CH AP. VIII. — DES CLIMATS
les digestions bonnes, etc. ; mais, au bout de quelques semaines ou de quelques mois, cette santé si brillante fait place à un nllanguissement général, les forces déclinent sensiblement, le teint, qui était rouge et animé, prend une nuance pâle, les differents tissus se décolorent, l’appétit se perd, et une véritable dyspepsie se manifeste ; les facultés intellectuelles ellesmêmes tombent dans une sorte de torpeur; les fonctions de la peau et du foie sont exagérées; en un mot, le sujet présente cet état connu sous le nom d 'anémie tropicale, qui le dispose merveilleusement à subir toutes les affections endémiques ou épidémiques propres à la contrée où il se trouve. Quelques auteurs appellent cela l’acclimatement, et quelques-uns vont jusqu’à proposer de favoriser cet affaiblissement ; ils assurent que, quand l’immigrant a subi quelques-unes des atteintes morbides dont nous parlons, il peut au bout de deux ou trois ans être regardé comme acclimaté. Mais beaucoup d’autres, et avec raison, je crois, ne sont nullement de cet avis ; ils regardent l'anémie tropicale comme un véritable état pathologique auquel il est urgent de remédier, soit par le retour temporaire au pays natal; soit, quand les localités le permettent, par le séjour dans une région à température moins chaude, comme le présentent les altitudes (Rochard). C’est du reste, aujourd’hui, la pratique du plus grand nombre des médecins des colonies, et ils paraissent avoir perdu toute confiance dans ce qu’on appelait les maladies acclimatantes qui trop souvent emportent le malade. S’il ne succombe pas, il reste dans cet état de langueur, vieillit prématurément, et devient de plus en plus accessible aux endémies locales qui, de rechute en rechute, amènent une mort anticipée. Quelques organismes plus vigoureux, mieux disposés, peuvent, cependant, résister à ces influences ; mais alors, comme l’a fait observer Pruner-Bey, l’homme de race blanche, quand il s’acclimate, vivant de la vie des indigènes, conserve en grande partie sa vigueur ; et sa peau, au lieu de devenir d’un blanc mat, se colore, son pigment devient brun (Bull, de la Soc. d’accl. , t. Y, p. 67). C’est parmi les sujets de cette sélection que l’on peut espérer de voir s’établir l'acclimatement complet dans la race immigrante.
Mais combien supportent les frais de ce travail d’élimination? C’est ce que les chiffres vont nous dire, en même temps qu’ils nous montreront que la mortalité s’accroît avec la durée du séjour. Les statistiques anglaises constatent à la Guyane, aux Antilles, une mortalité de 77 pour 1000, pendant les premiers temps; elle s’élève à 120, 109 et 140 dans les neuvième, dixième et onzième années de séjour. Avant la mesure qui consiste à renouveler fréquemment les garnisons (v. Acclimatation ), la mor-
3 o 6 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE L’flYGIÈNE.
talité des soldats anglais aux Bermudes était de 52 sur 1000, à la Jamaïque de 128, aux Antilles de 82, etc. Dans l’Inde, la mortalité moyenne était de 54 pour 1000 (50,78, présidence de Bombay ; 7.5,8, présidence du Bengale ; 38,46, présidence de Madras) . Dans certaines localités, c’est une véritable immolation; le chiffre des décès s’élève à 480 sur 1000 à Sierra-Leone, et à 680 au cap Coast sur la côte occidentale d’Afrique !...
Pour la France, memes résultats. Nous perdons à la Guadeloupe 96 pour 1000, à la Martinique 100, au Sénégal 121. L’Algérie a donné annuellement parmi les troupes et parmi les colons une mortalité dont on s’est à bon droit effrayé. On a accusé Boudin, qui a soulevé ces questions avec autant de talent que de courage, d’être l’adversaire absolu de l’acclimatement, alors qu’il répétait incessamment, en présence des faits si graves que nous allons faire connaître, qu’il ne regardait pas l’acclimatement de l’Européen en Algérie comme impossible, mais seulement comme soumis à d'immenses difficultés , sur le compte desquelles il importait de ne pas s’aveugler. Eh bien ! sans entrer dans tous les détails de cette question, nous noterons que, d’après les documents les plus authentiques fournis par l’administration de la guerre, la mortalité moyenne des soldats français en Algérie est de 77 pour 1000, c’est-à-dire quatre fois plus considérable que celle des troupes en France ; que, pour les habitants européens, elle s’élève à 42,9 pour 1000, alors qu'en France la mortalité est de 23,61 pour le même chiffre, tous les âges réunis. Notons d’ailleurs qu’il s’agit d’habitants des villes, c’est-à-dire d’individus ne cultivant pas le sol .
Une circonstance assez curieuse, c’est que les troupes espagnoles à Cuba, par exemple, perdent autant de monde que les Anglais, et cependant l’espèce s’acclimate et progresse ; nous verrons plus bas dans quelles conditions. Quant à la race juive, et comme individus et comme espèce, elle vit et prospère trèsbien dans les pays chauds.
Race mongole. — Dans le type mongolique, les Chinois, ces juifs de l’Asie, dit. M. Rocliard, sont ceux qui jouissent de la plus grande puissance d’acclimatement. Ils sont très-répandus dans l'Inde et dans l’empire birman. Transportés aux Antilles françaises, comme engagés volontaires, ils y ont très-peu réussi, leur mortalité a été considérable ; « les Anglais, au contraire, s’en sont très-bien trouvés. A la Trinidad, à Sainte- Lucie, à Demerary, on les préfère aux Indiens comme travailleurs... A la Trinidad ils sont parvenus à dessécher des terres marécageuses qu’on leur avait concédées, etc. »
Race nègre. — En général les nègres, quand ils émigrent vers