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CU AP. XIX. — DES BOISSONS

étranger, l’alcool. Roesch l’a bien caractérisée lorsqu’il l’a détinie un accroissement du caractère veineux du sang.

Les maladies que l’on attribue généralement à l’ivrognerie sont les suivantes : 1° les affections tuberculeuses, et, en particulier, la phthisie pulmonaire ; 2° les maladies organiques du cœur; 3° la cirrhose du foie; 4° la maladie de Bright ; 5° les congestions cérébrales, les apoplexies sanguines et séreuses ; 6° le scorbut; 1° l’épilepsie. — Si l’ivrognerie ne détermine pas positivement ces maladies, elle exerce au moins une grande influence sur leur production.

Les affections calculeuses, pour les raisons qui ont été données plus haut, sont fréquemment la conséquence de l’usage habituel du vin, associé à une nourriture très-azotée et au défaut d’exercice.

La combustion humaine spontanée est un sujet qui a largement défrayé l’imagination des médecins, et qui, cependant, est loin d’être résolu.

Il n’y a pas encore très-longtemps, l’existence de la combustion spontanée n’était mise en doute par personne, et l’on admettait la possibilité que des individus adonnés aux boissons alcooliques prissent feu spontanément, de manière à être totalement consumés dans l’espace de quelques minutes.

Rlus tard, cette croyance fut ébranlée, et, tout en admettant la possibilité de la combustion humaine, on regarda comme nécessaire l’intervention d’un corps ou d’un foyer en ignition pour produire un tel effet. En même temps on admettait, comme un des modes de la combustion humaine, l’inflammation des vapeurs alcooliques faisant partie de l’exhalation pulmonaire, des individus adonnés aux boissons spiritueuses. Assez généralement admise dans ces derniers temps, la combustion spontanée a de nouveau été battue en brèche dans les discussions médico-légales soulevées, il y a plusieurs années, en Allemagne, à propos d’un procès célèbre ( Annales d'hygiène , lre série, t. XLIV, p. 191, 363, 1850, et t. XLY, p. 99, 1851 : assassinat de la comtesse de Gœrlitz). Il résulte de ces faits et des discussions auxquelles ils ont donné naissance, que l'existence de la combustion spontanée est très-probablement une chose imaginaire.

L’abus des boissons spiritueuses détermine fréquemment l’impuissance, la stérilité, et exerce une influence sur la progéniture des individus des deux sexes qui y sont livrés. D’après Lippick, l’abus des spiritueux éteint en germe les deux tiers des enfants, et, chez ceux qui naissent et qui vivent, il détermine des morts prématurées, une constitution faible, débile.

délicate, quelquefois le rachitisme, les scrofules, des convulsions et des méningites.

Chez les peuples adonnés à l’ivrognerie, les générations qui se succèdent en ressentent toutes les conséquences, et elles naissent frappées de tous ces maux.

Règles hygiéniques. — La nécessité où est l’homme, dans un pays civilisé, de chercher sa nourriture et de trouver le moyen de satisfaire son esprit, le met dans l’obligation de recourir à des excitants factices. Parmi ces excitants, le plus simple comme le meilleur est l’alcool, ou plutôt les liquides dont il est une des parties constituantes. A doses modérées en effet, ce liquide stimule doucement et vivifie ; il soutient le corps, excite les facultés de l’esprit, réjouit le cœur, ranime les vieillards, relève l’homme abattu par le chagrin et lui rend son courage.

Comment et à quel instant le vin doit-il être pris? Il est incontestable que l’instant le plus opportun est celui des repas. La quantité moyenne de cette boisson, qu’il est convenable d’interposer entre les aliments qui composent chacun d’eux, peut être évaluée de 150 à 200 grammes ; le vin doit être mélangé avec l’eau et de manière à ce que ce liquide en forme à peu près les deux tiers et le vin le tiers.

Pris dans ces proportions, ce liquide est d’un usage presque général dans beaucoup de contrées. Quand on n’en a pas l’habitude, il n’y a pas grand inconvénient à s’en passer. Une fois que cette habitude est contractée, le vin est à peu près indispensable pour faciliter la digestion. Si alors on vient à en cesser l’usage, on est presque toujours obligé d’y revenir, à moins toutefois que cette cessation ne soit rendue nécessaire par une maladie de l’estomac ou des intestins.

Age. — L’âge exerce une certaine influence relativement à l’emploi du vin : aux enfants, il faut en donner très-peu et même pas du tout ; aux adultes, les proportions indiquées plus haut sont convenables. Quant aux vieillards, on peut leur en accorder une quantité un peu plus considérable.

Sexe. — Les femmes font, en général, un usage moins fréquent des boissons alcooliques que les hommes ; beaucoup d’entre elles n’en prennent même jamais. Il faut, à cet égard, respecter les habitudes acquises; le vin leur est du reste moins nécessaire qu’aux hommes, en raison de la vie moins active qu’elles mènent. \

Constitution. — Les sujets à constitution faible, débile et délicate, à tempérament lymphatique, ont beaucoup plus besoin de faire usage d’un peu de vin que les sujets qui présentent un tempérament sanguin, nerveux ou bilieux.

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Convalescence. — Dans la convalescence des maladies, excepté peut-être dans celles qui suivent des phlegmasies aiguës, on se trouve bien de faire usage d’un peu de vin, et surtout de vin de bonne qualité et contenant des quantités notables de tannin et d’alcool. C’est pour cette raison que les diverses espèces de vins de Bordeaux de bonne qualité réussissent en pareille circonstance. Il est utile de le prendre d’abord coupé d’eau, afin de ne pas éveiller la susceptibilité de l’estomac.

Climats et saisons. — L’habitation dans un climat froid et l’existence d’une saison froide indiquent l’emploi du vin; le passage de l’alcool dans le sang produisant en peu de temps une quantité assez considérable de chaleur animale, on s’explique l’effet avantageux qu’il produit pour aider l’homme à lutter contre le froid extérieur. C’est, du reste, pour ce même motif qu’on doit employer le vin avec une modération beaucoup plus grande dans les pays chauds et pendant les saisons chaudes. En pareille circonstance, son excès détermine souvent, ainsi que cela a déjà été dit, des maladies du tube digestif ou de ses annexes.

Bière. — A doses modérées, la bière est légèrement stimulante et tonique; il est un certain nombre d’individus qui la digèrent difficilement, sans que rien puisse rendre compte de ce fait. En pareil cas, il est inutile d’y insister, car cette insistance peut amener la diminution de l’appétit et faire naître de la dyspepsie.

Les principes nutritifs que contient la bière, joints à son bas prix, la rendent précieuse pour les classes inférieures de la société. En somme, c’est une boisson saine, agréable, nourrissante, et que l’hygiène doit recommander toutes les fois qu’elle est supportée par l’estomac.

Cidre. — Les conseils précédents sont surtout applicables au cidre. Il est, en effet, un beaucoup plus grand nombre d’individus qui le supportent mal, et chez lesquels il produit la diarrhée et divers troubles digestifs. Toute la question se réduit ici à une affaire de tolérance, et il n’est pas difficile de la juger d’après l’effet produit sur le tube digestif par cette boisson.

Eau-de-vie. — L’eau-de-vie est une boisson si répandue et dont l’usage est malheureusement devenu si général, que ses effets sur l’organisme sembleraient ne devoir donner lieu à aucune dissidence. Il n’en est rien cependant, et les opinions à cet égard sont bien partagées.

A dose modérée, l’eau-de-vie, selon Roesch, Robertson et d’autres, est une boisson essentiellement salutaire, que le peuple peut se procurer facilement à cause de son bas prix, qui flatte son goût, lui donne du courage, lui permet de résister

aux intempéries de l’air. Elle n’exerce, enfin, aucune action nuisible sur la santé.

S’il en est ainsi, que penser de l’opinion des médecins qui croient que l’usage d’un petit verre d’eau-de-vie à jeun, tous les matins, est capable d’exercer une grande influence sur le développement du cancer de l’estomac?

Avant les auteurs que je viens de citer, Frank avait émis une opinion favorable relativement à l’usage de l’eau-de-vie : il la regardait, lorsqu’elle est prise en petite quantité, comme une boisson salutaire et précieuse, qui réchauffe l’homme, le ranime, donne du courage à l’ouvrier et au pauvre. D’après ce médecin, elle contribue à lui fournir le calorique nécessaire pour résister aux intempéries de l’atmosphère auxquelles il est exposé, favorise la circulation, supplée en quelque sorte aux vêtements qui ne le couvrent pas assez chaudement, et, enfin, elle est surtout utile dans les pays froids et pendant les saisons froides des climats tempérés.

Les effets de l’eau-de-vie prise en quantité trop considérable ne sont mis en doute par aucun médecin, et l’abus de ce liquide peut avoir toutes les fâcheuses conséquences qui ont été décrites plus haut. Depuis le commencement du dix-neuvième siècle, l’abus de l’eau-de-vie s’est répandu et s’est généralisé dans la plus grande partie de l’Europe, et surtout au centre et dans les pays septentrionaux : toutes les villes, tous les villages, ont des débitants d’eau-de-vie et de liqueurs. Son usage s’est répandu chez les sauvages, qu’il a plus décimés que le fer des Européens et les progrès de la civilisation.

On a cherché à arrêter la funeste extension de l’usage de l’eau-de-vie, et c’est surtout pour arriver à ce but que les sociétés de tempérance ont été instituées. Etablies d’abord dans quelques localités des États-Unis, elles furent importées en Angleterre en 1829. Le but des sociétés de tempérance est de chercher à déraciner l’usage des alcooliques, et surtout de l’eau-de-vie, par l’exemple que donnent les membres de ces sociétés et leurs familles, en même temps qu’elles répandent dans la population des idées plus justes sur les fâcheux effets des alcooliques.

Un journal anglais a donné des détails statistiques curieux sur l’état actuel des sociétés de tempérance et sur la consommation des boissons spiritueuses en Angleterre. L’Angleterre, l’Irlande et l’Écosse comptent actuellement 850 sociétés de tempérance ayant 1,640,000 membres adhérents. Dans le Canada, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, il y a 950 sociétés de tempérance avec 370,000 membres. Dans l’Amérique du Sud, 70,000 personnes portent les médailles de tempérance.

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En Allemagne, sans compter la Prusse et l’Autriche, où, de môme qu’en Italie, il n’y a pas de sociétés de tempérance, le nombre de*ces dernières monte à 1,500 et celui des adhérents à 1,300,000. La Suède et la Norwége possèdent 510 sociétés de tempérance, 120,000 personnes en font partie. Dans les îles Sandwich, 5,000 personnes se sont vouées à l’abstinence des spiritueux, et 900 au cap de Bonne-Espérance.

Il est prouvé que, dans la Grande-Bretagne, 7,000 personnes périssent chaque année par suite d’accidents occasionnés par l’ivrognerie, et que 550 millions de dollars sont dissipés en boissons, dans le môme espace de temps, par les classes ouvrières. En 1848, la somme colossale de 490 millions de dollars a été dépensée dans la Grande-Bretagne en boissons enivrantes, et on y a fabriqué 520 millions de gallons de bière. Dans les Etats-Unis, il existe 3,712 sociétés de tempérance, ayant 3,615,000 membres, parmi lesquels on distingue une secte particulière, appelée les Fils de l'Abstinence.

En Russie, l’empereur a défendu la création de ces sociétés. En France, les sociétés de tempérance n’ont encore eu aucun succès. En Allemagne, la plus ancienne société de tempérance a été fondée le jour de Noël 1 600 .

[L’alcoolisme a pris depuis un certain nombre d’années de telles proportions, que les hommes chargés de présider aux destinées du pays ont senti la nécessité de mettre une digue au flot toujours montant qui menace d’engloutir les forces vives de la nation. La question reprise de nouveau a été étudiée à tous les points de vue, et l’Assemblée nationale a été formellement saisie par un de ses membres, médecin distingué, le Dr Roussel, d’un projet de loi tendant à la répression pénale de l’ivrognerie. L’Académie de médecine a entendu, sur le même sujet, un important rapport de M. le docteur Bergeron, qui conclut dans le même sens.

Sans rappeler ici ce qui se passe en Amérique, où l’alcoolisme est en train de faire disparaître la race des anciens habitants, il suffit de regarder autour de nous pour être effrayé de& progrès du vice qu’il s’agit de combattre herculeâ manu. On ne saurait contester le rôle que l’alcool a joué dans notre dernière guerre civile, où les cerveaux exaltés par les boissons spiritueuses acceptaient avec enthousiasme les doctrines les plus perverses et les plus insensées. Que l’on examine, comme l’a fait M. Lunier, ce qui se passe dans certains départements, où le chiffre de la consommation des liqueurs fortes s’accroît continuellement, invariablement suivi par le chiffre ascendant des cas d’aliénation mentale (1), et l’on demeurera convaincu qu’il

(1) Dans quelques départements, ceux de l’Ouest particulièrement, où la consom-

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est grandement temps de porter remède au fléau qui menace notre civilisation.

Parmi les moyens proposés comme prophylactiques, il en est deux qui méritent surtout de fixer l’attention des législateurs chargés de statuer sur cette grave question : 1° une augmentation énorme des droits à faire peser sur les alcools; de telle sorte que l’usage en devienne, pour ainsi dire, impossible; 2° une pénalité très-sévère (amende, prison), qui frappe nonseulement l’ivresse elle-même, mais encore tous les crimes et délits commis sous son influence. Enfin, pour l’ivrogne plusieurs fois condamné, l’interdiction partielle ou totale, selon les cas, des droits civiques , civils et de famille , et dans tous les cas l’interdiction du droit électoral pour une durée de 2 à 5 ans (Roussel). Beaucoup de personnes pensent très-judicieusement que le débitant de liqueurs doit être lui-même soumis à une pénalité, comme complice, en quelque sorte, de ceux qui se sont enivrés dans son établissement ; qu’une surveillance rigoureuse et incessante doit être exercée sur les liqueurs livrées à la consommation, etc. Arrivera-t-on, à l’aide de ces moyens, à déraciner le vice honteux et dégradant que l’on veut attaquer? Assurément l’entreprise est difficile, mais l’importance du but exige que l’on tente les plus grands efforts pour l’atteindre.]

Bibliographie. — Plutarque, Pourquoi les femmes s’enivrent-elles malaisé ment et les vieillards facilement ? in Prop. de table, 1. III, quest. 3; — et Pourquoi ceux qui sont ivres tout à fait sont ils moins troublés que ceux qui ne le sont qu’à demi, ibid. Quest. 8. — Stromer (H.), Décréta medica de ebrietate. Lipsiæ, 1531. — Willichius, Problemata de ebriorum affectionïbus et moribus. Francofurti, 1543, in-8°. — Waldschmidt, De ebrietate et insolentibus aliquot ejus affectibus. Giessen, 1677, in-4°. — Etmueller (M.), De temulentia. Lipsiæ, 1678, in-4°etiu Opp., t. II, p. 870. — Khon (A .), A nimia spiritus vini ingurgitatione mors repentina, in Miscell. Acad. nat. cur., 3 déc., an V-VI (1696-1697), p. 166. — Seufferheld (G. N.), De morbis bibonum. Altorfii, 1720, in-4°. — Hales (St.), Friendly Admonition to thç Drinkers of Brandy and other distilled spirituous Liquors. London, 1734, iu-8°. Heinick (J. E.), De potu vinoso digestionem impediente magis quam adjuvante. Argentorati, 1736, in-4°. — Horus (P. S.), Abhandlung von der Trunkenheit. Stralsund, 1747. — Botticher (J. G. de), De universali humorum dyscrasiâ scorbuticâ, gravissimis et plane insolitis symptomatibus stipatà, ex abnsu potulentorum spirituosorum et feculentorum prognatà, in Acta Acad. nat. cur., t. VIII, p. 191, 1748. — Glvigland (de ),An a potibus spirituosis præmatura senectus ? (Resp. affirm.) Th. de Paris, 1749, in-4°. — Berg (J. C.), De inappetentiâ ex abusu spirituosorum. Helmstadii, 1758, in-4°. — Pohl (J. C.), De callositate ventriculi ex potûs spirituosi abusu. Lipsiæ, 1771, in-4°. — Lettsom, History of some of the Effects of Hard Drinking. Lond., 1789. — Rush (Benj.), An Inquiry into the Effects of spirituous

mation des liqueurs fortes a beaucoup augmenté, les cas de folie alcoolique se sont élevés de 1856 à 1869 dans les proportions suivantes : de 5 à 15 pour 100 (Sarthe), de 8 à 18 pour 100 (Morbihan^, de 10 à 25 (Côtes-du-Nord), et enfin de 3,54 à 27 pour 100 (Mayenne). Les résultats sont moins tranchés dans la région de l’Est; ils démontrent cependant que la folie alcoolique croît avec la consommation de l’alcool (Lunier). E. Bgd.

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