‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 229 sur 353 · C. La folie mélancolique, qui est plutôt secondaire · texte numérisé non relu

C. La folie mélancolique, qui est plutôt secondaire

[On s’est beaucoup occupé dans ces derniers temps des funestes effets de l’abus de plus en plus fréquent de la liqueur d’absinthe. Les législateurs ont même été mis en demeure de prendre des mesures efficaces pour combattre l’extension de ce vice qu’un membre du sénat a qualifié de fléau. Suivant quelques personnes, et notamment Motet, auteur d’une trèsbonne thèse sur cette question, on pourrait attribuer à l’absinthe tout un ensemble de phénomènes spéciaux affectant tantôt une forme aiguë, chez ceux qui arrivent promptement à en prendre des quantités considérables, tantôt une forme chronique que l’on observe chez les buveurs de profession, et qui les conduit au tombeau à travers les accidents d’une caducité anticipée. M. Moreau, tout en reconnaissant la réalité du mal, croit devoir en décharger l’absinthe, et cependant, il résulte, de ses propres observations, que Yémulsion aqueuse, faite d’une certaine manière avec cette liqueur, jmrte sur le système nerveux une action plus rapide et plus énergique que ne le fait l’eau-de-vie ou même l’absinthe pure. Il y a donc, dans le fait de la présence des huiles essentielles, une action véritable ment toxique, comme l’avait constaté, dans une discussion au sénat, l’illustre chimiste Dumas. ]

Les causes de l’ivrognerie sont nombreuses ; on peut les classer de la manière suivante :

i° Certaines professions qui exigent, soit le séjour devant un feu ardent, soit un grand déploiement de forces ; 2° les rudes travaux corporels, ou ceux qui exposent les individus à toutes les intempéries de l’air ; 3° une vie sédentaire, oisive, le défaut d’occupation ; 4° le métier de débitant de vin ou de liqueurs, celui d’aubergiste ; 5° les mauvais exemples, les mauvais conseils et une compagnie capable de les donner ; 6° la misère, qui commence par engager le malheureux à boire un peu pour se soutenir et apaiser sa faim : l’habitude arrive ensuite.

Il est une autre série de causes qui agissent dans le même sens. Ce sont : 7° le goût de la dissipation, la légèreté de caractère ; 8° les passions, tant excitantes que déprimantes, le dépit, la colère, les chagrins de toute sorte ; 9° les travaux intellectuels, surtout ceux qui exigent l’intervention de l’imagination : ainsi, les poètes, les artistes, les musiciens; 10° certains besoins moraux : ainsi, l’affaiblissement des organes qui demandent un stimulus, lequel, chaque jour insuffisant, a sans cesse besoin d’être augmenté, et conduit de l’emploi du vin à l’usage de l’eau-de-vie; 11° l’abus des plaisirs de la société, un tempe-

«9 2 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE L’flYGIÈNE.

rament ardent qui pousse à rechercher de nouvelles jouissances.

Voyons maintenant quelles sont les maladies des ivrognes .

1° La plus fréquente est l’ivresse, qui constitue un véritable empoisonnement aigu par l’alcool. Elle peut amener une congestion ou une hémorrhagie cérébrale, capable, dans certains cas, de déterminer la mort.

2° L’habitudt de boire, ou l'empoisonnement chronique par l’eau-de-vie en particulier, est la source de beaucoup de maladies. Ces effets qu’elle produit sont très-variables ; ce sont, en particulier, les suivants :

A. L’habitude de boire détermine le développement de certaines maladies qui, dans l’état ordinaire, sont dues à de tout autres causes ;

B. Certaines maladies, également dues à d’autres causes, sont aggravées et modifiées d’une manière spéciale par l’usage des alcooliques ;

C. Souvent l’invasion d’une maladie aiguë, ou même seulement d’une influence morbide quelconque, est la cause occasionnelle d’une des maladies dues à l’ivrognerie elle-même. Tel est, par exemple, le cas du delirium tremens, qui n’éclate souvent qu’à propos du développement d’une affection aiguë quelconque.

Pour pénétrer plus avant dans la question, il est nécessaire d’étudier les effets pathologiques locaux de£ alcooliques sur l’estomac, et leurs effets généraux sur l’organisme.

1° Effets locaux sur l'estomac et le tube digestif.

Les effets de l’alcool portés au point de déterminer un état morbide de ces organes, sont, en particulier, les suivants :

A. Une irritation habituelle, puis une inflammation chronique de la membrane muqueuse digestive ou de ses annexes;

B. Par suite de cette irritation incessante, il n’est pas rare de voir se développer des dégénérescences plus graves, telles que le cancer de l’estomac, que beaucoup de médecins attribuent à l’usage de l’eau-de-vie prise à jeun chaque matin;

C. Le retard et la difficulté de la digestion sont souvent le résultat de l’usage des alcooliques. Quelquefois l’ingestion de €e liquide dans l’estomac remplace presque complètement l’alimentation solide ;

D. [On a constaté, dans ces derniers temps, un état ictérique, lié à différentes lésions organiques du foie.]

2° Effets généraux sur la constitution.

C’est d’abord une modification du sang, inconnue dans sa nature, et qui est due à l’action incessante d’un agent toxique

Page 1