‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 142 sur 353 · C II A P - VIII · texte numérisé non relu

C II A P - VIII

DES CLIMATS

talion. Pour nous, le premier terme exprime non-seulement l’ensemble des phénomènes par lesquels passe un individu né dans un climat, lorsqu’il devient apte à vivre dans un milieu different, mais il implique aussi, pour sa descendance la faculté de se propager saine et vigoureuse pendant une longue suite de générations. Le second suppose l’intervention de l'art et des procédés à l’aide desquels cette modification peut être obtenue. Quant au mot indigénisation} nous le réservons pour caractériser la transformation de' la race immigrante en race indigène à l’aide de croisements répétés avec cette dernière.

I. De l’acclimatement proprement dit. — On peut, à l’exemple de Rochoux, le partager en grand et petit acclimatement.

1° Vêtit acclimatement. — C’est celui qui a lieu pour une localité dont le climat diffère peu du climat de l’immigrant ; aussi est-il en général facile et pour l’individu et pour, l’espèce, à la condition que le nouveau pays offrira de bonnes conditions de salubrité. Une race peut ainsi, en y mettant des siècles, arriver sans difficulté au grand acclimatement si difficile dans des conditions différentes. Tel aurait été le procédé à l’aide duquel les Ariens ou Iraniens descendus des hauts plateaux de l’Asie centrale se sont répandus lentement, et pour ainsi dire pas à pas, les uns vers les régions tropicales de l’Inde, les autres en Europe. (Bertillon.) On peut, malgré la distancefranchie, ranger dans la même catégorie la colonisation si rapidement prospère et féconde des Français au Canada, des Anglo- Saxons aux États-Unis.

2° Grand acclimatement. — Ici se présentent les discussions dont nous avons parlé, surtout à l’égard des pays chauds. D’une manière générale aussi bien que relativement à la latitude, il faut distinguer l’acclimatement de l’individu (en tenant grand compte de la race) de l’acclimatement de l’espèce. Au seuil de cette question, se place une observation bien remarquable faite il y a environ 1 900 ans et rappelée par Boudin : Quœ a frigidis regionibus corpora traducunlur in calidas , dit Yitruve, non possunt dur are, sed dissolvuntur ; quæ autem ex calidis lotis sub septentrionum regiones, non modo non laborant immutatione loti valetudinibus , sed etiam confirmantur. ( Arch ., 1. I, c. îv.) Il y a dans ces deux phrases tous les éléments des débats actuellement pendants.

A. Régions tropicales. — Ce qu’il faut avant tout reconnaître et constater, c’est la nature salubre ou insalubre du sol, l’absence ou l’existence de marais dont les effluves acquièrent généralement une si pernicieuse activité dans les pays chauds, et peuvent rendre l’acclimatement tout à fait impossible. Les parties méridionales de l’Asie, l’Inde, l’Indo-Chine, les grandes

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îles de l’océan Indien, sont très-malsaines; le choléra, les dysenteries, les affections du foie y sont endémiques. Une partie de la côte occidentale d’Afrique, surtout au Sénégal, présente les conditions les plus fâcheuses; môme chose à la côte orientale de Madagascar. L’Algérie, qui a été l’occasion et le point de départ de ces discussions, offre un ensemble de conditions très-défavorables à l’acclimatement. On connaît la terrible réputation de la Guyane, de la côte orientale du Mexique et de la plupart des îles situées dans le grand golfe de ce nom, et, au contraire, la salubrité du Brésil, du Paraguay, du Chili et du Pérou. Dans les contrées équatoriales, l’altitude exerce une grande influence, elle peut changer ces mauvaises conditions et en créer de nouvelles beaucoup plus avantageuses : c’est ce que l’on voit pour les hauts plateaux sur lesquels est établi Mexico, en regard des basses terres où est située Vera-Cruz. Boudin a fait remarquer la grande différence qui existe entre l’hémisphère boréal et l’hémisphère austral sous le rapport de la salubrité, et qui assure à ce dernier une si singulière supériorité, même sous le rapport de l’influence paludéenne. Bien que cette règle souffre d’assez nombreuses exceptions, considérée d’une manière générale, elle n’en est pas moins très-réelle. Enfin on a remarqué, dans l’Océanie, la parfaite innocuité des marécages dans les îles situées sous la même latitude que les Antilles.

t° Acclimatement de V individu. — 11 est, en général, en rapport avec le degré de salubrité delà région où l’immigrant vient s’établir. L’âge adulte est le plus favorable, parce qu’alors la résistance aux influences extérieures est plus énergique. On a remarqué l’effrayante mortalité qui pèse sur les enfants, surtout dans les deux ou trois premières années de la vie. Les femmes, malgré leur faiblesse, en raison peut-être de leur système nerveux plus développé, de leur sobriété plus grande, de leur vie plus régulière, résistent beaucoup mieux que les hommes aux chances fâcheuses d’un changement de climat.

Mais ces facultés d’appropriation diffèrent surtout, on le comprend, suivant la race de l’immigrant, et il n’est rien de curieux comme de voir les divergences d’opinion des auteurs à cet’égard.

Européens. — Nous devons spécialement entendre par ce mot les hommes de race celtique et germanique qui occupent l’Angleterre, la France et l’Allemagne ; les Espagnols, les Italiens présentent ici des aptitudes que nous aurons à signaler.

Lorsqu’un Européen arrive dans un pays très-chaud, il éprouve, dans les premiers temps, une surexcitation singulière ; l’activité, les forces paraissent augmentées, l’appétit est vif,

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