CHAI». IX
peu près le môme dans les villes et les campagnes, et que les circonstances qui la font varier sont tout individuelles. Les résultats donnés par cet auteur sont appuyés sur des chiffres trop peu nombreux pour ôtre admis d’une manière définitive.
[il faut, ici, tenir grand compte de la manière de vivre des habitants, de leur degré d’aisance ou de misère, de la situation salubre ou insalubre des localités, de la présence ou de l’absence d’eaux stagnantes, etc., etc., qui font varier très-notablement la mortalité et la durée moyenne de la vie.]
Villes. — Dans les villes, si l’on veut faire abstraction des causes nombreuses de maladies qui y existent, et qui sont indépendantes des habitations, on peut rattacher aux divisions suivantes les conditions qui constituent la salubrité d’une demeure.
•1° La situation plus ou moins élevée. Ainsi, la partie haute, dans une ville bâtie sur le penchant d’une colline, est plus salubre que la partie basse.
2° L’exposition convenable, qui varie selon les climats.
3° La situation de l’habitation dans la partie de la ville où l’agglomération de la population est le plus considérable constitue, pour elle, une condition de moindre salubrité, et vice versa.
4° La situation de la maison sur une place, dans le voisinage des promenades et des arbres, est une condition de salubrité.
o° La position dans une rue large, bien exposée, rend une maison plus salubre. — Autrefois, dans nos climats, et maintenant encore, dans beaucoup de pays chauds, il n’y avait et il n’y a que des rues étroites, où ne pénètrent ni la chaleur ni le soleil, et où règne une humidité constante. On pense ainsi se prémunir contre la chaleur trop grande en été et le froid trop vif en hiver. Cela peut être vrai ; mais par combien d’inconvénients et de maladies ne rachète-t-on pas ce léger avantage? Le défaut d’air, de lumière et de chaleur, uni à l’humidité, détermine, dans la population agglomérée de ces ruelles étroites, les scrofules, les tubercules et des maladies chroniques de toute espèce. On peut également se demander si ce n’est pas à la disparition du sein de nos cités de ces cloaques infects, que l’on doit la cessation de ces terribles épidémies qui, au moyen âge, décimaient si souvent les populations agglomérées. Maintenant encore, la ville du Caire, presque entièrement composée de ruelles étroites, obscures et infectes, remplies presque toujours de boue et d’humidité, ne doit-elle pas à ces circonstances d’être si souvent le berceau de la peste ?
Les conditions de salubrité qu’on doit rechercher dans une ville sont les suivantes :
1° Rues très -larges, droites et bien aérées ;
2° Rues pavées et munies de trottoirs latéraux, le long desquels ou, mieux encore, sous lesquels coulent les ruisseaux. Les promenades larges, aérées, plantées d’arbres, peuvent seules se passer de pavés ; ils sont remplacés par un mélange de silex et de terre, qui donne une solidité égale à celle du pavé;
3° Multiplier les promenades, les places et les plantations d’arbres, qui doivent, autant que possible, garnir toutes les grandes voies de communication;
4° Insister sur l’enlèvement des boues et des immondices en hiver, et sur l’arrosage en été;
5° Éloigner des villes les établissements insalubres ou dangereux ;
6° Tendre conslammenta disséminer les maisons le plus possible, et à obtenir un nombre d’étages moins considérable.
L’hygiène doit toujours chercher à obtenir tous ces résultats, et c’est à la persistance des magistrats intelligents qui ont été à la tête de la ville de Paris qu’on doit les nombreuses améliorations hygiéniques qu’a obtenues cette capitale. Dans les villes d’une moindre importance, elles seraient peut-être plus faciles encore à réaliser, et la création de conseils locaux d’hygiène, développée et bien entendue, permettrait, dans un grand nombre de localités, d’arriver à ce résultat.
[Avant d’en finir avec les habitations considérées en général, nous devons dire quelques mots de ces vastes constructions que, sous le nom de cités, on destinait aux classes ouvrières. Ces essais n’ont eu, chez nous, aucun succès. D’abord les ouvriers se souciaient médiocrement de venir se claquemurer dans ces espèces de casernes, malgré les avantages que pouvait offrir leur aménagement, eau, gaz, etc... Mais, en outre, ces grandes agglomérations présentent un double danger au point de vue moral aussi bien qu’au point de vue physique. La vie, dans ces habitations, a lieu, en quelque sorte, en commun, et la famille, comme l’a dit M. Bertelé, dans une excellente dissertation, ne forme plus qu’une division de la grande communauté qui l’absorbe pour ainsi dire. « D’un voisinage si serré, naissent inévitablement des gênes, des servitudes, des exigences réciproques, d’où suit que les bons souffrent pour les mauvais et perdent jusqu’à la liberté de s’isoler et de se bien conduire. On sent que le rapprochement de beaucoup d’individus, surtout de sexes différents, favorise la propagation du vice qui, par un seul individu, pénètre peu à peu toute la masse. » D’un autre côté, l’accumulation de tant de personnes sous le même toit est loin d'être favorable à la santé, et devient un véritable péril en