CHAPITRE PREMIER
Définition et caractères de la santé.
On donne habituellement de la santé la définition suivante : La santé est l’état dans lequel il y a exercice régulier de toutes les fonctions de l’homme.
Cette définition est manifestement insuffisante ; aussi beaucoup d’autres ont-elles été proposées depuis Galien jusqu’à nos jours. Le peu d’utilité que présenteraient leur exposition et leur discussion dans un ouvrage élémentaire me dispense de les rappeler ici.
La santé de même que la maladie étant inconnues dans leur essence même, dans leur nature, c'est se livrer à un travail stérile que de chercher à donner une définition positive de ces états de l’organisme. Il me semble préférable de substituer à cette définition de la santé un exposé concis de ses caractères principaux. Avant de tracer ces caractères, il n’est peut-être pas inutile de rappeler la manière dont Royer-Collard a envisagé la santé. C’est une espèce de définition, un peu prolixe peut-être, mais exacte. Suivant cet auteur, la santé est « une « proportion définie dans la substance de notre corps ; un cer- « tain mode de relation entre cette substance ainsi organisée « et les agents extérieurs qui sont nécessaires pour que la vie « se produise et se conserve, pour que les fonctions s’exécutent de manière à l’entretenir. En dehors de cette limite, en « deçà et au delà, leur excès ou leur défaut amèneront bientôt « un changement dans l’acte vital, et tendront à produire la. « dissolution et la mort. »
1° CARACTÈRES DE LA SANTÉ
Il y en a quatre principaux, d’après Royer-Collard.
Ce sont les suivants ;
1° La santé est un état général de l'économie : c’est un caractèrequ’on ne saurait contester ;
2° Dans l'état de santé tontes les fonctions s'exécutent librement ;
3° Les fonctions s'exécutent, la vie s'exerce avec un sentiment général de bien-être ;
4° Le quatrième caractère me semble moins important; il est ainsi exprimé : Il ne faut pas qu'un danger prochain menace d' interrompre le cours de la santé.
Ce danger, étant la plupart du temps inconnu, ne peut, à notre sens, être présenté comme un des caractères de la santé : nous n’admettons donc comme bons et vrais que les trois premiers.
2° SIGNES DE LA SANTÉ
Pour admettre qu’un homme est à l’état de santé, il est nécessaire de l’examiner clans toutes ses parties ; il faut analyser les appareils divers qui entrent dans son organisation, le jeu de ces appareils, et les effets qu’ils produisent. Les signes de la santé se tirent donc :
1° De l’intégrité anatomique des divers organes, en tant qu’ils peuvent être appréciés par la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût de l’observateur, ainsi que par les réponses de l’individu que l’on examine ;
2° De l’intégrité des produits matériels de ces mômes organes. Tels sont les produits des sécrétions et des excrétions, qui peuvent être appréciés par l’observateur ;
3° Delà manière régulière dont s’accomplit le jeu des organes ; de l’intégrité, en un mot, des fonctions organiques ;
4° De l’intégrité des manifestations intellectuelles et morales.
En somme, ces divers signes sont sous la dépendance de la disposition anatomique et physiologique de l’individu. C’est donc l’anatomie et la physiologie qui fournissent les éléments nécessaires pour apprécier la santé.
3° FORMES DE LA SANTÉ
Les formes de la santé embrassent l’étude des variétés, individuelles ou collectives, qui se rapportent aux neuf grandes coupes suivantes : l’âge, le sexe, le tempérament, la constitution, l’idiosyncrasie, l’hérédité, les habitudes, les races et les professions. Telle est la division que nous déroulons dans autant de chapitres.
Bibliographie. — Galien, De differentiis morborum. — De sanitate iuenda , li-vre premier. — Gerdy, Analyse détaillée , etc., p. 17-32. — Royer-Collard, Cours d’hygiène , etc., iu Gaz. méd., 1848, p. 667 et suiv.