‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 144 sur 353 · CHAT. VIII · texte numérisé non relu

CHAT. VIII

DES CLIMATS

les contrées du Nord, sont décimés par la phthisie, et cela souvent à une faible distance de leur lieu d’origine ; ainsi les nègres du Sennaar succombent en grand nombre en Egypte. Suivant MM. Girard et Huart, les noirs Kroumans provenant du cap des Palmes, pays à température uniforme, meurent, pour la plupart, d’affections de poitrine en arrivant à Gorée, où s’observent d’assez grandes variations de température. Ils ont vu également beaucoup d’habitants du Gabon périr par la dysenterie au Sénégal, etc. Ainsi, en Afrique même, l’acclimatement individuel des nègres présenterait de grandes difficultés (Bull, de la Soc. d'anthrop., t. I, p. 1860.) Boudin et Simonot se sont élevés contre cette assertion ; le premier a fait voir des relevés d’après lesquels les noirs provenant de différents côtés ne perdent que 30 pour 1000 à Sierra-Leone, alors que les Anglais perdent là près de 500 pour 1000. Aux Antilles, à la Guyane, même résultat ; la mortalité des premiers n’est que 28 à 46 au plus sur 1000, quand elle monte à 51 et à 150 chez les seconds (ibid., t. II, p. 538-543; 1861). On a observé également une très-forte mortalité dans certaines régions où les nègres libres ou esclaves, occupant une position misérables, accablés de travaux, se trouvaient manifestement dans les plus fâcheuses conditions. Bien traités, ils peuvent au contraire se maintenir même dans des latitudes assez froides.

Climats tempérés. — Nous n’avons rien à en dire : toutes les races semblent pouvoir s’y donner rendez-vous. Les Anglais, les Français, les Allemands vivent dans les États-Unis de l’Amérique exactement comme chez eux. Notons cependant les ravages que la phthisie exerce sur les originaires des pays tropicaux, mais spécialement sur les nègres.

Climats froids. — On a remarqué, pour les climats froids, la facile adaptation des Méridionaux, surtout de race blanche, qui, même dans les premiers temps, semblent supporter, mieux que les indigènes, les rigueurs de l’hiver ; mais, les années suivantes, ils sont beaucoup plus sensibles aux basses températures, et ils éprouvent un affaiblissement qui leur rend désirable le retour dans un climat plus favorisé. Larrey a signalé la remarquable résistance des hommes du Midi dans la terrible retraite de Moscou ; d’un autre côté, les Européens supportent parfaitement les froids des régions polaires. L’hivernementdes équipages envoyés à la recherche de Franklin ou d’un passage dans l’océan Pacifique, l’a parfaitement démontré. Une circonstance digne de remarque, c’est l’activité des fonctions digestives, et l’aptitude, promptement acquise, à digérer les substances animales et surtout les matières grasses.

2° Acclimatement de l'espèce. — C’est là, à nos yeux, le véritable acclimatement. Nous partageons tout à fait à cet égard les idées très-clairement exprimées par M. Bertillon dans le passage suivant : « Pour qu’un type humain, transporté d’un lieu dans un autre, puisse être considéré comme acclimaté, il faut qu’il ait fourni une longue suite de générations et qu’il s’y soit multiplié par l’excédant des naissances; il faut encore que, par le seul fait de son activité propre, ce groupe ait pourvu à tous ses besoins. » Mais nous nous séparons de M. Bertillon quand il déclare ne pas exiger l’agriculture, si indispensable cependant à une société, qu’elle en est le premier besoin ; nous nous en séparons également quand il appelle au secours de l’acclimatement le croisement avec les indigènes ou avec des races plus aptes à vivre dans le nouveau milieu. Lorsqu’un type humain, suivant l’expression de M. Bertillon, ne peut pas subvenir à tous ses besoins , et quand il lui faut l’intervention d’un sang étranger, c'est qu'il ne peut pas s'acclimater.

Pays chauds. — C’est là aussi que se rencontrent les grandes difficultés. On a vu une foule de colonies établies par des races du Nord, et qui n’ont pas tardé à disparaître faute de descendance et faute de recevoir des renforts continuels de la mère patrie. Et, ici, il ne faut pas se contenter de deux ou trois générations pour affirmer l’adaptation, car on observe quelquefois une dégénérescence progressive qui frappe les degrés successifs de la descendance, et amène peu à peu l’extinction complète des immigrés.

L’histoire nous montre les peuples du Nord venant se fondre et s’éteindre dans les climats méridionaux. Les Wisigoths s’amollissent et disparaissent presque complètement en Espagne où leur descendance ne se perpétue que par sa fusion avec les indigènes. Même chose en Italie pour les Goths qui s’y étaient établis. Les Vandales de Genséric, conquérants du nord de l’Afrique, avaient déjà presque entièrement disparu au bout d’un siècle, lorsque Bélisaire vint disperser leurs misérables restes. Volney qui, dans cette question, n’avait assurément pas départi pris, constate, avec un profond étonnement, que les Circassiens qui formaient, en Égypte, la classe dominante des Mameloucks, ne pouvaient s’entretenir qu’au moyen d’un recrutement continu dans leur pays originel ( Voyage en Égypte. — État politique , chap. n). 11 est bien reconnu, qu’on ne rencontrerait pas, dans ce pays, une seule famille étrangère qui ait prospéré et se soit propagée dans une suite de générations.

La même chose est constatée pour les Anglais dans l’Inde, pour les Français aux Antilles. « On ne saurait peut-être pas,

Page 1