CHAPITRE VII
Des Eaux.
L’eau est un des corps les plus répandus de la nature. Elle existe à profusion à l’état liquide et constitue la masse des mers, des lacs, des fleuves, des rivières et ruisseaux. lien existe également une quantité considérable répandue dans l’atmosphère à l’état de vapeur, ou bien condensée dans un état particulier (état vésiculeux) qui constitue les nuages. Nous examinerons successivement l’eau sous ces diverses formes.
Eau liquide. — La composition de l’eau est partout la même, de quelque endroit qu’elle provienne. Elle est formée d’oxygène et d’hydrogène, dont les proportions sont toujours les mêmes ; c’est-à-dire, ainsi qu’on le sait, 2 volumes d’hydrogène et 1 volume d’oxygène.
Les eaux naturelles, considérées dans les divers pays, tiennent en dissolution ou en suspension quelques-uns des éléments chimiques qui constituent le sol des terres que traversent ces eaux, et qu’elles lui ont enlevés. Ces matières sont, en général, de nature végétale.
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Les matières inorganiques dissoutes ou suspendues sont infiniment variées et ne peuvent être môme énumérées, car leur nature dépend des terrains d’où elles proviennent ou du sol que les eaux ont traversé. On peut, toutefois, admettre que les matières que l’on y trouve le plus souvent sont : le carbonate de chaux, le sulfate de chaux, le chlorure de sodium, un peu de silice. Quant aux matières en dissolution dans l’eau de mer, nous y reviendrons.
Eaux douces.
L’eau douce à l’état liquide existe sous deux états : celui d'eaux vives et d’eaux courantes, et celui d’eaux stagnantes. Nous nous sommes occupés de ces dernières, et il est inutile d’y revenir ici.
Les eaux courantes prennent leur origine dans les pluies qui tombent à la surface du sol, dans les sources qui sortent du sein de la terre, dans les torrents descendus des flancs des montagnes, etc. ; on les nomme fleuves, rivières, ruisseaux, suivant leur volume et leur mode d’abouchement.
Sans parler du transport des miasmes épidémiques, les eaux courantes qui traversent un pays peuvent influer d’une manière différente sur les maladies qui s’y développent.
Tantôt, en effet, ce sont des eaux vives qui présentent une grande inégalité dans leur quantité, et, par conséquent, dans leur niveau, aux diverses époques de l’année. Semblables à un torrent et tout à fait courantes dans la saison des pluies, elles diminuent et sont presque à sec en été, et elles laissent sur leurs bords des plaines à demi couvertes d’eau, à demi desséchées, et qui sont autant d’effluvesmarécageux. Pour soustraire une contrée à de telles influences, il faut ou creuser le lit du fleuve ou du torrent, ce qui est la plupart du temps impossible, ou l’endiguer. C’est ce dernier moyen, employé sur une large échelle, qui a permis, par exemple, d’assainir les localités riveraines de la Loire, jadis si marécageuses, et qui actuellement le sont infiniment moins. A l’embouchure des grands fleuves, tels que ceux des Indes, de l’Amérique, etc., on ne peut éviter ces plaines marécageuses: il faudrait des travaux surhumains, et sacrifier des milliers d’ouvriers pour aboutir à bien peu de chose. Ces plaines seront bien longtemps encore l’origine d’accidents paludéens variés et très-graves.
D’autres fois, ce sont des courants d’eaux vives, endigués ou contenus dans un lit naturel, avec des bords plus ou moins escarpés et s’opposant aux débordements annuels : ces eaux sont,
316 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE L’üYGIÈNE.
«il général, très-favorables à la salubrité d’un pays ; elles y entretiennent une fraîcheur convenable, favorisent la végétation, permettent les progrès de la culture et contribuent à son aisance. C’est ordinairement sur les bords des fleuves, des rivières, des ruisseaux que sont placés les grandes et les petites villes, les villages et toute espèce d’habitations agglomérées ; les habitants y trouvent un climat plus constant, des moyens de transport plus faciles, de l’eau à profusion pour les besoins de la vie. Il n’y a qu’une seule chose sur laquelle le médecin puisse être appelé à donner son avis : c’est de savoir si les habitations placées tout à fait dans le voisinage de l’eau ou sur l’eau môme, sont beaucoup plus humides que celles situées à une certaine distance. L’influence de cette humidité est incontestable sur le développement et les récidives des affections rhumatismales, et, en pareil cas, elle doit engager à éviter la trop grande proximité des eaux.
[Les grands cours d’eau exposés par le fait de leurs affluents à des crues soudaines, ceux qui sont mal encaissés, débordent souvent : de là des inondations plus ou moins étendues et durables. Après le retrait des eaux, il faut prendre certaines précautions hygiéniques que nous devons faire connaître : 1° provoquer le plus promptement possible l’assèchement des terrains inondés (rigoles, atterrissements, etc.); 2° enfouir et recouvrir de chaux vive les cadavres des animaux morts, mais surtout des poissons; 3° brûler ou employer comme engrais les récoltes trop altérées pour être utilisées autrement ; 4° pendant ces travaux mettre en usage les moyens conseillés aux habitants des contrées marécageuses (pages 292 et suiv.) ; -5° pour les habitations, différer le séjour jusqu’à parfait assainissement; ventilation, chauffage, grattage des murs et blanchiment à la chaux ; répandre sur le sol des matières absorbantes, poudre de charbon, de mâchefer, sable sec, pratiquer à l’entour des maisons des rigoles d’écoulement, etc.
Lorsque les fleuves, les rivières qui traversent les grandes villes ou des localités remplies d’usines et de fabriques, reçoivent en proportion énorme les déjections provenant des égouts ou les détritus provenant des usines, l’eau finit par s’altérer, devenir impropre aux usages domestiques, et les émanations fétides qui s’en échappent s’ajoutent aux autres causes qui, dans les villes, altèrent la pureté de l’air. C’est particulièrement «e que l’on a vu à Londres pour la Tamise, il y a quelques années. Le seul moyen de combattre un aussi grand inconvénient, c’est de détourner à l’aide d’égouts spéciaux, les eaux impures, de les diriger vers un grand lac ou vers la mer, si la situation de ces localités le permet, ou, dans le cas contraire,
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et ce qui vaut beaucoup mieux, de les désinfecter et de les utiliser pour l’agriculture (Yoy. pl. bas Égouts).
Les canaux sont des cours d’eau créés par l’homme et destinés à mettre en communication des lacs, des rivières, des fleuves, soit entre eux, soit avec la mer, pour faciliter le transport des marchandises. Les canaux sont ordinairement fermés de distance en distance par des écluses. L’eau y est donc tantôt immobile, tantôt en mouvement, et leurs influences participent de celles des marais et des rivières. Leur trajet a lieu à ciel ouvert ou sous une voûte (Paris, Anvers, etc.); ils sont sujets aux envasements produits par le dépôt naturel des eaux qu’ils reçoivent, mais surtout par les débris de toutes sortes que, malgré les ordonnances, les riverainsnecessentd’yjeter. La vase qui s’y accumule donne parfois à Peau une couleur noirâtre et une odeur fétide ; dans les cas de ruptures, de fissures soit du fond, soit des parois, il peut se produire des infiltrations qui, lorsque le canal passe à une certaine hauteur, amèneront des inondations dans les parties placées au-dessous de son niveau. Pour parer à ce grave inconvénient, le fond des canaux doit être étanche, bétonné et couvert d’une couche de sable ou de gravier. Quant à l’envasement, on le combattra à l’aide des moyens suivants : le renouvellement de l’eau dans les biefs, et,, suivant les cas, de grandes chasses qui auront lieu le plus souvent possible. On procédera au curage à des intervalles déterminés par la rapidité plus ou moins grande de l’envasement. Les canaux voûtés exigent les mêmes soins, et, de plus, ils seront, munis de cheminées d’aérage aussi rapprochées que possible.]
Les eaux peuvent s’accumuler dans des réservoirs naturelsplus ou moins vastes, et former des lacs ou des étangs. La plupart du temps, ces lacs, ces étangs, sont entourés de marécages, et il a déjà été longuement question de leur influence; il ne reste donc plus que peu de chose à dire de ces réservoirs plus ou moins considérables, lorsqu’ils ne sont pas entourés de marais, ce qui, du reste, est le cas le moins fréquent.
Lorsque ces réservoirs sont profonds et sans marécages à l’entour, la conséquence pour une localité est une humidité et une fraîcheur habituelles; les étés sont moins chauds, les hivers moins rudes ; il n’y a pas des extrêmes de température aussi caractérisés. L’influence est donc bonne sur la santé générale de l’homme ; elle favorise toutefois la production des rhumatismes.
Eaux de mer.
A l'époque actuelle, il existe à la surface du globe deux grands continents et de nombreuses îles. Les terres en forment à peu près le quart, les mers et les lacs intérieurs leâ trois quarts. Il existe une beaucoup plus grande quantité de terres au nord qu’au midi; pour les mers, c’est l’inverse (I).
Profondeur des mers. — La profondeur des mers est très-variable. On donne, en général, à l’océan Atlantique, une profondeur moyenne de 1,000 mètres, et à l’océan Pacifique de 4,000 mètres. Ces mesures sont approximatives, car le fond de la mer présente autant d’inégalités que la surface de la terre. La profondeur des mers intérieures est beaucoup moindre.
La masse totale des eaux, à la surface de la terre, n’excède pas, en moyenne, une couche liquide qui aurait 1,000 mètres d’épaisseur et qui couvrirait tout le globe. C’est tout au plus 1 /40e de l’écorce consolidée, ou bien le 1 / 6000e du rayon terrestre.
Température des mers. — La température de la mer est loin d’être toujours semblable, et il existe à sa surface une cause incessante de refroidissement, qui est due à l’évaporation continuelle qui s’y opère. En comparant la température de l’air à celle delà mer, à sa surface, on trouve qu’entre les tropiques la température de l’air est, en général, moins élevée que celle de la mer. Dans les régions tempérées, l’air est rarement plus chaud que la surface de l’eau. Dans les régions polaires, enfin, on n’a pas d’exemple que l’air soit plus chaud que la mer ; il est toujours plus froid.
La température de l’eau de la mer diminue à mesure que la sonde qui porte le thermomèlre à minima pénètre à une plus grande profondeur. Cette loi, que l’on n’avait pas crue jusqu’à ces derniers temps applicable aux régions polaires, est reconnue maintenant comme étant sans exception.
On peut attribuer cet abaissement de température du fond de la mer dans les régions tropicales à des courants sous-marins qui portent l’eau froide des pôles vers l’équateur, et égalisent ainsi en quelque sorte la température des couches marines les plus profondes. Dans les régions polaires, la mer descend à 0° et au-dessous.
La température de la surface de la mer diminue de l’équa-
(1) La superficie de la terre est évaluée à 5,100,000 myriamètres carrés.
Celle des mers et des lacs, — 3,700,000 —
Celle des terres et des îles, • — 1 ,400,000 —