CD AP. XI. — DES COSMÉTIQUES
et le baume de Tolu. C’est généralement à l’état de dissolution dans l’alcool qu’on en fait usage. Pour s’en servir, on les môle à l’eau qui en précipite le baume en particules extrêmement ténues, et qui donne au liquide un aspect lactescent (lait virginal). Ce sont des cosmétiques agréables et sans inconvénients : leur action est peu marquée, ils semblent lénifier la peau. On remplace souvent les baumes par certaines résines, telles que le sang-dragon, le mastic; ou par des gommes résines, telles que la myrrhe, l’oliban.
6° Corps gras.
Toutes les huiles ne conviennent pas pour la composition des cosmétiques. C’est l’huile d’amandes douces qu’on préfère ; on l’emploie aromatisée avec des huiles essentielles, pour entretenir la souplesse des cheveux et en prévenir la chute. L’huile d’olive sert aux mêmes usages; on l’aromatise avec les mêmes essences.
C’est avec l’huile d’olive que, dans l’antiquité, on frottait les athlètes et les individus qui se livraient aux exercices gymnastiques, et c’est encore l’habitude dans beaucoup de pays chauds. Le résultat de ces frictions est de diminuer la transpiration cutanée et de conserver ainsi une vigueur plus grande au système musculaire ; de plus, on assouplit la peau, et on la préserve des effets exagérés de la chaleur solaire.
Les huiles de noisette, de ben, servent également d’excipient à des huiles essentielles.
La plupart des huiles ainsi aromatisées sont employées pour la chevelure, et, sous ce rapport, elles sont assez avantageuses ; elles préviennent le dessèchement de la matière épidermique, dessèchement qui favorise l’usure des cheveux et amène souvent une calvitie prématurée.
7° Graisses.
Les graisses servent à peu près aux mêmes usages que les huiles, dans la préparation des cosmétiques : celles qu’on emploie sont l’axonge, les' graisses de porc, de mouton, de bœuf, d’ours, après les avoir préalablement purifiées. Ces graisses forment la base des différentes pommades. Ces pommades sont de deux sortes: les unes sont constituées par le mélange ou l’incorporation* directe des matières odorantes végétales, desséchées, pulvérisées et mélangées d’une manière convejiable avec la graisse; les autres sont simplement des graisses additionnées d’une certaine quantité d’huiles essentielles. On peut, dans ces deux espèces de pommades, réunir ensemble un certain nombre de principes odorants différents. -
On incorpore souvent à l’axonge des mucilages végétaux ou animaux, et, en particulier, du suc de concombre, du suc de
bulbes de lis, du frai de grenouilles ou de la décoction de colimaçons. Quelquefois c’est de la cire. Toutes ces pommades sont émollientes, adoucissent la peau, l’assouplissent et la préservent de l’action de l’air. On en fait usage dans quelques affections cutanées, contre l’acné et la mentagre, par exemple.
Les pommades en bâtons sont souvent employées pour les cheveux, les favoris, les sourcils. Elles sont faites avec du suif de mouton ferme, associé à la cire blanche ou jaune, et aromatisé ; quelquefois on y ajoute une certaine quantité de résine, qui lui donne encore un peu plus de solidité.
Les pommades collantes, et qui sont destinées à donner une position fixe aux cheveux, aux favoris, aux sourcils, ne doivent cette propriété qu’à l’incorporation d’une petite quantité de gomme arabique ou de gomme adragante. Ces pommades diverses n’ont aucune propriété malfaisante, et elles sont de bons cosmétiques.
Les peuples du Nord, pour garantir leurs téguments de l’action d’un froid intense, n’ont pas recours à des cosmétiques si fins ni si délicats ; ils se contentent de se graisser avec des suifs altérés, des graisses anciennes, de l’huile de baleine. Ces graisses ne tardent pas à rancir : elles irritent la peau et sont le point de départ d’affections chroniques de cette membrane, affections souvent graves et rebelles.
8° Savons.
Les savons sont, ainsi qu’on le sait, des combinaisons d’acides gras et de bases alcalines.
Le savon de Marseille est, pour ainsi dire, le seul cosmétique du peuple ; c’est avec lui qu’il dissout et qu’il enlève les corps gras qui s’attachent à ses vêtements ou à la surface de sa peau. Ce savon a souvent des inconvénients, et il est un peu trop irritant pour les peaux fines, délicates et souples : c’est pour éviter de tels effets qu’on a imaginé les nombreuses espèces de savons de toilette en vogue aujourd’hui. Ces savons sont faits, en général, avec un alcali (la soude) combiné avec le principe saponifiable de l’axonge purifiée, de l’huile d’amandes douces ou de la graisse de bœuf. Ces divers savons n’ont pas, en général, une grande consistance. Plus mous encore, ils ont reçu le nom de crèmes; on ajoute quelquefois à ces savons demi-liquides un peu de jaune d’œuf. La crème d’amandes amères, ainsi nommée parce qu’au savon demi-liquide qui la constitue, on ajoute une très-petite quantité d’acide cyanhydrique, est une des plus agréables et des plus en usage. Les savons solides de toilette sont, en général, formés avec de l’axonge, de l’huile d’olive, un alcali (la soude), et sont aromatisés avec des essen-