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DES HABITATIONS PRIVÉES

L’homme, dès les premiers temps de la création, a dû songer à s’abriter contre les intempéries de l’air ; et s’il a d’abord choisi pour demeure les troncs d’arbres, les cavernes, les excavations naturelles, il n’a pas tardé à en reconnaître l’insuffisance, et il a cherché à se créer artificiellement des abris plus commodes et plus sûrs. Il en est résulté les premières habitations privées, qui ont beaucoup varié suivant le climat et le degré de civilisation auquel l’homme est successivement parvenu.

Dans les climats chauds, il est encore certaines peuplades (en Abyssinie) qui prennent pour habitation des troncs d’arbres. Les peuples nomades ont des demeures essentiellement mobiles. Les Arabes logent sous des tentes portées sur cinq ou six piquets plantés en terre et faites en poil de chèvre ou de chameau; leur famille entière y est logée, et un rideau placé dans l’intérieur sépare les deux sexes.

Les Tartares ont des huttes faites de bois ou d’osier, recouvertes d’un feutre épais et souvent de mortier. En haut est un trou rond destiné à laisser passer la fumée. Ces huttes se transportent sur les chariots traînés par des bœufs, que les Tartares suivent à cheval.

Dans la plupart des contrées occupées parles peuples sédentaires, les premières habitations ont consisté dans des cabanes formées avec des arbres ou des poutres enfoncées en terre et alignées au plafond ; les intervalles étaient remplis de branches et d’un mortier épais formé de terre argileuse imperméable.

Les sauvages de l’Amérique et les nègres de l’Afrique logent dans des huttes de formes diverses, percées d’un trou à la partie supérieure, destiné au passage de la fumée ; leur réunion forme des villages, qu’ils entourent de palissades en bois.

Les Groënlandais occupent des maisons cimentées de terre ou de gazon, recouvertes de solives, de broussailles et de matière tourbeuse, le tout souvent mélangé de blocs de glace.

Les Egyptiens, dans leur antique civilisation, construisaient.

3 72 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE l’uYGIÈNE.

dans leurs villes des habitations mêlées de jardins, où l’on trouvait toutes les commodités de la vie et tous les raffinements du luxe.

D’après Vitruve, les Grecs et les Romains étaient parvenus à donnera leurs habitations des caractères de luxe et de commodité que les modernes pourraient envier. Chez ces deux peuples, les habitations comprenaient de grandes cours intérieures, entourées de portiques couverts, destinés à abriter les habitants contre les intempéries de l’air et les ardeurs du soleil, en même temps qu’à leur servir de promenades. Les chambres d’habitation étaient placées le long des portiques et des passages, et y puisaient l’air et la lumière. Ces chambres étaient, du reste, petites et resserrées.

Dans les pays chauds, on retrouve, à l’époque actuelle, à peu près la même disposition des habitations. Dans les maisons riches, les cours sont pavées de marbre; au centre, des fontaines d’eaux vives : des quatre côtés de la cour sont rangés les bâtiments, couverts habituellement de toits plats. Au rez-dechaussée sont les écuries, les magasins, les chambres des domestiques. Au premier étage, règne une galerie avec des rangées de colonnes ou de piliers, sur lesquels les appartements intérieurs prennent le jour et l’air.

Ce qu’il importe surtout d’étudier, ce sont les habitations privées de nos climats, à l’égard desquelles de nombreux détails sont indispensables (t).

§ I. — Emplacement des habitations privées.

La première question qui se présente est celle des lieux ou de l’emplacement sur lequel les habitations privées sont placées, et des règles hygiéniques les plus importantes à suivre à cet égard. — Sous ce rapport, on peut adopter la division suivante :

1° Habitations souterraines .

Elles sont creusées dans le tuf, comme on en voit encore un certain nombre sur quelques points du littoral de la Loire et de la Vienne, ou bien elles sont le résultat de la construction particulière des maisons, et elles consistent dans l’établissement d’un étage souterrain.

Dans ces deux cas, de telles habitations sont, en général, mauvaises pour la santé : il y règne une humidité continuelle :

(1) Un grand nombre de détails relatifs aux habitations privées sont empruntés à l’excellente thèse de M. Piorry.

la difficulté du renouvellement de l’air est considérable ; et l’oxygène brûlé par les lampes ou le chauffage est difficilement remplacé : la conséquence de cette aération insuffisante est souvent le développement des scrofules, des tubercules ou du rachitisme.

Les habitations des bords de la Loire et de la Vienne sont des espèces de cavernes creusées dans le tuf et à l’abri de l’humidité ; en raison même de la qualité du sol, on ne cite aucune maladie spéciale propre aux habitants qui les occupent.

2° Habitations dans les plaines.

Les habitations dans les plaines ne présentent rien de particulier à signaler : leur salubrité dépend de l’élévation des plaines, de leur exposition, de leur sol marécageux ou desséché, toutes circonstances qu’il faut apprécier. On doit observer, toutefois, que c’est dans les plaines cultivées et arrosées de grands cours d’eaux vives que sont 'situées les cités les plus florissantes, les villes les plus riches.

3° Habitations sur les lieux élevés (collines ou montagnes).

A une élévation modérée, et qui n’est pas sans cesse battue par les vents, les habitations sont en général salubres. A une hauteur plus considérable, des causes diverses peuvent influer sur la santé ; ainsi la diminution de pression de l’air, l’abaissement de température, les courants d’air violents, rendent ces demeures dangereuses pour les individus atteints de maladies chroniques du cœur ou des poumons ; dans d’autres circonstances, elles déterminent leur développement chez ceux qui y sont prédisposés. Au mont Saint-Bernard, par exemple, les religieux de l’hospice succombent jeunes, et l’emphysème pulmonaire paraît être la maladie dont ils sont atteints avec le plus de facilité. [Nous avons vu plus haut (p. 190) qu’il n’en est pas de même dans les altitudes tropicales.]

On choisit quelquefois, pour placer les habitations, des vallées plus ou moins larges, placées entre des collines ou des montagnes. Ce choix est, en général, peu heureux ; car, ou ces vallées sont larges, ouvertes et parcourues sans cesse par des courants d’air violents, et alors elles exercent sur les appareils circulatoire et respiratoire une action analogue à la précédente; ou bien elles sont étroites, enfermées, sans renouvellement facile de l’air, humides, et alors on voit se développer d’une manière endémique le goitre et le crétinisme ; c’est ce qui a lieu dans plusieurs points des Alpes, des Vosges, du Jura, etc.

4° Sol sur lequel reposent les habitations.

L’humidité du sol exerce une influence sur les habitations qui y sont établies. On ne peut en éviter les inconvénients sérieux qu’en établissant au-dessous du rez-de-chaussée des

voûtes, sous lesquelles on fait circuler librement l’air. On doit également éviter de placer les habitations sur un sol d’où se dégagent habituellement des gaz qui peuvent exercer une action nuisible sur la santé, comme, par exemple, cela a lieu dans les cimetières ou dans leur voisinage. C’est pour cette raison que les lieux d’inhumation doivent être éloignés du centre des villages, où on les place encore dans une grande partie de la France.

5° Exposition des habitations.

S’il ne s’agissait que d’habitations placées dans les plaines, et qu’on pût variera volonté leur exposition, il serait convenable de choisir celle du sud pour l’hiver, et celle du nord-est pour l’été. Dans l’impossibilité de placer en môme temps une maison à ces deux expositions, on y supplée en disposant les faces diverses de l’habitation, les croisées et les portes, de manière à changer de chambre, et, par conséquent, d’habitation, avec les différentes saisons de l’année. Dans nos climats, on doit, autant que possible, éviter l’exposition de l’ouest ; car c’est dans cette direction que soufflent les vents prédominants. Dans les grandes villes, on ne peut, en général, tenir compte de l’exposition des maisons, à moins que ce ne soit pour les grandes habitations privées ou pour les édifices publics.

L’instinct des peuples les a conduits, dans le Nord, à choisir l’exposition du midi, et, dans le Midi, à préférer l’exposition du nord.

6° Habitations dans le voisinage des forêts et des bois.

De telles habitations sont, en général, salubres, à la condition toutefois que ce voisinage ne soit pas trop immédiat, car alors elles seraient placées dans une atmosphère habituellement saturée d’humidité. On n’a pas remarqué cependant que les demeures des gardes-chasse, ordinairement placées au milieu même des grands bois, fussent insalubres, et produisissent des maladies chez eux et dans leur famille. Les habitations placées dans le voisinage des bois y trouvent, pour avantages, un certain degre d’humidité, un air pur et un abri contre les maladies miasmatiques et marécageuses.

Quoi qu’on en ait dit, et bien que l’opinion contraire ait des partisans, on doit admettre que la présence, dans le voisinage d’une habitation, d’une certaine quantité de grands arbres est une chose utile, avantageuse, et capable de purifier l’air; il est indispensable toutefois que cette quantité ne soit pas trop considérable, ne puisse intercepter les rayons du soleil, et déterminer ainsi trop d’humidité. Dans les grandes villes, les plantations d’arbres le long des larges voies de communication, des quais, des boulevards, des places, sont très-utiles, et destinées

autant à absorber et à décomposer l’acide carbonique de l’air qu’à flatter les yeux et à servir de promenades agréables.

7° Habitations à 'proximité des cours d'eau et des ruisseaux.

Elles sont situées dans des conditions favorables de salubrité, pourvu toutefois qu’elles soient à une certaine distance, et un peu au-dessus du niveau du cours d’eau, afin de ne pas être continuellement dans une atmosphère saturée d’humidité. Cet inconvénient est moins à redouter si les bords sont escarpés.

Les rives des cours d’eau, surtout s’ils sont navigables, ont toujours été choisies par les peuples pour y fonder des villes. Indépendamment de la salubrité et de la fertilité que les eaux vives procurent à un pays, elles sont pour les habitants un moyen de transport facile, et elles leur donnent en abondance les eaux nécessaires pour tous les besoins de la vie. L’accumulation trop grande des habitations et des habitants dans les grandes villes situées le long des fleuves atténue, la plupart du temps, ces bons effets, en altérant l’air et en produisant les maladies qui sont la conséquence ordinaire de l’encombrement.

8° Habitations dans le voisinage de la mer.

Ces habitations ne sont salubres qu’à la condition de ne pas être trop près du rivage, afin de ne pas subir les inconvénients de l’humidité ; elles ne doivent pas non plus être trop élevées au-dessus de son niveau, pour ne pas ressentir les effets des violents courants d’air qui ont passé à la surface de la mer, et se sont imprégnés d’humidité.

9° Habitations dans le voisinage des marais et des usines.

Les habitations placées dans le voisinage des marais, des étangs et des eaux stagnantes, éviteront difficilement l’action des effluves marécageux. Si l’on est obligé de séjourner dans de telles demeures, on ne luttera contre la pernicieuse influence de ces émanations qu’en disposant, entre l’habitation et le marais, un obstacle, tel que des plantations, par exemple, destinées à les arrêter, et qu’en faisant établir les ouvertures et les croisées de la maison dans la direction précisément opposée.

Les habitations situées dans le voisinage des fabriques et des usines ressentent souvent les influences insalubres ou dangereuses de ces dernières. Cette insalubrité et ce danger dépendent soit des gaz délétères, ou des émanations métalliques, végétales ou animales qui en proviennent ; soit de l’altération des eaux courantes ou de puits par les détritus liquides de l’usine.

L’administration reconnaît, du reste, des établissements insalubres et dangereux. Elle a divisé les uns et les autres en plusieurs catégories, et fixé des zones que ces fabriques ne peuvent franchir pour s’approcher des habitations privées.

10° Habitations agglomérées.

L'homme n’était pas destiné à demeurer toujours dans déshabitations privées ; aussi est-il arrivé un instant où ses besoins physiques et intellectuels lui ont fait sentir la nécessité de la société de ses semblables, et où les habitations se sont agglomérées les unes à côté des autres ; il en est résulté, selon leur importance, des villages, des villes et de grandes cités.

S’il s’agissait, pour le médecin, de donner des conseils pour le choix d’un emplacement destiné à établir une de ces trois espèces d’agrégations d’habitations, il ne devrait éprouver aucun embarras ; et, en tenant compte de toutes les causes de salubrité et d’insalubrité qui ont été passées en revue, il lui serait facile de formuler son opinion. Ce rôle est toutefois celui que l'homme de l’art est le moins souvent appelé à remplir : en effet, la plupart du temps, ces réunions d’habitations existent déjà, et le médecin est tout au plus consulté sur les moyens propres à améliorer leurs conditions hygiéniques. Quelques détails, relatifs à ces conditions, sont donc utiles ici.

Villages. — Toutes les influences physiques résultant de l’altitude, du voisinage de l’eau, de la présence des marécages, etc., s’exercent ici en toute liberté, et se traduisent par la production de maladies diverses. L’absence de plancher, dont le sol même tient lieu dans un grand nombre d’habitations rurales, les rend très-humides. Pour les assainir, il serait utile d’obr tenir au moins un dallage en carreaux ou en briques.

Une autre circonstance, qu’on rencontre également dans un grand nombre de villages, c’est la présence d’une masse de fumiers en travail de fermentation, et qui est la source de miasmes de nature animale et d’effluves végétaux, tous deux en décomposition. — La question de la nocuité ou de l’innocuité du fumier, relativement à la santé de l’homme, n’est point encore décidée : il est assez difficile cependant de croire que le fumier en travail de fermentation n’exerce aucune influence sur la production des fièvres intermittentes qui se montrent avec une assez grande fréquence dans beaucoup de localités où il n’y a pas de marécages. Telle est, en particulier, la plus grande partie du Limousin.

L’habitation des campagnes est-elle plus salubre que celle des villes? A priori , on devrait le penser; car, dans les premières, on n’a pas à tenir compte de l’intervention de l’encombrement, delà corruption, des vices et du luxe d’une grande ville; aussi cette opinion est-elle généralement admise. On manque de documents statistiques positifs pour le prouver. Il résulterait toutefois de quelques documents recueillis par M. Quételet, que le chiffre de la mortalité, relativement à la population, est à

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