CDAP. XIX. — DES BOISSONS
Nous rappellerons encore que, d’après M. Bouchardat, pour qu’une eau soit potable, il ne faut pas qu’elle contienne plus de 1 / 1 000 de parties solides.
Examinons l’influence, sur l’homme, de l’eau prise en boisson.
1° Quantité.
Une quantité d’eau modérée, ingérée par l’homme, est indispensable à l’entretien de sa vie. L’eau, en effet, est la base de son organisation; on la trouve toujours dans les memes proportions, soit qu’elle fasse partie intégrante des tissus et des organes, soit qu’elle constitue un des éléments les plus importants du sang et des humeurs. Une certaine quantité de cette eau se dégage à chaque instant du sein de l’organisme par les perspirations cutanée et pulmonaire, par les selles, les urines, etc., etc. Il est donc utile qu’à chaque instant une quantité nouvelle soit introduite pour réparer ces pertes. C’est cette réparation qui est effectuée par l’ingestion de l’eau en boisson. On peut, du reste, établir que, quelle que soit la quantité d’eau qu’on avale, l’organisme ne prend jamais que ce qu’il lui faut pour maintenir l’intégrité de la composition desliquides et des solides; le surplus sort par les sécrétions diverses, et surtout par les urines et les sueurs.
La quantité exagérée de l’eau avalée comme boisson, bien qu’elle soit évacuée par les sueurs, les urines ou les selles, n’en a pas moins de sérieux inconvénients pour l’homme ; d’abord, à l’instant de l’ingurgitation, elle remplit l’estomac, le distend, délaye le suc gastrique et l’empêche d’agir efficacement sur les aliments introduits. Cette eau trop abondante fatigue l’estomac, peut finir par amener la dyspepsie, surtout si l’on prend l’habitude de boire ainsi une quantité d’eau trop considérable. Cette fatigue de l’estomac n’est, du reste, que de peu de durée, car les veines absorbent bientôt cette eau, et elle est éliminée par les sueurs ou les urines. Mais c’est là une cause de débilitation.
L’eau, en effet, sortant par les sueurs ou les urines, ne sort pas à l’état d’eau pure, mais à l’état de produit de sécrétion. Elle ne se borne donc pas à délayer, à étendre ces liquides, mais elle augmente la proportion des parties solides qu’ils contiennent, et devient ainsi une cause d’épuisement pou l’économie.
Dans d’autres cas, c’est par les selles et en produisant la diarrhée que l’eau en excès est éliminée.
[M. Dancel, se fondant sur quelques expériences, faites plus particulièrement sur les animaux, se croit autorisé à admettre que les boissons aqueuses prises en grande abondance, ont
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pour résullat de favoriser l'engraissement et de provoquer, dans les conditions de l’allaitement, une très-abondante sécrétion de lait.]
L’eau, en trop petite quantité, ne suffit pas pour étancher la soif et pour réparer les perles de ce liquide éprouvées par l’organisme; il en résulte une concenlration de l’eau du sang, ainsi que de celle des sécrétions, et il ne tarde pas à se mani fester une soif tellement intolérable, qu’il n’y a pas de supplice qui puisse lui être comparé. Lorsqu’il y a privation complète et absolue d’eau, la mort survient en général assez rapidement.
2° Température de Veau .
A une température ordinaire, l’eau ne produit que des effets salutaires; mais il n’en est pas toujours ainsi, et l’eau peut être froide ou chaude.
Eau froide à 0° ou au-dessous.
1° Lorsque l’homme est dans son état ordinaire et que la surface de sa peau n’est pas couverte de sueur, l’introduction dans l’estomac d’une certaine quantité d’eau à cette température impressionne immédiatement les parois de ce viscère, rend latente une certaine quantité de leur calorique, et leur soustrait en définitive de la chaleur, soustraction à laquelle participe l’organisme entier. Mais bientôt la réaction survient, et la muqueuse de l’estomac est vivement stimulée. Telle est, en effet, dans la grande majorité des cas, l’action de l’eau glacée sur l’estomac ; elle agit en même temps, d’abord comme sédatif du système nerveux de cet organe, et, secondairement, comme un tonique léger et un digestif salutaire. L’eau glacée, en raison de ces propriétés, réussit dans un grand nombre de cas de gastralgie, de dyspepsie et de névroses de l’estomac, surtout quand ces affections sont accompagnées d’atonie, et c’est ce qui a lieu la plupart du temps.
2° Lorsque le corps est en sueur et qu’on introduit dans l’estomac, soit de l’eau simplement très-froide, soit de l’eau glacée, les effets sont variables et souvent bien graves. Dans quelques cas, les résultats sont nuis, et le refroidissement momentané fait bientôt place à une réaclion assez vive, accompagnée plutôt d’une sensation de bien-être. Il n’en est pas toujours ainsi, et cette ingestion produit quelquefois le refroidissement général du corps : ce refroidissement a lieu de la manière suivante : le corps est échauffé et en sueur à l’instant où l’eau froide est avalée ; cette eau soustrait une certaine quantité de calorique aux parois de l’estomac, qui, lui, ne participait pas à la chaleur de la peau ; or, l’équilibre se rétablit presque immédiatement, et le calorique qui man-
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que à l’estomac et aux viscères voisins, par suite de la fusion de la glace, est emprunté à la peau ; il en résulte que la température de cette membrane s’abaisse et que sa sécrétion exagérée s’arrête. Rarement les choses en restent là ; cet appel de sang vers les parties internes dépasse toujours le rétablissement de l’équilibre, et des congestions ou des phlegmasies intérieures, selon les prédispositions spéciales, peuvent être la conséquence de ce refoulement du sang.
M. Guérard a étudié, dans un mémoire intéressant, les accidents qui peuvent succéder à l’ingestion des boissons d’eau froide, lorsque le corps est échauffé. Ces accidents se manifestent surtout du côté du système nerveux et des appareils digestif et respiratoire.
Les phénomènes nerveux qu'on peut voir apparaître à la suite de l’ingurgitation de l’eau froide sont, en particulier, certaines douleurs locales, le trismus, divers phénomènes spasmodiques, des syncopes, la mort instantanée. M. Guérard en rapporte plusieurs observations curieuses.
Du côté des organes de la digestion et de la respiration, l’apparition subite d’une phlegmasie aiguë, aussitôt après l’ingestion de la boisson froide, ne permet pas de méconnaître le rapport qui existe entre la maladie et la cause à laquelle on doit la rapporter.
L’embarras gastrique, les vomissements spasmodiques, la diarrhée, la dysenterie, le choléra sporadique, la gastro-entérite proprement dite, et même la péritonite aiguë : voilà les phlegmasies abdominales qui ont été observées à la suite de l’insestion d’eau froide.
L’hémoptysie, la pleurésie et la bronchite sont les trois phlegmasies de l’appareil respiratoire qu’on a observées en pareil cas.
La relation est plus difficile à établir quand il se passe un certain temps entre l’ingestion de l’eau froide et la manifestation de la lésion, comme cela a lieu dans certaines ascites. On ne saurait cependant révoquer en doute celte relation.
D’après M. Guérard, la gravité de ces accidents divers est liée aux quatre conditions suivantes : 1° échauffement préalable du corps; 2° vacuité actuelle de l’estomac; 3° grande quantité de boisson ingérée dans un temps donné ; 3° basse température de cette boisson. La réunion de ces quatre conditions constitue les chances les plus grandes pour la manifestation des accidents.
Les préceptes hygiéniques qu’on doit suivre, et qui sont destinés à prévenir de semblables accidents, sont les suivants :
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1° Ajouter à l’eau quelque substance étrangère, ou au moins du sucre et un peu de vin ;
2° Hoire à petites gorgées, et conserver le plus longtemps possible le liquide dans la bouche, avant de l’introduire dans l’estomac ;
3° Faire précéder la boisson froide d’un aliment solide, fût-il en très-petite quantité, tel que pain, biscuit, chocolat, etc. ;
4° Dans les bals et les réunions, il est préférable, lorsqu’on est échauffé, de faire usage de thé léger, de punch ou d’une boisson chaude quelconque;
5° Dans le cas où l’on brave les inconvénients qui y sont attachés, et où l’on veut faire usage de liquides glacés, les sorbets au rhum, légèrement stimulants, ont moins d’inconvénients que les glaces à la crème, et* surtout que les glaces aux fruits;
6° Les accidents divers et nombreux qui peuvent succéder immédiatement à l’ingestion d’un liquide glacé cèdent quelquefois rapidement à l’emploi d’une boisson chaude ; dans les réunions, le thé, le punch, contre-balancent bien souvent les effets fâcheux des glaces.
Eau chaude. — L’eau chaude est loin d’avoir les inconvénients qui sont attachés à l’eau froide. Ses effets sont les suivants :
Elle stimule tout l’organisme, augmente la quantité de calorique qu’il renferme, active la circulation, stimule les fonctions digestives, ainsi que celles de la peau, et le résultat final est une transpiration plus ou moins forte, surtout si l’individu qui en fait usage est soustrait au froid extérieur. Les boissons chaudes sont un des sudorifiques les plus certains et les meilleurs dont on puisse disposer.
[Nous notons, pour mémoire seulement, le cas d’œdème de la glotte, nécessitant parfois la trachéotomie, qui ont été observés particulièrement en Angleterre chez de très-jeunes enfants qui avaient essayé de boire du thé bouillant, par le bec de la théière. Le docteur Jameson, de l’hôpital Mercer de Dublin, en a rassemblé, à lui seul, treize exemples.]
Composition de Veau. — L’eau privée d’air est fade et peu digestive; elle détermine un sentiment de pesanteur dans la région épigastrique. On l’a accusée de produire le goitre et le crétinisme (eau des neiges); mais il n’est pas prouvé qu’il eD soit ainsi, car il est un grand nombre de localités dans lesquelles on ne boit que de l’eau qui provient de la fonte des neiges ou des glaciers, et où ces deux maladies n’existent pas. Lorsqu’on n’a que de l’eau privée d’air pour boisson, il est bien facile d’y porter remède : il suffit simplement de la faire battre avec une verge de bois pour l’aérer. Il est toujours bon de recourir à la