais qui viennent de la mer et de l’évaporation des eaux , qui rend ' latent une grande quantité de calorique, et tend ainsi à abaisser leur température.

En hiver, la basse température des vents froids est diminuée par la présence môme de la vapeur d’eau, qui, en se condensant en brouillards ou en se congelant, restitue à l’air une certaine quantité de calorique latent.

Le voisinage des mers et des eaux rend donc un climat plus tempéré, préserve les côtes des extrêmes de température, et maintient un état habituel d’humidité de l’air. Cette condition est essentiellement défavorable aux rhumatisants, qui doivent fuir de semblables localités. Il en est de même des catarrheux et des emphysémateux, surtout si cette localité est en même temps exposée à l’ouest.

5° États de la surface du sol.

La surface du sol peut être complètement nue, couverte d’une végétation spontanée, ou bien d’une 'culture plus ou moins riche.

Sol dénudé. — Cet état est constitué par l’absence de végétation; il en est ainsi dans beaucoup de points du globe, particulièrement dans les régions équatoriales. La conséquence de ce fait est d’augmenter la température du sol, et, par conséquent, celle de la contrée où il en est ainsi. La dénudation du sol peut être la conséquence de la composition même des terrains, de son état sablonneux, ou des rochers’qui le constituent, et surtout de l’absence de cours d’eau. Dans les régions les plus chaudes de l’Afrique, là où une source jaillit de terre et suffit pour établir un ruisseau même peu^considérable, il y a des oasis où la végétation est luxuriante et où l’homme s’em-

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