CHAT. VI. — DU SOL
presse d’habiter. L'action directe des rayons solaires dans les contrées tropicales contribue encore à l’absence d’eau et à la nudité du sol; l’influence qui en résulte pour l’homme est celle que nous avons exposée en nous occupant de la chaleur des climats.
Végétation spontanée. — Un grand nombre de localités du globe sont couvertes de végétaux plus ou moins nombreux et qui occupent d'immenses étendues de pays.
Les uns sont des plantes herbacées (légumineuses et composées) qui couvrent les vastes terrains appelés savanes, et plus particulièrement prairies, entre le Missouri etle Mississipi; pampas, dans l’Amérique du Sud; steppes, dans la Russie méridionale et la Tartarie ; makis, en Corse, etc.
La plupart de ces immenses plaines n’ont pas été défrichées et ne sont pas habitées par l'homme ; il n’y a donc rien de particulier à dire touchant leur influence.
Dans une grande partie du globe, il existe une végétation spontanée, et les travaux des botanistes ont conduit à admettre que le nombre des espèces végétales va en augmentant des pôles à l’équateur. Parmi ces végétaux, il en est qui doivent nous occuper quelques instants ; ce sont ceux qui, par leur nature et leur accroissement, constituent les forêts et les grands bois.
Le résultat de la présence des bois et des grands végétaux dans une localité est d’empêcher la terre de s’échauffer et d’abaisser la température moyenne du lieu. Il en résulte, en même temps, la conservation, à la surface du sol, d’une certaine quantité d’humidité.
Trois raisons rendent compte de l’obstacle que les grands végétaux mettent à réchauffement du sol :
1° Les rayons solaires ne peuvent pénétrer à la surface du sol.
2° Il se fait, par la surface des feuilles, une évaporation continuelle de vapeur aqueuse.
3° Les feuilles présenlent une grande surface au refroidissement, qui s’opère par le rayonnement vers les espaces célestes.
La présence des forêts et des bois maintient donc la fraîcheur d’un pays; lorsqu’ils sont placés au sommet des montagnes, ils y conservent les eaux et empêchent la formation des torrents dévastateurs qui inonderaient les plaines situées au-dessous.
[Des expériences récentes de M. Becquerel père, faites dans des conditions nouvelles et avec un thermomètre électrique, ont démontré que les arbres s’échauffant sous l’action solaire et se refroidissant sous celle du rayonnement nocturne, comme tous les corps qui se trouvent à la surface du sol, et plus même que la plupart de ces corps en raison de leurs grands pouvoirs
A. Becquerel, 6« édition. 2 0
absorbants et exhalants, échauffent ou refroidissent tour à tour l’air ambiant. Il en résulte, en premier lieu, un courant d'air chaud ascendant, qui se manifeste également dans le massif des arbres ; en second lieu, un courant d’air froid descendant, qui tend à refroidir le sol, la nuit et le matin. Ce résultat montre comment il se fait que le voisinage des bois a pour effet d’abaisser la température d’une contrée; en effet, les couches inférieures qui proviennent de l’air refroidi à la périphérie des arbres, sous l’influence du rayonnement nocturne, abaissent la température de l’air dans le voisinage du sol. Il s’ensuit que les déboisements ont pour effet de rendre les étés plus chauds et les hivers moins froids, en faisant disparaître cette cause de refroidissement qui agit également dans ces deux saisons.]
L’existence des forêts a encore l'avantage de purifier l’air par le dégagement d’oxygène et la destruction de l’acide carbonique ; de s’opposer souvent à la pénétration, dans une localité, des émanations miasmatiques, ou des effluves marécageux, et quelquefois même de s’opposer à l’extension des épidémies.
La présence d’une certaine quantité de grands végétaux et de bois est donc une circonstance favorable et utile pour l’homme. L’habitation dans leur voisinage constitue un des principaux bienfaits du séjour à la campagne; elle contribue souvent à modifier la constitution ou le tempérament, ou bien à accélérer une convalescence.
[On savait depuis Priestley et Ingenhousz, mais surtout depuis les belles recherches de Th. de Saussure, que les parties vertes des végétaux, sous l’influence de la lumière solaire, absorbent l’acide carbonique de l’air, fixent le carbone et émettent de l'oxygène, tandis que la nuit elles absorbent l’oxygène et rejettent de l’acide carbonique. De là, cette idée de la salubrité de la grande végétation pendant le jour. Tout récemment, M. Boussingault a fait voir que, soumises à la lumière solaire, les plantes submergées dégagent de l’oxyde de carbone et un peu d’hydrogène protocarboné. Ainsi, à la purification par l’oxygène se joindrait pour tous les végétaux probablement, mais, à coup sûr, pour les végétaux aquatiques, la viciation par l’un des gaz les plus délétères que l’on connaisse, l’oxyde de carbone. N’est-il pas permis, dit M. Boussingault, d’entrevoir dans l’élimination de ce gaz pernicieux l’une des causes de .l’insalubrité des contrées marécageuses ?]
Une autre espèce de végétation spontanée est celle des marécages : il en a été question précédemment, et il est inutile d’y revenir ici.
Culture , défrichement , reboisement. — La culture change con-