CHAPITRE XI
Des Cosmétiques.
On peut, avec M. Ménière, définir les cosmétiques : les substances ou les préparations destinées à agir sur ‘l’enveloppe cutanée ou ses dépendances, dans le but de lui conserver ses qualités, ou de remédier aux altérations qui surviennent accidentellement et par les progrès de l’âge.
Les cosmétiques étaient déjà un art dans l’antiquité, et les Grecs et les Romains, au temps surtout de leur décadence, y excellaient. Un grand nombre des cosmétiques dont ils faisaient usage ne sont pas parvenus jusqu’à nous: il en est d’autres, au contraire, qui nous sont arrivés, et, sous ce rapport, on doit avouer que l’art moderne n’est guère redevable à l’empirisme ancien.
Des substances employées comme cosmétiques.
1° Acides.
Les acides sont employés comme cosmétiques depuis la plus haute antiquité. La recette la plus ancienne, et qui est indiquée par Criton d’Athènes, cité par Galien, est un mélange de jus de citron et d’huile avec lequel on préparait une substance onctueuse et d une odeur agréable.
en AP. XI. — DES COSMÉTIQUES.
L’acide le plus employé est l’acide acétique. Rarement il l’est à l’état de purèté ; car alors. son activité est très-grande. On n’y a guère recours, en pareil cas, que comme stimulant cérébral. C’est généralement l’acide acétique étendu et à l’état de vinaigre qui est en usage, et qui sert de base à beaucoup de cosmétiques. Sous ce rapport, les uns se préparent par infusion de végétaux odorants, tels que la rose, l’œillet, la lavande, etc. (vinaigres à la rose, à l’œillet, etc.); d’autres sont distillés, après avoir tenu en macération, pendant un certain temps, ces mômes substances végétales. Ces derniers sont plus actifs, et on leur donne les noms d’extraits de vinaigre de rose, d’œillet, etc. Souvent on ajoute aux vinaigres aromatiques des substances balsamiques, de la vanille, du camphre, etc., et on en fait ainsi des préparations plus ou moins agréables, qui, la plupart du temps, n’ont servi qu’à enrichir ceux qui les avaient imaginées.
Les vinaigres sont de bons cosmétiques. Lorsqu’on en fait usage, ils doivent être étendus d’eau ; on leur attribue la propriété de calmer les irritations de la peau et les démangeaisons dont cette membrane est le siège. C’est fort douteux.
L’acide citrique et l’acide tartrique sont employés à peu près dans les mêmes circonstances que l’acide acétique ; ils ne peuvent toutefois être distillés.
2° Tannin.
Le tannin entre dans la composition de beaucoup de cosmétiques, soit qu’on en fasse usage à l’état de pureté, soit qu’on se serve de substances qui en contiennent une grande quantité, telles que la noix de galle, l’écorce de grenadier, les feuilles de myrte. On les emploie en poudres, enfermées dans des sachets. Ces poudres sont souvent imbibées de vinaigre, et surtout de vinaigre aromatique, qui augmente leur activité. Le tannin entre encore dans la composition des pommades astringentes. Ces diverses préparations jouissent de la propriété de donne à la peau du ton et de la fermeté.
3° Matières colorantes.
Les matières colorantes sont surtout employées^pour donner ou rendre à la peau la couleur rose naturelle qui lui manque. La plupart des femmes qui y ont recours le font uniquement dans le but de paraître moins âgées qu’elles ne le sont, en rappelant sur leur visage les couleurs de la jeunesse.
Les principales matières colorantes employées à cet usage sont rouges, elles entrent dans la composition du fard rouge ou, comme on l’appelle encore, du rouge. Ce sont : 1° le carmin, extrait de cochenille ; 2° le carthame ou rouge d’Espagne, fourni par le Carthamus tinctorius ; 3° l’orcanette.
A. Becquerel, 6e édition.
î:l 4 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE L’IIYGIÈNE.
Le carmin est infiniment supérieur aux deux autres et entre dans la composition des fards les plus fins. Ces fards sont en poudre, en solution gommeuse, ou en pommade.
En poudre. — La matière colorante pure, et réduite en poudre impalpable, est mélangée à du talc de Venise, également réduit en poudre extrêmement ténue.
En solution gommeuse. — Elle est souvent employée, et elle consiste dans le mélange du carmin et du talc, qui est simplement délayé dans une solution gommeuse.
En pommade. — Tantôt on délaye le talc coloré parle carmin ou les autres matières colorantes rouges dans l’huile de ben, et on en fait une pommade de consistance, molle, que l’on applique avec une étoffe disposée en tampon, et à laquelle on donne le nom de crépon. D’autres fois, on l’incorpore dans une matière grasse ordinaire, telle que l’axonge purifiée. L’incorporation de la couleur rouge de l’orcanette avec l’axonge constitue une pommade qu’on emploie souvent pour colorer les lèvres en rose.
Ces diverses préparations n’ont pas d’inconvénients sérieux; cependant, si l’usage en est trop fréquemment répété, elles altèrent la souplesse et la douceur de la peau, la rendent plus rugueuse; elles la flétrissent en quelque sorte, et lui donnent une nuance légèrement jaunâtre. Enfin, dans quelques cas, elles peuvent y faire naître des éruptions de diverses natures, et, comme j’en ai vu un exemple, une affection lichénoïde rebelle.
4° Huiles essentielles.
Rarement employées en nature, elles le sont plutôt en dissolution dans l'alcool, et constituent ce qu’on appelle des extraits. C’est à cet état qu’on fait usage des essences de rose, d’orange, de menthe, de lavande, de girofle, de cannelle, de camphre, etc.
L’eau de Cologne est un alcoolat contenant en dissolution dix ou douze huiles essentielles d’espèces différentes. Il en est de même de l’eau de Portugal et de bien d’autres. On les emploie, généralement, en les étendant d’eau avec laquelle elles donnent un précipité lactescent dû aux huiles essentielles que l’alcool abandonne. Les alcoolats ainsi étendus jouissent de la propriété de stimuler et d’activer doucement les fonctions de la peau. Ce sont de bons cosmétiques.
La plupart des huiles essentielles sont encore employées pour aromatiser les différentes espèces de cosmétiques.
5° Baumes-résines.
On les emploie sous forme solide, comme le benjoin, le styrax; ou sous forme demi-liquide, comme le baume du Pérou