CHAPITRE II. — DES AGES
nombre de départemenls. Depuis 1833, sur 144 hospices d’enfants trouvés, il y a eu 54 tours supprimés et üO seulement ont été conservés.
Quelle est la cause de cet accroissement du nombre d’enfants abandonnés qui s’est manifesté depuis 1815, et de ce maintien du chiffre considérable annuel de près de 100,000, malgré la suppression d’un grand nombre de tours? Les raisons suivantes peuvent en rendre compte : la misère, devenue plus grande par suite de l’augmentation de la population ; l’extension de l’industrie et l’accroissement de la population industrielle dans des contrées où les deux sexes ont de fréquents rapports ensemble, et où les ouvriers, agglomérés et réunis, deviennent plus corrompus; la crainte du déshonneur pour les jeunes filles séduites ; enfin l’abus dans les expositions. Ces abus sont les suivants : les mères déposent dans les hospices à ce destinés leurs enfants, qu’elles viennent ensuite demander pour nourrissons, afin de joindre aux jouissances de la maternité le bénéfice du prix de nourriture, accordé par les départements aux nourrices des enfants trouvés.
On a constaté que dans les villes frontières il est souvent déposé des enfants nés en pays étranger.
Comment faire disparaître de tels abus, et diminuer en France le nombre considérable d’enfants trouvés qu’on y abandonne chaque année ? Trois moyens ont été proposés ; ce sont :
1° La suppression du secret dans les admissions et la nécessité d’une déclaration quelconque, moyen impossible dans certains cas, et qui certainement augmenterait le nombre des infanticides ;
2° Le déplacement des enfants et leur envoi, pour être mis en nourrice, dans des départements autres que celui dans lequel on les présume être nés et dans lequel ils ont été déposés ;
3° La suppression des tours. C’est à cette mesure que tend maintenant l’autorité en France, appuyée à cet égard par l’esprit public, et par les heureux résultats d’une tentative déjà assez longuement éprouvée. En effet, depuis 1833, un tiers environ des tours a été supprimé, et le nombre des enfants trouvés a diminué chaque année de près d’un cinquième jusqu’en 1840, sans que l’humanité ait eu à déplorer un plus grand nombre d’infanticides. Quelques tableaux statistiques partiels déjà obtenus sur ce sujet le prouvent suffisamment. On doit avouer, toutefois, que cette dernière question n’est pas encore définitivement résolue, et qu’il faut attendre encore quelques années, afin de s’appuyer sur des relevés statistiques plus nombreux et plus généraux.
Un autre argument a été invoqué en faveur de la suppres-
sion des lours : c’est ce qui se passe dans les pays protestants, où il n’y a pas d’enfants trouvés, et où les infanticides ne sont pas plus fréquents. Cette comparaison a peu de justesse, attendu qu’il n’y a aucune similitude entre ce qui se passe des deux parts : 1° dans les pays protestants-, il n’y a pas d’hosr pices d’enfants trouvés, il est vrai, mais il y a des hospices d’orphelins qui ont à peu près la même destination ; 2° les recherches de la paternité et de la maternité sont permises ; une fille mère, en déclarant sous serment la vérité de ce qu’elle affirme, peut désigner le père qu’elle assigne à son enfant, et sa parole est admise. L’autorité a, en conséquence, le droit de forcer le père désigné à subvenir aux frais de la nourriture et de l’éducation de l’enfant ; elle va môme jusqu’à saisir ses revenus s’il refuse de le faire.
Il y a encore un autre ordre d’arguments qui peuvent éclairer cette question. Le plus grand nombre des enfants trouvés est illégitime; or, il est prouvé que la mortalité de ces derniers est au moins le double de celle des enfants légitimes. Le fait seul de leur naissance place donc déjà les enfants trouvés dans des conditions très-désavantageuses. Ce n’est pas tout : l’accumulation des enfants dans l’enceinte d’un même hospice est une cause puissante de mortalité, l’encombrement étant, ainsi que nous l’avons démontré, une circonstance extrêmement désavantageuse pour les nouveau-nés. Une fois envoyés en nourrice, ces enfants sont presque toujours placés dans des familles peu aisées ; ils n’y sont pas toujours bien soignés, et souvent on les nourrit par des procédés artificiels. Ces deux conditions augmentent considérablement la mortalité des enfants trouvés. Voici ce que dit M. Yaldruche dans un rapport au Conseil général des hôpitaux : « D’après les états annexés à ce rapport, 112,625 enfants ont été apportés à l’hospice depuis 1816 jusqu’en 1837, c’est-à-dire pendant 22 ans. Sur ce nombre, 30,055 sont morts dans l’hospice, 55,531 sont morts à la campagne; la conservation n’a donc été que de 26,939, et la mort a frappé plus des 3/4 des enfants (76 p. 100). Les tables de mortalité en France font connaître que sur 100 enfants, 46 succombent avant l’âge de 12 ans. La mortalité de nos enfants trouvés est donc plus forte de 30 p. 100 que celle des enfants de toute la France. »
M. de Watteville, dans un rapport adressé au ministre de l’intérieur (1849), signale les causes suivantes de cette mortalité : « Les administrations d’hospices, dépositaires d’enfants, exécutent fort mal le décret de 1811 relatif à la fourniture des vêtements et layettes. Plus de la moitié de ces administrations ne donnent aucun vêtement à leurs malheureux pupilles, et il