C. Les saisons exercent la même influence
D. L’exercice. — Une alimentation suffisante pour un individu au repos, devient tout à fait insuffisante pour le même individu qui se livre à un exercice plus ou moins violent.
E. Convalescence. — Une alimentation trop peu considérable, maintenue pendant trop longtemps, a souvent des inconvénients sérieux, qu’on évite beaucoup mieux à notre époque qu’on ne le faisait il y a un certain nombre d’années.
F. Les habitudes. — L’habitude de manger beaucoup peut quelquefois rendre insuffisante une alimentation qui serait suffisante pour beaucoup d’autres.
Hygiène publique. — L'alimentation insuffisante, quand elle frappe les masses, prend le nom de famine ; fléau moins fréquent certainement de nos jours que dans des temps plus reculés.
La famine a des rapports remarquables avec la mortalité. Ainsi, elle a pour conséquence de diminuer la population ; on peut, en effet, établir que la prospérité d’un État est liée à la facilité des subsistances. Messance a trouvé, pour une période de 90 ans, en France, de 1674 à J7G4, que la mortalité annuelle
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élait d’autant plus forte, que le prix du blé était plus élevé. John Barton est arrivé aux mêmes résultats pour l’Angleterre. La disette a non-seulement pour effet d’augmenter la mortalité, mais encore d’amener des troubles, des émeutes, des perturbations de tout genre. En 1846 et 1847, il y eut, ainsi que chacun de nous se le rappelle, une demi-disette, occasionnée par le haut prix et la rareté des subsistances. M. Bouchardat, dans sa thèse, estime à un million, pour l’Europe, le nombre de victimes qui en est résulté. Meersmann a décrit les résultats terribles de la disette sur la population des Flandres (fièvre de famine).
L’enchérissement du blé se fait sentir non-seulement la même année, mais encore l’année suivante, et quelquefois pendant plusieurs années. Les effets se font encore sentir dans l’année vigésimale, c’est-à-dire vingt ans après, et le recrutement, à cette époque, montre qu’il y a un déficit de population.
Comment prévenir les disettes. — Cette question regarde beaucoup plus l’agriculteur et l’administrateur que l'hygiéniste ; cependant, nous en dirons quelques mots, d’après Moreau de Jonnès. Sur trois récoltes, deux peuvent suffire aux besoins des populations; il faut donc s’attendre à ce que la troisième exige un supplément de substances alimentaires, et, en particulier, de céréales. En conséquence, il faut s’occuper de la conservation des blés, s’attacher à les préserver de l’influente de l’humidité, des insectes, des rats, des mulots; et, si la disette menace, il faudra essayer, ainsi que Millon le conseille, d’avoir recours à la mouture du son, afin de faire sinon complètement du pain avec ce produit, du moins de le mélanger en certaine proportion au blé; l’analyse a démontré, ainsi que j’ai eu occasion de le dire plus haut, que le son est riche en gluten et en matières grasses.
Voyons maintenant l’influence de la famine sur quelques professions particulières.
Soldats. — Dans l’année, année commune, il meurt sur 100 soldats, âgés de 20 à 40 ans, 2,25, tandis que, dans la population civile du même âge, il n’en meurt que l,2o. Michel Lévy attribue ces résultats au brusque changement de climat, à la fatigue, aux veilles, et surtout à la répartition alimentaire qui est la même pour celui qui mange beaucoup que pour celui qui mange peu . La mortalité dans l’armée se règle sur le tarif de la solde. En Angleterre, la mortalité de toute l’armée est de 17 sur 1,000 tandis que celle des officiers n’est que de 12 sur 1,000. En France, elle est de 19 sur 1,000 pour toute l’armée, 10,8 pour les officiers, et de 22,3 pour les simples soldats.
D’apres Michel Lévy, les jeunes soldats ont besoin d’une nourriture plus substantielle que celle qui leur est donnée. Il faut, de plus, y joindre des boissons fermentées et distillées.
Marine. — L’établissement d’une marine à vapeur, les conserves d’Appcrt, et surtout les nouvelles conserves obtenues, par les procédés Masson, ont singulièrement diminué les chances de famine sur mer. Il y aurait encore une amélioration à y obtenir : ce serait de donner aux marins du vin au lieu d’eaude-vie. (Bouchardat.)
Hôpitaux et hospices. — L’insuffisance de l’alimentation se fait sentir dans beaucoup d’établissements de ce genre. C’est évidemment ce qui résulte des recherches consignées dans le rapport de M. Pons, au conseil général des hôpitaux, pour l’année 1837. Pour obtenir ces résultats, il fallait comparer le chiffre de la mortalité avec le prix de la journée. Eh bien, à Bicêtre et à la Salpêtrière, où le prix de la journée est de 80 à 92 centimes, la mortalité est de 1 sur 4,43; dans les cinq autres hospices, où le prix de la journée varie de 1 fr. à 1 fr. 78 c., la mortalité n’est plus que de I sur 7,99.
Établissements pénitenciers. — Voici, d’après M. Villermé, la mortalité sur 1,000 : Grande-Force, 41 ; Madelonnettes, 38; Conciergerie, 32; Petite-Force, 27; Sainte-Pélagie, 24; Bicêtre, 18; Saint-Lazare, 1 7 ; Dépôt de Saint-Denis, 3 1/2; — moyenne générale, 11,12. Cette progression est également l’inverse de celle que présente le prix delà journée. Or, ces différences résultent de l’insuffisance de l’alimentation.
Établissements d' éducation. — Dans les maisons d’éducation dont le prix ne dépasse pas 1,000 fr. par an, on peut avancer que, dans un grand nombre, et même dans un très-grand nombre, l’alimentation est tout à fait insuffisante, et, de plus, souvent d’une assez mauvaise qualité. Dans les établissements d’un prix plus élevé, on n’évite pas toujours cet inconvénient, et j’en connais, à Paris, où le prix de 2,400 fr. par an n’a pas empêché un jeune homme de 1 5 ans d’acquérir un tempérament lymphatique, qu’il n’avait pas primitivement, par suite d’une alimentation insuffisante. Je dis donc ici ce que j’ai déjà dit plus haut, que l’administration, qui veille si bien, par ses inspecteurs, sur l’instruction qui se donne dans ces établissements particuliers, néglige totalement la partie matérielle : logement, nourriture, etc. Dans les établissements qui dépendent de l’État, les choses se passenf beaucoup mieux; la nourriture est meilleure, plus abondante et bien suffisante. Depuis le rapport excellent fait, au ministre de l’instruction publique, par M. le professeur Bérard, cette alimentation est réglée d’une manière uniforme. Voici, du reste, l’ordonnance qui est sortie du rap-
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