‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 141 sur 353 · CI1AP. VIII. — DES CLIMATS · texte numérisé non relu

CI1AP. VIII. — DES CLIMATS

Le caractère des habitants du Nord est tranché : leur intelligence lente, un peu paresseuse, ne saisit pas rapidement les rapports des objets. Ils sont loin de la vivacité méridionale et présentent tous les caractères moraux opposés.

Dans les climats froids, d’après les tableaux que M. Villermé a dressés, et qui sont relatifs à la mortalité dans certains climats, la mortalité est relativement moins élevée que dans les pays du Midi ; mais aussi la fécondité est moins considérable, ce qui fait que la population ne s’accroît pas dans des limites aussi étendues qu’on pourrait le penser. C’est également dans les pays froids que se rencontrent les cas les plus nombreux de longévité : des milliers d'exemples l’attestent. Ainsi, en Ecosse, James Laurence, mort à 140 ans. En Irlande, la comtesse de Desmond, morte à 140; la comtesse Electon, morte à 143 ans; Thomas Winslow, à 146. En Angleterre, Jean Effingham, âgé de 144 ans; Francis Consist, de 450 ; Thomas Parre, de 1 52. En Norwége, Joseph Surrington, mort à l’âge de 160. En 1763, dans le district d’Aggerus, il y avait 150 couples qui avaient vécu ensemble 80 ans. En 1761, sur 6,929 décès, on trouva 394 sujets âgés de plus de 90 ans, et 63 centenaires. En Russie, on trouva, en 1804, sur 1,358,287, — 1,504 de 90 à 95 ans ; 1,501 de 100 à 105 ans ; 71 de 100 à 1 10 ; 22 de 1 10 à 1 15 ; 22 de 115 à 120 ; 3 de 120 à 123 ans (Motard). En France, au contraire, 904,692 décès ont fourni, en 1802, 5,134 de 90 à 100 ; mais au delà, seulement 39 de 100 à 105 ; 14 de 105 à 110, et 2 de 110 à 118.

Influence sur le développement des maladies. — 1° Les maladies les plus fréquentes sont incontestablement les phlegmasies. On observe, surtout dans les parties humides des climats froids, les bronchites simples et catarrhales, les pneumonies, les pleurésies, les rhumatismes aigus et chroniques, etc.

2° Certaines maladies se développent de préférence chez les habitants des pays froids, et sont dues à des causes spéciales. Telles sont les ophthalmies accompagnées de tuméfaction et d’éraillures de paupières, qui s’observent si fréquemment chez les Lapons. Telles sont encore les gerçures de la peau, accompagnées d’exsudation sanguinolente, et qui existent surtout aux mains. La syphilis se traduit chez les habitants du Nord par des symptômes beaucoup plus graves et qui portent surtout sur les parties internes. Les scrofules, le rachitisme, sont des maladies extrêmement fréquentes dans les climats du Nord, et qui se développent sous l’influence combinée du froid et de l’humidité. La phthisie pulmonaire est également fréquente.

L’influence marécageuse ne se traduit pas toujours par la production de fièvres intermittentes bien caractérisées, mais

plutôt par la manifestation de la cachexie dite paludéenne.

Le scorbut et les affections vermineuses sont également des maladies fréquentes dans les climats froids.

La fièvre typhoïde y paraît rare ; on manque toutefois de documents suffisants pour prouver ce fait d’une manière positive.

[Il a été publié sur la pathologie des régions circumpolaires , et de l’Islande en particulier, des documents qui méritent d’être mentionnés succinctement ici. Suivant Schleisner, auquel on doit de précieux renseignements à cet égard, certaines maladies assez communes ailleurs sont très-rares en Islande, et réciproquement. Parmi les premières, il faut citer les fièvres intermittentes , malgré l’existence de nombreux marécages ; la syphilis, qui, introduite à plusieurs reprises par des immigrants de l’Europe, n’a pas tardé à s’éteindre ; la phthisie , qui, parmi les aborigènes, est presque inconnue, bien qu’elle sévisse sur eux quand ils vont habiter les diverses contrées de l’Europe. Il en est de même de la scrofule , et, avec quelques auteurs, nous n’hésitons pas à expliquer cette immunité par l’usage si abondant que les habitants des régions polaires font des aliments gras et huileux. On peut enfin noter la rareté de la chlorose, bien que l’aménorrhée soit fort commune. Comme maladies rares ailleurs et communes dans l’extrême Nord, il faut citer l’affection hydatique qui envahit les différents viscères, mais surtout le foie ; une lèpre tuberculeuse, la spédalskêd, tout à fait semblable à l’éléphantiasis des Grecs, et qui a été si bien décrite et figurée par MM. Boëck et Daniellsen ; le tris mus des nouveau-nés, qui enlève du oe au 12e jour plus de la moitié des nouveau-nés, surtout dans les îles Westmannoë. Chose assez remarquable, ces deux dernières affections, la lèpre et le trismus, se montrent aussi dans les régions équatoriales. Enfin, comme maladies très-fréquentes, on peut citer les rhumatismes et les affections catarrhales.]

De l’acclimatement.

[Peu de questions ont donné lieu à des débats aussi vifs et aussi prolongés, et, malgré la masse énorme de documents mise en œuvre par les partisans et les adversaires de la faculté d adaptation aux différents climats, que l’on croyait autrefois dévolue à toutes les races, la question n’est pas encore résolue.

Établissons d’abord quelques distinctions : à l’exemple de plusieurs auteurs, nous séparons Y acclimatement de Yacclima-

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