‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 121 sur 353 · CHAP. VI. — DU SOL · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — DU SOL

sidérablement la surface du sol et modifie les conditions physiques qui agissent sur l’homme.

Le défrichement d’une terre neuve et vierge constitue la première influence à étudier, influence qui joue un grand rôle dans la production des maladies, et, en particulier, dans le développement des fièvres intermittentes. Toutes les fois, en effet, qu’un défrichement de terres vierges a lieu, on peut être à peu près certain de voir ces maladies se développer souvent avec une grande intensité. La raison en est facile à saisir. Les défrichements ne portent, en général, que sur des terr es qu contiennent une certaine quantité d’humus, formé par la mort successive des végétaux qui couvrent chaque année ce sol vierge. Cette couche d’humus, presque toujours assez considérable, est constituée par des matières végétales en décomposition, accompagnées d’un certain degré d’humidité. Pour peu donc que la température du climat ou celle de la saison soit élevée, on trouve réunies toutes les conditions sous l’influence desquelles se produisent des effluves marécageux, et, par conséquent, des fièvres intermittentes.

Le déboisement ou la disparition des grands végétaux arborescents exerce un autre ordre d’influence. Quand il est modéré, il assainit une contrée, diminue la proportion des eaux qui s’y trouvent, et atténue l’humidité de l’atmosphère : mais qu’on l’exagère et qu’on le pousse jusqu’à la disparition complète des forêts, le sol est alors trop desséché.

Le déboisement des hauteurs a d’autres inconvénients : les forêts qui couvrent les montagnes n’y retenant plus les eaux, elles se précipitent en courants torrentiels, vont grossir d’une manière démesurée les rivières et les fleuves, inondent les vallées et causent ainsi de terribles ravages. Telles sont les causes, en France, des récents débordements de la Loire, du Rhône, de l’Ailier, etc., etc. (t).

(1) Voici les conclusions intéressantes d’un travail de M. Boussingault touchant l’influence du défrichement et du déboisement.

1° Les grands défrichements diminuent la quantité des eaux vives qui coulent dans un pays.

2° Il n'est pas possible de décider si cette diminution doit être attribuée à une moindre quantité annuelle de pluie, ou à une plus grande évaporation des eaux, ou à ces deux causes combinées.

3» Dans les contrées qui n’ont éprouvé aucun changemeqt dans la culture, la quantité d’eaux vives ne paraît pas avoir’changé.

4» Les forêts, tout en ménageant les eaux vives, ménagent aussi et régularisent leur écoulement.

5° La culture établie dans un pays aride et découvert dissipe une partie des eaux courantes.

6° Des sources peuvent disparaître par suite des déboisements, sans qu’on puisse en conclure que la quantité annuelle de pluie ait diminué.

30 8 DEUXIÈME l'ARTIE. — MATIÈRE DE L’JIYGIÈNE.

La culture bien entendue d’un pays, la disposition des eaux qui s’y trouvent, de manière à ce qu’elles soient distribuées convenablement et qu’elles irriguent d’une manière avantageuse pour la culture, font, en général, disparaître les causes d’insalubrité d’une contrée, et réduisent au minimum, si mémo elles ne détruisent complètement les effluves marécageux. La diminution des maladies dans un pays cultivé tient aussi, du reste, à l’aisance que la culture procure aux habitants,, et ne doit pas être attribuée au seul fait du changement d’état de la surface du sol.

Si la culture, considérée d’une manière générale, assainit un pays, améliore la condition de ses habitants et en diminue les maladies, il est cependant certaines cultures exceptionnelles qui ont quelques inconvénients.

La culture du riz, exigeant que les pieds de cette plante soient une partie de l’année dans l’eau, détermine la formation d’une quantité considérable d’effluves marécageux, et produit des fièvres intermittentes souvent graves.

On attribue à la culture du chanvre, et surtout à l’odeur pénétrante et vireuse qu’il exhale à l’époque de la floraison, des accidents nerveux, tels que céphalalgie, vertiges et vomissements.

Enfin, dans les pays ou on cultive le maïs et dans lesquels,, en môme temps, on en fait usage, on a souvent accusé cette céréale de déterminer la maladie à laquelle on a donné le nom de pellagre. Telle est surtout l’opinion que M. Théophile Roussel a développée dans un travail récent, opinion qui, du reste, a trouvé beaucoup de contradicteurs et n’est pas encore éclaircie. Nous y reviendrons en traitant de l’usage interne du maïs.

G» Nature, composition du sol.

La nature du sol et la composition des terrains qui le constituent rendent un compte suffisant des propriétés qu’il présente. On explique ainsi le pouvoir qu’il a d’absorber, de réfléchir ou d’émettre une quantité plus ou moins considérable de calorique, son humidité, la faculté qu’il a d’être couvert de végétation, la culture des plantes qui s’y développent, enfin la possibilité où il est d’être livré à la culture.

Nous ne pouvons entrer dans tous les détails géologiques que comporte cette question, nous présenterons seulement le tableau des diverses espèces de terrains qui constituent le sol.

7° Les faits météorologiques recueillis dans les contrées équinoxiales tendent à démontrer que les grands défrichements diminuent la quantité de pluie qui tombe annuellement.

Page 1